Hellboy et ses copains mutants travaillent pour le gouvernement Américain mais leur supérieur le Dr Manning (Jeffrey Tambor) aimerait qu'ils soient un peu plus discrets... Surtout le grand diable rouge. Mais ça va être difficile, car le Prince Nuada du royaume des Elfes a décidé de récupérer le pouvoir en tuant son père et de faire la guerre aux hommes...
J'ai résumé au plus court, parce que même si Guillermo Del Toro s'est investi personnellement et a lui-même imaginé et écrit cette histoire avec la rigueur et le soin qui le caractérisent, l'intérêt est strictement dans la mise en images d'un comic book qui l'a hautement inspiré, et je parle bien sûr ici de sa maîtrise visuelle... et c'est la fête. Grâce à son bon goût, le réalisateur qui n'abuse jamais des effets numériques a su créer de toutes pièces, avec une combinaison de moyens concrets et de moyens virtuels, un univers totalement enthousiasmant, dans lequel l'inquiétant (et parfois le très inquiétant, comme ces myriades de créatures vorace qui mangent les hommes en commençant par leur denrée préférée, les dents) le dispute constamment au féérique...
Si l'univers de Hellboy reste un terrain de jeux moins important que les deux films hispanisants sur le fascisme, ou l'extraordinaire conte The shape of water, Guillermo Del Toro se plaît à mettre en scène ses personnages décalés, véritables marginaux de la lutte contre le mal. Et il est difficile de ne pas craquer pour la loufoquerie de ce grand et costaud diable de Ron Perlman, qui s'émeut de la possibilité qu'un monstre puisse manger un chat (Hellboy adore les chats, une preuve de bon goût, et ce n'est en rien alimentaire) avant de distribuer d'authentiques bourre-pif qui bourrent vraiment les pifs. Un personnage avec cigare mais sans filtre, qui est rafraîchissant par sa réelle originalité dans le tout-venant médiocre des super-héros de tous poils.
Chatelard (Jean Gabin), brasseur de Cherbourg, accompagne sa maîtresse Odile (Blanchette Brunoy) à Port-en-Bessin où on enterre son père. Il l'attend dans un café sur le port, et fait la rencontre de Marie (Nicole Courcel), la petite soeur d'Odile: le coup de foudre est immédiat. Il achète un bateau à un patron-pêcheur lessivé (Julien Carette), sans doute pour faire une affaire mais plus sûrement pour avoir un prétexte pour revenir sur place... Mais la petite ne sera pas facile à séduire: en porte-à-faux avec sa famille paysanne, dotée d'un fiancé coiffeur timoré et d'un mauvais caractère, elle sait ce qu'elle veut. Mais que veut-elle, exactement?
C'est une bonne question: souvent chez Carné la femme paraît volage car insondable, et la petite Marie, du haut de ses 18 printemps, en est un cas d'espèce! Après l'onirisme malaisé des Portes de la nuit, la tentative avortée de La fleur de l'âge, ce nouveau film est une modeste production de l'auteur des Enfants du Paradis, située dans une Normandie assez réaliste, mais qui peine à rivaliser avec les décors hantés de ses premiers films. Notons que les extérieurs ont en effet été tournés sur les lieux de l'action (qui ont bien changé, cela va sans dire) mais que l'essentiel de l'action se passe dans des décors intérieurs un peu trop passe-partout (même si Trauner les a soignés): le Café du port, à Port-en-Bessin, où Julien Carette fait partie du décor; la brasserie de Gabin qui possède aussi une salle de cinéma où l'on passe Tabou, clin d'oeil à un lointain passé pourtant distant seulement de 18 ans, et à un ailleurs aussi bien géographique que cinématographique...
Il y a du pis-aller dans ce film qui en remplace un autre, le maudit La Fleur de l'âge, qui n'a pu se faire et dont il ne reste aujourd'hui rien du tout si ce n'est les souvenirs des uns et la rancoeur des autres. Kosma, Trauner sont encore là, Gabin aussi, et si George Ribemont-Dessaigne a signé les dialogues de cette adaptation de Simenon, l'ami Prévert était présent bien que non crédité; mais le coeur n'y est pas. D'une art le film manque d'enjeu clairement défini et semble dynamiter les possibilités dramatiques les unes après les autres. Gabin, qui peinait à faire son retour, est comme coincé entre deux âges, et sa romance avec tout ce qui porte jupe et qui passe à sa portée serait même gênante. D'autant que l'image qu'il finit par projeter, au fur et à mesure, est celle d'une certaine impuissance! Reste quelques bribes de l'univers de Carné, quelques séquences plus intéressantes que d'autres, Carette qui illumine l'écran de sa déprime admirablement grandiose, et un plan mobile superbe et inattendu de Nicole Courcel dans un bus qui profite d'une idée de montage que je qualifierai d'absolument géniale et que je vous laisse découvrir...
Dans un minable théâtre forain, le rôle principal d'une pièce située à la Renaissance va être tenu, pour la première fois, pas la doublure de l'acteur, l'homme à tout faire Honorin (Fernandel) car la vedette, fils du patron-directeur-propriétaire-metteur en scène-auteur Cascaroni, a une rage de dents. Mais Honorin, qui connaît le rôle par coeur mais n'a pas l'habitude, a le trac. Il sollicite l'aide du voyant-hypnotiseur Cagliostro, dont la roulotte est en face du théâtre: celui-ci 'hypnotise et l'envoie à la cour de François Ier pour s'habituer à son rôle...
S'ensuit une comédie un rien schizophrène, dans laquelle d'une part Christian-Jacque s'est inspiré de la rigueur de la comédie Américaine, et reconstitué un univers assez solide, avec décors et costumes idoines... dans lequel il a d'autre part amené Fernandel dont la mission est de tout dynamiter avec sa logique populaire du XXe siècle. C'est une comédie soignée visuellement dans laquelle, cinéma français oblige, le flot verbal permanent finit par l'emporter. Alors oui, c'est souvent drôle, mais on ne compte plus les occasions manquées parce que la star passe son temps à tout commenter... Et Fernandel a surtout recours à l'humour de comptoir! Il y a malgré tout, y compris dans la surabondance dialoguée, des moments de grâce loufoque, une joie enfantine pour les anachronismes, et l'utilisation magique d'un petit Larousse qui s'avère bien pratique...
Pour finir, jetons un regard nostalgique sur un film qui en son temps était un passe-partout des diffusions de cinéma à toute heure (Entre La Grande Vadrouille et Fanfan la Tulipe!) et qui maintenant serait sans doute programmé dans le Cinéma de Minuit, à 2h du matin, pour que personne ne le regarde... Ou sur Youtube.
Detroit... Jay (Maika Monroe) a un amoureux, Hugh, et elle a un rendez-vous avec lui. Sur les bords du Lac Michigan, ils prennent la décision d'aller, comme on dit, jusqu'au bout... Mais après les ébats Hugh la drogue et la ligote, puis lui explique la situation: il était "infecté" par une malédiction, et en ayant un rapport avec elle, il la lui a refilé. Elle devra maintenant fuir, car "ça" peut venir à n'importe quel moment, sous la forme d'un être humain, pas forcément en très bonne santé; si "ça" la rattrape, elle va mourir, et lui ensuite. Le seul moyen d'enrayer le destin est de passer à son tour la malédiction à quelqu'un d'autre, et d'éloigner au maximum les chances de mourir... Commence alors une course contre la montre, car Jay se rend bien vite compte que la menace est bien réelle...
Nous aussi: nous sommes prévenus par un prologue d'une rigueur et d'une efficacité maximale, dans un film qui est une authentique réussite, dans un genre qui n'en connaît pas beaucoup, et qui n'en a d'ailleurs pas connu tant que ça dans l'histoire du cinéma. Evacuons tout de suite une rumeur persistante: le film n'est pas une métaphore sur les MST, ou le SIDA... Il s'agit plutôt d'une histoire de terreur à l'ancienne, qui permet au réalisateur de jongler avec la riche thématique du genre, et d'explorer le comportement d'adolescents et de jeunes adultes d'un quartier en déconfiture de la ville de Detroit.
L'idée est venue à Mitchell après un cauchemar, qu'il a essayé d'utiliser dans un script dès 2011. Le fait de construire une idée comme celle d'un être humanoïde qui peut prendre n'importe quelle forme, avec comme "mission" de vous détruire, située dans le décor d'une banlieue en pleine décrépitude comme celles qu'on peut voir dans le film, et l'abondance de décors pertinents (dont des piscines et une petite plage tranquille au bord du lac Michigan) débouchent sur un suspense maximal. Bien sûr, les effets sont plus que ménagés, et l'interprétation est intelligente: pas d'excès d'émotion, et pas un gramme d'ironie facile au dépens des personnages ici.
Et bien sûr, le dernier mot sera pour la mise en scène. En combinant ses influences (Hitchcock, De Palma, Tourneur, Cronenberg...) Mitchell se situe du très bon côté du film d'angoisse, qu'il met en scène face à une authentique humanité, celle d'une adolescente victime d'un destin bizarre, et dont l'éveil à la sexualité est perturbée par le fait qu'elle devienne une question littérale de vie ou de mort. Le champ est utilisé à merveille, ce qui fait qu'au bout d'une demi-heure il devient impossible pour le spectateur de ne pas scruter les plans pour y trouver "la chose", en train de venir droit vers nous! une scène finale dans une piscine prend son inspiration dans une scène de Cat people de Tourneur: Jay, dans l'eau, est la seule à voir son assaillant. La scène est vue selon le point de vue des amis qui l'accompagnent et qui vont être témoins de phénomènes qu'ils vont devoir comprendre et reconstituer à partir d'indices épars: bruits, objets qui volent dans l'eau, et le doigt pointé de l'héroïne vers la direction de son tourmenteur invisible...
Car Mitchell est un cinéphile, et ça se voit. A la façon de Joe Dante, il a truffé son film d'écrans, et par exemple, les amis de Jay aiment se retrouver autour d'un bon vieux film de SF des années 50 à la télévision. Jay elle même a une petite piscine, où elle passe du temps... Mais elle pose un récepteur de télévision qui diffuse des films pendant sa trempette! Et le premier rendez-vous avec Hugh est situé dans un cinéma qui diffuse Charade de Stanley Donen: comme Audrey Hepburn face à Cary Grant, Jay aurait du se méfier de ce "Hugh" dont on apprendra plus tard que son vrai nom est Jeff, et ses intentions peu orthodoxes. Mais de fait, dans It follows, les deux protagonistes sortiront du cinéma avant la séance...
Grande réussite, et d'ailleurs on a envie d'y retourner!
La vie, les amours contrariées, la souffrance, la surdité et la mort de Ludwig Van Beethoven, en 70 minutes...
Beethoven? Tout de suite, on pense soit à Gance, soit à Kubrick! Pas spécialement à Hans Otto Lowenstein, cinéaste à la fois Autrichien et méconnu. Par contre, Fritz Körtner en Ludwig Van, ça me paraissait être pertinent. Ca l'est. C'est, par contre, la seule chose, car...
Le film, fondamentalement, est un biopic sans saveur, sans apport vraiment pertinent. On se souviendra peut-être de quelques moments où le cinéaste prévoyant anticipait sur le bonnes idées des accompagnateurs musicaux de ses bobines, et pourquoi pas en effet? La même époque, Gance (encore lui!) faisait intervenir la musique dans son Napoléon, pourtant rigoureusement muet... Mais au-delà de Körtner, donc, point de salut dans ce film illustratif, lisse, dont le seul ingrédient mémorable est le visage torturé de l'un des acteurs les plus doués de l'écran Germano-muet...
Notons pour la bonne cause que le film, considéré comme totalement perdu, a été retrouvé dans une copie française pas forcément complète, et dotée de fort jolis intertitres.
Une fois de plus, on pourrait presque dire une fois de trop, Amaia Salazar mène l'enquête et affronte une secte de fous furieux qui pour certains mangent les enfants, et les autres se contente de les tuer dans un rituel immonde, ce qui décidément donne du merveilleux pays Basque Espagnol une image assez inattendue...
Une fois de trop, disais-je, parce que décidément on ne peut pas vraiment éviter qu'une franchise de devienne l'occasion de bégayer, mais en prime ça vire vraiment au grand n'importe quoi. Donc on en finit par se lasser de soutenir l'héroïne au grand coeur qui finit par devenir la victime d'une auteure qui manifestement lui en veut (Dolores Redondo, qui a écrit les trois romans adaptés dans la série) et à moment, trop c'est trop.
De la même équipe, du même auteur que le Gardien Invisible et avec le même parti-pris d'ajouter une forte dose de folklore Basque ou assimilé à un film de serial killer, voici le deuxième volet des aventures de l'inspecteur Salazar. Du temps a passé depuis l'affaire qui occupait le premier film, mais il y a des séquelles sérieuses, qui vont encore plus impliquer Amaia Salazar (Marta Etura) et l'amener à reconsidérer son passé...
...Et c'est là que le bât blesse: car ce qui passait pour un film, ne passe pas aussi bien pour un deuxième. Certes, aussi bien à travers les romans que les films, les intrigues sont de toutes façons indissociables les unes des autres, et donc le deuxième s'imposait ne serait-ce que pour apporter des réponses aux questionnements non résolus (et donc, le troisième, hélas, s'impose d'autant plus): on se retrouve donc exactement dans le même problème qu'avec Millenium: une intrigue à tiroirs, ces tiroirs possédant eux-mêmes d'autres tiroirs, un citron pressé jusqu'au pépins, et des coutures qui commencent sérieusement à se voir... Et le pire sera le troisième.
Pays Basque Espagnol, province de Baztan: un serial killer supprime des adolescentes, retrouvées dans la même position, dans une mise en scène qui fait intervenir une dimension folklorique troublante. L'enquête est confiée à une inspectrice, Amaia Salazar (Marta Etura), d'origine locale et qui doit déjà batailler sur deux fronts compliqués: une famille à l'histoire sordide, avec une mère qui a tout fait pour lui mener, à elle spécifiquement, la vie dure quand elle était petite, et quand je dis dure, ce n'est pas un vain mot; et une vie personnelle qui se déroule tranquillement, avec son mari Américain qui a tout abandonné pour la suivre, mais ils veulent un enfant et pour l'instant ça n'a rien donné... Et tout va basculer car cette affaire compliquée va résonner au sein même de sa vie...
C'est une trilogie, adaptée de trois romans de Dolres Redondo, qui tous se situent dans cette même province à la frontière de l'Espagne et de la France, et les Pyrénées Basques y sont omniprésents. En toile de fond, d'une part, car la vie dans les vallées Pyrénéennes et les contraintes qui en découlent sont un des aspects les plus réussis du/des film(s), mais aussi par l'arrière-plan culturel, qui deviendra d'ailleurs de plus en plus riche, pour aller jusqu'à l'étouffement, voire le ridicule, dans les deux volets suivants.
Reste que le premier des trois films, qui donne le ton avant de virer à la sale manie, est une intéressante surprise, qui (pour l'instant) ne se vautre pas trop dans la médiocrité des productions télévisées Européennes (vous savez, avec ces flics qui s'invectivent plus qu'ils ne respirent, le visage coincé dans un rictus peu engageant...), et offre en prime une visite peu banale des Pyrénées sous un angle, mais oui, inquiétant... Et Marta Etura, dont la cote de popularité à énormément gagné dans ces films, reste un héroïne engageante, avec une ascendance encore plus compliquée que la descendance.
Réalisé en fin d'année 1930, soit une année marquée par un film au succès spectaculaire (The big house) qui est situé dans une prison, ce film est néanmoins bien plus que la simple réponse de la Columbia à la MGM sur un genre donné. Hawks continue d'y faire ses gammes et d'y développer un savoir-faire qui est boosté par le parlant...
Le procureur Brady (Walter Huston) envoie le jeune Bob Graham (Barry Norton) en prison pour le meurtre involontaire d'un sale type qui s'en est pris à une femme dans un speakeasy. Le jeune homme ne va pas tarder à perdre son innocence au milieu des gangsters de la pire espèce, mais v aussi expérimenter la solidarité entre les détenus. Après six ans des dix que doit durer sa peine, il voit arriver à la prison Brady, nommé directeur après une élection malheureuse. Ca va tout changer...
C'est un de ces excellents films des débuts du parlant, où le metteur en scène s'est imposé de garder le contrôle du naturel en permanence. Pas de texte ralenti pour des raisons techniques, ici, pas de prudence à l'égard du débit, Hawks et ses acteurs ont compris que la technique fragile du parlant peut qund même s'accommoder d'une diction rapide, et c'est tant mieux! Occasionnellement, certains acteurs (Karloff en tête mais c'était son style) vont ralentir un peu le rythme, mais ce drame de la prison apparaît comme l'un des meilleurs du genre, car oui: c'était un genre (Thunderbolt, The Big House, 20,000 years in Sing-Sing et même Pardon us avec Laurel et Hardy...).
L'histoire d'amour en toc, par contre, à laquelle Hawks ne s'est pas du tout intéressé, ne joue pas en faveur du film, et cela explique la supériorité, au hasard, de l'impeccable 20,000 years in Sing-Sing de Curtiz.
Une bande d'actualité, ou quelque chose d'approchant... Dziga Vertov, Boris Kaufman et Elisabeth Svilova se sont lancés au milieu des années 20 dans la réalisation de moyens métrages de points de vue documentaires, qui sont autant de la propagande que de l'actualité. Il y en a eu 23 en tout, et celui-ci est notable pour une raison assez évidente: il s'agit de celui qui prend prétexte de célébrer Lénine mort en janvier 1924, pour rappeler les avancées de la révolution... à moins que ce ne soit le contraire.
On retrouve donc le style "volontariste" soviétique, fait d'une certaine maîtrise de tout ce qui concerne le montage, d'une apostrophe permanente du spectateur par des intertitres envahissants et sans le moindre "quatrième mur, d'une constante insistance sur la vérité supposée de ce qui reste un montage de propagande, et... des tracteurs, ben tiens.
Vertov, qui restera un éternel électron libre dans son pays, reviendra quand même à Lénine dans un film de propagande folle furieuse, qu'il intitulera pompeusement Trois chants sur Lénine. Mais c'est une autre histoire...