Un fils de très bonne famille veut se marier avec la fille d'un boutiquier, sa mère (Alice Joyce) s'y oppose... Elle souhaite utiliser des stratagèmes pour empêcher ça, il n'est pas en reste: alors qu'il est supposé partir en Europe avec sa mère, le fils décide de lui échapper et de rester en ville pour se marier; de son côté, la mère envoie une cousine à sa place et incognito, revient elle aussi parce qu'elle a deviné les intentions de son fils... Les voilà tous dans la maison, la nuit, à se faire mutuellement peur: Jack, Mary, la mère, sa bonne (Zasu Pitts), et même un cambrioleur (Jean Hersholt) très au courant des allers et venues des gens de la haute, qui pensait trouver la maison vide, tout en prenant les deux femmes pour des consoeurs...
C'est à l'origine une pièce de théâtre, qui profite de la vogue des maisons hantées tout en proposant quelque chose de différent. D'une part c'est splendide, très réussi, avec les acteurs idéaux de bout en bout: Alice Joyce est parfaite en mère snob, Hersholt aussi en cambrioleur de luxe. Et Zasu Pitts en bonne évaporée est comme à son habitude un régal permanent, et elle est d'ailleurs avec son regard absent le principal vecteur de la comédie.
Sans parler du fait que ce film est le deuxième à ma connaissance à opposer l'actrice à Jean Hersholt. Qu'il est plaisant de les retrouver ensemble... Si Melville Brown, relativement habile artisan, ne se distingue pas par la mise en scène, on profite ici du savoir-faire acquis par les studios Américains au niveau de la photo de John Sturmar, largement nocturne: l'influence des films européens y est savamment diluée dans 'efficacité Américaine. Si ce film n'est pas The cat and the canary, il reste un vrai plaisir, un petit bijou de comédie bien dosée.
Sensé continuer la veine de Ma Loute et P'tit Quinquin, ce Coin-Coin étrange et venu d'ailleurs est d'ailleurs la suite de ce dernier... Donc, c'est alors qu'il cherchait, sans doute, un raccourci qu'il ne trouverait jamais que Coin-coin les a vus... Les flaques de glu.
De la glu, ou une sorte de bouse qui sent fort, assimilable soit à "un gros tas ed'brin" pour reprendre une expression locale, soit à du gasoil, il en pleut parfois littéralement. C'est, je crois, un gag.
Autre gag, l'enquête sur ces phénomènes probablement extra-terrestres échoit au commandant de gendarmerie Van Der Weyden et à son fidèle Carpentier, comme ça on retrouve tout son monde, puisque Coin-coin, c'est Quinquin qui a grandi...
On se confronte à l'évolution du monde, par exemple Eve, la petite amie du héros, a désormais une copine, ce qui déclenche parfois des commentaires acerbes. Calais n'étant pas loin, on croise beaucoup d'Africains et de migrants divers. Là aussi, les commentaires fusent: les "héros" ne sont pas en reste. Un parti néo-fasciste, le Bloc, va participer aux élections, et manifestement la présence des migrants est une aubaine pour eux: toute la population les soutient, et Coin-coin est même engagé pour faire partie du service d'ordre.
Et puis ça dégénère: les flaques extra-humaines donnent naissance à des entités qui provoquent le clonage de quelques humains, dont le commandant et Eve; les gendarmes n'y comprennent rien; Coin-coin fricote avec une fille qui le mène par le bout du nez (entre autres); des déguisements de carnaval se font voir, dont un du commandant; le clergé ne s'arrange pas, et les soupçons de pédophilie avec; on parle de zombies à la fin; l'apocalypse pousse les gendarmes à délirer sec, tout le temps: cascades automobiles, dialogue idiot en permanence, logorrhée et surtout un prout facial permanent, dont le commandant use et abuse pour signaler son trouble.
Cette suite qui ne va nulle part s'imposait-elle? Pour ma part je dirais bien non.
Dans une pièce, d'un côté un garçon d'origine Indienne se plonge avec délices dans un dessin animé de super-héros, et de l'autre, son père essaie de trouver le calme nécessaire à la méditation religieuse. Comme le compromis est impossible, le père éteint le téléviseur et le petit Sanjay, totalement contre son gré, doit participer à l'exercice de méditation paternel. Jusqu'à ce que son imagination ne commence à se mettre en route...
Voici donc comment Pixar a sorti le premier film autobiographique de son histoire! Blague à part, Sanjay Patel a choisi une voie intéressante pour conter son histoire, d'abord toute en douceur, avant de partir dans toutes les directions en suivant l'imagination de son double enfant. Pas de grande surprise au bout, le message reste consciencieusement consensuel bien sûr...
Désespéré après l'accident qui a coûté la vie à sa femme et son enfant, le lieutenant de police Pharaon de Winter (Emmanuel Schotté), arrière-petit-fils du peintre du même nom, vit avec sa mère, sort souvent avec ses amis, un couple: Joseph (Philippe Thullier) et Domino (Séverine Caneele). Il a envie de Domino, et elle en a conscience, mais elle continue à la laisser évoluer autour d'elle parce qu'il lui inspire de la pitié... Mais aussi, De Winter, sous les ordres d'un commissaire pète-sec, enquête sur un crime odieux: on a retrouvé le cadavre du d'une pré-adolescente, violée puis tuée.
Dès le départ il me faut parler d'une sorte de tactique d'agression utilisée par Dumont: la première séquence nous montre De Winter, qui erre dans la campagne comme un fou, il est vrai qu'il est fou: de douleur. Il court puis se jette sur la terre humide... Le soupçon, parfois, qu'il ait quelque chose à voir avec le meurtre, nous prendra parfois, et c'est bien normal... Le titre, après tout, est L'humanité et à tout prendre, Pharaon De Winter est un humain. Doté d'une forte empathie, d'une immense tendance à la compassion et d'un très fort besoin... De tendresse, de câlins, quoi, ce qui va pousser Domino à mal lire en lui et lui proposer, un peu trop crûment, de la caresser...
Puisqu'on en parle, et même si chez Dumont c'est assez fréquent, on verra à trois reprises Domino et Joseph dans leurs ébats, et si la passion semble parfois y être, ce qui est frappant, c'est à quel point le cinéaste évite justement de s'appesantir sur la plastique de la sexualité. Non qu'elle soit bestiale, non, mais cette représentation crue, encore, de l'acte, qui donne souvent l'impression d'avoir été réellement effectué devant la caméra par des acteurs qui n'ont pas beaucoup de possibilités de lui échapper, est surtout anatomiquement correcte. Comme l'est la présence de deux citations de L'origine du monde de Courbet; la première fois, c'est particulièrement choquant, et c'est à nouveau une agression: c'est la fillette qui est morte, le vagin ensanglanté... Un plan que très honnêtement on n'avait pas envie de voir. La deuxième fois fait écho à la tentative gauche de Domino, et cette fois c'est elle qu'on voit dans cette impudique position...
Mais chez De Winter, qui enquête et tente de survivre à son chagrin, lentement, mollement même, l'empathie et la recherche d'un contact rassurant passe parfois par des extrêmes, ainsi quand ses investigations professionnelles le mènent dans une institution psychiatrique, il sollicite un peu de tendresse de la part d'un soignant, qui s'exécute. Puis quand il fait face aux coupable de crimes, il a une réaction étonnante: la caresse, pour un dealer qui a l'air de ne pas en revenir... Puis face au violeur une fois attrapé, De Winter lui roule un patin...
Là encore, la provocation l'emporte chez Dumont, qui échappe par ces divers à-côté au naturalisme de son film précédent. En De Winter il semble avoir trouvé une boule de compassion, un homme avec trop d'amour à donner et qui n'a plus personne à qui le donner, mais aussi un nouveau "Jésus" un peu plus explicite que celui de l'énigmatique titre du premier film de Dumont... Le film, tourné une fois de plus dans le Nord avec des acteurs non professionnels (et le principal d'entre eux a probablement été choisi pour sa gaucherie et sa lenteur, qui envahit tout le film), est énigmatique même si sa recherche difficile d'épiphanie, d'élévation et de sacré passe par des énigmes parfois séduisantes, à travers cet étrange personnage, hanté par la mort, amoureux d'une ombre, descendant d'un peintre et habitant dans une rue qui porte son nom, puisque ce peintre était local et célèbre... Moins abouti, plus ambigu que La vie de Jésus, L'humanité trouvera lui aussi un écho dans l'étrange et plus burlesque P'tit Quinquin, 15 années plus tard. Il n'a, en attendant, pas encore livré tous ses secrets...
D'emblée, on constatera que ce film, le premier long métrage de Dumont, est la matrice d'une bonne part de son oeuvre: tournage en Nord-Pas de Calais, comme on disait avant, avec des gens du cru pour acteurs, absence de tout embellissement, et une intrigue linéaire qui s'abstient du moindre manichéisme. L'intrigue a d'ailleurs (comme le film suivant, Lhumanité) beaucoup en commun avec l'univers de P'tit Quinquin, la série de 2014 qui a surpris tout le monde par son humour. C'est pourtant la même région, et en quelque sorte un peu les mêmes gens...
L'heure n'est pourtant pas à la rigolade: épileptique, Freddy (David Douche) profite un peu de sa maladie pour ne pas faire grand chose: mobylette avec les copains, promenades en amoureux avec Marie (Marjorie Cottreel), qu'il connaît depuis longtemps, parce qu'ils sont voisins, et ils sont très amoureux. Et bien sûr, des siestes à deux... Accessoirement, Freddy est tambour à l'harmonie municipale... Depuis quelques temps, lui et ses copains ont vu une famille de Maghrébins, dont ils aiment se moquer, comme du reste à peu près toute la population de Bailleul! Mais le fils de cette famille, Kader, qui a les mêmes occupations qu'eux (c'est à dire glander et faire de la mobylette), tourne autour de Marie et celle-ci ne lui est pas indifférente...
Ca finira mal: ici, le racisme est partout, chevillé au corps de tout un chacun, comme d'autres idées nauséabondes, d'ailleurs: apprenant qu'un ami de Freddy est en train de mourir du SIDA, un voisin demande "Il est homosexuel, alors? Comme tous les gens de la télé!". Mais justement, ce qui me frappe, c'est à quel point Dumont investit dans ses personnages, ne se contente pas de les étiqueter racistes, il leur donne une vraie dimension, et un parcours fait d'épiphanies, d'illuminations, d'élévations même: l'amour, pour commencer, et puis le plaisir de rouler en mob... au risque de se planter gravement. Freddy, plusieurs fois, arbore les stigmates de chutes qui auraient pu être graves. Le film porte d'ailleurs une grande attention au corps, que Freddy montre aussi souvent que possible, torse nu sur son vélomoteur, et Marie, voire la mère de Freddy sont également vues dans leur naturel. C'est qu'on touche ici à l'essence même de l'humain. Les scènes de sexualité sont, de fait, parfois plus que crues.
Mais le sujet du film, c'est le mal qui est partout. On le sait maintenant, il n'est pas que dans le Nord, on le trouve aussi sur les murs de nos villes (et ça ne va pas s'arranger), sur les plateaux de télévision, dans la tête des uns et des autres. D'où la nécessité absolue d'un film honnête, qui appelle un chat un chat, comme on dit, et qui montre la mécanique souvent affective et impulsive du racisme... Pas que du racisme, d'ailleurs, la bêtise mâle en prend pour son grade: les cinq garçons ont profité d'une cohue pour tripoter et déshabiller une majorette parce qu'ils la trouvaient trop grosse. C'est à ce moment-là, quand on offrait à Freddy de s'excuser d'un viol (qu'il ne reconnaît pas comme tel) qu'il aurait pu inverser le cours des choses. C'est le moment que choisira Marie pour lui dire qu'il est hors de question qu'elle reste avec quelqu'un capable de faire ça.
Jésus? Ne le cherchez pas, le titre est métaphorique plus qu'ironique: les uns verront en Freddy un martyr de la cause raciste, engueulé par un policier effaré par sa violence; les autres verront en Kader, sacrifié sur l'autel de la bêtise de masse, un symbole de ce qui ne tourne pas rond dans la société actuelle: certes le film date de 1996, mais il faudrait être sourd, muet et aveugle pour ne pas avoir constaté à quel point le monde d'aujourd'hui en rajoute dans cet écoeurement permanent.
Et ce premier film-matrice, tourné par un novice avec trois francs six sous dans sa région, avec des non-acteurs magnifiquement dirigés, est impressionnant de maîtrise. Voilà...
On célèbre à Los Angeles la création d'une branche aérienne de la LAPD... A cette occasion, les deux McDonnell sont honorés: l'un, le père Ralph Lewis), pour ses nombreuses années de service en Californie; l'autre, le fils (Neil Hamilton), qui va être le premier pilote de l'air à travailler pour la police. Ce dernier fait aussi la connaissance de la belle Gwen O'Day (Dorothy Gulliver), fille d'un joaillier.
Alors que la police s'intéresse de très près à la disparition de diamants de chez O'Day, qui leur fait soupçonner qu'il y ait un informateur des trafiquants chez le joaillier, le vieux O'Donnell apprend, le jour de son 65e anniversaire, qu'il lui faut prendre sa retraite. Mais il va être personnellement engagé pour effectuer des travaux de gardiennage et de surveillance nocturne dans l'immeuble où est situé le siège de la bijouterie. Pendant ce temps, les bandits, sous la direction du bras droit de O'Day, s'apprêtent à commettre une escroquerie de grande envergure...
Si on s'en tient au synopsis sous sa forme la plus simple, on pourrait dire "un jeune policier et son vétéran de père réussissent à contrecarrer les plans maléfiques d'une bande d'escrocs", et on voit bien qu'on est en plein mélodrame... Mais Johnson, d'une part, a à coeur de s'intéresser au sort des gens qui travaillent. C'est un thème de prédilection chez lui, qui était déjà au coeur de ses films indépendants, avant son arrivée à la Universal... Nous avons donc une bonne part des 63 minutes du film qui est consacrée à la douleur et au sentiment d'abandon du père qui doit dire adieu à sa carrière en quelques minutes...
Et mélodrame oblige, on a aussi, grâce à l'enquête et ses ramifications, toute la panoplie du film policier, et on a même des cliffhangers internes et des fausses pistes pour faire se dresser les spectateurs sur leurs sièges, le tout relevé par une mise en scène impeccable, du suspense, une interprétation tout à fait solide, et un montage d'une grande précision! Les effets spéciaux nécessaires à l'utilisation de l'aviation dans l'intrigue sont très réussis, et on a ici l'un des premiers plans de l'histoire du cinéma (très probablement un effet spécial d'ailleurs) qui nous montre l'étrange parterre étoilé de Los Angeles by night, vu d'en haut... C'est sans aucun doute un petit film, mais en tant que tel, c'est aussi une grande réussite...
Et pour couronner le tout, ce film est aussi l'un des premiers de la filmographie de Thelma Todd, qui ne déçoit pas en fille de mauvaise vie qui a réussi à se faire engager come secrétaire chez le joaillier O'Day...
Un plan fixe: des gens, des quidams sans aucune autre identification que leur impassibilité, assistent à une scène d'horreur: on empile des gens (principalement des femmes et des enfants) dans un camion, dont on ferme la portière et on les asphyxie en leur faisant respirer les gaz d'échappements. le seul qui "réagisse" est un homme d'une cinquantaine d'années qui se tourne occasionnellement vers nous, sans rien trahir d'une quelconque émotion...
Tout le film consiste ensuite en une série de plans, toujours composés à la façon d'une photo posée, gauche et mal foutue, où le même personnage nous livre quelques banalités sur sa vie, totalement inintéressante, pendant que le monde autour de lui continue à faire ce qu'il fait de mieux: rien...
Et là, tout à coup, on a une furieuse envie de regarder un cartoon...
Pour raconter ce film de court métrage, je vais faire confiance à un résumé lu sur internet, car l’intrigue ne m’est pas apparue aussi clairement : dans des rues anonymes d’une ville tout aussi inconnue, des sorcières enfourchent un balai à moteur pour récupérer un objet magique dérobé par Gisèle Kérozène.
D’où le titre.
Ma foi, c’est tonique, dans la mesure où Kounen, probablement sous une influence plus ou moins consciente de Chuck Jones, a décidé de filmer son petit film crade de 4 mn en image par image, avec une bande-son systématiquement approximative, et à une vitesse extrême…
Pietro, un musicien aveugle (Francis X. Bushman), est amoureux d’une jeune femme qui décide de sacrifier anonymement sa fortune pour qu’il recouvre la vue… Quand il parvient à ce résultat, il est embarrassé de constater qu’elle n’est pas du tout à son goût, et la quitte…
Elégant!
C’est un mélodrame atmosphérique, qui brille bien plus par les moyens techniques mis en œuvre (une influence européenne évidente sur les éclairages, notamment) que par son originalité ou son interprétation.
Troublant : pour ce film, l’intrigue qui nous apparaît n’est pas exclusive, et c’est donc du déjà vu… Très précisément dans the thief d'Alice Guy, qui est sorti exactement la même année.
Un homme qui a coupé les ponts avec ses amis, dans un groupe uni qu’il a contribué à fonder, est dans une situation financière difficile. Il se rend à l’invitation annuelle de ses camarades, mais ne leur a pas parlé de sa situation. Durant le dîner, un convive fait passer une bague très onéreuse… Qui disparaît. A la fin du repas, on demande à tous de prouver qu’ils ne l’ont pas prise, tous s’exécutent, sauf le héros.
…car il a rempli ses poches de victuailles pour sa famille. Ce film, donc qui prend une idée mélodramatique en l’air à cette époque, est de qualité moyenne, manifestement: c’est un ensemble de fragments d’un film d’une bobine, dont plus de la moitié a disparu. Francis X. Bushman incarne l’infortuné protagoniste. Comme beaucoup de films Essanay de l’époque, on n’a aucune information sur l’identité du réalisateur ou de la réalisatrice. Quant à comparer, le film d'Alice Guy, qui lui a survécu intégralement, est très bon.