Dans une université Californienne, Sally (Eilers) est une jeune étudiante saine et exemplaire, qui est amoureuse de Matty (Kemp), mais elle va devoir affronter la concurrence d'une ouvelle venue, Carole (Lombard), dont le comportement affole les jeunes étudiants, et qui a décidé de jeter son dévolu sur le jeune homme...
C'est un genre à part entière, auquel ont d'ailleurs sacrifié aussi bien Harold Lloyd (The freshman en 1925) que Buster Keaton (College en 1927). Chez Mack Sennett, c'était une formule qui impliquait souvent les mêmes acteurs, dont Daphné Pollard qui est ici ne étudiante très décalée. Carole Lombard a aussi interprété dans ce même cadre, la même année, Run girl run d'Alfred Goulding.
Le film commence par annoncer la couleur, si j'ose dire, en présentant sitôt le générique achevé ses "Sennett Girls", qui font l'objet d'un court plan en Technicolor. Le procédé en couleurs revient pour une longue séquence à la fin, dans laquelle les deux jeunes femmes s'affrontent sur une plage autour d'un match de base-ball...
Une intrigue de pacotille, située dans un orient de carton-pâte, avec Ramon Novarro dans le rôle d'un prince Arabe, amoureux d'une jeune femme, sur fond de sombres intrigues entre deux familles du désert rivales...
Dire qu'on a vu ce film serait bien présomptueux, quand on sait qu'il n'en reste qu'une poignée de minutes, à travers deux fragments qui ont pu être conservés par la Bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis... Le film n'est sorti qu'en 1925, et dans la mesure où il avait été réalisé dans la foulée de The sheik, de George Melford, avec Rudolf Vanentino, il a du sembler bien daté!
Bill Scott (Harry Carey) arive à Satan Town, une ville qui se revendique comme étant un lieu de perdition... Il est venu autant par fascination que par curiosité, mais très vite il comprend que la réputation n'est pas usurpée. Il prend la défense d'une jeune femme, Sue (Kathleen Collins) qui tente de renverser la situation avec l'aide des honnêtes gens, mais elle est la cible des agissements d'une bande de malfaiteurs dirigés par Malamute (Ben Hendricks).
C'est un western extrêmement générique, qui repose beaucoup sur la personnalité d'Harry Carey, et son côté direct. Il n'y a pas, dans la version qui survit, de passage vraiment notable. Il faut dire que la version intégrale a disparu, et que les copies survivantes proviennent d'une copie d'une seule bobine (contre six dans la version intégrale) qui proposait un condensé de l'intrigue, réduite à sa plus simple expression...
Cédric Klapisch a filmé Aurélie Dupont, danseuse étoile du Ballet de l'Opéra National de Paris, entre 2006 et 2009: durant ses cours, ses répétitions, en spectacle, dans les loges, les coulisses et dans la rue. Pas de voix off, même si parfois on entendra Klapisch lui-même dialoguer avec son sujet...
Le résultat est un portrait à la fois intime de la danseuse, à travers l'intimité de sa vie professionnelle cependant. Si une séquence la voit arriver enceinte à l'opéra quelques jours avant d'accoucher de son premier enfant, on ne la verra pas dans la sphère familiale... C'est non seulement un portrait concentré sur une personne et une seule, mais elle y est clairement immortalisée en membre d'un collectif... Dédiée à la cause du ballet, travaillant en répétition avec les uns et les autres au gré des aléas (un partenaire qui doit être remplacé suite à un accident, par exemple)... Mais le parcours personnel reste celui d'une artiste à l'aventure, notamment dans ses choix, comme celui de passer du cadre classique au cadre contemporain. Une séquence qui sera reprise en écho dans Deux moi en 2019...
La caméra est souvent au plus prêt, sans jamais être totalement envahissante. Le résultat est très impressionnant, et nourrira, je pense, l'oeuvre de fiction de Klapisch notamment dans la superbe ouverture de son film En Corps (2022).
A l'origine de ce court métrage, il y a le fait que la communauté cinématographique, dans les années 90, se mobilisait pour la cause de la lutte contre le SIDA, ce qui n'est plus vraiment le cas. Jeune réalisateur en vue, Cédric Klapisch avait contribué à deux courts métrages en 1993. Logiquement, une nouvelle campagne de promotion du préservatif l'impliquait en 1998, mais cette fois avec un cadre inattendu: car Le ramoneur des lilas est à la fois un authentique film de Cédric Klapisch, qui est totalement sur le versant de la comédie, et... un film pornographique.
Dans une vaste demeure ("Les Lilas", donc), Monsieur (Zinedine Soualem) part, laissant Madame (Magella) seule avec une soubrette (Olivia Del Rio). Elle reçoit la visite du ramoneur (Yves Baillat) qui vient, justement, pour la ramoner.
Hum.
Le problème, c'est que le couple n'a pas de préservatif... Madame envoie donc la soubrette en chercher, et elle va en trouver chez un homme (Francesco Malcolm) qui est justement en train de regarder le film...
Au-delà de la partie la moins intéressante (les inévitables plans anatomiques), le film a le culot de jouer à fond sur le décalage entre le point de vue d'un metteur en scène de cinéma très traditionnel, et un genre ultra-codifié: notamment, comme le court métrage est supposé être visionné par un spectateur, celui-ci passe les conversations en vitesse rapide pour aller directement aux plans érotiques. Et la mise en abyme est assez réjouissante, comme le choix de post-synchroniser le film sans aucun effort pour masquer l'artifice...
Omar Raddad a été condamné à 18 ans de prison, pour homicide volontaire avec des circonstances atténuantes, un meurtre dont il est tellement évident qu'il ne l'a pas commis, qu'on se demande encore pourquoi la réhabilitation n'a pas eu lieu. On assiste, dans un écheveau adroit de flash-backs, à une reconstitution de son parcours...
Sami Bouajila, juste et admirable de subtilité, incarne le jardinier marocain, un homme peu instruit, mais foncièrement honnête, et surtout estomaqué car son père, venu en France des années avant lui, le lui a toujours dit: la France c'est un grand pays, c'est le pays de la liberté et de la justice. De 1991 à 1998, Omar Raddad sera privé de l'une comme de l'autre...
Le film a été abordé par Roschdy Zem comme étant le récit implacable d'une authentique erreur judiciaire, dans laquelle se dessine le spectre du racisme ordinaire... Et un peu plus, à travers ce personnage d'un écrivain, homme pltôt conservateur mais attaché à défendre les opprimés, qui se fait, finalement, mousser jusqu'à devenir académicien. C'est denis Podalydès, dans une composition assez chargée, qui selon moi tranche un peu avec la rigueur de l'ensemble... Dans ce qui reste fondamentalement un film très généreux.
Mélanie (Ana Girardot) travaille en tant que chercheuse dans un département de biologie qui s'est spécialisé dans la recherche sur le traitement du cancer. Elle est soumise à la pression de ses supérieurs qui lui demandent de présenter l'état des lieux des travaux du laboratoire, ce qui lui crée une pression phénoménale. Parallèlement elle se lance, sur les conseils de sa sœur, dans une quête d'un compagnon, car elle vit mal la slitude après avoir été pendant trois ans en couple...
De son côté, Rémy (François Civil) est employé dans une entreprise qui gère l'arrivée et le départ de colis de la vente par correspondance: il apprend qu'il est l'un des rares employés qui vont être gardés et reorientés lors d'une restrucruration majeure, qui verra les tâches de stockage entièrement assumées par des robots. Il souffre de se sentir coupable d'avoir été reconduit dans une nouvelle branche alors que la plupart de ses collègues sont licenciés. Il commence à manifester un état dépressif...
Les deux personnages vont consulter un pychothérapeuthe, Rémy se trouvant face à François Berléand, et Mélanie face à Camille Cottin. Parallèlement, ils vont affronter des soucis dans leurs familles respectives: chez les parents de Rémy, dans les alpes, on ne comprend pas sa situation («pourquoi un psy, tu n'es pas fou»), et Mélanie psse Noël seul, refusant de se rendre en famille car elle estime que sa mère, en quittant Paris pour Amiens, les a abandonnées elle et sa sœur...
Le film est malgré tout ce qui vient d'être écrit, une comédie. Poétique, et fourmillant de petites observations, notamment sur le fait que ces deux personnages, qui ne se sont jamais remarqués mutuellement, sont en réalité voisins... Qu'à un moment, on confie à Rémy un petit chat blanc, qu'il va appeler Nugget, et qui va s'enfuir de chez lui, au risque de se faire écraser; cela va évidemment le précipiter dans les idées noires, mais ce sera aussi un déclencheur (il va réaliser qu'ayant perdu sa jeune sœur à l'âge de 10 ans, il en a conçu une certaine culpabilité de continuer à vivre); et surtout le chat ne sera pas perdu pour tout le monde puisqu'il sera recueilli par Mélanie.
Klapisch s'amuse d'un rien, dans des vignettes du petit peuple Parisien: Simon Abkarian incarne un épicier-bonne fée qui indique les produits les plus chers à ses clients, non pour les escroquer, mais parce qu'il a tout goûté et qu'il sait qu'ils sont meilleurs. De même, c'est chez lui que Rémy, puis Mélanie, vont aller acheter les croquettes de Nugget! Enfin, il va conseiller aux deux jeunes gens qui ne se sont jamais rencontrés, de se rendre dans un cours de danse («tenu par mon beau-frère»), où bien sûr, ils seront enfin présentés l'un à l'autre.
C'est aussi un portrait en douceur de deux thérapeuthes, qui d'ailleurs se connaissent, car pour conclure: le monde est petit, dans ce petit film délicat qui nous berce de sa douceur, parfois triste et grave (affronter enfin, des décennies plus tard, le deuil d'une sœur disparue), souvent comique (les aléas des sites de rencontre, et le cauchemar mal fichu et hilarant que ça occasionne à Ana Girardot), toujours juste.
Jean, ainé de trois enfants qui ont grandi, et dont les parents sont viticulteurs, est parti pour faire le tour du monde, puis il revientaprès quatre ans: en Australie, il a trouvé une jeune femme, ils ont une exploitation viticole, et un enfant, mais... La mère des trois enfants est décédée, le père est en fin de vie... Jean (Pio Marmaï), Jérémie (François Civil) et Juliette (Ana Girardot) vont devoir reprendre l'exploitation familiale... Les reproches, les frustrations, les écueils, les joies, les peines, les trois font du vin, et recollent les morceaux de leurs vies.
Klapisch, en s'inspirant du titre d'un de ses courts métrages, a appelé sa structure de production "Ce qui me meut"... Ici, il joue sur les mots avec ce titre. Le lien, c'est le motif fondamental des films de Cédric Klapisch. Le lien entre les employés d'un magasin (Riens du tout), le lien entre les anciens élèves de terminale (Le péril jeune), le lien entre les membres de la même famille (Un air de famille), le chat que tout le monde cherche (Chacun cherche son chat), le lien entre père et futur fils (Peut-être), entre les étudiants (L'auberge Espagnole) devenus adultes (Les poupées russes, Casse-tête chinois), entre les "hommes" (Ni pour ni contre, bien au contraire), entre les habitants d'une métropole (Paris), les ouvriers sur le carreau (Ma part du gâteau)... Tous les films réalisés avant celui-ci présentent cet aspect de dresser des liens entre les êtres, à travers les crises, les bonheurs, et parfois la mort.
Celui-ci se situe, strictement, sur un passage linéaire du temps, lié au cycle de la vigne. Au-dela de la tradition viticole (je ne partage évidemment pas le respect de ces gens pour le vin, donc cet asepct a tendance à me laisser froid), le film dresse surtout le portrait attachant d'un fratrie, composée de trsoi personnes bien différent, mais unis. Les vendanges, la rivalité avec un viticulteur tricheur (il s'approprie le raisin des autres, et asperge allègrement ses propres parcelles de produits chimiques, au mépris des autres), les chicanes administratives, le comportement dominateur d'un riche propriétaire (en l'occurrence le beau-père de Jérémie), tout devient prétexte à clash, mais on évite le spectre du cinéma français dans lequel tout le monde s'engueule... Car Klapisch sait où s'arrêter, et que ses films ont toujours un petit rien de la comédie.
Et puis il y a une jolie idée, qui donne à Jean une plus grande prise sur le point de vue: il maintient le lien avec le passé en s'affichant parfois auprès de lui-même quand il était enfant... Une façon de faire le point, d'évoluer et de se raccrocher à un lieu où il n'a plus vécu depuis longtemps. C'est un joli film... aux personnages attachants, même si des fois il leur faut écraser du raisin avec les pieds...
Ce n'est ni un film sur l'adultère, ni un film qui le condamne... Mais qu'est-ce que c'est alors? Un étrange exercice inattendu, mais si proche du coeur de son metteur en scène que je me demande comment il peut encore y avoir tant de fans du metteur en scène qui détestent ce film... Encore des nostalgiques d'Harry Callahan, sans doute! Car pour moi le film est l'un des plus Eastwoodiens qui soient. Il l'habite de toute sa stature, y a mis énormément de lui-même, jusqu'à y entamer une courte mais intense idylle avec sa co-star, rien que ça, et le film est constamment empreint d'une douce et amère vérité, d'un parfum d'amour maudit qui lui sied si bien...
Cette histoire commence sous des auspices un peu rabâchés: une femme est décédée, ses enfants viennent pour mettre ses affaires en ordre, et trouvent un secret lourd et inattendu: lors d'une escapade du reste de la famille, Francesca (Meryl Streep) a eu une aventure, et ces quatre jours se sont avérés si intenses, qu'elle ne s'en est jamais remise. Bien sur, elle a fait comme si de rien n'était, elle a gardé sa position de parfaite ménagère et sa complicité avec son mari Richard n'a pas eu à souffrir de ce qu'il n'a jamais su... Mais elle a aimé Robert Kincaid (Clint Eastwood), le beau photographe aux cheveux poivre et sel qui était simplement venu pour capturer la beauté simple des ponts couverts de l'Iowa, jusqu'à son dernier souffle, même si elle ne l'a jamais revu...
Dans un exercice de narration convenu mais efficace, Eastwood nous montre comment le fils et la fille de Francesca apprennent, intègrent, commentent et finissent par accepter l'histoire, puis comment elle va avoir des conséquences sur leurs propres relations. Mais ce qui nous importe, c'est le récit au plus près des corps, des mains, des visages, des doigts, des rides même, c'est la façon dont deux acteurs, essentiellement, font le vide autour d'eux, et par leur habilité à jouer la comédie, nous invitent dans un dialogue amoureux destiné à mourir de sa belle mort, mais auquel ils croient 96 heures durant... Et nous aussi. Profondément romantique et basé sur le détail, la façon dont une main frôle un genou, dont l'espoir le plus absurde naît d'un geste, d'un regard ou d'une opportunité qui n'a rien de scabreux, le film n'a pas son pareil pour faire passer ce qui est techniquement, effectivement, un adultère, pour une simple histoire d'amour. Eastwood se met à genoux, et capte à merveille aussi bien une femme face à la cruauté du dilemme, qu'un homme face à la chance de sa vie. Dans un mélange fascinant de pudeur et de passion, sous la pluie, le drame le plus navrant se joue sous nos yeux.
Eastwood a mis beaucoup de lui-même dans le personnage de séducteur venu de nulle part, et n'hésite pas à montrer sa faiblesse, son ingénuité même. Mais c'est à coup de références à sa propre vie de bohème et sa passion de la liberté absolue, avec le jazz et le blues, avec sa culture aussi que Kincaid conquiert Francesca... Eastwood n'avait pas envisagé de se confier le premier rôle du film, on ne peut que se réjouir, tant l'alchimie entre les deux est réussie...
Nous assistons à des événements situés dans deux univers totalement différents, dans le monde qui est le notre:
d'un côté, à Dunkerque, la faillite d'un groupe industriel pousse France (Karin Viard), une mère de famille récemment licenciée, au suicide. Après sa tentative elle décide de tout faire pour s'en sortir, et accepte une proposition, celle de partir à Paris où elle s'engage auprès d'un service de placement de femmes de ménage dirigé par Ahmed (Zinedine Soualem)...
de l'autre, Stéphane (Gilles Lellouche), un "trader" au succès insolent, a du mal à jongler entre son métier, ses nombreuses conquêtes (plus elles sont expéditives, meilleur c'est, semble-t-il), celle avec laquelle il a tenté un peu plus, et surtout son fils Alban, dont il ne sait littéralement pas quoi faire...
Stéphane va engager France, et lui confier de plus en plus de responsabilités, notamment auprès d'Alban. Mais surtout ils vont se rapprocher, jusqu'à ce que France découvre lors d'une conversation, que Stéphane est responsable de la faillite de son entreprise Dunkerquoise...
L'endroit où le film commence a-t-il été choisi au hasard? C'est que peu de temps avant le commencement du tournage, la raffinerie des Flandres a fermé ses portes... Mettant au chômage un grand nombre de salariés. Beaucoup d'entre eux ont fait de la figuration, et ce n'est pas peu dire que le film a choisi son camp, car entre Stéphane et son culte de l'argent facile, et France qui passe de la débrouille à la lutte sociale dure (et presque inattendue), Klapisch privilégie la mère de famille.
Oh bien sûr, et c'est un paradoxe pour un film qui commence par une tentative de suicide et joue avec la notion d'un enlèvement d'enfant, la forme renvoie immanquablement à la comédie, qui reste le mode de fonctionnement préféré du metteur en scène. Et dès le départ, la façon dont les deux personnages et leurs vies sont présentées en parallèle, nous ne pouvons ignorer qu'il va y avoir un rapprochement! Un moment me semble symptômatique d'une certaine ironie, car lorsque Stéphane propose à France 100 Euros par jour pour garder son fils en plus de son ménage, France entend... Pretty Woman, de Roy Orbison! Comme un commentaire acide sur ce que l'on serait en droit d'attendre d'une comédie typiquement américaine.
Sauf qu'on n'est pas aux Etats-Unis, et entre la vie facile, le luxe quotidien, et l'attrait d'un beau parleur finalement plus vide que ses illusions, et la solidarité avec ceux qui sont sa famille depuis touours, France va clairement afficher sa loyauté, et le faire dans un crescendo audacieux qui réduit la comédie en cendres... Les acteurs sont magistraux, et le metteur en scène a clairement laissé une grande latitude à ses interprètes, certains d'entre eux, d'ailleurs, ne jouent pas vraiment.