Ce film est une rareté: c'est l'un des derniers courts métrages effectués par Avery pour la Warner, une période durant laquelle il était souvent empêché de réaliser ses films exactement comme il le voulait. Un exemple, justement, est le fait que Leon Schlesinger a fait redoubler le film avant sa sortie. Mais une version "originale" restaurée vient de sortir, j'y reviendrai...
Un chien, Willoughby, qui est particulièrement stupide, comme souvent les chiens chez Avery, subit les provocations permanentes d'une caille qu'il essaie de chasser...
La chasse: bien sûr, ce sera le principal terrain de jeu de Bugs Bunny, et le personnage était en gestation. Disons qu'ici il est un peu présent quand même, mais déguisé en caille. D'ailleurs, l'oiseau s'adresse au chien en l'appelant, vous l'aurez deviné, "Doc". Sinon, l'animal va faire subir, gratuitement bien entendu, un enfer au chien, qui se retrouve toujours à s'emplafonner des arbres. Le personnage principal est donc une caille qui se mouille.
Donc, c'était une caille, qui avait pour Avery une certaine tendance à abuser du prout facial! Ce que la Warner a refusé, et donc aujourd'hui on peut enfin entendre la version originale, et... franchement ça ne m'a pas paru si scandaleux. Beaucoup plus intéressante est la familiarité avec les futurs films autour du personnage de Screwy, l'écureuil cinglé: en particulier, on voit à un moment un de ces sublimes décrochages idiots de l'action quand les personnages parcourent le décor en tous sens en se cachant ici ou là, sans aucune logique...
Le loup et les trois petits cochons, révisés dans l'optique de la propagande anti-nazie, avec comme mission de faire vendre des bons de la défense, ça valait bien un film qui dépasse un peu le cadre habituel des productions MGM. Il fallait vraiment croire en Tex Avery pour lui laisser faire ce qu'il voulait avec ce film, qui se situe d'emblée bien au-dessus de la production patriotique d'alors, que ce soit chez Disney (Der Fuerher's face) ou chez Warner (Confessions of a nutzi spy). Car avec Blitz Wolf, Tex Avery ne force rien, ne change rien à son univers ni à sa méthode, en profitant même pour raffiner des gags géniaux qui trouvent ici leur expression définitive...
Des exemples? La façon dont Avery démultiplie l'approche de Hitler (représenté bien sûr en loup) en le montrant aux commandes d'une machine qui va souffler (huff and puff, les deux verbes qui sont des clichés du conte dans sa version Anglaise), ou encore le fait que le loup, visé par des multitudes de balles, prétend ne pas avoir été touché alors qu'il laisse filtrer la lumière...
Et puis l'animation est belle, fluide, ronde et d'une immense qualité, rien à voir avec ce qu'elle deviendra en moins de dix ans, officiellement pour évoluer avec son temps mais en réalité pour économiser du temps: Blitz Wolf est un manifeste spectaculaire du talent de Tex Avery et de son équipe à leurs débuts à la MGM, et en prime on y parle des nazis comme il doit en être fait mention. Aujourd'hui ce serait impossible de faire un tel film, parce que les fascistes, on les invite à la télévision, et on les édite même chez Albin Michel!
C'est a priori le premier film MGM de Tex Avery, éclipsé par le deuxième, sorti avant: ces deux films sont d'ailleurs d'une durée bien supérieure à la normale, puisque Blitz Wolf dépasse 9 mn, et celui-ci les atteint presque...
C'est un ensemble de situations entre un oiseau, un ver et un chat: autant dire le tout-venant du dessin animé tel qu'il était pratiqué aussi bien chez Disney que chez Warner. Donc dès le départ, Avery affiche aussi bien son style que ses envies et ambitions: situer dans le terrain de jeu des animateurs de tous bords un combat entre la rationalité d'une narration liée au conte, et une furieuse envie de dynamiter les limites narrative et le bon goût... Tout en se livrant à un commentaire permanent sur le cinéma, par exemple il est ici fait allusion à un film MGM qui s'appellerait Mrs Minimum...
Mais au vu de Blitz Wolf on comprendra aisément qu'il soit plus célèbre que celui-ci et que leurs sorties aient été interverties...
Eugénie Cléry (Lou De Lâage) est une jeune femme très comme il faut, qui appartient à la bonne société... Du moins en surface, car elle souhaite, en cette fin de XIXe siècle, affirmer son indépendance et exister au-delà du rôle promis d'épouse et de mère. Bref, elle veut vivre et pas qu'en rêve. Mais elle a un souci: elle communique avec les esprits... Elle s'en ouvre auprès de deux personnes, son frère et sa grand-mère, qui elle a une preuve que c'est vrai puisque Eugénie a retrouvé un bijou perdu depuis des décennies grâce aux indications de son grand-père défunt...
Ce qui explique qu'aux yeux de l'intransigeant père de la jeune femme, cette dernière soit folle. Elle va donc, sous la responsabilité de son frère qui 'en mord les doigts, intégrer l'hôpital de La Salpétrière et rejoindre les dizaines de femmes, folles, "hystériques", dépressives ou simplement gênantes (l'une d'entre elles à tué son mari en le poussant dans la Seine, mais elle ne me paraît pas pus folle que vous et moi) qui y végèteront sans doute jusqu'à la fin de leurs vies...
Arrière-plan historique
Le film, adapté d'un roman de Victoria Mas publié en 2019, possède une part importante de vérité, cachée derrière le prétexte semi-fantastique: Mélanie Laurent n'a pas voulu en faire trop au niveau de ce prétexte étonnant, et on n'aura pas ici une débauche d'effets spéciaux. C'est du reste la partie la moins intéressante du film, au contraire de la reconstitution du Paris de 1885: le film commence au moment où Eugénie se rend aux funérailles de Victor Hugo, sans sa famille bien sûr, et nous montre la jeune femme essayant de vivre en se rendant à Montmartre, par exemple; les scènes de rue sont intelligemment suggérées plus que montrées, tout ici est affaire de cadrage, de dosage et de costumes. Et à l'exception d'une chanson d'Arno chantée par une patiente de l'hôpital, la langue est bien celle de la fin du XIXe... Une figure historique prendra beaucoup de place dans le film, celle de Jean-Martin Charcot (Grégoire Bonnet), chef de service et éminent spécialiste de l'hystérie. Il est surtout utilisé pour montrer à quel point la domination masculine prend ici toute la place: ses leçons, assénées froidement et utilisant évidemment les patientes comme matière première, donnent l'impression d'une absence totale de compassion, et tout est affaire de point de vue, mais j'y reviendrai plus bas...
Le "bal des Folles" qui figure donc dans le titre du film est une occasion annuelle de rencontre entre le monde de l'extérieur et celui de l'hôpital. Sans vraie implication de Charcot lui-même dans le film, c'est une plongée dans un univers malsain où les médecins et infirmières semblent plutôt livrer les malades à l'amusement des bourgeois, on bascule dans un univers à la Bunuel, voire à la Browning... Comme si souvent dans les films qui s'intéressent à la vive d'une institution psychiatrique, c'est une de ces moments qui nécessite du baroque tous azimuts... Néanmoins, Mélanie Laurent a ici une mission, et son script doit faire feu de tout bois, ce gigantesque foutoir reste donc presque uniquement un arrière-plan... A part pour une scène de viol.
Mais c'est justement parce qu'après un prologue qui nous attache justement à la jeune femme dont ceci est l'histoire, le point de vue se démultiplie, au risque pour le spectateur de perdre le fil: chaque protagoniste devient susceptible de nous faire partager son expérience, et en particulier, Geneviève, une infirmière froide qui va devenir une alliée d'Eugénie après avoir constaté qu'elle n'est pas folle. Le film tend à glisser un peu facilement vers l'efficacité satisfaisante d'une production Américaine et perd de son charme, en nous livrant un cahier des charges bien trop satisfaisant pour être totalement honnête. Par contre, l'interprétation globale, les scènes situées à l'hôpital, le traitement de seconde zone accordé à une des deux composantes de l'humanité de l'époque, tout cela ne manque pas de qualités...
Un jeune couple scandinave vit en lisière de la forêt, ils ont un tout jeune enfant. Malgré ses hésitations, madame doit partir pour quelques jours et laisser son mari et la petite Alice seuls...
Ce n'était pas une bonne idée.
La huldre est une créature mythique qui vit dans les bois et attire les humains pour les dévorer. C'est une jeune femme, en apparence, mais un trou béant dans son dos indique que quelque chose ne tourne pas rond. Le film, qui ne dure que quinze minutes bien tassées, est dans la veine des oeuvres très angoissantes d'Ari Aster qui a montré qu'il y avait quelque chose de bien flippant y compris dans notre quotidien. Quinze minutes, c'est un avantage: les deux metteurs en scène ménagent leurs effets, et personne n'en fait trop.
Un homme vient de mourir dans la petite ville de Shinbone: Tom Doniphon, un vieil homme que peu semblent pleurer... Pourtant, Ransom Stoddard, l'un des sénateurs de l'état, un homme illustre, a fait le déplacement avec son épouse, et celle-ci, devant le cercueil qu'elle veille seule avec deux très vieux amis, va attendre patiemment que son mari ait fini de raconter à trois hommes de la presse l'histoire du défunt, une histoire intimement liée à la sienne... Des années auparavant, Stoddard (James Stewart) était un relativement jeune homme quand il est venu s'installer dans l'Ouest. Et il avait des idéaux: jeune avocat, il rêvait de participer à l'établissement de la civilisation dans les coins les plus reculés des vastes territoires américains. Mais son premier contact avec l'Ouest serait aussi sa première rencontre avec un hors-la-loi, Liberty Valance (Lee Marvin); celui-ci partageait avec Tom Doniphon (John Wayne) une maîtrise d'un outil dont Ransom Stoddard ignorait tout: l'arme à feu...
Les trois hommes vont s'opposer mutuellement, d'une façon complémentaire: Doniphon et Stoddard ont la même vision d'un Ouest pacifique, dans lequel les gens peuvent mener leur petite vie en toute tranquillité: pas Valance, qui croit ouvertement à la loi du plus fort, à plus forte raison quand c'est lui. Mais Doniphon et Valance partagent aussi une valeur, celle de la violence, le moye de pression sur les honnêtes gens pour l'un, et le moyen de se débarrasser du crime pour l'autre.... pas Stoddard, persuadé qu'il est de pouvoir civiliser Shinbone, et par là même l'Ouest tout entier, par le droit, la politique et la démocratie... Ce qui fait finalement bien rire les deux autres.
L'ouest vu sous l'angle du conflit entre loi et violence: c'est un intéressant terrain de jeu pour Ford, mais ce n'est pas la première fois: dès The Iron Horse, en 1924, il se posait déjà en conteur de l'arrivée de la civilisation dans l'Ouest, incarnée par le train, bien sûr. Three bad men (1926) était aussi à sa façon une épopée, qui racontait les "land rushes", ces mises à disposition du public de territoires à conquérir, comme en Oklahoma ou au Wyoming, avec à la clé une promesse de réfléchir à la création d'un état. En 1946 enfin, My darling Clementine baignait sa légende de l'Ouest (le fameux marshal Wyatt Earp et le non moins célèbre règlement de comptes à OK Corral) dans un arrière-plan à la fois lyrique et discret, montrant dans la ville de Tombstone l'arrivée permanente de nouveaux citoyens potentiels... Mais pour les deux derniers films cités, nous pouvions voir qu'il y avait pour certains une peur de cette arrivée de la civilisation: les trois gangsters du titre du film de 1926, ou encore l'aventurier Doc Holliday qui semblait posséder la ville de Tombstone à l'écart de toute interférence de la loi, ces personnages empreints de légende même si Holliday était un personnage tout à fait historique, nous préparaient à un regard à la fois tendre et nostalgique sur toute une époque.
The man who shot Liberty Valance est la somme de ces éléments, car le sujet sans ambiguité est précisément l'arrivée de la civilisation dans l'Ouest, incarnée par Ransom Stoddard, le futur gouverneur, sénateur et même peut-être, il se murmure, vice-président: un homme arrivé sans armes mais avec des livres de droit. Un homme qui va tout faire pour contribuer à la fois à l'élévation de sa communauté (et le début, avant que le film ne plonge vers un flash-back, nous montre qu'il y a réussi puisque dans cette ville aux murs refaits à neuf, tout le passé semble avoir été oublié!) et à l'élaboration d'un état en bonne et due forme pour rejoindre la fédération des Etats-Unis.
Il s'oppose donc légitimement aussi bien à son ami Doniphon qu'à Liberty Valance... Sauf que, nous montre Ford, seul et sans passer par les méthodes de Doniphon, Stoddard aura bien du mal à faire triompher le bon droit. John Ford nous montre donc de quelle façon l'histoire va avancer, et le fait intelligemment, d'une part en prenant un point d'appui au XXe siècle (le film doit commencer aux alentours de 1905, j'imagine) soit dans sa propre jeunesse; ensuite, il utilise des ressources cinématographiques dont bien sûr il possède le secret: l'une d'entre elles est de réaliser son film, une production ambitieuse pour la Paramount, en noir et blanc, ce qui est inattendu: d'une part tous les westerns de Ford depuis 1955 sont en couleurs, ensuite en 1962, le noir et blanc est un style totalement passé. Mais justement: ce retour au style de sa jeunesse permet au cinéaste de brouiller les pistes, en se livrant à quelques scènes nocturnes du plus bel effet... Et pour finir, il assène une magistrale leçon de perspective et de point de vue, tout droit sortie de Rashomon, pour nous expliquer qui a vraiment tué Liberty Valance.
Car comme le titre l'indique, ce film sur l'arrivée de la civilisation, de la loi et de l'ordre dans les coins reculés des Etats-Unis, pour le plus grand bonheur de ses citoyens, qu'ils soient anglo-saxons (Hallie, future Mrs Stoddard, jouée par Vera Miles), Scandinaves (John Qualen dans son sempiternel rôle de Suédois à fort accent), Afro-Américains (Woody Strode, le "boy" de John Wayne, un rôle d'ailleurs un peu ambigu) ou même Hispaniques (les enfants du marshal, Andy Devine), est titré d'après un acte de violence: si la civilisation est arrivée, c'est parce que quelqu'un a eu le courage de tuer un sale type. Bref, voilà qui contredit sérieusement les beaux discours de Ransom Stoddard, non? C'est toute la saveur de cette contradiction, cet aveu d'échec cinglant qui est au coeur de toute l'histoire d'un pays, qui fait l'importance de ce film tardif de John Ford, parfois étonnamment maladroit: comme d'habitude, le metteur en scène a systématiquement privilégié le tournage en une prise, a laissé la saoûlographie de certains acteurs - John Carradine, Edmond O'Brien - prendre le pouvoir (et y a certainement participé allègrement), et Ford a aussi confié les rôle principaux à des acteurs qui font sérieusement leur âge: difficile de croire que John Wayne ait 35 ans ici, et difficile aussi d'imaginer que Ransom Stoddard soit "un jeune avocat" plein d'avenir quand on voit à quel point James Stewart trahit ses 54 ans!
Mais voilà, non seulement on se fait à ces défauts, car ils sont partie intégrante du style de Ford, mais aussi il faut voir ce beau film classique, le dernier chef d'oeuvre du metteur en scène vétéran, un film-somme dans lequel il réussit magistralement des scènes-clé comme la mort de Valance, justement, ou la façon dont ce dernier inculque un leçon cuisante à coup de fouet à James Stewart (ce qui va avoir des répercussions bien entendu sur les prétentions civilisatrices): Lee Marvin, en bandit, y est magistral de bout en bout, c'est un méchant réussi, sans restrictions... Le metteur en scène se glisse sans problème dans ce qu'on a appelé le western révisionniste (qui revenait donc sur les habitudes prises dans le western, de truquer la vérité, d'accabler les indiens, d'opposer le bien et le mal, etc), d'autant qu'il n'a pas attendu les années 60 pour interroger le genre et ses sales manies... Quand au constat, célèbre, sur la légende qui dans l'ouest devient la vérité acceptée par tous, il place fermement John Ford, conteur extraordinaire de l'Amérique du XXe siècle, aux côtés de celui qu'il s'était amusé à citer dans My Darling Clementine: William Shakespeare.
Que cache le regard perdu et les sourcils sombres d’André Demester (Samuel Boidin)? L’agriculteur passe des journées morne à son tracteur, sous le regard mystérieux de Barbe (Adélaïde Leroux), son amie d’enfance, qui quelquefois le prend par la main, et dans la froide humidité des après-midis Flandrins, le conduit dans les fourrés où ils ont un rapport sexuel - pas d'autre mot pour un acte mécanique et qui ne semble pas trahir le moindre élément affectif. Puis elle s’en va en lui faisant la bise… Dès le départ il y a quelque chose qui ne va pas entre ces deux-là, et ça tient à leurs sentiments. A ce qu’ils n’expriment pas, et même à ce qu’ils chassent : quand on le lui demande, en présence de Barbe, André nie l’évidence: non ils ne sont pas ensemble, et quand elle se laisse séduire par un autre sous ses yeux, André souffre mais ne le dira pas.
A des kilomètres de là, les deux hommes vont faire partie de la même troupe, dans la même guerre (anonyme, ce pourrait être en Irak, en Afghanistan, ou ailleurs; ça a été tourné en Tunisie), et leur petit groupe (sept soldats) est plus marqué par le conflit interne que par la camaraderie. La guerre y est filmée comme un acte désespéré, nihiliste, mais les rapports entre les hommes, eux-mêmes, sont pires encore: inévitablement, quand les deux protagonistes se retrouvent seuls l’un avec l’autre, ils se retrouvent non pas en camarades, mais en rivaux… Et ça va dégénérer, malgré toutes les bonnes résolutions.
Barbe, de son côté, a une histoire très compliquée: sa mère a fini dans un hôpital psychiatrique, pour des troubles qu’elle semble partager… Son principal problème est-il lié à son attitude très particulière face au sexe, cette passivité et cette acceptation presque servile des désirs des hommes de sa vie? A-t-elle choisi de se tenir à l'écart des sentiments parce qu'ils sont dangereux pour elle?
Loin des Flandres, les scènes de guerre ont beau faire penser à Full Metal Jacket, l’austérité qui s’en dégage est impressionnante. Le cinéaste nous conte une odyssée minable de sept hommes qui vont se fédérer autour… d’un viol. Pas tous, néanmoins : devant l’action de leurs camarades, les deux rivaux en amour assistent dans un premier temps au crime de leurs camarades qui déshabillent une combattante et lui passent dessus à tour de rôle (une scène aussi rigoureuse que violente, bien entendu), mais l’un d’entre eux fera le choix de faire comme eux. Pas l’autre…
A la fin, enfin, les deux copains-copines se retrouvent au pays. L’atmosphère est lourde, car de l’eau a coulé sous les ponts. Il y a eu un enfant, dont on ne sait pas ce qu’il devient… André Demester, lui, a au moins appris une chose : il sait, maintenant, non seulement quels sont ses sentiments à l’égard de la petite Barbe, mais aussi qu’il doit le lui dire…
Un film fait par un metteur en scène qui n’avait pas envie de le faire, avec une star qui n’était pas prévue au départ… Ca partait mal, donc. Duvivier n’était pas tellement d’humeur à adapter le roman de Pierre Louys, et y a trouvé des occasions de le Duviviériser… Mais ça joue constamment au détriment du film, qui s’alourdit, et sachant que dès le départ il y a une fille sensée être l’incarnation même de la sensualité féminine, incarnée à la truelle par Brigitte Bardot (Duvivier l’at-il même dirigée ? je n’en suis pas sûr !) vous comprendrez que quand je dis « alourdit », je pèse mes mots.
Les ajouts concernent essentiellement les seconds rôles, dont en particulier deux hommes liés à l’histoire compliquée de notre beau pays, un ancien collaborateur parti s’installer en Espagne (il est écrivain, et on pense à cette ordure de Céline, bien sûr), et d’autre part le fils (Michel Roux, tout droit sorti de La fête à Henriette) d’un autre collabo «venu s’installer en Espagne pour ses idées». C'est en lien avec de nombreux personnages de son oeuvre, mais... Ca ne sert pas le film, et on finit souvent par se dire que cette intrigue lourdingue avec un richissime quadragénaire amoureux d’une petite gourgandine qui se refuse à lui en lui promettant la lune, ne nous intéresse guère…
Et Brigitte Bardot, je le dis et le redis, est atroce.
Tout en étant un remake partiel de Porky's duck hunt, ce court métrage en couleurs (d'ailleurs splendides), fait donc partie de la série "merrie melodies", à laquelle Avery était préposé en priorité. Parodie de la série Disney Silly Symphonies, on y tournait autour de la musique, e qui explique ici le recours à une chanson entonnée par Daffy Duck: The merry-go-round broke down, qui date de la même année, deviendra plus tard le thème obligé des dessins animés Warner.
On voit comment, dès le départ, Avery fait se mesurer les deux héros sur l'autel de la folie pure, puisqu'il les fait sortir de deux coquilles de noix avant de s'affronter... Le film est aussi une variation sur le thème de la chasse, ce qui me permet de faire une transition osée: en effet, Egghead est la première incarnation d'un personnage qui deviendra, un jour, Elmer Fudd. Mais pour l'instant, il chasse les canards...
Ni bon ni mauvais, le film est surtout notable pour sa réutilisation d'une séquence de folie pure de Porky's Duck Hunt dans laquelle Daffy Duck, animé par Bob Clampett, partait en vrille et dans tous les sens. Inutile de dire que l'effet de répétition lasse un peu...
Les souris Mexicaines en ont plus qu'assez de voir Speedy Gonzales rafler toutes leurs petites amies potentielles et lui tendent un piège en faisant venir "el gringo pussycat", soit le chat Sylvester. Comme d'habitude, la lutte sera inégale...
Et comme d'habitude la formule, immuable, joue en plein. On pourra au moins apprécier de quelles façons, une fois de plus, Friz Freleng montre un animal plus imposant, en lequel il s'identifie pleinement, se faire rouler dans la farine par un être minuscule et décidément plus fort que lui. C'est certes un peu mécanique, mais de toutes façons, depuis l'avènement des aventures du Coyote, ce type de conflit épisodique était la règle pour les Looney Tunes, quel qu'en soit le réalisateur...