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14 juillet 2025 1 14 /07 /juillet /2025 23:09

Un bandit, Scar-faced Bill (Robert Thornby), vole un cheval de grande valeur. dans la pagaille qui s'installe au vollage, deux jeunes soeurs, la prude (Helen Case) et le garçon manqué (Helen Christy), vont résoudre la crise par leur ingéniosité...

C'est un tout petit western, comme il s'en faisit des dizaines par semaine, à Fort Lee, New Jersey, avant qu'Hollywood ne prenne le relais à l'autre bout des Etats-Unis... La Vitagraph, comme tant d'autres compagnies, en sortait une bonne dose par an. Celui-ci est intéressant, pour le fait qu'il est un peu une comédie, aussi, et en prime, il met en scène deux femmes sans lesquelles les hommes seraient assurément bien embêtés...

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Published by François Massarelli - dans Western Muet Vitagraph
11 juillet 2025 5 11 /07 /juillet /2025 14:11

George et Benny, deux chats errants, l'un très grand (Benny) et un peu idiot, l'autre plus petit et plus malin (George) sont sur un quai d'un port et cherchent de la nourriture. Avisant un bateau sous pavillon mexicain, ils décident de tenter leur chance (Benny dit qu'il adore la nourriture Mexicaine, justement)... Il y a bien une souris, mais... c'est Speedy Gonzales, la souris la plus rapide du Mexique.

La naissance d'un personnage tient à peu de choses... Il n'est que peu de héros qui aient été immédiatement reconnaissables et parfaits, aussi bien dans leur caractère, que leur esthétique. Les débuts de Daffy, de Bugs Bunny, voire d'Elmer (et que dire de Porky?) peuvent clairement en témoigner. Eh bien ceci est le début de Speedy Gonzales, que Freleng allait reprendre, et auquel il donnerait son allure désormais classique. En attendant...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes
11 juillet 2025 5 11 /07 /juillet /2025 13:56

Initialement, c'est Bob Clampett qui devait travailler sur ce court métrage, commencé en même temps que deux autres films qu'il avait normalement la mission de réaliser Bacall to arms et The Goofy Gophers... Tous deux seront finalisés par Arthur Davis, mais celui-ci a été fini par McKimson, et c'est une excellente surprise... Une surprise qui n'est pas sans rappeler que le moment où l'animateur a été promu au rang de réalisateur est tout simplement lié au départ de deux grands noms: Clampett et Tashlin. Dans un premier temps, les animateurs favoris de ces deux doux dingues ont donc été amenés à travailler pour son unité, et ça se voit... 

Le film est au confluent de tous les styles de la warner de l'époque, celui de Jones, celui de Freleng, pour lequel McKimson a justement été animateur, et bien sûr celui plus radicalement fou furieux, de Bob Clampett...

Daffy Duck a un truc pour essayer de trouver une maison à squatter: il présente un os à des chiens avant de "leur saiver la vie", en prétendant que son os est empoisonné... Ce qui déjà, en soi, est totalement absurde. Il trouve un pigeon (même si c'est un chien) qui le fait entrer, mais il ne faut pas déranger le maître, qui ressemble beaucoup à Peter Lorre, et qui a justement besoin d'un bréchet de canard pour une expérience...

Totalement loufoque, le film aurait pu être signé par Clampett en effet, et l'intrigue est tellement du grand n'importe quoi, que l'un des personnages, le chien, se plaint ouvertement de ne servir à rien dans le film!

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Published by François Massarelli - dans Animation Daffy Duck Looney Tunes
11 juillet 2025 5 11 /07 /juillet /2025 08:08

Situation classique: Sylvester se tient devant la vitrine d'une animalerie, où Tweety est exposé. Le regard du chat est plein d'une convoitise qui n'est pas difficile à analyser... Mais quand l'oiseau est acheté, le chat tente de s'introduire dans la propriété de la nouvelle maîtresse de l'animal, et ce n'est pas facile: il y a 4257 chiens, tous plus féroces les uns que les autres...

Le contact entre les deux protagonistes, ici, est limité à sa plus simple expression, et Syvester, tel un Coyote, lutte dans un combat trop inégal. Mais le but de Freleng n'est évidemment pas de nous faire croire qu'il va parvenir à quoi que ce soit... Non, son plaisir est dans les variantes sur les horreurs qui arrivent au chat, qu'on ne voit pas, et les conséquences qu'on accepte de nous montrer. La réussite de ce film, c'est ce qui se passe en off, et la façon dont on le reconstitue.

 

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Published by François Massarelli - dans Friz Freleng Animation Looney Tunes
11 juillet 2025 5 11 /07 /juillet /2025 07:49

Un coq obsédé s'introduit dans un poulailler, où il se fait passer pour un poussin pour tromper la vigilance du surveillant, Foghorn Leghorn... 

C'est affligeant: non seulement la personnalité du "héros" a toujours été assez peu engageante, mais ce court métrage est plus mauvais que tout. Le coq qui s'invite au poulailler se comporte en référence aux beatniks de ce début des années 60, et c'est extrêmement génant, mais en prime l'animation est réduite à un minimum à peine décent. A fuir...

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes
10 juillet 2025 4 10 /07 /juillet /2025 16:34

Paris à l'été 73... On bétonne, on construit, on déconstruit, on troue et on obstrue la ville... Un vrai fromage! D'ailleurs, les poireaux disparaissent à vue d'oeil...

Jean-Pierre Rondin (Michel Serrault), libraire et bouquiniste, auteur d'un album consacré au Paris d'antan, se lamente de ne plus pouvoir faire son travail en paix, tellement le bruit est assourdissant. Sinon, sa petite vie est tranquille, entre ses clients fidèles, sa fille Marie-Hélène (Chantal Goya), son copain le facteur (Grolard Depardieu)... Mais un soir, Marie-Hélène, que ses amis ont laissée à deux pas de la librairie, ne rentre pas. Elle a 22 ans, mais Rondin trouve son absence louche... Le commissaire Lalatte (Michel Galabru) ne s'émeut pas de sa disparition, mais quand on lui annonce que 20 touristes ont disparu d'un coup pendant une visite des catacombes, il va prendre une décision héroïque. Et quand un message annonce suspendre le retour des touristes à la fin de travaux ("que le ministre arrête de faire des trous dans Paris"), le ministre des travaux publics (Charles Denner) souhaite qu'on y mettre bon ordre, et le commissaire doit ajourner ses vacances...

Mais Rondin mène son enquête: il va découvrir toute une société secrète, parallèle, qui vit sous les sols de Paris autour de l'excentique Gaspard (Philippe Noiret)...

L'idée est de Tchernia, qui s'en est ouvert dès la fin du tournage du Viager à son ami Goscinny. Celui-ci l'a aidé pour l'adaptation du scénario, ce qui se sent parfois (un des touristes disparus s'appelle Averell Nixon, et sinon, le Depardieu, il a un rôle de grand naîf un peu gauche, comme Obélix), et le début du film, partagé entre une intrigue mystérieuse à souhait même dans sa loufoquerie, et des allusions au massacre de la ville de Paris (le générique se déroule sur des panneaux de travaux animés, et le film se promène du trou des halles, au chantier de la Défense...).

Mais c'est du pur Tchernia, l'amoureux des films poétiques et burlesques de René Clair, secondé par son alter ego Michel Serrault... Certes, le film est bien moins réussi que Le Viager et le paiera au box-office. Mais il y a là un univers fait d'une gentille absurdité, de dialogues souvent malins (Galabru, visitant les Catacombes: "O tempora, O mores, comme disaient les anciens" "Ca veut dire quoi, chef?" "c'est du latin, une langue morte!"; Jacques Legras, en agent de police, qui a tenu à rester après son enlèvement par les amis de Gaspard: "là-haut, on m'appelle "Sale Flic", ici, on m'appelle Georges..."), et d'une intrigue pas si improbable que ça, car comme l'a souligné Tchernia lui-même, entre Jean Valjean transportant Javert (que Serrault va rencontrer, mais oui, dans ses pérégrinations souterraines), le métro et les Catacombes, paris? C'est un gruyère...

Le metteur en scène recycle des split-screens à la manière des années 30, s'amuse de trompe-l'oeil en pur système D (dans lesquels on verra le fameux Ministère des travaux Publics en version Tour de Pise), demande à Denner une prestation totalement délirante dans laquelle le grand comédien se jette avec gourmandise ('je ne fais pas de trous, commissaire, j'ordonne des excavations!") et le compare à napoléon dans un plan subrilement discret...

 

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Published by François Massarelli - dans Pierre Tchernia René Goscinny Comédie
10 juillet 2025 4 10 /07 /juillet /2025 14:21

Retournant sans cesse au charbon, le coyote aura-til enfin gain de cause? ...Cette question méritait-elle d'être posée?

En 1961, l'unité de Leon Schlesinger a bien changé, et l'appellation Looney Tunes est plus une convenance qu'une marque de fabrique. D'ailleurs chacun des réalisateurs impliqués a sa propre unité, et évidemment celle de Chuck Jones sort régulièrement un nouveau cartoon qui offre une série de variations en formes de gags sur l'échec absolu et programmé des initiatives du coyote pour attraper le Roadrunner...

Sauf que les temps sont durs, l'heure au recyclage et à l'économie. Por ce qui est de l'économie, le court métrage est plus raide, moins franchement animé... Ce qui est accentué par le style plus anguleux du metteur en scène. J'imagine qu'il y a des adeptes.. Mais aussi, les gags en eux-mêmes me smblent réchauffés, comme si Jones avait fait le tour des possibilités... 

Ce qui devait bien arriver un jour!

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Published by François Massarelli - dans Wile E. Coyote Chuck Jones Looney Tunes Animation
10 juillet 2025 4 10 /07 /juillet /2025 14:10

Est-il besoin de rappeler l'intrigue? Désert, Coyote, Roadrunner, Acme... Bon, je pense que vous avez repéré l'intention, le dosage dramatique, la mission à accomplir, et ses échecs inévitables...

C'est la période durant laquelle Jones n'avait pas encore totalement opéré la transformation de son style en l'enlaidissant, et ses animaux, encore plus ou moins ronds, contrastant avec un décor de plus en plus stylisé de Maurice Noble... 

Et c'était aussi l'époque durant laquelle Jones, conscient de la répétitivité absolue de la franchise, cherchait des moyens pour surprendre le public à l'intérieur même des gags, et aussi (et surtout) en délayer de façon impressionnante la résolution: ainsi ici, un gag particulièrement élaboré... L'idée est d'écraser l'oiseau avec une grande pierre plate, jetée dans le vide à son passage. Pour l'instant la proposition est très classique... Sauf que la pierre, au lieu de tomber, reste en équilibre sur le rebord de falaise. Le coyote tente une pression, légère au début. Puis il intensifie ses gestes, jusqu'à sauter entre la pierre et le sommet de son rocher... Quand il n'y tient plus, il se place sur la pierre et saute sans arrêt... jusqu'à ce que la pierre finisse par céder, et tombe. Il ne s'en aperçoit d'abord pas du tout. Au moment de la réalisation, Jones a eu l'idée de montrer le coyote immobile sur sa pierre (durant la chute, vertigineuse, et même interminable), une expression réduite à deux points à la place des yeux. Effet garanti. Et pendant ce temps, l'attente du dénouement (inévitable) continue pour le spectateur. Non seulement le gag n'est toujours pas résolu, mais en prime, le personnage nous entraine derrière lui, avec des regards caméra de toute beauté, et un timing diabolique.

...C'est du grand art.

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Published by François Massarelli - dans Chuck Jones Wile E. Coyote Animation Looney Tunes
9 juillet 2025 3 09 /07 /juillet /2025 14:01

D'un côté, Anthony Kirby, dit A.P.Kirby (Edward Arnold) est un entrepreneur, qui souhaite installer une usine dans un quartier résidentiel, ce qui implique un certain nombre d'expropriations. Il a le feu vert des officiels, mais a un souci: une maison résiste encore et toujours à l'envahisseur... 

De l'autre, justement, le propriétaire récalcitrant, Martin Vanderhof, qu'on entendra surtout répondre quand on l'appelle Grandpa (Lionel Barrymore), a installé dans sa maison un repaire de gens qui se sont plus ou moins retirés des circuits traditionnels: quand on vient chez lui, on y reste, et la philosophie du vieil homme est assez simple: si ce qu'on fait pour vivre ne nous plait pas, pourquoi le faire? Les habitants de la maison Vanderhof sont donc invités à faire ce qu'ils veulent...

Non seulement Martin Vanderhof et sa maison loufoque sont l'épine dans le pied d'A.P. Kirby, mais en prime, son fils Tony (James Stewart) est depuis peu fiancé à sa secrétaire Alice Sycamore (Jean Arthur), qui est la petite-fille de Vanderhof...

C'est le deuxième Oscar du meilleur film pour Capra (ainsi que son troisième Oscar de la mise en scène), et si le film ne dépare pas trop dans son univers, dans la mesure où il met en place une troupe d'Américains simples et modestes, qui se sont malgré eux constitués en une sorte de rempart de l'individu contre les grosses corporations, il s'agit quand même de l'adaptation d'une pièce de théâtre: un gros succès que Harry Cohn a plus ou moins imposé à son metteur en scène fétiche, probablement pour lui faire payer le flop dispendieux de Lost Horizon en 1937. De fait, en revenant à une sorte de Screwball Comedy après ses films plus personnels et plus ambitieux (Mr Deeds en 1936 et Lost Horizon l'année suivante), Capra se faisait sans doute violence. Mais ce serait désormais la façon dont sa carrière allait se dérouler...

On retrouve de toute façon beaucoup d'éléments qui renvoient à sa conception: la société fracturée en deux mondes antagonistes, qu'un peu de bon sens suffit pourtant à rabibocher, et des protagonistes qui ne se reconnaissent pas dans le capitalisme libéral, mais s'accomplissent dans une sorte de gentille vie à l'écart. Mais ces braves gens jouent parfois un peu trop de leur naïveté, et quand les "artistes" de la bande se plaisent à imaginer une animation ludique autour d'une représentation de la Révolution Russe (ça fera si joli, ces couleurs: du blanc, du rouge!"), on les prend par erreur pour d'affreux bolcheviks...

Et puis il y a un certain nombre d'indices qui renvoient aux convictions profondes de Capra, comme cette visite d'un agent des impôts chez les Sycamore-Vanderhof, qui finit par partir parce qu'il se croit chez des cinglés: des gens qui ont tout simplement décidé de nier que l'on puisse venir leur réclamer un argent qu'ils ont gagné, par eux-mêmes... La cible, bien sûr, est le gouvernement de Roosevelt, jugé justement trop interventionniste et trop à gauche par le metteur en scène. On peut appliquer une lecture "libertarienne", par certains côtés, à ce film dans lequel on s'accomplit en se mettant à l'écart du groupe, et en faisant comme bon nous semble... Une version rose du libertarianisme, bien entendu.

Version rose, dans laquelle tout va se jouer danun tribunal, qui oppose Kirby et son argent, et l'entr'aide de tous les citoyens touchés par l'arrestation des Vanderhof (pour bolchevisme et manufacture d'explosrfs...): le capitaliste va y découvrir la façon dont des petites gens peuvent s'allier de façon saine pour vivre mieux et plus sainement, et cette découverte passe d'abord par la réalisation du fait qu'il a un harmonica dans la poche...

Dans ce film qu'il n'a peut-être pas voulu tant faire que ça, une troupe de cinglés vivent de façon tellement loufoque qu'elle en devient séduisante, et Lionel Barrymore promène sa silhouette fatiguée (il souffrait d'une arthrose aigue)  ainsi que sa voix traînante, pendant qu'autour de lui, des originaix peignent, confectionnent des feux d'artifices, jouent de la musique, dansent, ou font des jouets. Et surtout, James Stewart et Jean Arthur content fleurette... 

 

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra
8 juillet 2025 2 08 /07 /juillet /2025 16:15

A Vera Cruz, un tueur (Francisco Rabal) exécute tranquillement, froidement un homme avec une arme de poing.

A Jérusalem, un groupe de jeunes hommes coiffés de Kippas déposent négligemment près de la porte de Damas un colis et prennent le bus... Pendant que leur bus s'éloignent, une explosion retentit. Mais la police Israélienne les repère vite, et seul l'un d'entre eux, Kassem (Amidou), s'en sort. Il doit se fondre dans la foule... 

A Paris, Manzon (Bruno Cremer), un entrepreneur aux abois a fait de bien mauvais choix. Il a 24 heures pour redresser la situation avec l'aide de son associé, son beau-frère (Jean-Luc Bideau). Mais celui-ci se suicide... Manzon prend la fuite.

A Elizabeth, New Jersey, un groupe d'Irlandais attaquent un presbytère et se saisissent des recettes du bingo. Dans la confusion, un prêtre est touché... La voiture des gangsters est accidentée, et un seul d'entre eux, Jackie Scanlon (Roy Scheider) en réchappe. Mais il est un homme traqué, lui aussi: l'église était la paroisse d'un mafieux, dont le frère est justement le prêtre blessé...

Ces quatre hommes se retrouvent tous, des mois plus tard, au fin fond dela jungle d'Amérique Centrale, dans un petit village où ils végètent, séparément, sous de fausses identités. La population locale vit au crochet d'une compagnie Américaine qui organise des forages de pétrole: tous les jours ils viennent chercher du personnel au village. Un jour, une explosion sur le site de forage contraint les Américains à acheminer de la nitroglycérine sur place, mais c'est un travail comlpiqué, qu'il leur faut confier à deux équipes, formées d'hommes qui n'ont rien à perdre...

Disons-le tout de suite: Friedkin a fait tout ce qui était en son pouvoir (et il était très grand!) pour éviter que le film soit une redite, un remake ou une pâle copie du film de Clouzot, adapté en 1953 du même roman de Georges Arnaud, Le salaire de la peur. Il a d'ailleurs dédié son film à Clouzot qui était décédé au début de l'année 1977. Le seul point commun, au-delà de la trame des deux films, est l'impressionnante dose de suspense confiée à deux metteurs en scènes surdoués. D'emblée, là où Clouzot conte les aventures des quatre aventuriers qui rempliront cette mission suicide à partir du moment où ils sont coincés en Amérique du Sud, Friedkin choisit au contraire de raconter la chute de chacun des hommes, le actes qui ont fait d'eux des parias. Ca précise bien des choses sur non seulement leurs caractères, mais aussi leurs enjeux personnels. Le choix est strictement binaire, à mon avis, tant la réussite des deux films est indéniable...

Celui-ci est sans doute plus spectaculaire sur un certain point: il serait bien difficile d'imaginer que Le salaire de la peur, version Clouzot soit considéré comme un documentaire, même si dans l'esprit du metteur en scène il s'agissait de s'approcher de la misère humaine en filmant des trajectoires brisées dans des lieux terrifiants de pauvreté (mais reconstitués en Provence!): Friedkin, lui, a choisi la jungle plutôt que le désert, et sa mise en scène adopte la même urgence de guerilla qui caractérise ses films depuis French Connection... C'est donc un tour de manège rude, parfois inconfortable, mais constamment hypnotique...

Quant au titre... On verra d'abord une figure mystérieuse (qui n'est pas sans évoquer une version différente de Pazuzu, le démon de The exorcist, mais en version vaguement pré-colombienne) sur un décor que les camions croisent. Le mot Sorcerer est écrit sur le flanc d'un des camions (l'autre s'appelle Lazarus). Et le "sorcier" hypothétique du titre, finalement, ne serait-il pas tout simplement le destin, qui a réuni ces quatre hommes, et leur joue, il faut bien le dire, tour de cochon après tour de cochon?

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Published by François Massarelli - dans William Friedkin