Curieux comme ce film pourtant situé fermement dans les milieux du cirque finit par épouser les contours reconnaissables du film musical... Mais c'est pourtant vrai que tout ici tourne autour d'un spectacle collectif à créer, des galères inévitables, des traîtrises, des alliances, des coups durs et des coups de théâtre, comme avant lui, disons, Footlight Parade, 42nd street ou The Bandwagon...
Au début du XXe siècle, Matt Masters (John Wayne) est l'heureux propriétaire d'un cirque western au succès phénoménal: il a décidé de tenter l'aventure d'une tournée Européenne, mais le bateau sombre à son arrivée à Barcelone. D'abord engagés dans une autre tournée, Masters et son équipe vont essayer de retourner à la base du cirque, en en créant un nouveau, spectaculaire, à la mode Européenne...
En même temps que ces péripéties, le film nous conte la difficile filiation d'une jeune enfant de la balle, Toni (Claudia Cardinale) dont le père serait mort, et la mère (Rita Hayworth) s'est enfuie. Matt, qui l'a élevée, en sait bien plus et cache des secrets...
C'est un film de pur plaisir, du plaisir familial de 1964, donc c'est d'une grande sagesse. Hathaway, qui a déjà dirigé les bagarres de John Wayne dans North to Alaska, se fait plaisir en remplissant très simplement son cahier des charges: du cirque, quelques larmes, des incidents et des numéros spectaculaires. Parmi les premiers on notera un naufrage inventif et un incendie gâché par des transparences coupables... Dire que ce film a eu une genèse troublée, avec Nicholas Ray, puis Frank Capra avant que Hathaway ne prenne le manche... Au final, un spectacle inoffensif, parfait pour les enfants... et le Cinerama.
La vie et la mort de l'extravagant Louis II (Wilhelm Dieterle), un roi qui cédait volontiers à ses impulsions, mais artistiques, financières et affectives... Ses combats contre les financiers de son petit royaume, son face à face avec une cour déterminée à lui mener la vie dure...
Le sujet passionnait Dieterle, qui se rêvait en souverain excentrique, romantique à souhait, erratique et isolé. Pas de surprise sans doute si on considère que l'un des films précédents majeurs du réalisateur, Geschlecht in Fesseln, était consacré à l'isolement affectif, là encore, d'un homme qui revenait de prison, où il était tombé amoureux d'un co-détenu... Mais là où son héros risquait effectivement la condamnation dans une législation qui en Allemagne ne lésinait pas sur l'oppression des gays, son nouveau héros est un paria face à l'histoire, et qui plus est elle est assez récente. Et ça joue de façon spectaculaire contre le film...
...Car en prenant à bras-le-corps cette intrigue, Dieterle la réalise pour le peuple Allemand, et attend de son public qu'il en sache suffisamment. Il a conçu son personnage de l'intérieur, et par bien des côtés Ludwig se comporte en metteur en scène, dans ses obsessions extravagantes, de construire des châteaux et des mausolées, pleurant Wagner un jour et sa mère le lendemain... Mais aujourd'hui, difficile d'entrer dans un film exigeant, dont l'essentiel est dans des non-dits extrêmement difficiles à décrypter... Ou tout simplement profondément ennuyeux. A moins que ce ne soit les deux hypothèses...
Un couple gentillet (lui est musicien professionnel, elle est ophtalmologue) emménage à Montréal, dans un magnifique appartement. Le premier soir, ils ont la surprise de constater que leurs voisins en vis-à-vis possèdent un superbe appartement, qu'ils ont une vie sexuelle débridée et qu'ils n'utilisent ni volets ni rideaux... Bref, il y a du sport, et Thomas (Justice Smith) et Pippa (Sidney Sweeney) deviennent dépendants de leur dose de voyeurisme... Au point de profiter d'une soirée d'Halloween en face pour s'y rendre et installer des micros. Alors quand elle constate que l'homme du couple en face, un photographe, se tape tous les modèles qu'il photographie, Pippa est de plus en plus tentée de se rapprocher d'eux pour dire la vérité à la jeune femme...
Le film est un thriller très moyen, très classique, dans lequel on nous assène d'abord une touche de comédie un peu sulfureuse avant que les choses ne se gâtent de manière irrémédiable, puis il enchaîne coup de théâtre sur coup de théâtre, et on entre assez rapidement dans la catégorie "plus c'est gros plus ça passe", et donc ça lasse. Une fois qu'on aura vu la fin (c'est le majordome qui a fait le coup, avec le chandelier), on n'aura zéro motivation pour le revoir, c'est donc officiellement un mauvais film... A moins que ce ne soit qu'un film typique de ce qui se fait aujourd'hui: sitôt streamé/vu, sitôt jeté. Ce qui revient au même...
Maintenant, il est sympathique de ses dire que ce film, qui est précisément typique d'aujourd'hui (c'est-à-dire médiocre, hein), tente de se déguiser justement en une métaphore de ce qui ne va pas dans les réseaux sociaux et d'une société de voyeurs par écrans interposés. Mais c'est finalement d'un cynisme assez étonnant... Et sinon, je ne relèverai pas le jeu sur l'oeil, avec les gros sabots: protagoniste ophtalmologue, tentative de rapprochement avec des lunettes, et proximité entre le laser utilisé pour soigner un oeil, et celui qui va servir de témoin pour diriger un micro. Pas besoin de relever, puisque c'est souligné à gros traits...
Michel Marnay (Charles Boyer), playboy international et bourreau des coeurs bien connu, se rend aux Etats-Unis pour y épouser une riche héritière, et Terry McKay (Irene Dunne), chanteuse de cabaret, est sur le même transatlantique pour rejoindre son fiancé, qui est aussi son patron. Les deux conviennent assez vite qu'il est très agréable d'être ensemble, et qu'il convient donc de marquer ses distances... ce qui s'avère vite impossible, car comme le dit Michel, ils sont sur le même bateau. Une excursion à terre, pour rendre visite à la grand-mère de Michel, finit par sceller leur entente: au moment où le bateau entre à New York, ils se mettent d'accord pour rompre avec leurs fiancés respectifs et se donnent six mois pour se retrouver au plus près du paradis, soit au sommet de l'Empire state building. Michel devient peintre, et Terry reprend ses activités. Mais à la date convenue, en chemin vers le lieu de rendez-vous, elle a un accident qui la prive de l'usage de ses jambes. resté seul, Michel pense donc qu'elle l'a oublié, alors que...
Refait en Scope et en couleurs en 1957 (An affair to remember), avec Cary Grant et Deborah Kerr, parce que c'était l'un de ses films préférés, ce classique a été produit pour le compte de la RKO, et c'est une merveille: McCarey y raffine sa formule, forgée durant des années, dont bien sûr sa période d'apprentissage chez Hal Roach: une comédie du quotidien, qui est d'autant plus prenante et touchante qu'ici elle est quasiment privée du moindre gag ou de la moindre velléité de faire rire. Sourire, par contre, est tout à fait possible: d'une part parce que le rapprochement cosmique entre les deux fiancés-oui-mais-à-deux-autres-personnes, sur le bateau où le destin les a réunis, est constamment magique, ensuite parce que les héros vient au milieu d'un problème dont l'humain n'est, définitivement, pas la cause: en effet il n'y a pas de méchant ici, que des gens qui veulent le bonheur d'un côté et d'autres qui sont ravis de pouvoir les aider, y compris les fiancés délaissés. Et puis McCarey filme l'évidence des sentiments, ceux qu'on n'a jamais besoin de dire parce qu'ils sont là. Ca passe, par exemple, par la révélation à la fin d'une conversation sur tout et sur rien, du fait que depuis quelques minutes les deux protagonistes se tiennent la main sans qu'on s'en soit aperçu, et peut être qu'eux non plus...
Et si le film traite souvent du quotidien en terme d'embarras selon la règle de la comédie burlesque (en particulier les films avec le comédien Charley Chase dont McCarey était le réalisateur), il traite aussi de l'amour, des sentiments, voire du sacrifice en terme de sacré. Un domaine qui le passionnait tout autant comme le montre The bells of St Mary's, mais qu'il va chercher ici dans le lien indicible entre un artiste peintre amoureux d'un souvenir et persuadé que ce souvenir se dérobe à lui, et une musicienne qui ne veut surtout pas que son amant sache qu'elle est devenue, du moins le croit-elle, un poids lourd.
Lors d'une rencontre motivée par l'amertume et la rancoeur, le salut viendra de la providence, après quelques déconvenues cruelles, mais aussi grâce... à un tableau. Bref, on n'est pas si loin que ça de la notion d'amour fou et sacré telle que la pratiquait Frank Borzage. Une comédie sentimentale qui n'a pas peur de faire délirer ses spectateurs, voilà tout ce dont nous avons besoin!
En 1910, un aviateur a une idée: pour accompagner l'engouement mondial pour l'aviation, qui est encore un terrain d'exploration et d'expérimentation, pourquoi ne pas sponsoriser une course spectaculaire qui ferait appel à tous les as de ce sport... et à tous les passionnés, acharnés, et à ceux qui n'y arrivent pas encore. Les compétiteurs de tous pays arrivent pour être les premiers à joindre Paris par Londres, et avec eux tout un folklore...
C'est donc durant le turbulentes années 60 que ce film a été tourné, véritable modèle de ce que j'appelle les filmouths. des films opulents, excessifs, excentriques, entièrement taillés pour le grand écran (Cinemascope voire Cinerama), le son stéréophonique, et des programmes longs, avec prologue et entr'acte incorporés. Tout, on l'aura compris, pour faire concurrence à la télévision, donc, en fournissant spectacle familial, frissons et bonne humeur... Parmi les nombreux représentants d'un genre qui était dès son arrivée en voie d'extinction, on peut rappeler les films It's a mad, mad, mad world, The great escape, How the west was won, The wonderful world of the Brothers Grimm, The great race, Circus world, ou encore The sand pebbles. Et dans des catégories à part, The longest day (qui se payait le luxe d'être en noir et blanc) et Lawrence of Arabia, Dr Zhivago et Ryan's Daughter (tous les trois de David Lean).
Extrêmement bien fait tout en étant gentiment prévisible, accompli avec soin par un metteur en scène sans génie mais avec une technique irréprochable, et une pléiade d'acteurs qui se font plaisir tout en assurant le notre, le fait d'avoir situé l'action en 1910 permet une incursion dans un monde hautement esthétique, et c'est à rapprocher de l'excellent The great race de Blake Edwards, qui lui aussi raconte une course spectaculaire située à la même période...
Le film est l'occasion pour l'Angleterre de 1965 (largement aidée par les Etats-Unis du reste, c'est une production Fox) de se payer la fiole du monde qu'elle dominait alors: les Anglais accueillent donc la mort dans l'âme ceux qu'elle appelle avec tant de mépris les étrangers (foreigners), les Italiens, Français, Japonais, Prussiens, et Américains, et tout ce beau monde rivalise entre camaraderie et sales coups; les Français de Jean-Pierre Cassel ne ratent pas une occasion de se moquer du militarisme Germanique (l'officier qui doit concourir n'a jamais volé, mais ce n'est pas grave, il a le manuel d'instructions), mais le film ne rate jamais non plus une occasion de montrer Cassel trop occupé à séduire les femmes de tous pays (toutes sont interprétées par la même actrice) et qui par conséquent n'a aucune chance de gagner; les pompiers, menés par Benny Hill, vont avoir du pain sur la planche avant le départ, les aviateurs Anglais (James Fox) et Américains (Stuart Whitman) se disputent les faveurs de la fille (Sarah Miles) de l'organisateur de la course (Robert Morley) et enfin un noble Anglais très conservateur (Terry-Thomas) est obsédé par la victoire jusqu'à la tricherie...
A noter que ce spectacle sans risque mais pas sans intérêts a un titre à rallonge, une mode des années 60: Those magnificent men in their flying machines, or How I flew from London to Paris in 25 hours and 11 minutes. Ca fait bien pour un paragraphe, mais pour le titre de cet article, c'était un peu trop long...
1861: la Comtesse Angelina de Bergamo (Betty Grable) épouse le Baron Mario (Cesar Romero), et tout le monde se réjouit... Sauf que c'est le moment choisi par une colonne de Hongrois pour prendre le château. Avant même le début de la lune de miel, le Baron doit fuir... Inspirée par la légende locale, selon laquelle 300 années plus tôt, la Comtesse Francesca (...Betty Grable) aurait tenu tête à une autre invasion, Angelina se prépare à accueillir les Hussards, menés par le Colonel Teglash (Douglas Fairbanks Jr) à sa façon...
Le script est de Samson Raphaelson, adapté d'une opérette de 1919; comme on le voit, Lubitsch en retournant à la comédie musicale avec ce film renouait à plus d'un titre avec les racines de son art, renvoyant non seulement à l'époque de son règne sur le cinéma Allemand et de ses comédies de 1919-1920, mais aussi au cycle fabuleux de comédies musicales qu'il avait dirigées au début des années 30. D'ailleurs, le metteur en scène souhaitait qu'Angelina et Francesca soient interprétées par Jeannette MacDonald.
En lieu et place, Betty Grable, favorisée en raison de sa popularité contemporaine, se débrouille comme elle peut, et est au moins une actrice énergique, dotée d'un partenaire exceptionnel: je sais que Fairbanks a souvent dit à quel point ce film était un ratage (j'y reviendrai), mais il a au moins le mérite de montrer aujourd'hui à quel point le fils du grand Doug était un acteur fin, capable, versatile et souvent unique dans son style. Le reste de la distribution est tout à fait adéquat et donne vraiment l'impression que le maître à bord était, de bout en but Lubitsch: les servant, domestiques, aides de camps et sous-fifres sont donc une faune abondante, qui relaie en permanence la vie de leurs maîtres, gradés et employeurs, avec les sous-entendus de rigueur...
Et le film ose parler d'adultère, le centre même du film. Nous savons dès le départ qu'aussi poli et respectueux qu'ils soient, les deux jeunes mariés ne s'aiment pas, du moins la Comtesse n'aime-t-elle pas son mari. L'arrivée du flamboyant colonel de hussards va donc être un catalyseur puissant pour précipiter le drame, aidé par le fantôme de la première Comtesse... Car c'est l'un des atouts de ce film, et c'est là encore un trait foncièrement Lubitschien: la réalité, le rêve, la fantastique et la chanson s'y mêlent intimement, créant un univers constamment décalé, régi par ses propres lois, ce qui permettrait d'expliquer comment la production a réussi à imposer la coquinerie ambiante...
Mais Lubitsch ne verra jamais le film terminé, puisqu'il est décédé après 8 jours du tournage des scènes principales. Otto Preminger a été désigné pour prendre le relais et s'est engagé à scrupuleusement respecter les plans du maître, son style et a été jusqu'à refuser de signer le film, afin qu'il ne soit crédité qu'à Ernst Lubitsch... Et ça y ressemble fort. Les récriminations citées plus haut sont liées à la rancoeur du principal acteur contre le metteur en scène de remplacement: bon, Preminger n'était pas Lubitsch, mais surtout leurs méthodes, leurs humeurs dirons-nous, n'étaient pas les mêmes. S'il a réussi à pasticher le style de Lubitsch, c'est évident, la façon d'y parvenir a dû sérieusement différer... Mais quoi qu'il en soit, le film tient sérieusement la route, tout en étant un peu une certaine forme d'anachronisme. Encore un trait Lubitschien?
Une poule qui tient une station service reçoit la visite d'un coq qui n'est autre que Megga Phone, le célèbre producteur; il lui laisse une carte, l'invitant à venir le contacter si elle veut devenir actrice: ça tombe bien, elle en rêve... Elle se met donc en route pour Hollywood...
On dit souvent que Freleng représente volontiers la part la plus mièvre des productions de Leon Schlesinger, je n'y crois pas une seconde. Non, je pense même que c'est Chuck Jones, parmi les réalisateurs de l'âge d'or, qui tient le pompon à ce niveau... Freleng, lui, est un animateur de la colère, de la rancoeur, souvent face à la bêtise ou à la frustration... Quatre choses, à mon avis, peuvent aisément l'illustrer: Yosemite Sam, pour l'ensemble de son oeuvre, est une machine à perdre son sang froid devant Bugs Bunny; Sylvester, anti-héros et victime des agissements de plusieurs terroristes dont une souris diabolique et un canari ignoble; enfin, deux films, le superbe Back Alley Oproar et ce film précisément, complètent le tableau...
Place donc au lamentable périple Hollywoodien d'une apprentie actrice (qui, fidèle aux gags établis par Tex Avery, imite tour à tour Hepburn et Garbo), qui est issue d'un milieu tellement minable qu'elle rêve d'en sortir, et dont la carrière n'existera tout bonnement pas. Mais la visite d'Hollywood nous permettra de nous délecter de quelques caricatures, et le final en forme de retour à la réalité recèlera un gag d'une extrême violence, injuste, inattendu... et assez rigolo.
Les deux frères Grimm sont des gratte-papiers, dont la mission est de rendre compte aussi "fidèlement" que possible, c'est-à-dire en étant assez flatteurs, de l'histoire familiale de leurs commanditaires. L'un d'entre eux (Karl Boehm) est tout à cette mission, mais l'autre (Lawrence Harvey), d'ailleurs marié et père de deux enfants, fait tout ce qu'il peut pour colporter des histoires fantastiques pour les raconter à sa progéniture. Mais son comportement fantasque met l'entreprise familiale en danger, surtout quand il se décide à coucher sur papier les contes délirants qu'il a entendus, afin de ne pas les voir mourir...
Après plusieurs années à montrer au public des travelogues délirants et spectaculaires, la compagnie Cinerama s'est alliée à d'autres studios pour produire des films narratifs qui puissent être efficaces dans le médium de l'écran hyper-large. Cette production de George Pal est donc la première des deux collaborations entre la compagnie Cinerama et la MGM, l'autre étant How the west was won.
Là où l'évocation de la conquête de l'Ouest permettra une structure épisodique en cinq segments, le film de Pal est concentré sur l'histoire des deux frères, en utilisant bien sûr le prétexte des histoires qui sont racontées pour dévier vers des intrigues fantastiques: dans The dancing princess, il nous décrit la rencontre entre une princesse (Yvette Mimieux) qui aime à danser en cachette, et un bûcheron (Russ Tamblyn); un interlude animé nous raconte l'histoire d'un cordonnier aidé par des elfes, avec Harvey en cordonnier; enfin, Terry Thomas et Buddy Hackett se lancent à l'assaut d'un dragon animé dans The singing bone... Les trois contes sont réalisés par Pal, ancien animateur, et il est le producteur de l'ensemble, mais c'est Henry Levin qui a pris en charge la mise en scène des segments consacrés aux frères Grimm.
C'est... sage, très sage. On sent bien ici l'envie de se faire plaisir en utilisant les ressources spectaculaires du triple écran et du son, en particulier dans toutes les séquences faisant intervenir des véhicules; mais comme la MGM entend bien faire venir toute la famille dans les salles, tellement l'investissement a du être couteux, le public visé est d'abord et avant tout celui des enfants... Donc ça limite quand même le film, narrativement parlant. On critique beaucoup How the west was won, mais j'ai bien peur que ce film musical (aux chansons très dispensables) ne lui soit bien inférieur... Tout en ayant été restauré avec un soin particulièrement notable... Disons que c'est un spectacle approprié pour les nostalgiques du filmouth des années 60, cette espèce disparue de pâtisserie cinématographique...
Deux policiers New-Yorkais, Nick (Michael Douglas) et Charlie (Andy Garcia) arrêtent un bandit Japonais qui vient d'opérer un massacre dans le restaurant où ils déjeunaient... Nick, qui fait l'objet d'une enquête sur sa probité, et son acolyte doivent escorter le prévenu jusqu'au Japon, mais à l'arrivée, des faux policiers les accueillent, et emportent l'assassin. Désormais en délicatesse avec la police locale, et supervisés par l'inspecteur Matsumoto (Ken Takakura), les deux Américains essaient de mener une enquête à leur façon, dans un pays étranger dont ils ne connaissent ni la langue, ni les usages, ni les pièges...
C'est à peu près le thème principal du film, cette plongée de deux étrangers dans une planète qu'ils ne reconnaissent absolument pas... Scott a totalement joué cette partition de bout en bout, en forçant volontairement sur le décalage horaire! Nick et Charlie, ce sont un peu deux cow-boys au pays des yakusas, mais le spectateur est invité à adopter leur point de vue, aussi; du coup, on est dans un certain malaise, le jeu de Michael Douglas, qui est en permanence le-flic-blessé-qui-ne-peut-faire-les-choses-que-de-sa-façon-et-ça-tombe-bien-il-a-raison, finit par agacer, tout comme le point de vue de deux rednecks sur le Japon, fussent-ils New-Yorkais.
Bon, on va me dire que l'essentiel dans ce film brutal est justement cette aliénation et ce qu'elle révèle de l'être humain, mais bon, si on ajoute l'esthétique 80s en diable, les mulets de Douglas (même négligé un mulet reste un mulet), son goût pour les Harley Davidson à grosses coucougnettes, et la musique horrible d'Hans Zimmer (guitares Ibanez et Yamaha DX7, on est devant un temple du mauvais goût), je dois dire que le visionnage devient vite profondément désagréable...
Deux adolescents d'un lycée public Américain font de la musique ensemble: Kevin (Jaeden Martell) est batteur, ou du moins souhaite le devenir, et Hunter (Adrian Greensmith) est guitariste passionné de Metal. C'est lui qui est à l'initiative de la création du groupe, qu'il a baptisé Skullfucker, et il entend bien amener sa musique jusqu'au succès. Mais d'une part, les deux garçons font partie des parias de leur établissement, et d'autre part ils ne sont pas très bons, sans parler du fait qu'ils n'ont pas de bassiste... Mais c'est en entendant un jour une interprétation d'un concerto de Bach pour violoncelle, dans les salles de répétition du lycée, que Kevin rencontre Emily, une jeune Ecossaise disons, "différente"... Il va essayer de la recruter, contre l'avis de Hunter obsédé par la pureté Metal de sa musique et de son image. Le groupe Skullfucker sera-t-il prêt à temps pour participer au tremplin rock organisé dans l'établissement scolaire, et dont le groupe de pop mollassonne Mollycoddle est pour l'instant le grand favori? Et sinon, Kevin et Hunter mourront-ils vierges?
La dernière question est sortie directement du film, car rappelons-le, tout film de lycée même interdit aux moins de treize ans (ce qui correspond aux Etats-Unis et sur Netflix a un épisode du Manège enchanté dans lequel Zébulon prononcerait probablement le mot "fesse") finit par poser cette question, en suivant habituellement l'une des deux trajectoires suivantes: d'une part, un groupe d'adolescents s'unit autour d'un spectacle, triomphe de l'adversité tout en réussissant leurs études comme des killers, c'est ce que j'appellerai le chemin Disney. Sinon, l'autre solution, c'est d'imaginer que des adolescents qui sont des losers absolus vont tenter de monter un spectacle, y réussir, et ce sera tellement trash qu'on les virera probablement mais à la fin ils réussiront quand même leurs études. Dans ce deuxième cheminement, que j'appellerai le chemin Trash, on se différenciera du cheminement Disney en utilisant un nombre important de fois le mot fuck, sans pour autant battre le record établi par Martin Scorsese.
Et la bonne surprise c'est que ce film sympathique ne suit aucune des deux trajectoires, sans pour autant ressembler à Euphoria (il ne faut quand même pas trop en demander, et au prix où est la prothèse de pénis en érection, le budget de cette petite production ne le permettait sans doute pas): on va suivre les aventures de deux personnes atypiques, rejetés par leurs pairs, mais qui vont trouver un chemin valide pour eux, gagner sinon le respect, au moins la tolérance des adultes, et trouvant le moyen... d'être à peu près normaux. Pas ici de délire satanique, et même si beaucoup des musiciens présents à l'écran ont une tendance à faire ce geste du plus haut ridicule qui consiste à lever simultanément l'index et l'auriculaire (un geste que de plus en plus de gens font quand vous sortez une guitare, il y a des baffes qui se perdent) pour signifier la nature diabolique de leur musique, au moins les ados présentés sont, finalement, terriblement normaux. Avec des insécurités, des émois, des erreurs aussi, d'ados. Ils sont tous très attachants, y compris les grands concurrents de Skullfucker, le groupe Mollycoddle (avec ses "trois accords par chanson, qu'ils ne sont même pas foutus de jouer correctement", et leur batteur qui est stoned 24 heures sur 24): car contrairement aux méchants d'un film de Disney, ils se comportent en gentlemen...
Le propos serait-il ailleurs? On constatera que dans ce film co-produit par Tom Morello, le guitariste qu'on ne présente plus, et co-écrit par le scénariste D.B. Weiss, de Game of Thrones, il est finalement beaucoup plus question d'insécurité face à l'amour et la relation affective, que de musique, même si cette dernière occupe une place prépondérante: en particulier, la relation d'amitié "inconditionnelle, mais..." entre Kevin et Hunter, et la relation bourgeonnante et intime entre Kevin et Emily, qui retient l'attention par sa douceur et les incertitudes qu'elle véhicule. Pas de binarité ici, c'est tout en nuances... Y compris dans un gros clash de jalousie entre Hunter et Emily.
Les interprètes sont excellents, y compris dans le rôle de musiciens: je ne sais pas dans quelle mesure, mais il est évident qu'ils jouent de leurs instruments de façon assez convaincante. Convaincante aussi, la façon dont un groupe est parfois très difficile à monter, comme le dit Kevin en voyant Mollycoddle jouer: ils font ça tellement naturellement, ça paraît tellement facile, mais comment on fait pour avoir des gens pour jouer avec soi, et pour coordonner les efforts de tout le monde? Convaincante aussi, l'audition désastreuse d'un bassiste, ou la difficulté de Hunter pour mémoriser et jouer tout un solo. On passera sur le fait (là, c'est du Disney) qu'un groupe dont les trois membres n'ont jamais répété ensemble puisse interpréter un morceau de façon convaincante devant un public chauffé à blanc, c'est la scène qui sert de point d'orgue à toute cette aventure.
Reste un film sympathique, qui nous montre juste les ados musiciens comme des gens qui n'ont pas forcément (trop) de problèmes psy, qui ne sont pas forcément attirés par les substances interdites qui rendent nigaud, pas forcément asociaux, et qui souhaitent juste se faire une petite place au soleil e faisant ce qu'ils aiment, et finalement ont bien du talent. On appréciera le moment qui fait intervenir dans le rôle de la conscience de Kevin, le guitariste d'Anthrax Scott Ian, le chanteur de Judas Priest Rob Halford, le guitariste de Metallica Kirk Hammett et bien sûr Tom Morello soi-même: alors que Kevin est en train de succomber aux assauts d'une groupie dans un jacuzzi, ils évaluent le pour et le contre en termes moraux. C'est gentiment rigolo...
Bref: la moralité du film, c'est, on s'en doute, que...
...il faut toujours se méfier des groupies dans un jacuzzi.