Un jeune homme et sa soeur tombent sous la coupe d'un joueur professionnel, qui se débrouille pour que le jeune homme soit en dette, et lui impose d'accepter le mariage de sa soeur... Dans la copie que j'ai vue, celle-ci s'enfuit et disparaît du film, mais il se peut que la fin soit tronquée.
Quoi qu'il en soit, dans un final qui se veut spectaculaire, le jeune homme impose un bluff monumental en piégeant le sale type au milieu de cartes qu'il prétend explosives...
Et ça marche.
Pas le film, par contre, qui tendrait à confirmer une certaine médiocrité des films Champion...
Dans une petite institution scolaire familiale, les garçons sont insupportables, et le surveillant (Owen Moore) ne fait rien, ou ne sait rien faire, pour empêcher leurs frasques. Quand elle revient, la fille du directeur (Florence Lawrence) décide de prendre les choses en main, non seulement contre les sales gosses, mais aussi pour donner une leçon à l'employé...
Le duo Lawrence / Moore est intéressant dans la mesure où leurs comédies sont différentes de ce qui était la règle, un acteur entreprenant et une actrice passive et attentiste. C'est presque le contraire, et "Flo", dans ce film, met au pas tou les jeunes garçons en les enfermant dans la chambre froide...
Un jeune couple est en promenade dans une voiture. Quand il descend de la voiture pour cueillir des fleurs, la jeune femme (Florence Lawrence) démarre en laissant le jeune homme (Owen Moore) derrière elle elle passe son temps à le taquiner, ainsi lors d'une sortie sur un lac, elle renverse le bateau pour le faire tomber à l'eau... Quand le père du jeune homme apprend de son fils qu'il n'estime pas avoir la moindre chance de la conquérir, il est très contrarié, car un mariage entre eux serait la seule solution pour échapper à la ruine...
C'est une comédie inattendue, et assez cruelle, dans laquelle Owen Moore (qui avait un talent incroyable pour jouer les benêts) souffre du comportement espiègle et particulièrement piquant de Florence Lawrence. Cette dernière est tout sauf une jeune fleur éplorée. Quand le père lui demande si son fils l'intéresse, elle prononce un non tellement sonore qu'on croirait l'entendre...
La guerre civile Américaine, ou Guerre de Sécession comme on l'a appelée ici, fut une manne inépuisable d'intrigues mélodramatiques, dès le début du cinéma. Chez Ince, chez Kay-bee, Universal, Biograph, Edison et Vitagraph, chez Eclair, ils ont tous puisé dans cette guerre à la fois éloignée, cristallisée dans sa légende, et proche, à travers les éventuels souvenirs familiaux. Et l'idée romantique d'une soudaine scission dans le tissu Américain était propice à tous les déchainements de l'imagination...
D'où cette intrigue, interprétée avec un jeu excessif et raide, dans un film du studio Champion de Fort Lee, New Jersey: une jeune femme est au désespoir dans un état "frontalier" (les états qui étaient entre le Nord et le Sud pendant la Guerre Civile): son frère est un officier du Sud, mais son fiancé un officier du Nord. Le mélodrame est éminemment prévisible, la fin assez hallucinante...
Un moment inattendu et très fort dans le film, malgré tout: quand elle est surprise dans sa maison dans les bras d'un nordiste, par un régiment que conduit son frère, la jeune femme du titre décide de se saisisr d'une arme et de donner à son amant une demi-heure pour se sauver...
Une famille Indienne se rassemble, ils savent que leurs territoires sont convoités par le gouvernement, ils dépêchent alors un émissaire à Washington, un jeune chef, pour essayer d'enrayer l'opération. Mais les politiciens l'ont vu venir et l'un d'entre eux lui présente sa fille pour le distraire pendant que le Congrès vote pour la confiscation de leurs terres...
C'est un film de la compagnie Champion, un petit studio qui a tenté sa chance dans les années 10 à Fort Lee... Non seulement on ne reconnait personne, mais en plus on n'a pas gardé l'identité de son réalisateur ou sa réalisatrice. Mark Dintenfass, le fondateur, pourrait en être l'auteur... L'intrigue rappelle une vision romantique des rapprts entre les Américains natifs et les anglo-saxons, mais en 1910, le mal était fait. Et cette histoire sordide, avec une fille utilisée par son père sénateur pour des fins politiques, est bien limite... Au passage, dans Mr Smith goes to Washington, le sénateur Joseph Paine ne fait pas autre chose pour éloigner James Stewart d'un vote décisif...
A côté d'une certaine naïveté, et d'un jeu d'acteurs souvent daté (du point de vue de 1910 aussi: on dirait un film Italien de 1905...), le film est notable pour avoir demandé une assistance à de jeunes membres d'une tribu locale... Un soupçon d'authenticité dans un film en toc...
La passion du cinéma, ça mène à tout. La preuve: Pierre Tchernia, certes un homme de télévision, à l'époque où ça n'était d'ailleurs pas encore un métier, a toujours tourné autour du septième art, dont il était sas aucun doute le principal vulgaristeur pour le grand public. Un passionné qui avat vu les films dont il parlait et qui aimait les films qu'il avait vus et revus, ceux des burlesques Américains qu'il admirait, mais aussi les comédies des grands auteurs français, René Clair en tête. Cela ne l'empêchait pas d'aimer Clouzot, Renoir ou Carné...
Mais les rares fois où il s'est lancé dans la mise en scène, il a toujours oeuvré dans la comédie: quatre fois, quatre pauvres petites fois. On cite plus souvent un chef d'oeuvre, son admirable Viager, pour lequel il eut l'excellente idée de le faire écrire par rené Goscinny. C'était son premier film, ce sera son meilleur, même si on aimerait bien revoir Les gaspards, le deuxième, auquel Goscinny a, là encore, contribué. Un film plutôt sous une double influence, là encore René Clair, mais dans la veine la plus loufoque de son oeuvre, mais aussi les années 70 comme étant un temps de nouvelles idéologies, et d'utopies douces et un peu dingues...
Son troisième film est cette petite comédie urbaine, dont l'argument est du à Jean Poiret, qui est évidemment prolongé par son alter ego, l'inévitable Michel Serrault... Celui-ci est de tous le films du cinéaste, ainsi que dans la distribution de son téléfilm le plus célèbre, une adaptation du Passe-Muraille de Marcel Aymé (1977).
Les élections approchent: Martial Perrin (Michel Serrault), leader du parti CIP (Les Conservateurs Indépendants Progressistes!) est en perte de vitesse dans les sondages et son entourage commence à penser à le remplacer. Flanqué de son éminence grise, Constant (Jean Poiret), il écume les plateaux de télévision, et les meetings. Mais il apprend qu'un tueur vient de s'évader, un homme qui a payé en faisant de la prison, mais qui a payé pour d'autres, un réseau d'hommes établis qui se sont enrichis par des moyens pas très catholiques. Au vu de la réaction de Perrin à l'annonce de l'évasion, on se doute qu'il a trempé dans des affaires pas très honnêtes...
C'est là qu'on se dit qu'on est sans doute un peu plus dans l'univers de Poiret, que dans celui de Tchernia. Mais si l'intrigue est bien l'occasion de brocarder le monde politico-médiatique de cette fin des années 70, donc du giscardisme finissant, le fait est que l'idée principale renvoie à cette vision de la comédie loufoque telle que le réalisateur la concevait: car pour se sortir d'un mauvais pas, Perrin demande à Constant d'engager sn propre cousin pour le remplacer... Et Gilbert Brossard, acteur raté, n'a pas grand chose à voir avec Martial Perrin, au contraire, même si c'est son sosie.
C'est tributaire d'un numéro d'acteur, bien sûr. J'admet qu'il est est facile de préférer la composition de Serrault en Perrin à son cabotinage sans limites dans le rôle de Brossard... Mais le couple Serrault-Poiret reste d'une grande solidité, et la farce se voit sans déplaisir. On peut d'ailleurs s'amuser à chercher quelles sont les cibles, à cette époque qui voyait un jeune loup de la politique, promis à un bel avenir, qui n'en finissait plus de dire tout et son contraire, et se déclarait "Travailliste" en s'affichant avec Charles Pasqua. Oui, il y a du Chirac dans ce Martial Perrin, et du RPR dans ce CIP. Mais ce qui reste finalement le plus réussi dans ce film, c'est l'accumulation de seconds rôles: tout le monde aimait Pierre Tchernia, et on imagine que tous ces acteurs sont venus effectuer leur tour de piste avec plaisir: Michel Blanc, Roger Carel, Dominique Lavanant, Curd Jurgens, Georges Géret, André Parisy, Bernadette Laffont, Paulette Dubost, Andréa Parisy, Jacques Legras, Francis Lax, Pierre Douglas, Bernard Lavalette, Colette Brosset, et même quelques collègues de la télévision: Patrick Poivre d'Arvor, Dorothée, et j'en oublie certainement.
Et même, parfois, quelques répliques nous renvoient à la gentille loufoquerie de l'univers de Tchernia, comme ce commissaire Javert (Géret) qui quand on lui fait remarquer que son nom rappelle des souvenirs, répond tranquillement "Oui, c'était mon arrière-grand-père"... On rit parfois devant des raccourcis inattendus, comme ce salut nazi esquissé par Brossard lors d'un défilé, lui qui n'a pas encore totalement compris comment jouer le personnage! Ou encore la tête de Gemaine Delbat qui joue Madame Perrin mère, et qui s'extasie de la gentillesse de son fils, alors qu'il se comporte vis-à-vis d'elle comme un goujat. Il y avait sans doute un vrai potentiel dans ce film...
Un dernier point: sur un sujet à la fois profondément différent, et pourtant proche, Albert Dupontel a réalisé un film surprenant, pas toujours réussi, qui s'intitule Second tour. Ce n'est en aucun cas un plagiat...
Et si finalement, Chuck Jones était devenu avec l'âge le spécialiste des couples mal assortis? Un coyote lié pour l'éternité à l'oiseau qu'il n'attrapera jamais, ou un gentil bull-dog qui se met dans des situations pas possibles parce qu'il ressent une sorte d'amour paternel pour son compagnon le petit chat... Un canard qui n'en peut plus de devoir cohabiter avec un lapin beau parleur, ou ce même canard qui traine derrière lui un assistant qui n'est autre qu'un cochon... Bref, il y a une certaine tendance à vouloir explorer la dynamique de ces appariments, certains contre nature!
Claude le chat est pour moi un personnage attachant, un de ces losers magnifiques, qui ressemble à une version non bavarde, et vaguement jaunâtre, de Sylvester. Un malin, mais qui trouve toujours devant lui les pires ennemis, le pire étant ce petit chien au pedigree incertain qu'on lui colle un jour dans les pattes (il s'appelle Frisky)... Dans ce court métrage qui inaugure leur collaboration (il y aura trois films en tout), Claude qui vit une vie sans souci en seul animal de la maison, voit arrier un concurrent, un chiot qui a la faveur de son maître et de sa maîtresse. Il lui faut trouver un moyen de s'en débarrasser...
Sans que les animaux (contrairement à leurs maîtres, dont nous ne verrons jamais le visage) ne prononcent une seule réplique, nous allons assister à un festival d'expressivité, le champion toutes catégories état le chat Claude... Nous n'ignorons rien de sa duplicité, et nous pouvons quasiment lire ses pensées, dans une mise en scène magistrale qui doit beaucoup au muet, et au style radical et toujours innovateur de Jones en 1950...
Dans ce court métrage, la dynamique entre le chat (Sylvester) et l'oiseau (Tweety Bird) est tellement installée qu'on n'a besoin de Tweety que pour lancer l'intrigue! D'humeur enjouée, Sylvester aperçoit un cirque et décide d'y faire un tour. Car il adore le cirque... Mais parmi les animaux exposés il y a un canari et il adore encore plus les canaris!
Mais il y a surtout un lion, qui va dans ce court métrage incarner toutes les facettes de l'adversité. A un certain point, on finit par en oublier le principal enjeu, à savoir cet oiseau qui se comporte ici en tous points comme d'habitude: détaché, écervelé, vaguement ironique voire sadique.
A la fin, c'est en off que le chat succombera, sous l'ironie particulièrement noire soulignée par Tweety, mangé par une dizaine de lions et de tigres, carrément. Il n'empêche, le show et quasiment intégralement assuré par Sylvester...
Le dernier western de Clint Eastwood est probablement l'un des plus aboutis de ses films sur le bilan d'une vie, la vieillesse, et le décalage entre un monde en perpétuelle évolution, et un être coincé dans une bulle faite de nostalgie, de souvenirs et de rancoeur. Il y aura, bien sûr, d'autres oeuvres importantes dans ces domaines, à commencer par le faussement futile Space Cowboys, ou bien sûr de façon évidente Invictus (Sur le bilan des combats d'un homme), Million Dollar Baby ou surtout l'admirable Gran Torino, à lui seul une autre somme des thèmes de prédilection de Clint Eastwood...
William Munny est un tueur, un bandit sans foi ni loi racheté par l'amour, qui a construit sept années durant une petite vie tranquille avec son épouse Claudia, leur petite ferme sur la frontière, leurs cochons, leurs enfants... Et qui expie ses crimes passés dans un veuvage qui le rend particulièrement amer. Un jour, un jeune inconnu lui propose une affaire en or, deux cowboys à tuer pour le compte de prostituées: l'une d'entre elles a subi un traitement injuste, et ensemble elles ont mis la tête des deux responsables à prix. Après hésitation, il se rend à Big Whiskey, Wyoming, en compagnie de Ned (Morgan Freeman), son complice de toujours, et de Schofield Kid, le jeune outlaw qui lui a proposé le contrat, et va affronter la-bas Little Bill (Gene Hackman), un shériff qui ne souhaite pas voir sa ville envahie par la racaille.
Que laisse un homme au soir de sa vie? C'est une préoccupation de Munny, dont les enfants regardent sans vraiment comprendre leur vieux père tenter désespérément de monter sur un cheval qui ne souhaite pas qu'on l'utilise, pour retourner vers des pêchés qu'il n'a jamais su leur avouer. Mais Munny n'a plus le coeur à vivre de cette manière austère qui se justifiait tant du vivant de son épouse, et rame pour joindre les deux bouts, ce qui le pousse à accepter le contrat. Mais une fois sur place, la vieillesse est définitivement là, et c'est une épave qui arrive à Big Whiskey. De son coté, le Kid, le jeune fanfaron qui propose le contrat à Ned et Munny, n'est pas vraiment en mesure de faire grand chose: sa vue est très faible, et malgré toutes ses vantardises, il n'a jamais tué un homme auparavant, ce qui ouvre la porte à tout une réflexion sur l'image des manieurs de gâchettes du film: English Bob (Richard Harris), un personnage secondaire, débarque à Big Whiskey en compagnie de son biographe attitré, auréolé de ses exploits mi-criminels, mi-chevaleresques... Mais little Bill démontre qu'il ne s'agit que d'un hors-la-loi vantard, ivrogne et incapable, avant de s'approprier le biographe, et de tomber absolument dans les mêmes travers... on constate en revanche que Munny comme Ned ne se vantent jamais: ils agissent, quelquefois avec une réelle amertume.
A la tentative de Munny de se racheter face à l'humanité, ou Dieu, ou la mémoire de son épouse, ou lui-même, Eastwood oppose Little Bill, un personnage fascinant, d'ailleurs confié à l'ambiguité de Gene Hackman: Bill est bien le shériff de Big Whiskey, un homme amené à trancher dans le cadre de la loi: il ne va par exemple pas laisser le délit des deux cowboys au début impuni, mais va le considérer sous l'angle du droit, proposant un dédommagement des prostituées plutôt qu'une punition. Son approche de la loi est pragmatique, mais peine à masquer un amour sadique de la violence et d'un certain autoritarisme. Et puis, comme Munny, il construit un nid, une maison à laquelle on le voit souvent travailler, mais dont il délaissera souvent les travaux pour se consacrer à sa propre légende...
Eastwood dans son film joue de la différence entre Bill et le Kid d'un coté, deux hommes entreprenants, qui tentent d'attraper chacun à leur façon le train du progrès (Kid en saisissant au vol la perspective d'un contrat, Bill en faisant respecter l'ordre et en contribuant à bâtir une ville), et Munny et Ned de l'autre, rangés mais hantés par leur passé, comme des fantômes d'une frontière qu'on croyait définitivement disparue. sa réflexion sur le temps qui passe et les hommes qu'elle laisse de côté renvoie d'une certaine manière à tous les losers magnifiques de son oeuvre, qu'ils soient Red Stovall (Honkytonk man), (The Outlaw) Josey Walesou bien sûr Charlie Parker (Bird)... Comme Munny, ils sont passés, ont laissé quelque chose, bon ou mauvais, et comme lui ils ont aspiré à une tranquillité qu'ils n'ont jamais atteinte. Le style crépusculaire d'Eastwood est ici à son apogée, dans un film à l'obscurité envoûtante...
Le film commence un peu comme La nuit vengeresse de Benjamin Christensen, avec des plans nocturnes d'un homme qui s'approche d'une maison, la nuit, où vivent deux personnes: une dame âgée, alitée, est mourante, et sa fille (Clara Wieth) s'occupe d'elle; l'homme (Peter Fjelstrup) réclame à manger, et il est manifestement en fuite. le lendemain, il se re-manifeste, et elle lui donne à manger, puis le suit: elle découvre qu'il habite une cabane dans les bois...
Quand le médecin passe pour surveiller l'état de la mère, il est direct: elle va mourir si on ne lui prodigue pas de soins le plus vite possible. En bon instrument du destin, le docteur attire aussi l'attention de la jeune femme sur une affichette qu'il a ramassée: un avis de recherche, au nom de Carl Weldon, recherché pour meurtre. Bien sûr, c'est l'homme aperçu par Nina la nuit précédente et qu'elle a suivi jusque chez lui. Elle se rend au poste de police, et les choses se précipitent: les éléments du mélodrame se mettent en place les uns à la suite des autres. D'une part, Nina reçoit sa récompense avec laquelle elle espère pouvoir payer des soins à sa mère; d'autre part, deux protagonistes importants se manifestent, l'un est le neveu de la victime du meurtre Pedro (Peter Malberg), qui souhaite féliciter la jeune femme... Et plus si affinités, car le gandin est plutôt bavard voire beau-parleur. L'autre personne qui intervient au poste de police, le Dr Weldon (Carlo Wieth), est le fils du suspect qu'on vient d'arrêter, et qui bien sûr clame l'innocence de son père. Si contrairement à moi, vous n'avez pas encore trouvé le vrai coupable, voyez le film. Sinon... voyez-le quand même!
Car ce n'est pas par ses qualités de whodunit que ce long métrage vaut la peine d'être vu. Le film est entièrement assujetti au point de vue de Nina, qui est interprété avec un souffle impressionnant par l'une des divas de l'écran Danois muet. Le mot n'est d'ailleurs pas choisi au hasard: elle réussit par un jeu d'une constante subtilité, à faire passer les mêmes émotions, les mêmes passions que les divas Italiennes, Francesca Bertini en tête. Mais Bertini avec un sens de l'économie, si c'était possible. Et Clara Wieth-Pontopiddan joue en subtilité, mais de tout son être...
Autour d'elle, un casting solide, et surtout un metteur en scène qui est inspiré du début à la fin. Sa mission est double, finalement: d'un côté, livrer clés en mains au public un divertissement parfait, avec un script personnel et généralement très clair; de l'autre, suivre les doutes et les sentiments de culpabilité d'une héroïne qui non seulement réalise qu'elle a commis une erreur en acceptant de l'argent sur la tête d'un homme, mais surtout souffre de cacher la vérité à l'homme qu'elle aime, car bien évidemment, elle va tomber amoureuse du bon docteur et même l'épouser...
Sandberg utilise du début à la fin de son film les scènes nocturnes avec une maestria confondante, et c'est là sans doute que la référence au film de Christensen fait sens: Avec son art du clair-obscur, son sens de la composition et du cadrage en plus de sa direction d'acteurs impeccable, Sandberg peut sans problème se placer en droite ligne dans la même classe que le réalisateur de L'X mystérieux et La nuit vengeresse... Comme Le Clown (1926) ou Nerfs Brisés (1923), ce film de Sandberg place le mélodrame Danois à a lisière des cinématographies du monde, car comme chez Dreyer, l'austérité des Danois cache de bien sombres turpitudes (surtout Peter Malberg, qui allait comme de juste bien vite être abonné des rôles de types louches), mais avec Sandberg, on commence à trouver les moyens de la mettre en scène de façon moins suggestive, plus directe. Ce qui nous fait un film esthétique, mais aussi excitant, à plus forte raison dans un dénouement très physique pour les principaux personnages.