Bugs Bunny est démonstrateur dans un grand magasin: en vitrine, il fait de la figuration pour le rayon des tentes de camping et autres matériels de plein-air. Mais un employé (Un grand costaud, jaunâtre, bref un méchant mémorable) lui destine un autre poste, au rayon... taxidermie.
On note que pour la première fois de sa carrière Bugs Bunny justifie son accent New Yorkais en incarnant un lapin citadin. Un lapin, qui d'ailleurs travaille! Mais au début de ce film, il me semble complètement impensable d'anticiper sur ce qui va suivre, sur le maelström d'absurdité qui s'ensuit.
Certes, c'est un cartoon assez classique sur le fond (un malfaisant veut faire du mal à Bugs Bunny et quand ce dernier s'en aperçoit, il se joue de l'autre comme d'un yoyo), mais il y a ici tellement d'invention, de rythme, et de transgression (l'animation renvoie à l'admirable film The Dover Boys at Pimento University, or the Rivals of Roquefort Hall, lui-même un sommet): ce court métrage est sans aucun doute l'un des sommets de la carrière de Bugs Bunny, et de celle de Chuck Jones aussi!
Les Quatre Diables, des acrobates, sont deux garçons et deux filles, issus de deux fratries différentes, et élevés jusqu'à devenir des artistes talentueux par un père adoptif particulièrement pointilleux... Ils sont très unis, mais avec l'arrivée de l'âge adulte, les ennuis commencent: l'une des deux jeunes femmes, Aimée (Margarethe Schlegel), ressent un amour d'autant plus troublant pour Frederick (Ernest Winar), qu'il ne semble pas se soucier d'elle. Par contre, il est tombé amoureux d'une comtesse qui ne rate pas une seule des représentations, et qui l'a invité à la rejoindre dans sa maison... Frederick en revient épuisé par l'amour, mais commence lors des entraînements à ressentir un vertige qui l'inquiète beaucoup, et ses partenaires également: c'est que pour une soirée de charité très en vue, ils vont effectuer leur numéro de trompe-la-mort sans aucune protection...
Sandberg est en délicatesse avec la compagnie Nordisk Film de Copenhague au moment où il effectue ce film, tourné à Leipzig et à Berlin pour un distributeur Allemand. Il vient de compléter son film le plus ambitieux (tourné en 1918, monté en 1919, et qui ne sortira qu'en 1921), une adaptation de Our mutual friend de Dickens, et doit batailler sur le montage, l'exploitation et tout un tas d'autres choses. On remet en cause sa position au sein de la compagnie, qui lui permettait de mettre en scène des grands sujets sans interférences... Le choix du film tourné en Allemagne est assez ironique, puisque Les quatre diables avait déjà été un énorme succès en Europe en 1911, sous pavillon Danois! C'était une production de Robert Dinesen, adaptée du roman de Hermann Bang, et qui allait ensuite fournir la base d'un film de Murnau aujourd'hui disparu, réalisé à la Fox en 1928...
Mais Sandberg, dont le style passe-partout s'adaptait assez bien à tous les environnements, en fait un film totalement nocturne, dans lequel il focalise toute son intrigue sur l'âge adulte de ses protagonistes, contrairement aux deux autres adaptations qui proposent l'histoire en séquence, en commençant par la jeunesse difficile sous la protection mais aussi la férule du clown Cecchi... L'intrigue est vraiment centrée sur ces deux personnages, plus évidemment celui de la comtesse, qui est essentiellement un type de femme fatale assez fréquent dans le cinéma Européen de cette époque. On retrouve la patte de Sandberg dans l'attention portée aux coulisses du spectacle, saisies dans une volonté de naturalisme qui parfois tranche singulièrement avec le traitement mélodramatique du drame des personnages principaux... Et la main du destin prend la forme, clin d'oeil très itonique, du dessin d'un diable sur un costume de scène, qui est visible dans le miroir lors de la présentation d'Aimée: nous ne voyons, d'ailleurs, que ce diable grimaçant, avant de la voir elle...
C'est sans doute une certaine forme de dépit qui a poussé le metteur en scène à quitter le Danemark momentanément, pour y faire ce film. Il n'empêche, il y est très à l'aise: il y trouve le même ton ironique, caché derrière le mélo, que dans ses deux adaptations du Clown, celle de 1917, mais aussi et surtout sa version de 1926 qui est probablement son plus grand film... Comme ce fameux remake, ces Quatre Diables 1921 ne se contentent pas d'être une nouvelle version d'un film passé de mode (la première version, de 1911, réalisée par Robert Dinesen et Alfred Lind): Sandberg y continue son exploration des coulisses de l'art, des hommes voués par leur aveuglement à l'échec amoureux, et à travers le mélodrame expose une vision noire du monde, parfois baignée de flash-backs qui nous renvoient à la fois à Dickens (dont il venait d'effectuer une adaptation, comme je le disais plus haut) et au feuilleton... C'est donc un film qui lui ressemble!
Et si ce film a été longtemps visible dans des copies incomplètes (notamment une, trouvée en Uruguay, qui réduisait le film à 40% de sa durée, et qui éliminait les flash-backs), et de mauvaise qualité: celle actuellement disponible (pas visible, cependant, sur le site du DFI consacré au fonds muet de la cinémathèque danoise... Sans doute parce qu'il s'agit d'abord et avant tout d'un film allemand!) est superbe, dominée, scènes nocturnes obligent, par un teintage bleu. Elle n'est semble-t-il pas complète non plus, puisqu'on passe abruptement de a fin du troisième acte au sixième... il y a une évidente ellipse, avec une évolution des rapports entre les quatre artistes, mais le "grand final" est là, presqu'intact. Un saut de la mort particulièrement littéral...
La Comtesse Evelyn (Clara Wieth) est sur le point d'accéder à sa majorité, le moment pour elle de commencer à gérer elle-même le budget d'une maison, qu'elle a eu tendance jusqu'à présent, par son insouciance, à laisser dans le rouge. Un administrateur a dépéché un agent (Gunnar Tolnaes)pour établir si les comptes on besoin d'être resserrés ou pas. Ca tourne au bras de fer entre la jeune femme volage, et l'ombrageux fonctionnaire... Sur fond de révolte des employés de la ferme!
C'est le troisième film de Sandberg avec Clara Wieth, et elle commence clairement à passer l'âge de jouer les jeunes premières, mais la grande comédienne s'est prétée au jeu de la comédie sentimentale avec une certaine énergie. Le film est d'ailleurs strictement une comédie, sans jamais s'éloigner d'une dynamique légère: il n'est pas compliqué de deviner très tôt dans le film, dans sa première séquence (un bal masqué lors duquel la jeune femme rencontre, derrière un loup noir, son futur administrateur), que les deux protagonistes vont finir ensemble. Sandberg est sans doute moins à l'aise dans ce genre, sans les noirceurs du drame et du mélodrame, les deux genres dans lesquels il s'est illiustré.
Tout est dans l'ordre, dans un raisonnable revendiqué, avec un petit trait assez fréquent toutefois: quand une révolte des ouvriers et des employés se déclenche (suite à un accident provoqué par la comtesse), l'agent de l'administrateur et la Comtesse se réfugient à l'écart, dans une cabane au fond du parc, où elle va devoir apprendre l'humilité... C'est lors de cette cohabitation forcée entre deux fort caractères, à l'écart du monde, que leur relation va vraiment se révéler... Comme dans d'autres escapades, dans des films ultérieurs de Sandberg (Lasse Månsson fra Skaane, de 1923, ou Kærligheds-øen, de 1924).
Un couple (Aage Fønss et Clara Wieth-Pontopiddan) se marie... mais le fils est appelé en urgence auprès de son père (Albrecht Schmidt) malade, qui a quelque chose d'important à lui dire: aucune femme ne doit entrer dans sa maison, qui est maudite. Pour appuyer ses dires, il lui raconte une histoire lointaine, une légende de famille...
C'est alors qu'un flash-back nous conte cette légende (qui concerne une ancètre qui a trompé son mari violent, seigneur du château: pour la punir, il l'emmure vivante) que le film s'arrête, réduit à la dimension d'une seule bobine... Il promettait d'être un solide mélodrame à caractère mystérieux, comme Sandberg en a fait quelques-un: on se souvient en particulier du très esthétique Kaerlighedens Almagt sorti quelques mois auparavant...
Donc c'est a priori un film superbe esthétiquement, dont l'intrigue ou du moins celle du flashback rappelle le court métrage de 1909 The sealed room, de Griffith, lui-même une variation sur les nouvelles de Poe dans lesquelles une personne est emmurée vivante... Mais il n'en reste hélas que 11 minutes. Elles sont disponibles (avec des intertitres en Anglais sous-titrés en Danois) sur le site Stumfilm, de la cinémathèque danoise, consacré intégralement aux films muets préservés par l'organisme.
Deux familles d'Irlando-Américains habitent l'une à côté de l'autre, et commence par un incident tout simple: Mrs Callahan (Marie Dressler) a demandé du sucre à Mrs Murphy (Polly Moran) et envoyé son fils le chercher, mais il s'est copieusement servi avant de le lui donner, la poussant à la conclusion que sa voisine est une avare... Et cela va précipiter les deux femmes dans la haine bête et méchante...
Le film a été l'objet d'une telle controverse auprès de la communauté Irlandaise des Etats-Unis, qu'il a fallu quand même le retirer de la circulation! Certains ont cru qu'il s'agissait d'une attaque envers le candidat démocrate à l'élection présidentielle de 1928, d'origine Irlandaise... Rien d'original, mais le film a été l'occasion d'un courant d'antisémitisme, sous le prétexte que les juifs, chefs de studio étaient supposés utiliser le film pour taper sur les Irlandais. Bref, au vu de la situation 100 ans plus tard il n'y aura pas grand chose de plus à faire que de ever les yeux au ciel...
En tout cas le film est perdu. Du moins dans sa version intégrale, puisque seuls deux extraits ont pu être conservés, sous la forme de fragments auto-suffisants, publiés en 16mm: dans le premier, on a l'incident du sucre qui mène à une première attaque entre les deux femmes; dans le deuxième on a une vision d'un pique-nique de Saint-Patrick, pittoresque, et saisi dans ses multiples vignettes. Ce n'est manifestement pas Sunrise, mais c'est une comédie certes assez grossière, mais dans laquelle derrière le pittoresque justement, on imagine qu'il y a une certaine tendresse manifestée pour ses personnages. Après tout John Ford a passé sa carrière entière à gentiment utiliser le poil à gratter sur sa propre communauté...
Et derrière ces deux extraits, combien de films qui eux ont été perdus corps et biens? Aujourd'hui il semble bien difficile de perdre un film. au siècle dernier, c'était très facile... Alors occupons-nous bien de ceux qui nous restent.
Harold Brentwell (Harry Millarde) s'ennuie profondément à la campagne... Il décide de tenter sa chance à la ville et laisse derrière lui sa fiancée Helen (Marguerite Courtot). Mais un jour dans le restaurant il est subjugué par la sophistication d'une femme seule, Sybil (Alice Hollister), et oublie totalement Helen... Mais Sybil va le ruiner.
Quand Helen, fatiguée de vivre auprès de ses parents d'adoption, décide de se rendre à son tour à la ville elle ne tarde pas à tomber dans le piège de malfaiteurs qui veulent l'enlever pour en faire une prostituée...
C'est un film entièrement fabriqué par la compagnie Kalem, autour d'un certain nombre d'intentions: d'une part, il y avait eu un scandale autour d'un ballet, un duo interprété à New York par les danseurs Bert french et Alice Eis; ils s'inspiraient eux-même d'une oeuvre de Philip Burne-Jones, le cousin de Rudyard Kipling, qui romanticisait la séduction d'une femme qui exerçait son emprise sensuelle qur un homme qui s'abandonnait à elle... L'idée était d'immortaliser cette danse qui avait fait scandale, mais comment le faire dans un film de longue haleine?
C'était le début de l'ère des longs métrages, et à l'époque un film de trois bobines comme celui-ci était donc un prétexte à se rendre au cinéma, à l'inverse des programmes de courts métrages qui se succédaient auparavant. Mais si on voulait insérer cette danse et lui donner toute la puissance de la promotion nécessaire, il fallait élaborer un film autour! Donc, il y a eu un patchwork. A la représentation théâtrale au cours de laquelle le héros va assister à la danse et vivre une catharsis salutaire, viennent s'ajouter deux intrigues. L'une, édifiante, est inspirée des mélos de Griffith, notamment le court The Drunkard's reformation; l'autre en revanche vient en droite ligne des films danois sur la traite des blanches, qui étaient en vogue à l'époque!
Quoi qu'il en soit, le film se laisse voir, est cohérent, et sous forte inspiration des canons esthétiques et du jeu des acteurs Européens, notamment les danois et les Italiens. Et pour finir, le mot "vampire" ne va pas tarder à désigner une femme de mauvaise vie dans un drame cinématographique...
Bref, vous avez compris... C'est un bon film de transition, construit de façon rigoureuse comme tous les autres films ou presque, avec les appellations latines habituelles en générique, et un ensemble de tentatives ratées.
L'une d'entre elles mérite de rester dans l'histoire à cause de son improbabilité absolue: pour triompher de son oiseau tant convoité, le coyote a l'idée de commander un costume d'homme-chauve souris... vert.
Daffy Duck est un très mauvais vendeur à la sauvette de farces et attrapes... Mais il apprend un jour qu'un milliardaire souhaite, avant de passer l'arme à gauche, rire car il ne l'a pas fait depuis longtemps. Attiré par la prime, le canard se précipite, mais il aura un obstacle en la personne d'un majordome qui lui refuse d'entrer...
C'est un classique, et l'un des derniers films qui nous permettent de voir Daffy Duck en vrai canard crétin... Ce que Chuck Jones n'aimait pas trop, préférant souvent le doter d'une personnalité de râleur malchanceux. Ce film très réussi est un vrai bonheur, qui place le metteur en scène beaucoup plus que d'habitude dans l'ombre de Tex Avery...
Voici un film qui ne choisit pas: entre le western et la comédie, il opte de faire les deux. Donc, dans une épicerie d'une ville de pionniers, le propriétaire (William Williams) a une fille, Lena (Gwendolyn Pates), qui est fort jolie, et qui reçoit souvent des visites de Jim Jackson, un cowboy des environs (Charles Arling)... Pour réussir à proposer le mariage à Lena, il va falloir ruser, car son père n'est pas déterminé à laisser faire...
Dans ce petit, tout petit film oubliable mais soigné, outre un gag idiot (Jim parie avec le boutiquier qu'il ne pourra pas rester longtemps à fixer la pendule en répétant "There she goes", pour détourner son attention), on remarquera un personnage dont la rotondité ne pourra qu'être familière: Henry Bergman, un acteur plus que compétent, dont la rencontre la plus déterminante de sa vie sera sans aucun doute celle de Charles Chaplin, qui en fera un acteur de seconds rôles dans ses films, un conseiller, voire un assitant réalisateur entre 1916 et 1936... Bref, pas n'importe qui!
Ford Sterling interprète un employé d'une épicerie, qui rencontre l'épouse de son voisin, Mr Brown... Et ils papotent et de fil en aiguille il est clair qu'ils se plaisent. Il lui fait sa lessive, diverses tâches pour la séduire. Quand il apprend que Brown a été ligoté à un arbre par des conspirateurs, avec une bombe prête à éclater, il décide de tout faire pour empêcher les secours d'arriver à temps...
Kevin Brownlow disait que l'acteur le moins subtil de tous les temps devait être le neveu de Roscoe Arbuckle, Al St-John... Je m'éinscris en faux: au moins, St-John devait faire partie d'un ex-aequo avec Ford Sterling! Ici il fait la preuve de son style, tout en grimaces et en excès.
Sinon, on constate que dès ses débuts, la comédie selon Mack Sennett explorait toujours des pans insoupçonnables de la vie quotidienne, car après tout, la plupart des personnages de ses films tendaient à montrer des gens dotés d'un métier, saisis dans leur quotidien. Un quotidien, certes, dans lequel trois personnes étaient capables de se liguer pour faire exploser un de leurs voisins qu'ils puissent soupçonner d'être un espion, cela va sans dire...