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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 16:55

Continuant leur oeuvre de parodie tous azimuts, Laurel et Roach s'attaquent à un gros morceau: The spoilers est une histoire qui a déjà servi pour trois films quand cette comédie de deux bobines sort des studios. La principale cible de la parodie est sans aucun doute la version de Lambert Hillyer de 1923, produite par Goldwyn, avec Milton Sills et Noah Beery... 

Laurel est Canister, un homme venu de Californie en Alaska pour y faire fortune en trouvant de l'or... Mais il est dépossédé par l'avocat véreux Smacknamara (James Finlayson). La vengeance de Canister sera terrible, et passera par une bagarre homérique, qui occupe les deux tiers d'une bobine...

Tout le film est bien sur construit pour amener la dite bagarre, d'où une impression de joyeux laisser-aller dans le reste: ainsi Mae Laurel a-t-elle été ajoutée dans le casting, pour jouer une traîtresse (Ben tiens) qui disparaît quasiment sans laisser de trace après avoir dit un truc du genre: "c'est lui, prenez-lui tout son argent"... Laurel avait la dent dure avec son épouse. Mais venons-en à a fameuse bagarre: le film de Hillyer en possède lui aussi une sévère, mais celle-ci est un tour de force, pour les acteurs comme pour l'équipe. Les deux acteurs ne ménagent pas leurs coups, et ne se sont pas fait doubler. Chaque détail compte, et Laurel et Ceder ont ajouté un détail perturbant pour nous autres, spectateurs du XXIe siècle: pendant que Laurel et Finlayson s'entre-tuent, un cow-boy efféminé entre et sort, totalement indifférent à ce qui se passe à ses pieds...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Laurel & Hardy Comédie Hal Roach
7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 07:54

Ceci est le premier film de Stan Laurel. De. Rappelons les faits, et attention c'est embrouillé: en 1923 Laurel a travaillé chez Hal Roach, et bien qu'ils ont fait ensemble un certain nombre de films de deux bobines qui prouvaient la confiance réelle entre Roach et son poulain, le résultat a été décevant: aucun moyen semble-t-il de donner à Laurel sa place, et de donner sa pleine mesure à son génie créatif... Après d'autres tentatives tout aussi infructueuses, Laurel est revenu chez Roach, pour y devenir metteur en scène: son ambition, en fait. Pour devenir metteur en scène chez Roach, rien de plus facile: il faut tourner! Et ne pas jouer, car le studio délimite soigneusement les rôles de ses employés...

C'est donc sur un argument de son complice James Parrott, et avec James Finlayson qui pouvait enfin tenter sa chance en vedette, que ce court métrage d'une bobine a été tourné. Il est différent des autres, ça oui, mais il est aussi assez mal fichu, parfois franchement bizarre... le ton en est résolument adulte: Finlayson y est un mari, soupçonné par son épouse d'écarts de conduite. Ce n'est pas peu dire: c'est un obsédé sexuel! Le stratagème employé est de faire appel à une agence de détective dont le principal limier est un champion du travestissement. 

Bref.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 07:42

Comme Roughest Africa, ce petit film au titre presque générique est une parodie, non d'un film précis a priori (je n'en reconnais aucun, mais le script en est tellement basique qu'il pourrait viser des dizaines de mélodrames de 1919-1920!), mais plutôt d'un genre: Laurel y est un paysan Russe, amoureux d'une jeune et jolie voisine (Katherine Grant)... Mais l'odieux comte Pifflevitch (Pierre Couderc) a d'autres idées pour elle: il voudrait en faire une danseuse. Attirée par les lumières de la grande ville, la jeune imprudente se laisse faire. N'écoutant que son courage, le héros subtilise les vêtements du comte (L'uniforme et le monocle lui vont à ravir) et se rend à la cour pour récupérer sa fiancée. Il lui faudra déjouer les plans de l'odieux général Sappovitch (James Finlayson) et d'une intrigante princesse (Mae Laurel)...

Voilà, on pourrait tout aussi bien réaliser un film mélodramatique premier choix avec un tel argument! Notons que James Finlayson est pour Roach un complément indispensable à Laurel! Ce dernier a droit à une danse, ce qui est toujours un grand moment de loufoquerie, et Mae Laurel interprète la traîtresse: j'y vois la patte de Stan Laurel lui-même, si j'en crois la légende.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 07:31

Ce film inaugure une série de courts métrages en deux bobines qui sont clairement orientés vers la parodie à tout prix, et qui mettent en scène Laurel en héros improbable, le plus souvent opposé à James Finlayson. Dans Roughest Africa c'est un genre qui est parodié: le documentaire exotique, forcément riche en dangers de toutes sortes... 

Stanislaus Laurellus est donc le professeur en charge de l'expédition, parti d'Hollywood pour effectuer une reconnaissance de l'Afrique après le dangereux désert Volstead (Le Volstead Act étant la loi qui impose la prohibition aux Etats-Unis, on comprend pourquoi c'est un désert). Son caméraman/fidèle compagnon est l'infortuné Finlayson. Les figurants et acteurs de compléments (Dont George Rowe qu'on ne peut que reconnaître d'un coup d'oeil) sont grimés en "sauvages", avec blackface et guêtres, les animaux n'en demandaient pas tant, et on va le dire une bonne fois pour toutes...

C'est complètement, désespérément idiot.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 16:32

Continuant d'explorer les métiers les plus divers, George Jeske dirige une fois de plus Stan Laurel dans un film ou il travaille. Il est cette fois employé dans un verger Californien, à cueillir et trier des oranges. D'où le titre... le film concentre beaucoup d'agressivité, c'est une constante du reste, dans ses 12 minutes, ainsi qu'un certaine ingéniosité de bricolo du dimanche: on fait fonctionner une trieuse à partir du pédalier d'un vélo!

Et le final de ce film a au moins le mérite d'utiliser un instrument qui est propice à rendre les poursuites intéressantes: c'est un tapis roulant. Pour le reste, on voit l'équipe habituelle autour de la "star" Laurel: Pas de Finlayson à l'horizon, mais Katherine Grant est là, ainsi que le petit George Rowe, avec son énorme moustache de traviole et son strabisme compliqué. Pour finir, mais cela va sans dire, aucun rapport même lointain entre ce film et l'album du même nom, concocté en Californie lui aussi par le groupe XTC, en 1989.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 16:23

Dans ce moyen métrage situé au début de sa gloire, Lubitsch explore avec délectation les errements d'un quarteron de personnages qui se déguisent, se mentent et se trompent: un mari volage qui court le guilledou au lieu de répondre à une convocation de la police, un comte coureur de jupons obligé d'aller en prison à sa place, une épouse qui cherche à coincer son époux en se faisant passer pour une autre, et une servante déguisée en dame de la haute qui se paie le luxe de retourner à sa condition au lieu de mener la grande vie avec un bourgeois. Une fois faux semblants, tromperies et situations limites mis de coté, tout retournera dans l'ordre. Tout ceci est un peu rustique, mais on est déjà dans un univers proche de celui qui sera le théâtre de ses films du début des années 30.

Et Lubitsch et Hanns Kraly ont piqué l'intrigue à une opérette: Die Fledermaus (la Chauve-souris), de Richard Strauss. Le ton est résolument à la farce, ont est donc vraiment dans la première vague des films du maître, ceux qui respiraient le bon air des rues Berlinoises, ceux d'avant la Kolossale réputation du metteur en scène qui lui vaudra un ticket pour Hollywood, où il ira transformer à lui tout seul le cinéma... Tout ceci n'empêche pas ses bourgeois Berlinois d'voir un air de famille marqué avec ses héros, qu'ils soient de 1924 (The Marriage Circle) ou de 1932 (One hour with you)... Notons aussi une apparition irrésistible de Emil Jannings en gardien de prison alcoolique.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Ernst Lubitsch 1917
4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 08:48

Pembroke est un metteur en scène, dont le prénom variait entre Scott et Percy, et qui va suivre Laurel: je veux dire par là qu'on ne le retrouvera durant trois années, non seulement chez Roach, mais aussi chez Universal lorsque Laurel y tournera une douzaine de courts métrages... un signe probable de bonne entente entre les deux hommes, et ce film, s'il reste mineur (Une fois de plus le format d'une bobine ne permet pas à Laurel de bien y développer son style), montre Laurel en terrain de confiance:

Il y interprète un représentant qui fait du porte à porte, et tente de placer une infâme camelote: un sirop qui peut tout, ou rien selon les options. Et personne n'en veut ou alors personne ne veut payer pour le consommer... Les gags se suivent et ne se ressemblent pas, mais le personnage, son acharnement et sa frustration restent. On notera entre autres un gag furieusement politiquement incorrect sur les malentendants, à nouveau un gag dans lequel un personnage est confronté à quatre portes identiques, il y en avait déjà eu des variations dans The egg et The noon whistle...

Mais le plus frustrant dans ce film reste la résolution d'une scène qui est, avant l'heure, du Laurel et Hardy dans sa forme la plus classique: pour placer son produit, Laurel accepte de nettoyer de fond en comble un tacot qui appartient à l'irascible Noah Young. C'est la voiture la plus sale de tout l'Ouest, il va donc falloir plusieurs flacons... Mais à la fin, le client estime que la voiture a rétréci, et refuse de payer. Pour se venger, Laurel commence à a couvrir de farine... Et la scène s'arrête: nul doute que cinq années plus tard, l'entreprise de re-salissure aurait occupé beaucoup plus d'espace dans le film...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 17:59

Un milliardaire impétueux et excentrique qui va mourir bientôt fait poireauter son entourage avec des revirements constants par rapport au testament qu'il entend laisser. Il ne veut ni le laisser à ses employés qu'il déteste, ni à sa famille qui n'attend rien d'autre que son décès pour faire main basse sur le pactole! Il choisit, tant qu'il est à peu près sain d'esprit, et encore en capacité de le faire lui-même, d'adresser dix chèques, chacun d'un million de Dollars, à huit personnes prises au hasard... Chaque segment du film racontera ainsi le devenir de chaque chèque.

Les sept metteurs en scène se répartissent les portions de la façon suivante: Taurog est en charge du prologue et de l'épilogue, les autres films ayant été tournés indépendamment. Roberts et McLeod ont chacun deux segments à leur charge, et Lubitsch, Humberstone, Cruze et Seiter ont tus un sketch. Le ton est globalement à la comédie, sauf pour l'histoire de Cruze, qui est atroce, et (volontairement ou non?) dramatique: un condamné à mort reçoit le chèque et ne parvient pas à digérer la nouvelle. Certaines des vignettes tombent dans la comédie sans grâce, comme l'histoire de William Seiter avec W.C. Fields: un couple de forains dépensent leurs millions en voitures à casser, et c'est épouvantablement répétitif. J'ai un faible pour les deux premiers sketchs, l'un tourné par McLeod avec Charlie Ruggles en employé timoré d'une boutique de porcelaine qui est en plus étouffé par son épouse acariâtre, et l'autre tourné par Roberts, avec Wynne Gibson en prostituée surbookée qui va avoir une idée très précise de ce que son million lui permet d'acheter...

Et puis il y a Lubitsch: c'est intéressant de constater que ce film lui est souvent attribué en entier, alors qu'il en a réalisé le segment le plus court, mais aussi le plus fort et le plus percutant. Il l'a aussi écrit et en a confié l'interprétation à Charles Laughton... C'est une merveille. 

Pour le reste, aucun des metteurs en scène n'arrive à sa cheville, bien sur, donc il ne faut pas s'attendre à du grandiose. Juste à un film malin qui se saisit, en 1932, d'une préoccupation réelle, qui n'a rien à voir finalement avec le rêve Américain, mais plus avec l'idée de survivre, car comme chacun sait après 1929 les temps sont durs. Et le film nous montre l'Amérique (Blanche, il ne faut pas trop en demander), dans sa relative diversité sociale: on pourra juger que ce film nous montre une belle brochette d'égoïstes. On pourra aussi se dire que cette comédie tape gentiment là où ça fait toujours mal, tout en ayant le bon goût de vouloir faire rire...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ernst Lubitsch Pre-code James Cruze
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 17:53

Stan Laurel, George Jeske, Katherine Grant, James Finlayson, on a là ce qui ressemble bien à une équipe, assemblée par hal Roach afin de mettre en valeur Laurel. Mais ce n'est qu'une ressemblance, Finlayson sera utilisé à toutes les sauces jusqu'à la fin de son contrat Roach, sans jamais se fixer dans une unité, Katherine Grant ira ensuite travailler aux côtés de Charley Chase, et George Jeske fera d'ailleurs partie des metteurs en scène de ce dernier lors des premières séries de courts métrages en une bobine.

Ici, tout tourne autour de la mine, de la rivalité humaine entre Laurel, plus électron libre que jamais (Il arrive au travail en manteau de fourrure... Pourquoi? Mystère!), James Finlayson qui bien évidemment joue le contremaître. Grant, elle, est la file de ce dernier. Beaucoup de gags liés à un ascenseur, évidemment, mais aussi liés à la présence de dynamite. Routinier, sans jamais être déplaisant.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Hal Roach Laurel & Hardy
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 09:43

Comment commencer? Le film choisit justement de surprendre, d'autant qu'on est en 1942: la guerre, après tout, bat son plein... Et alors que commence l'intrigue, à Varsovie en 1939, on trouve Hitler. Qui se promène, tranquillement, sous les yeux des passants. Mais on nous l'explique très vite: c'est un acteur, qui vient de s'engueuler avec l'auteur d'une pièce sur l'actualité brûlante, intitulée Gestapo! On contestait sa ressemblance avec le Fuhrer, et il a choisi de prouver que ses collègues avaient tort en faisant quelques pas dans la rue...

...Mais une petite fille qui vient lui demander un autographe lui a prouvé qu'il n'était pas si ressemblant que ça.

Le ton est donné: c'est une comédie, mais les événements qui se déroulent autour des acteurs du Théâtre Polski n'ont rien de drôle. Les comédiens qui jouent au théâtre vont aussi jouer leur vie, mais s'ils vivent pour le théâtre, il n'en reste pas moins que beaucoup d'entre eux sont d'abominables cabotins. Et si le mot n'est jamais prononcé dans le film, Lubitsch et le scénariste Edwin Justus Mayer ne cachent jamais que la plupart de ces acteurs sont juifs. De Greenberg (Felix Bressart) qui rêve de jouer Shylock et en connaît le monologue du Marchand de Venise par coeur, à cette merveilleuse contorsion autour du mot "ham", qui désigne bien sur le jambon (donc un plat qu'un Juif qui respecte sa religion ne mangera pas), mais aussi un cabotin, en Anglais dans le texte (Un acteur à un autre: ce que tu es, je ne le mangerais pas!)... 

Les deux vedettes de la troupe sont M. et Mme Tura, respectivement Jack Benny (Joseph) et Carole Lombard (Maria). Leur relation est bien sur amoureuse, mais ce sont d'abord et avant tout des gens de spectacle, donc ils sont, quoi qu'on en dise, en concurrence permanente pour le devant de la scène. Et Mme Tura apprécie les compliments, de sorte que, sans pour autant tromper son mari, elle laisse un jour entrer un bel officier (Robert Stack) dans sa loge pendant que son mari interprète le monologue de Hamlet...

Et c'est là que se situe le premier sens de cet extrait Shakespearien: Lubitsch détourne l'un des moments de théâtre les plus emblématiques qui soient, l'un des passages obligés les plus sacrés de tous les temps... pour en faire un signe de vaudeville, un gag qui plus est récurrent! Et comme M. Tura est particulièrement imbu de lui-même, l'effet comique de ce jeune officier qui se lève au moment où Tura est supposé briller de mille feux, est parfait.

Ce qui nous amène au deuxième sens de ce To be or not to be, qui symbolise à la fois le théâtre dans son quotidien (la guerre menace, la pièce Gestapo est donc annulée, et les acteurs se rabattent sur Hamlet), mais aussi le théâtre comme carrière prestigieuse, avec ses aspirations à la grandeur (Arrivé en Grande-Bretagne, Tura a un désir secret: jouer Hamlet au pays de Shakespeare!). Une aspiration qu'on retrouve chez tous ces acteurs: Bronski (Tom Dugan) qui jouait Hitler au débit du film, aspire à faire autre chose que de la figuration, comme Greenberg et son désir de jouer Shylock. Parce qu'il souhaite occuper le terrain, Rawitch (Lionel Atwill) en rajoute des tonnes, au grand désespoir de ses partenaires... En Anglais, quand un acteur sur-joue, on dit qu'il "mâche le décor" (To chew the scenery). A ce niveau, Rawitch est insatiable... Et pourtant, comme le dit Erhardt,le colonel nazi (Sig Ruman), Joseph Tura a fait à Shakespeare ce que les nazis font à la Pologne... Bref, tous ces acteurs ne sont probablement pas les meilleurs du monde. Ce qui ne les empêche pas de trouver le rôle de leur vie.

Et c'est là qu'on en arrive au troisième sens du titre et de cette allusion à cette sacrée scène: Être ou ne pas être, donc... pour un acteur, c'est une question de métier! Il s'agit de devenir un autre, mais à quel moment l'autre prend-il le pouvoir sur vous? Jamais si on est en contrôle, c'est ce qui va faire que dans ce film les déguisements, les imitations, les usurpations d'identité vont devenir monnaie courante. Et celui qui n'a pas pu jouer Hitler sur une scène de théâtre, va le jouer dans la vraie vie... Ce n'est pas pour rien que la sortie de ce film dans la France d'après-guerre s'est faite sous le titre "Jeux dangereux". Car ces gens risquent leur vie... et plus encore. Et si l'art imite la vie, Lubitsch nous montre souvent à quel point la vie imite l'art.

Lubitsch, je le disais plus haut, n'a pas laissé dans son film le mot "Juif" apparaître une seule fois. Non que ce soit interdit, après tout Chaplin l'a placé sans arrêt dans son script de The great dictator. C'était plutôt un petit arrangement demandé par des producteurs, dont beaucoup étaient eux-mêmes Juifs, et qui souhaitaient ne pas mettre en avant cette identité. Mais le choix de contourner cette règle non-écrite devient ici un facteur de réelle inventivité, sans parler de l'humour des jeux de mots, et du fait que ce qui aurait du être drôle, devient parfois poignant. Ainsi l'acte de bravoure de Greenberg, qui joue Shylock en vrai, sans maquillage, devant un parterre de nazis, et devant Hitler (mais un faix Hitler, bien sur... alors que les nazis sont tous vrais), est-il un acte de résistance, un vrai, un beau.

Et la guerre qui nous est présentée, est l'occasion pour Lubitsch de rappeler qu'il est un metteur en scène qui sait tout faire: des comédies "de portes", comme disait Mary Pickford qui n'avait rien compris, des comédies musicales, des comédies sentimentales... et des séquences dramatiques, et du suspense. Une scène de parachutage dangereux est traitée avec le plus grand respect, et une efficacité maximale. Les "jeux dangereux" d'espionnage auxquels se livrent les acteurs contraints et forcés sont l'occasion de faire monter la tension. Et pourtant les nazis sont incarnés à travers essentiellement trois personnages: le professeur Siletsky (Stanley Ridges), un Polonais collaborateur qui fait un peu d'espionnage, et qui est sans doute le plus menaçant des salopards du film. Mais il ne dure pas très longtemps... Sig Ruman interprète le Colonel Erhardt, le principal représentant des nazis à Varsovie, et Schultz (Henry Victor) est son aide de camp: ce dernier, quoique joué de façon droite et sans aucun artifice par Victor, est le lampiste désigné de son supérieur... Et Erhardt, bien qu'on l'ait surnommé "Concentration camp Erhardt", ce qui le fait lui-même beaucoup rire, reste la principale source de comédie du film! Il est interprété il est vrai par un génie du timing, mais quand même! Lubitsch savait parfaitement ce qu'il faisait, et comme Chaplin, il était déterminé à rappeler que les nazis sont des salauds, oui, mais ce sont aussi des idiots, des vrais.

Et le bonheur, c'est que ces idiots-là, on peut, on a le droit, que dis-je, on a le devoir d'en rire.

Mais ça n'empêchera pas la gravité, et il y a de la gravité dans ce film: comment pourrait-il en être autrement? Comme le dit Shylock/Greenberg: "N’ai-je pas des yeux ? N’ai-je pas des mains, des organes, des sens, des dimensions, des affections, des passions ? Ne sommes-nous pas nourris de la même nourriture, blessés par les mêmes armes, sujets aux mêmes maladies ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ?" Bref, un homme est un homme est un homme. Même ces cons de nazis.

Le rire, le théâtre, le déguisement, mais aussi le refus de la barbarie et le refus de la défaite, la résistance deviennent ici l'essence même de l'humanité. Avec le sourire...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ernst Lubitsch