
Un collectionneur de papillons (Terence Stamp), timide, effacé, un brin excentrique, convoite une jeune femme (Samantha Eggar). Méthodiquement, il prépare un enlèvement après avoir découvert une merveilleuse maison qu'il loue: elle possède une crypte ou il pourra garder jalousement son trésor. Après avoir donc observé et convoité de loin la jeune femme, qu'il connait depuis longtemps, il passe à l'action, et l'enlève. Elle se réveille donc un jour dans la crypte, enfermée, et gardée par un homme énigmatique, qui ne cherche pas à la violer ou à la tuer, mais juste à la garder, car, explique-t-il calmement, si elle reste avec lui un certain temps, elle ne peut que tomber amoureuse de lui. Commence alors un jeu dangereux pour la jeune femme, de manipulation et de stratégies pour essayer de trouver une faille; pour commencer, elle négocie et obtient de lui qu'il la libère au bout de quatre semaines si elle n'a pas varié dans ses sentiments... cela ne va pas l'empêcher de tout tenter pour s'évader...
Le film est situé entièrement autour des deux personnages, ce qui fait qu'on ne quitte jamais la maison tant qu'ils y sont tous deux. The collector est un diamant noir, un film vénéneux comme pouvaient l'être aussi bien Peeping Tom que Psycho, avec de nouveaux développements, car comme le proclamait vigoureusement la bande-annonce du film, il ne pouvait être fait avant! La censure, aussi bien en Grande-Bretagne ou le film a été tourné, qu'aux Etats-Unis, aurait probablement trouvé à redire car si Terence Stamp incarne un jeune homme qui fait tout pour laisser le sexe en dehors de la relation délirante qu'il établit avec Miranda, il reste que les pulsions, le désir, et certains détails physiologiques aisés à deviner durant certaines scènes (L'émotivité du personnage masculin, son manque total d'assurance, sa gaucherie sont complétés par des allusions à une probable tendance à l'éjaculation précoce, pour dire les choses clairement, ce qu'un dialogue fait d'ailleurs presque: "It came out"!) ramènent la sexualié sur le devant de la scène. Le film a d'ailleurs été titré en France L'obsédé, ce qui me parait un peu réducteur, et aussi un peu facile...
En effet, il est ici surtout question d'un homme qui est dans l'incapacité de gérer des émotions dans l'optique de les partager, et d'imaginer que quelqu'un puisse ressentir autre chose que ce qu'il ressent lui-même... L'amour devient donc un objet à posséder, ce qui donne lieu à un échange entre les deux personnages lors d'un dîner en tête à tête, organisé à l'origine pour sceller le départ de Miranda, mais qui va vite tourner au drame tant le jeune homme est incapable de la laisser partir: elle tente de l'amadouer en lui proposant un mariage, mais lui avoue qu'il lui serait impossible de garder leur relation platonique. Lui est complètement à l'opposé: il souhaite donc la garder, comme il garde ses papillons... Tout ce qui est physique dans le film est initié par Miranda, d'ailleurs, qui a il est vrai beaucoup à perdre à rester sur place. A ce titre, une scène, véritable flambée de violence, voit le jeune homme contraint et forcé de réagir, et de faire ce qu'il a beaucoup de mal à faire: toucher la jeune femme, pour la forcer à rester...
Mais le film reste d'abord et avant tout l'exploration de ce qui se passe dans la tête d'un homme enfermé dans ses frustrations et l'impossibilité de concevoir le monde qui l'entoure de la même façon que les autres, et bien sur que Miranda. Bien sur, le jeune homme se comporte souvent comme un véritable enfant, mais dans un corps d'adulte: le début, qui le voit passer d'une innocente chasse aux papillons à l'exploration d'une crypte poussiéreuse et envahie de toiles d'araignées, est assez clair sur le fait que nous sommes en pleine visite de l'inconscient. Les pulsions, qu'il a identifiées lui-même, vont parfois resurgir, et ajouter à sa gêne, jusqu'à ce qu'il en vienne à rejeter tout contact physique avec la jeune femme... Et c'est dans cette pièce souterraine que le "collectionneur" va construire son nid... et probablement, nous suggère la fin, prendre des habitudes. Wyler, peut-être le plus versatile des metteurs en scène de sa génération, s'est une fois de plus adapté avec bonheur à son environnement particulier, cette maison, des vieilles pierres, et l'Angleterre pastorale ou se situe cette ténébreuse histoire. Il adopte souvent un point de vue à égale distance des personnages, avec parfois un avantage pour Miranda, qui peut ainsi nous transmettre sa vision de son kidnappeur, après tout principal sujet du film. Bien sur, Terence Stamp est formidable, mais Samantha Eggar y trouve un rôle exceptionnel...De penser que William Wyler a refusé de tourner The sound of music pour réaliser ce film me semble plus que savoureux.






