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5 septembre 2021 7 05 /09 /septembre /2021 08:46

Henry (Eric Bana) est un voyageur temporel: aucune technologie derrière cet aspect de sa personnalité, il est juste, occasionnellement, en période de stress mais pas que, amené à quitter une époque pour faire une incursion plus ou moins longue dans une autre... Par exemple, le jour où le jeune Henry a été victime d'un accident de voiture avec sa mère, qui a coûté la vie à cette dernière, non seulement le jeune garçon a été propulsé 15 jours auparavant, mais en prime il a été visité une fois revenu à son époque, par le Henry du futur qui est venu lui expliquer la situation... Dans sa vie délicate, qui l'a poussé à prendre un métier enclin à la discrétion (il est assistant bibliothécaire), il va malgré tout rencontrer une femme, Clare (Rachel McAdam): elle le connaît déjà, car il la "visite" dans le passé depuis qu'elle a six ans... Une étrange histoire d'amour s'ensuit donc...

Dire de ce film qu'il est étrange, ce n'est pas peu dire. Un bon point, c'est la façon dont aussi bien le casting que l'équipe de réalisation en assument justement l'étrangeté! Mais dans cette intrigue de gens qui en savent plus que ce qu'ils devraient savoir, et d'allers-et-retours de plus en plus dangereux, le film est en constant danger de tourner à vide. On appréciera au moins la fragilité du personnage d'Henry, qui retient surtout de sa condition particulière et arbitraire, une forte insécurité permanente, mais tout cela, au-delà du gimmick, finit par manquer singulièrement du moindre enjeu...

 

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Published by François Massarelli
3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 17:37

C'est la rentrée à Ridgemont High School en Californie du Sud. Les seniors tentent de trouver un sens à leur vie, et une perspective d'avenir. Les autres tentent pour leur part de trouver l'amour ou du sexe, c'est selon, ou tout simplement de profiter au maximum de leur jeunesse sans trop perdre de cellules cervicales, comme Jeff Spicoli, le "stoner" officiel du lycée...

Beaucoup de personnages, dans ce qui est par essence, en référence au genre même du high school movie, un film choral. La grande surprise est que tous ces personnages sont admirablement définis, et échappent malgré tout aux clichés (sauf Spicoli, mais Sean Penn est tellement bon qu'on lui pardonne tout, surtout quand, au téléphone pour prouver à un copain qu'il est complètement défoncé, il se tape consciencieusement le crâne avec une chaussure...). Tout en restant constamment sur le fil du rasoir, le film évite l'écueil de la vulgarité gratuite et la caricature est d'une grande subtilité: grâce probablement au travail de repérage effectué par le scénariste Cameron Crowe, qui a carrément endossé en secret le rôle d'un lycéen pour prendre des notes...

Même les coupes et aménagements apportés par le studio (Universal en l'occurrence) ont malgré tout laissé intactes la plupart des transgressions du film, qui avait une tâche redoutable: venir après le foutraque Animal house, une comédie estudiantine de John Landis qui avait été un énorme succès... le montage a donc été refaçonné parfois contre la volonté d'Amy Heckerling afin de s'approcher de ce modèle. Mais Fast times va plus loin qu'Animal house qui reste fermement ancré sur la caricature.

C'est drôle, attachant, et parfois bien brut de décoffrage: il y est question, bien entendu, de dope, de triche, de masturbation, de drague, de perdre sa virginité, de garder sa virginité, d'avortement, de travail au fast-food, et parfois de travail scolaire, grâce à un professeur qui a bien du mérite: Ray Walston incarne Mr Hand, professeur d'histoire obsédé par le fait que la plupart de ses élèves tendent à amener leur vie privée dans sa classe. Sinon, quelques jeunes acteurs au gré des scènes: Jennifer Jason-Leigh, Phoebe Cates, Judge Reinhold, Forest Whitaker, voire Nicolas Cage ou Anthony Edwards, sont tous là... Et le film possède un privilère certain par les temps qui courent, c'est le classique ultime des consommateurs du vidéo-club où travaillent Steve et Robin dans Stranger things, les garçons de la série ont tous un souvenir ému de Phoebe Cates.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Criterion
3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 17:27

Cheyenne Harry, le hors-la-loi, sacrifie tout, y compris ses copains bandits, à la survie d'un enfant nouveau-né qu'ils ont trouvé dans le désert... 

On reconnaît ici l'intrigue de The three Godfathers, les deux versions: celle de Richard Boleslavski en 1936 et celle de John Ford en 1948, qui rendait ouvertement hommage à Harry Carey récemment décédé... Et si ce film de 1919 est antérieur, il ne s'agit même pas de la première version! C'est la deuxième fois que l'histoire était filmée, et la première fois sous la direction d'Edward LeSaint, c'était déjà avec Carey.

Officiellement, le film de Ford est perdu, mais on peut trouver sur la chaîne Youtube du Eye institute d'Amsterdam, un fragment intrigant de 2:55 qui ne peut être qu'issu de ce film. L'actrice qui y joue est bien Winnifred Westover, qui ne jouait pas dans la première version, et en moins de trois minutes, le fragment regorge de touches typiquement Fordiennes. C'est situé selon toute vraisemblance vers la fin du film... Ces moins de trois minutes sont-elles tout ce qui a été conservé du film? 

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Published by François Massarelli - dans Western John Ford Muet 1919
1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 17:12

Une nuit, en février 1945, dans le nord de Paris. Un camelot marié et heureux père d'une ribambelle d'enfants cherche sa fille, il sait bien qu'elle est probablement avec un garçon, mais son épouse ne le laissera pas rentrer tant qu'elle ne sera pas au bercail; un couple aisé, dont la voiture est immatriculée à Londres, se sépare: l'épouse, qui veut quitter son mari, en profite pour faire une visite impromptue à son père, un vieux collabo qui tente de passer entre les gouttes de l'épuration; le fils de ce dernier, un triste voyou qui s'est acheté on ne sait comment la réputation d'un héros, sait très bien que son rôle durant l'occupation, à laquelle il a participé en dénonçant des résistants et en prêtant main forte à la Gestapo pour torturer, va le rattraper tôt ou tard, et il va prendre la décision de fuir en Espagne, "là où il a de vrais amis"; un prisonnier de guerre venu annoncer à l'épouse d'un camarade le décès de son mari a la surprise de voir ce dernier bien vivant, et en pleine forme, et va passer la soirée avec eux. Au milieu de tout ça, un couple va se former, et le destin, qui est incarné en un vagabond qui joue de l'harmonica, va nouer et dénouer ses fils...

C'est après Les enfants du paradis et son triomphe que Carné et Prévert ont mis en chantier ce nouveau film, à nouveau avec la même troupe de collaborateurs (Kosma, Trauner sont de la partie), et avec un solide groupe de comédiens: Carette, Bussières, Jane Marken, Pierre Brasseur, Saturnin Fabre, et des nouvelles têtes, dont Serge Reggiani, Nathalie Nattier et Yves Montand. Ces deux derniers sont donc le couple vedette, deux personnes qui se rencontrent dans le chaos d'une journée, s'aiment, et puis... Les deux auteurs reviennent donc en partie au fantastique de Les visiteurs du soir, sans le prétexte médiéval, et tissent une intrigue très contemporaine, empreinte des préoccupations particulières d'une douloureuse après-guerre, dans laquelle un personnage étonnant, mi-lutin, mi-diable, est en fait une incarnation du destin par Jean Vilar. Jean Vilar qui passe son temps à jouer la musique obsédante de Kosma, et qui provoque des réactions de rejet entre moquerie et agacement partout où il passe... Ce qui se comprend, et j'hésite à l'écrire, c'est un peu comme le film. Car on e demande un peu si on avait vraiment besoin de cet étrange bonhomme pour que le film fonctionne! Car Carné et Prévert, si on fait exception de ce sacré destin, ont plutôt bien réussi leur film sur la première heure. 

Ca se gâte avec l'apparition de Malou (Nathalie Nattier), qui a le redoutable honneur de devoir donner la réplique non seulement au novice Montand, mais aussi à Saturnin Fabre (royal, voire Fabresque), Serge Reggiani et Pierre Brasseur: c'est sans surprise qu'on dira qu'elle ne fait en aucun cas le poids, et comme les auteurs l'ont assignée au strict minimum, elle n'en est que plus fade encore. Montand, remarquez, avec tout le respect du au monstre sacré qu'il n'était pas encore, n'est pas non plus très à l'aise... Ce qui renvoie aux Visiteurs du soir, là encore, dont le principal défaut était incarné dans l'abominable pesanteur des deux amants qui en étaient les héros, face à l'énormité du diable de Jules Berry. Et le fait que Carné ait explosé le budget avec ses rues reconstituées et sa station de métro, ne fait rien pour arranger les choses. Pourtant, quand on croise Carette et sa gouaille, les retrouvailles Montand-Bussières en "camarades", Fabre en insupportable fasciste désabusé, on a très envie d'aimer ce film! Mais il reste désespérément coincé dans un inconfortable entre-deux, entre le bonheur d'une réplique et la fadeur d'un acteur, entre le plaisir de la musique et l'horreur d'une interprétation par une des protagonistes. Pour raconter à leur façon, poétique mais réaliste selon la formule consacrée, leur après-guerre, nos deux cinéastes avaient-ils besoin de tout ce fatras?

 

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Published by François Massarelli - dans Marcel Carné
31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 18:12

The apartment est l’apogée d’un style, d’un auteur d’abord, dont la plupart des films antérieurs combinés semblent naturellement converger vers celui-ci, d’une équipe ensuite, sciemment assemblée par Wilder qui retrouve ici, bien sûr son compère Izzy Diamond, producteur et scénariste, deuxième moitié d’un duo qui décidément renvoie par bien des aspects de leur collaboration à Michael Powell et Emeric Pressburger; également présents, Alexandre Trauner et Jack Lemmon, deux preuves s’il en est besoin que Wilder sait s’entourer et reconnaît le travail excellemment fait, mais aussi deux collaborateurs de choix qui reviendront encore et encore. Le premier n’a pas son pareil pour recréer de toutes pièces un monde cohérent, semble-t-il ultra-réaliste, mais totalement adapté aux exigences de la photographie (ici dans un cinémascope et un noir et blanc sublimes) et du studio. Le deuxième est la victime principale des évènements dans Some like it hot, un Monsieur-Tout-le-monde dont le génie a transformé le rôle de Gerry le contrebassiste de faire-valoir de Joe le sax en un héros burlesque doté de parole, pas éloigné d’un Stan Laurel doté de la réactivité et de la poisse d’un Hardy (d’ailleurs cités dans un gag muet dans Some like it hot)… Bref, Wilder avait une idée en tête, et manifestement elle impliquait de créer un film mémorable.

The apartment, il convient peut-être de le rappeler , n’est pas strictement une « production de Billy Wilder », mais une production de la Mirisch Company. Bien que les Mirisch soient trois frères, il s’agit principalement d’une boite de production qui sous la direction de Walter Mirisch avait des relations privilégiées avec des metteurs en scène auxquels on donnait une indépendance enviable sur leurs projets (Ford: The horse soldiers; Edwards: The pink Panther, A shot in the dark; Sturges: The magnificent seven, The great escape; Wise: West Side Story, et bien sûr Wilder: Some like it hot). A bien des égards, Mirisch est une sorte de chaînon manquant, à l’époque ou l’on mute des grands studios vers les acteurs-producteurs (Glenn Ford, Kirk Douglas, John Wayne occupent à cette époque le haut du pavé), un producteur à l’ancienne, trop petit et volatil pour être compté parmi les grands studios, mais doté malgré tout d’une personnalité, d’un style reconnaissable, et d’une tradition de qualité. Il y a des limites, comme Wilder ne tardera pas à s’en apercevoir lorsque le succès ne sera plus au rendez-vous, mais pour l’heure, il est chez lui et l’avenir semble rose; Mirisch faisait d’ailleurs, à l’orée de sa carrière de producteur indépendant, partie des généreux donateurs d’Allied Artists, éphémère expérience qui produira entre autres … Love in the afternoon, eh oui. Donc tous ces gens là se connaissent, s’estiment, et veulent faire des grandes choses ensemble, à commencer par, pourquoi pas, gagner l’oscar du meilleur film 1960.

«The apartment», c’est l’appartement de C.C. Baxter (Lemmon), surnommé Bud, voire "Buddy Boy" par ses patrons et divers cadres d’une compagnie d’assurances, dont il est un modeste employé, titulaire anonyme d’un modeste bureau, semblable à tant d’autres, dans une pièce remplie à l’infini de cases identiques. Ce surnom faussement appréciatif lui a été donné car il fournit occasionnellement ses clés et son appartement de célibataire solitaire à ses supérieurs, lorsqu’ils veulent y passer du temps avec une jeune femme, sans alarmer leurs épouses. Tous lui font bien sûr miroiter une promotion, et se comportent en butors, tant avec leurs conquêtes qu’avec Baxter, dont le double C cache en vérité deux prénoms hâtivement écartés par la voix off de Baxter au début du film: manque de personnalité? C’est ce qu’il pense de lui en effet, et c’est ce sur quoi repose l’arrangement qui lui est imposé par ses patrons. Ca va être d’ailleurs l’un des enjeux de ce film: peut-il, saura-t-il dire "non", le moment venu, et s’affirmer?

Bon, il y a autre chose: Baxter a repéré, comme la plupart des autres hommes, Fran Kubelik (Shirley McLaine), une jeune femme qui s’occupe de l’ascenseur, et qui est bien sûr très jolie, mais avec plus encore. Baxter est le seul à ne pas la convoiter sexuellement, mais à en être amoureux, a priori. Quand un cadre lui parle d’elle, cherchant à voir quel angle d’approche serait le bon pour la séduire, Baxter lui répond, tout simplement: c’est peut-être une fille bien. L’autre lui rit au nez, mais par ce simple échange, Wilder affirme une fois pour toutes sa position, pour Baxter, contre le reste de l’humanité. Mais cela passe quand même par un lot impressionnant d’humiliations, il faut dire que Wilder n’est pas un disciple de Stroheim pour rien: Baxter doit attendre sous la pluie que les orgies qui ont lieu dans son appartement se terminent, il doit parfois réveiller ses voisins pour entrer chez lui lorsqu’on oublie de lui rendre sa clé, et il doit aussi couvrir ses patrons et endosser la responsabilité de tous les bruits louches qui proviennent de son appartement: il a du coup une sacrée réputation de coureurs de jupons.

Tout ce qui précède n’est de toute façon que l’exposition, le quotidien de CC Baxter, qui se serait probablement perpétué, s’il n’y avait eu l’intervention de Jeff Sheldrake (Fred McMurray): celui-ci, l’un des gros directeurs de la compagnie, a eu vent du petit arrangement, et impose ses meilleures conditions à «Bud», afin d’y emmener sa conquête du moment. Baxter apprendra très vite que la conquête n’est autre que sa chère Fran, et aura la surprise un soir de rentrer chez lui et d’y retrouver Fran, seule et abandonnée par son amant, qui a tenté de se suicider en avalant des somnifères. Il va prendre soin d’elle, et… Etc.

L’homme est un loup pour l’homme, et Jeff Sheldrake est un loup même pour les loups: ce nom n’est pas étranger à qui a déjà vu les autres films de Wilder, et en particulier Sunset Boulevard: ici, c’est encore un salopard de première, un cadre au sang froid, opposé à un naïf. Mais il n’est pas le seul, et son ignominie est celle d’un système, qui n’est pas que cet arrangement afin de faciliter les adultères. S’ils se conduisent ainsi à l’égard de leur employé ‘Buddy Boy’, et comme des prédateurs sexuels à l’égard de leurs secrétaires, standardistes, et autres membres du personnel féminin de l’entreprise, alors il y beaucoup à dire sur le système en général. C’est d’ailleurs à Baxter d’incarner un certain esprit de résistance dans une scène magnifique, en faux semblants, lorsque sommé de donner sa clé à Sheldrake, qui menace de le virer, Baxter donne une clé. On croit qu’il a capitulé, mais c’est en fait la clé des toilettes des cadres. Sans un mot, Baxter est retourné faire place nette dans son bureau, et refuse désormais de collaborer. Il a enfin su dire non. En l’apprenant, Fran Kubelik a juste un petit rire, et elle aussi disparaît du restaurant où l’avait emportée Sheldrake…

L’immense réussite tient parfois à peu de choses, mais ici, les données rassemblées sont des garanties de qualité d’abord: on a déjà parlé de l’équipe, tout ce beau monde a fait un film d’une grande beauté plastique, dans lequel le noir et blanc est utilisé afin de déshumaniser le monde dépeint sur l’écran ; pour commencer, la plupart des scènes se passent la nuit ; privé de la liberté de son appartement, Baxter reste tard à travailler. Un rappel que même durant ces trente glorieuses, il convient de faire sa place, et l’homo Americanus est un bourreau de travail, quelqu’un qui travaille tard pour gagner autant. Certes, mais ici, il en fait trop, et cette aliénation est soulignée subtilement. Privé de vie, Baxter a réussi à maintenir une sorte de petite personnalité à son appartement, mais il y campe; il le reconnaît lui-même: il n'a aucune organisation, dit-il, et doit égoutter ses pâtes avec une raquette de tennis. Bien sûr, il n’a pas le temps de profiter de son logis, et tout ce qu’il achète profite à d’autres. Combien de héros de films peuvent rentrer chez eux, regarder le disque laissé sur la platine, et dire ‘Tiens? il n’est pas à moi, celui-ci'. D‘un autre coté, Baxter a de la ressource. Il ironise sur sa méthode «Système D» en cuisine, mais il ne manque pas de poésie. C’est cette poésie de la solitude, ou plutôt de l’union magique de deux solitudes, qui fait mouche et qui rend les scènes entre les deux héros absolument inoubliables, ainsi qu’une grande dose de pudeur.

L’appartement construit par Trauner est détaillé, ses strates apparaissent clairement, montrant qu’il est difficile pour l’un ou l’autre des deux héros d’être totalement seul ; ainsi, lorsque Baxter est au téléphone avec Sheldrake, Fran apparaît derrière, entendant forcément tout ou partie de la conversation. De même que lorsqu’un beau-frère (au nom à consonance Polonaise, petit cousin de ce rustre de Krahulik dans The seven year itch) vient chercher Fran, une porte au fond rappelle la promiscuité de la chambre ou Fran a toutes ses affaires, et dans laquelle le beau-frère va soupçonner qu’une orgie a eu lieu entre sa belle-sœur et ce parfait inconnu de Baxter.

Bien que le film aille plus loin dans le jeu autour de l’adultère que The seven year itch (après tout ce film-là n’évoquait que la possibilité de la tromperie; ici, on s’y vautre, on va même jusqu’à décrire, et tout tourne autour, d'autant que l'intention initiale était de décrire les coulisses de la chose, suite à un visionnage de Brief encounter), on retrouve quand même le vieux thème évoqué dès The major and the minor des contes de fées; Bien des héroïnes de Wilder attendent le prince charmant, certaines le disent (Audrey Hepburn dans Sabrina, Marilyn Monroe dans Some like it hot), et d’autres l’expriment autrement, comme Lorraine Minosa (Jan Sterling) dans Ace in the hole. La belle au bois dormant, c’est plus Baxter que Kubelik ici, et d’ailleurs à la fin c’est elle qui se joint à lui dans une scène qui reste un sommet du cinéma par ses non-dits:
Baxter: Miss Kubelik, I love you. Did you hear what I just said? I absolutely adore you.
Fran: Shut up and deal. (To deal, ici, dans le sens de "distribuer les cartes": officiellement, elle est venu pour terminer une partie de cartes)
Il fallait sans doute une réplique finale mémorable, afin de succéder à « Nobody’s perfect »… Mais ici, c’est toute la scène qui prend de la hauteur, culminant avec ce petit sourire adorable qu’envoie Shirley McLaine à Jack Lemmon, marque de tendresse, d’immense complicité, d’une femme qui a enfin trouvé l’homme de sa vie. Elle est fière de lui : elle peut, elle est responsable de son ultime déblocage, lui qui ne s’est rebellé parce qu’il désapprouvait le traitement subi par la femme qu’il aime… Ceux-là ont beaucoup de choses à se dire. Et Wilder clôt un film sublime sur un duo parfait!

 

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 08:11

C'est un film extrêmement verbal, pour ne pas dire verbeux, qui se réclamerait volontiers de Sacha Guitry s'il y avait plus de bons mots. L'essentiel de l'intrigue tourne autour, d'ailleurs, d'une conversation entre Julie Gayet et Michaël Cohen, qui se rencontrent à Nantes: elle est Parisienne, lui est Nantais, ils se plaisent, dînent, il la raccompagne, mais elle refuse un baiser, puis explique pourquoi...

Ils sont tous deux en couple, mais surtout elle veut lui raconter ce qui est arrivé à deux connaissances, interprétés par Virginie Ledoyen et Emmanuel Mouret. C'est le point de départ d'un récit où anecdotes entraînent digressions et autres anecdotes, pour un récit qui se veut édifiant sur les conséquences néfastes d'un baiser...

Et c'est terriblement inégal: pas la faute au scénario qui tient la route, à la structure qui est souvent intéressante. Une bonne partie de la mise en scène, qui aurait pu être au ras des pâquerettes (rappel, c'est un film sur des gens qui parlent, donc c'était bien mal parti) est même inventive, Mouret ayant de fort bonnes idées: la meilleure est la façon dont il utilise les toiles exposées dans un musée à Nantes pour souligner ce que dit un personnage; c'est une femme qui vient d'être quittée et finalement se réjouit: maintenant elle est libre. A chaque nouvelle phrase, elle se déplace dans le musée et comme par magie le tableau derrière elle souligne, prolonge ou illustre son propos...

Non, le souci vient de l'interprétation: Mouret et Ledoyen en particulier sont irritants par la façon dont, dans leurs scènes qui sont supposées être piquantes, le texte lourdingue devient plus pesant encore par la façon dont ils le prononcent, en articulant comme pour une récitation de collège. Je l'ai déjà dit, la gaucherie de Mouret peut être très pertinente, mais ce qui fonctionne avec Frédérique Bel ne fonctionne pas avec n'importe qui... 

 

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Published by François Massarelli - dans Emmanuel Mouret Comédie
29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 15:39

La compagnie maritime Girard et Sims est dans une mauvaise passe: Girard a décidé de se passer de Sims et se prépare à effacer son associé de la firme. ce qui est embêtant, c'est que son fils Paul (Harry Myers) auquel il souhaiterait proposer d'être son nouveau partenaire exclusif, rentre d'Europe, marié... à Dora (Ethel Clayton), la fille de Sims. Le vieux Girard refuse de voir la jeune épousée, et Paul refuse l'association, préférant épauler son beau-père dans une nouvelle affaire. Les ponts sont donc coupés entre le père et le fils Girard...

Quelques années plus tard, le père qui n'a toujours pas digéré les choix de son fils, décide couler la nouvelle compagnie concurrente que ce dernier a lancé. Dans les heures qui suivent, le bateau qui transportait Paul est porté disparu, et San Francisco, où résident Dora, ses enfants et son père, est le théâtre d'un tremblement de terre...

Comme si souvent à cette époque, le film est double, avec d'un côté l'attraction principale, en l'occurrence le tremblement de terre de 1906, pour lequel la compagnie Lubin a repris des archives d'actualité, mais aussi laissé le metteur en scène chercher et trouver des solutions de truquage du décor qui tiennent plutôt la route; de l'autre, une histoire privée qui fournit au film et aux spectateurs une moralité bien sentie: cette fois, le message est clair: faire passer le profit et la liberté d'entreprendre devant la famille et l'affection, ça n'apporte rien de bon! Un message dont nous n'avions pas forcément besoin, mais qui sert de ciment au film. Beaucoup de montage parallèle, là-dedans, en particulier pour montrer sur trois fronts différents les aventures post-tremblement de terre de Dora et ses enfants, du père Girard qui refuse de les aider, et de Paul qui bien évidemment a survécu et essaie depuis les lieux du naufrage, de retrouver le chemin des Etats-Unis...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913
29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 08:19

James et Catherine sont un couple aussi libre que prisonnier: ils s'autorisent mutuellement de coucher à droite à gauche, et ce dès les dix premières minutes du film, mais pour confronter les expériences une fois revenus à la maison... Pourtant ça ne leur procure pas grand chose. James a un accident de voiture, dans lequel un autre conducteur décède. A l'hôpital, James croise sa veuve, qui était dans la voiture elle aussi. Ils se voient dans le parking, autour de carcasses de véhicules accidentés, et James la ramène chez elle: ils se jettent l'un sur l'autre dans la voiture. A partir de là, la sexualité de tous les personnages devient indissociable de la voiture, et du risque d'accidents...

Le propos de Cronenberg, dans ce film adapté d'un roman de J. G. Ballard, est de prolonger sa réflexion sur l'extension du corps humain, enjeu de ce tournant de siècle. James et Catherine, et avec eux Helen et Vaughan, l'obsédé des accidents qui rêve de mourir comme James Dean et recrée les morts automobiles célèbres, recherchent dans le rapport à la voiture, aux accidents mécaniques, à la route et à ses dangers, un frisson érotique. Et bien évidemment, c'est froid, très froid! Mais quand on considère la plupart de ses films, on est devant le même univers finalement, et le cinéaste ne glorifie ni ne condamne rien, il illustre plutôt le tourment d'une humanité prise au piège du progrès technologique, comme plus tôt dans Existenz

Car dans le film, la recherche du plaisir sexuel par les accidents, qui passe par des stades assez rebutants et illustrés avec le même soin que le reste (une rencontre de James Spader avec Rosanna Arquette, en particulier, restera en mémoire à cause de l'usage fait par une cicatrice béante derrière la cuisse de la jeune femme, rescapée d'un accident lointain qui l'a laissée en lambeaux) mène à la mort, et deux personnages décèderont dans leurs frasques automobiles, et lors de la dernière séquence, Catherine est presque déçue d'avoir échappé à la mort, après que sa voiture ait quitté la route!

L'aliénation ici vient de cette recherche d'un échappatoire sexuel par la technologie, dans un monde envahi par la voiture; les décors du films, qui se passe rarement dans le salon des uns ou des autres, est entièrement soumis à cette idée: un atelier par-ci, un garage par-là, une autoroute, des parkings et une casse deviennent le terrain de jeu des personnages. L'humour semble absent, mais c'est ici le boulot du spectateur de goûter la profonde ironie, sans doute teintée de dégoût, devant cette humanité malade, et au passage, j'aime me méfier de ces sempiternelles remarques, toujours liées à une lecture après coup, sur le statut "prophétique" d'un film, mais par certains côté, on anticipe ici sur une sexualité entièrement liée à internet... 

Le film fascine autant qu'il repousse, aujourd'hui comme hier; le jeu volontiers froid et émotionnellement distant des protagonistes, à commencer par James Spader et Deborah Unger, la litanie des cicatrices, les comportements quasi animaux, et cet univers claustrophobe de métal, d'essence et de verre brisé ne créent pas un univers très ragoûtant. La théâtralisation permanente de la sexualité est furieusement agaçante avec ses clichés à deux balles (un monde dans lequel le collant n'aurait jamais été inventé, manifestement), mais le message de Cronenberg, qui crie assez clairement au secours ici, passe.

Tout de même, ça pique.

 

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Published by François Massarelli - dans David Cronenberg Zizi panpan
28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 17:22

A la cour de Louis XV, le roi (Lowell Sherman) décrète que le Duc de Chartres (Rudolf Valentino) épousera la princesse Henriette (Bebe Daniels). Fondamentalement, l'un et l'autre en sont ravis, mais la princesse objecte que le Duc a la réputation (pas usurpée) d'un fieffé coquin, et le Duc pour sa part s'amuse des grands airs de la belle... Il prend donc la fuite et s'installe en Angleterre, sous l'identité du barbier de l'ambassadeur de France: c'est un ami. Il va essayer d'infiltrer les nobles, en se déguisant: il va donc être un noble déguisé en barbier se faisant passer pour un noble...

C'était une bonne idée, probablement pilotée par Valentino et Rambova (qui est responsable des costumes) pour mettre en route une comédie satirique sophistiquée, dans laquelle l'obsession pour le sang bleu devenait le terrain de jeu idéal pour montrer la force des idéaux démocratiques, ou en tout cas de la vraie valeur des hommes. Ca se transforme un peu rapidement en un catalogue de scènes compassées, mises en scène (malgré la qualité des éclairages, manifestement) sans originalité aucune. Olcott, déjà un vétéran, avait réussi brillamment avec Marion Davies dans le superbe Little Old New York, mais ici il débouche sur un pensum taillé entièrement à la gloire de Valentino: danse, costumes, déshabillages, regard de braise, séduction, etc... Un film, la suite de sa carrière (The eagle bien sûr) le prouvera, qui aurait été bien meilleur s'il avait été plus court... Et si Bebe Daniels n'avait été sacrifiée.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Rudolf Valentino Muet Sidney Olcott 1924 **
28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 17:06

Il y a du rififi au royaume de Pélicanie! Suffisamment pour motiver le retour de la Princesse Wajda, héritière du trône, pendant qu'un roi de pacotille règne mollement pour préparer le terrain à un félon héritier dont les dents rayent le parquet... Mais comme Wajda (Elisabeth Frederiksen) s'est reconvertie dans le music-hall, elle revient au pays flanquée d'un souffleur (Carl Schenström, le grand maigre) et d'un maquilleur (Harald Madsen, le petit rabougri) qui vont plus ou moins lui servir de gardes du corps... et se laisser berner par des espions! Mais peu de monde a repéré que le maquilleur est un sosie du roi, à moins que ce ne soit le contraire...

Ce dernier détail laisse vaguement entendre  que le film serait une parodie du Prisonnier de Zenda, mais ce n'est jamais vraiment le cas... C'est un film assez poussif, en tout cas, pour lequel les deux compères du duo comique le plus apprécié d'Europe sont dirigés, non par Lau Lauritzen, mais par l'obscur Valdemar Andersen, qui s'en débrouille sans jamais faire preuve du moindre trait de génie. Les meilleurs moments, d'ailleurs, sont à prendre dans la première partie située dans un music-hall: on sent les deux compères à leur aise, et le lieu leur inspire quantité de gags. Dans la partie "aventures en Pélicanie" du film, on a tendance à les séparer...

Moins dirigés que d'habitude, les deux acteurs restent aussi fascinants à regarder, par contre, et inventent des foules de petits détails loufoques, comme le fait de repasser un pantalon en se frottant vigoureusement le fessier dessus, les fauteuils vivants, voire la brosse à dents bien calée sur l'oreille droite au moment du coucher...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1928 Schenström & Madsen *