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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 17:14

Trois bandits attaquent une banque au Mexique; l'un d'entre eux est abattu en pleine ville, les deux autres s'enfuient avec l'or... Mais ils n'ont plus qu'un cheval, et tirent au sort pour savoir lequel va partir et en chercher un autre, au risque d'être tenté de ne pas revenir et de garder le butin pour lui. Rio (Marlon Brando) perd et doit donc attendre, pendant que Dad (Karl Malden) part chercher un cheval, et... disparaît sans demander son reste. Rio va donc croupir cinq années dans un bagne à Sonora. En s'évadant il n'a plus qu'un seul but: se venger de son ancien partenaire... Il retrouve sa trace: il est devenu shérif à Monterey (Californie). Rio et son copain Modesto, évadé avec lui, se joignent à deux bandits qui souhaitent justement s'occuper de la banque de Monterey...

C'est une histoire de vengeance, mais rien ici n'est classique: ce qui se met en travers du parcours de Rio, qu'au passage tout le monde appelle "Kid" (sauf Modesto qui l'appelle Chico, ce qui revient au même), ce sont les sentiments et les passions: retrouvant Dad Longworth qui lui sort un bobard pour justifier de l'avoir abandonné, Rio joue la comédie de l'amitié, mais son copain semble sincère... Décidant pour commencer à accomplir sa vengeance de coucher avec la fille de Dad, Rio se surprend à regretter d'avoir manqué de respect à celle dont il tombe amoureux. Et inattendu pour un western de 1961, non seulement il va devenir père, mais en plus la belle Hispano-Indienne va survivre à toutes ces péripéties!

Le roman dont le film est adapté est librement inspiré de la vie de Billy The Kid, et c'est vrai qu'on retrouve beaucoup de l'impulsivité juvénile dans le personnage de Rio; c'est aussi un personnage qui n'a rien d'un psychopathe (contrairement à beaucoup de bandits du film, à commencer par l'inquiétant Bob Amory, interprété par Ben Johnson, et qui sous un air amical cache la mentalité d'un tueur sadique), et on sait que l'image de "Billy" était très positive à Hollywood, comme celle de Jesse James... Pourquoi, on se le demande, mais ce n'est pas le sujet ici!

Bref, c'est un western qui ne ressemble à aucun autre, et qui s'installe de façon indolente dans un entre-deux qui fait penser à ces rites pré-explosion dans les films de Leone, ou à ces moments de calme qui précèdent les batailles dans les films de Hawks! Mais Rio, sa vengeance toujours au coin de la mémoire, est en danger de se faire attraper par la belle vie au bord des belles plages de Monterey, où le lyrisme des vagues semblent lui brouiller la vue...

Ca aurait pu être une réalisation de Stanley Kubrick, sur un script de Sam Peckinpah, ce qui laisse rêveur, ou un peu inquiet... Mais l'un et l'autre ont été virés, et Brando a donc assumé la réalisation, et... Ô surprise, l'homme était doué: un véritable sens de la composition, qui lui fait faire des merveilles avec le format large mais pas trop du VistaVision, et un sens du timing et du décor qui font constamment merveille. Il a dirigé ses acteurs en costume, et a bien sûr privilégié une improvisation de tous les instants, ce qui a eu pour effet de faire exploser le budget: les scènes étaient tournées et retournées, sous tous les angles possibles, jusqu'à ce que le bon mélange soit trouvé. Le résultat, en tout cas, vaut le détour, maintenant qu'une vraie version restaurée de ce qui fut longtemps un cauchemar pour cinéphiles à cause d'un statut "domaine public" et d'ne exploitation sans vergogne de matériaux de seconde zone. 

 

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Published by François Massarelli - dans Western
26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 10:26

Une femme a tiré sur un homme, puis s'est enfuie dans la nuit. Très vite la police est sur les lieux, et on la cherche. Elle se remémore les circonstances de son passé qui l'ont conduite à son geste: la rencontre avec Walter, son mari, le futur trépassé... Les mois de bonheur, puis le doute, puis les conflits de plus en plus affirmés... Pendant l'évocation de ces souvenirs, la police enquête et on en sait plus: les trahisons de son mari, les manigances de l'entourage... Par-dessus le marché, au bout  de trente minutes, on apprend que les coups de feu n'ont servi à rien: il était déjà mort!

Musique dramatique.

Bien: sous ses oripeaux de film noir, qui cite ouvertement, et de manière bien peu adroite, le film Laura de Otto Preminger (mais qu'est-ce qu'on lui trouve, bon sang???), ce film tout en atmosphère qui semble vouloir faire du Hitchcock au pays des Krisprolls cache en fait un bête whodunit, avec une résolution à la Agatha Cliché: un dîner, organisé par le détective, au cours du quel on a provoquer le vrai tueur à faire une bêtise!

NON? Si! Afin de vous éviter de vous brûler devant l'absence totale de suspense qui s'en dégage, je peux bien vous le dire, c'est le gentil Olle qui a fait le coup.

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Published by François Massarelli - dans Noir
25 octobre 2021 1 25 /10 /octobre /2021 08:04

Le jeune James Bond (Daniel Craig) infiltre une partie de poker de haute voltige afin de pouvoir entraîner la chute d'un financier interlope, l'ambigu Le Chiffre (Mads Mikkelsen)... Mais celui-ci est sous la coupe de gens encore plus tordus que lui, et la situation se complique pour Bond et Vesper Lynd (Eva Green) la comptable employée par le MI-6 pour l'assister... D'autant qu'ils sont tous les deux tombés réciproquement amoureux.

Vous avez bien lu: je me suis efforcé de fournir, cette fois, un synopsis, certes succinct, pour un James Bond. Non que ce soit l'élément le plus intéressant, pas plus cette fois-ci que les autres, mais parce que ça nous permettra d'éclairer certains aspects du film qui en font l'un des meilleurs de la série... Et même plus: je pense qu'on peut aller vers Casino Royale comme vers n'importe quel film, en ignorant absolument tout de ce qui fait le mythe, la saveur, ou éventuellement les éléments récurrents-irritants de cette franchise vénérable...

On y perdrait quelques gags au change, remarquez, puisqu'il s'agit d'un reboot, soit un retour en arrière pour recommencer en effaçant de la saga ce qui précède: les scénaristes se sont amusés à truffer le film d'allusions à tout ce qui a fait l'univers des 21 films qui ont précédé, notamment ces petits détails: les types de boisson consommées par les divers Bond (ce ne sont pas forcément les mêmes. Parmi les allusions, ma préférée reste le moment où Bond demande un Vodka-Martini, et quand on lui demande si ce doit être "Shaken or stirred", il répond que ça n'a aucune importance... Sinon, bien sûr, il va se débrouiller pour rouler au volant d'une Aston Martin! ...What else? Et si le film fait, comme Die another day, allusion à une scène sensuelle de Dr No, il le fait en inversant cette fois le rôle et la nudité: c'est Daniel Craig qui sort de l'eau, et non Ursula Andress...

Mais une fois de plus, dans ce film plus que soigné, ce n'est pas ce qui revêt de l'importance. Il faut croire que le fait qu'un Bond tombe amoureux, en revanche, jour un rôle de premier plan dans la réussite d'un film, puisque la seule autre fois, c'était dans le (parfois gentiment foutraque voire psychédélique) meilleur film de la série à mes yeux, On her majesty's secret service. Mais contrairement à ce qui s'est passé pour George Lazenby avec Diana Rigg, Bond et Vesper Lynd vont filer le parfait amour et même consommer allègrement leur union, entament vers le dernier tiers du film une vie de couple à Venise... Sans tomber dans le ridicule; et Eva Green et Daniel Craig forment un couple non seulement d'une classe folle, mais qui plus est tout à fait crédible. Ajoutons qu'il sont égaux, même si l'un d'entre eux a un peu plus de familiarité avec la violence extrême de la vie d'aventurier!

C'est sans doute l'autre aspect le plus intéressant d'ailleurs: car au-delà du métier indéniable de Martin Campbell, routier du film d'aventure, qui est déjà passé par la case Bond en se permettant de tourner un des films avec Pierce Brosnan qui reste regardable, ce qui n'est déjà pas si mal (GoldenEye en 1995), le film est aussi l'occasion de se pencher sur le rapport de Bond à a violence, en même temps que tout ce qui fait le personnage et son métier: car dans la première séquence, d'ailleurs filmée dans un noir et blanc bien sec, on apprend que le jeune agent n'est pas encore un 00. Ce qui sera bientôt chose faite... Mais le film justement est entièrement une réflexion sur la violence et ce qui rend le fait d'être un agent secret, parfois, un sale métier. Au moment de sa deuxième occasion de tuer un homme (un agent double qui a fauté et trahi M), il admet que la deuxième fois, c'est plus facile... Mais ça ne l'est pas: comme le disait déjà Hitchcock dans Torn Curtain, tuer un homme, c'est ardu, physiquement et moralement épuisant. Du début à la fin, Bond-Craig donne clairement l'impression de chèrement se dépenser, et ça se voit... Et même, il partage cette difficulté avec Vesper, achevant de sceller leur étrange couple. Mais la violence de cette profession, et son exercice, deviennent du même coup le sujet réel du film.

Ajoutons que cette redéfinition passe également par le fait d'étoffer un peu la direction incarnée par M (Judi Dench), qui se voit dotée d'un lien quasiment maternel avec Bond qui lui en fait, bien sûr, voir de toutes les couleurs. Exit donc les gadgets et le folklore d'un autre âge: Q a de toutes façons disparu de la franchise, mais Moneypenny aussi. Dans le cadre d'une aventure de James Bond, leur lien reposant sur tant d'années à jouer au chat et à la souris n'aurait de toutes façons aucun sens.

Mais tout ceci ne dévoile sans doute pas toutes les ficelles d'un film réussi, et c'est sans doute ce qui finit pas faire totalement le charme de Casino Royale: cette impression d'avoir enfin, pour une fois peut-être et la dernière fois certainement, échappé à toutes les sales manies de la franchise... La dernière fois bien sûr, car du coup, Martin Campbell, Daniel Craig et tous les autres (au fait, TOUTE l'interprétation est fantastique) ont créé d'autres petites manies qui ne manqueront pas de revenir à la charge dans tous les films suivants. Rien que pour prouver ce que j'avance, rappelons que comme pour Diamonds are forever, un navet cosmique qui suivait On her majesty's secret service, ce royl Casino Royale est suivi pour sa part de Quantum of solace, un film qui est aussi con et inutile que son titre ridicule. 

 

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Published by François Massarelli - dans Bond
22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 17:10

C'est en 1942 que le président Franklin D. Roosevelt s'est adressé à la nation Américaine pour souligner l'héroïsme (presque) ordinaire de certains Américains: à cette occasion, il a cité le cas intéressant du Dr Wassell, un scientifique qui s'était engagé, et avait conduit un groupe de prisonniers réputés intransportables depuis Java jusqu'en Australie, les sauvant tous: un exemple à suivre... Un exemple qui a fasciné Cecil B. DeMille, pourtant peu familier des récits guerriers, au point qu'il a voulu en faire un film.

Nous suivons donc, dans une chronologie bouleversée, les aventures du Dr Wassell (Gary Cooper), qui semble plus ou moins revenu de tout, hanté par un amour impossible, et qui dès la première scène, croise celle qu'il a laissée partir. Elle reviendra dans l'intrigue, et pas qu'un peu: pendant que la guerre s'approche et que le Dr Wassell doit faire face à la destruction méthodique de l'hôpital où il est le principal officier, les évocations de son passé refont surface sans crier gare, soit par ses propres souvenirs, soit par ceux narrés par des tiers...

C'est formidable: en transposant son savoir-faire hérité du muet dans une intrigue située en pleine guerre, DeMille semble se réinventer, en évitant pour une fois de chausser des gros sabots. Ce qui fait le prix du film, ce n'est pas un héros qui revisse sa casquette, c'est un homme qui a été embarrassé d'obéir à un ordre, parce qu'il n'a pas sur comment dire la vérité à ses hommes. Un humain, quoi, célébré, adoré, et constamment évoqué par des dizaines de personnages, tous développés (comme c'est, ou plutôt ce sera, la tradition dans ce type de récit choral): le marin devenu aveugle, l'infirmière Hollandaise dévouée corps et âme, le blessé qui va survivre grâce à elle, et tomber amoureux d'elle, l'infirmière locale qui décide suivre un main chez lui, etc... Chacun semble exister, au milieu d'un bric-à-brac où le géant du muet semble montrer comment il se propose de reconstituer la guerre en studio... Après tout, une bonne part du film est située dans des hôpitaux, sur des bateaux, voire des embarcations de fortune.

Et si son film fait parfois penser au merveilleux One of our aicraft is missing, de Michael Powell et Emeric Pressburger, il semble aussi annoncer Objective Burma, de Raoul Walsh, avec sa fuite quasi obsessionnelle vers la survie. Et ça, ce n'est pas rien... Rien que pour ça, ce film foisonnant qui prend son temps, et évite du même coup la plupart des sales petites manies de son auteur, est une vraie petite merveille.

 

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Gary Cooper
22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 17:00

Le dernier film de Tex Avery pour la MGM nous raconte l'épopée lamentable d'un prisonnier (le chien Spike, doté une fois de plus d'un accent Irlandais) qi s'évade... Ou du moins essaie. Passons sur le graphisme infect, et concentrons-nous sur la situation: une fois établie la situation, une fois le chien coincé dans un appareil de télévision qui échoue chez le directeur de la prison, nous avons droit à quelques gags enlevés lorsque Spike rejoue toutes les émissions que souhaite voir le spectateur qui n'a pas remarqué qu'il est en fait prisonnier à l'intérieur du poste! 

...Mais justement, c'est paradoxal, pour Avery, de finir son contrat de forçat du dessin animé par cette histoire de télévision. D'une certaine manière, c'est ce nouveau média, qu'il ne rate jamais une occasion de torpiller, qui va lui donner une nouvelle chance face à la postérité...

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Published by François Massarelli - dans Tex Avery Animation
22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 16:34

1862: alors que la guerre, et avec elle la menace des raids confédérés, se rapproche, une famille s'interroge: les Birdwell sont quakers, et donc foncièrement opposés à toute violence, et encore plus à tout participation politique à un conflit: comme le rappelle souvent la mère de famille (Dorothy McGuire): "Thou shalt not kill"... Mais Mattie (Phillys Love), la fille de la famille est amoureuse de Gard, le fils d'un voisin qui lui s'est engagé dans les troupes de l'union; le fils Birdwell, Josh (Anthony Perkins), admet que ça le démange. De son côté, Jess Birdwell, le père (Gary Cooper), est plus occupé à tricher un peu avec les préceptes de son épouse (il est obsédé par l'idée de battre son meilleur ami à la course avec son cheval, une quête narcissique et frivole incompatible avec la moralité quaker) qu'à se prononcer sur la guerre...

Le film commence comme une chronique douce, tendre et parfois gentiment drôle sur la vie à l'écart (pas totalement, ils y a toute une communauté de quakers), d'une famille à part: totalement Américaine dans sa façon de prendre la vie, mais à l'écart des auto-satisfactions propres à l'âme Américaine, et de la glorification de la possession... Ils vont pourtant, chacun à sa façon, être amenés à se battre pour ce qui est à eux, et pour des valeurs qui englobent justement, et c'est paradoxal, la paix... Du reste, objectivement, le combat du Sud ne peut les intéresser puisqu'ils sont résolument anti-esclavagistes...

Le film est construit sur une lente montée de la menace de la guerre, qui pourrait bien être prise pour de la comédie pure pendant toute la première partie. Le temps pour nous de découvrir et d'apprécier les personnages. Wyler semble laisser la famille installer son propre rythme, indolent et timide, mais ne cesse de placer Dorothy McGuire, véritable cheffe de clan, dans le champ; les crises, les renoncements, les choix drastiques de cette famille, tout sera en fait vécu selon son point de vue, que ce soit la venue d'une troupe de Sudistes en vadrouille qui menacent de s'en prendre à son oie apprivoisée, ou la découverte que son mari a échangé son cheval contre une jument qui a probablement participé à la guerre d'indépendance, mais qui est de fait très rapide!

Le film, sans crier gare, rejoint avec sa gentille famille quaker, les quasi-obsédés divers et variés de l'oeuvre du cinéaste, ainsi que ses personnages en conflit intérieur (Dodsworth, par exemple), mais aussi la famille prise en otage par Humphrey Bogart dans Desperate Hours...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler Western Gary Cooper
21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 10:42

Sam (Andrew Garfield) est un angeleno, un habitant de Los Angeles donc, sans emploi, et manifestement sans perspectives non plus, si ce n'est celle d'une expulsion imminente: il n'a pas d'argent, donc pas de quoi payer son loyer... Entre deux non-activités (prendre des jumelles pour reluquer les voisines peu avares de montrer leurs charmes, ou même ne pas prendre les jumelles pour les regarder de façon plus directe), il fait la connaissance de Sarah (Riley Keough), une jolie voisine qui lui plaît immédiatement, et qui vit en co-location avec deux copines. Le courant passe bien entre Sam et Sarah, qui se promettent de se voir le lendemain...

Mais le lendemain, la jeune femme a disparu, l'appartement est vide, et les infos seront sans appel: le corps calciné d'une  jeune femme qui pourrait bien être Sarah a été retrouvé sur les lieux d'un accident médiatique: un richissime producteur-industriel-homme de médias a été retrouvé et identifié, après l'enlèvement du personnage. Sam, persuadé d'avoir à faire à un complot de grande ampleur, mène l'enquête...

Une enquête, donc, ô combien foutraque, dans un film où on parle souvent des mouffettes, ce petit animal si mal-aimé, ou encore du réservoir d'eau situé à deux encablures de l'appartement de Sam, le si poétiquement nommé Silver Lake... Un film également hanté par le souvenir du cinéma (Vous vous rappelez, cet art de l'image...): on est à Hollywood, et tout un chacun aime le cinéma, dont Sam: il possède des affiches de films, et pas du Fast and furious, hein, du vrai film; il regarde constamment des films, et il va jusqu'à en rêver: il réinvente Sarah en Marilyn nue dans une piscine comme dans le film inachevé Something's got to give; quand il s'endort après une nuit de débauche, c'est sur la tombe de la grande* Janet Gaynor, dont il va d'ailleurs regarder sur recommandation de sa maman le merveilleux Seventh Heaven réalisé par l'immense Frank Borzage; et toutes ses fréquentations sont justement en lien avec le cinéma, aspirantes actrices ou actrices has-been ("j'ai été actrice entre l'âge de trois et cinq mois", lui dit une d'elles)... Enfin, la comédie est habillée en permanence d'une bande-son qui la rapproche d'un Hitchcock des années 50, à la Bernard Herrmann... Et tant que j'y pense, l'atmosphère  du film est très proche de celle de Vertigo!

Et si cette enquête semble ne pas tenir compte, ni de la logique, ni de la frontière entre rêve et réalité, ni du contexte, celui dans lequel un tueur sadique de chiens rôde, on peut toujours se demander comme le fait un personnage à un moment, pourquoi Sam, qui décidément est bizarre (il n'a pas un sou mais il a deux Gibson chez lui, et pas de la gnognotte, par exemple) se promène toujours avec des biscuits pour chiens sur lui... De là à penser (c'est mon cas) que c'est LUI le tueur de chiens, il n'y a qu'un pas. Mais le film, ayant l'étrange bon goût de ne proposer aucune solution réellement satisfaisante pour les 94 mystères qu'il soulève, et gardant probablement des clés pour les 17 prochains visionnages, décidément bien sympathique... Par ailleurs, l'une des clés réside peut-être dans la notion de deuil: celui qu'on fait d'une relation, pas celui qui cherche à accepter la mort d'un être cher. Car ce jeune homme qui n'avance pas a des casseroles dans son passé...

Non qu'il soit très achevé, ni novateur: les femmes, ici, sont quand même bien crédules, soit condamnées à devenir de la chair à canon pour producteurs, soit prostituées, soit éternelles starlettes qui ne perceront jamais, comme Riki Lindhome, qui quand elle est habillée, porte des vêtements pour des rôles de figuration, mais des vêtements qui donnent sérieusement l'impression qu'elle a du tourner dans un porno... Voici un film donc qui nous en dit probablement plus sur son auteur que sur les gens en général! Un film qui sera sans doute aussi facile à placer dans une conversation entre cinéphiles aguerris, qu'une mention de la pochette de l'album Houses of the Holy, de Led Zeppelin, dans un congrès de pédiatres.

*Hum!

 

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Published by François Massarelli - dans David Robert Mitchell Comédie
19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 18:37

Cette entrée tardive à la saga de l'étrange chien sans émotion est sans doute l'un des derniers grands films d'un héros qui finissait par ne plus avoir suffisamment de substance... Torador, Droopy "de Guadalupe" est opposé à un loup flamboyant pour combattre un taureau dans l'arène, avec comme enjeu la compagnie d'une starlette...

C'est un excellent cru, à l'ancienne, et comme dans certains films la puissance impressionnante de Droopy ne se révèle que tardivement, quand on le provoque: en attendant, nous assistons à un ballet loufoque entre un loup un peu trop sûr de lui et un taureau qui a de la ressource, et c'est décidément très drôle...

 

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Published by François Massarelli - dans Droopy Tex Avery Animation
19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 18:26

Un couple d'avions va avoir un petit, ce qui tempère sérieusement la déprime du père, un bombardier B-29 qui ne trouve pas à se caser puisque tout le monde ne jure que par les jets... mais quand le petit Johnny naît, c'est un jet, pour le plus grand désespoir du père: celui-ci prend une décision drastique, celle de participer à une course pour montrer de quel bois il se chauffe... Le petit participe à son insu, en tant que passager...

C'est désarmant, en fait: je n'aime pas, mais alors pas du tout les films d'animation qui montrent des véhicules humanisés (Cars, de Pixar, par exemple, pour lequel j'ai une totale aversion), mais ce film m'a surpris: pour commencer, l'animation en est assez traditionnelle, assez ronde, et c'est esthétiquement réussi. Et si l'histoire n'est qu'une reprise du principe de One cab's family avec des avions, il y a un pur moment de grâce, qui dure une minute et quelques: la course autour du monde du B-29 propulsé par... son Jet de fils! Un moment durant lequel Avery nous ravit en exposant, l'une après l'autre, des idées simplissimes basées sur des sites célèbres, que visite les deux avions, et avec lesquels ils vont interagir.

...Ces quelques secondes de bonheur suffisent au mien.

 

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Published by François Massarelli - dans Tex Avery Animation
19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 18:21

Un loup Sudiste reçoit la visite d'un chevreau qu'on lui confie, en lui écrivant de ne pas s'inquiéter: la bête mange de tout... Et même n'importe quoi. En effet: le film n'est pas autre chose qu'une litanie absurde mais ô combien répétitive de gags liés au fait que, donc, l'animal mange vraiment tout...

C'est donc assez peu glorieux, mais ça se laisser voir.
Sauf que... 

C'est un des films de la période finale de Tex à la MGM, et le graphisme est problématique, mélange de schématisme, de traits grossiers et de dessin simili-Disney. C'est loin d'être un chef d'oeuvre, et la façon dont le loup bégaie de façon systématique achève de nous éloigner...

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Published by François Massarelli - dans Tex Avery Animation