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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 17:18

Tourner le Journal d'une fille perdue, le dernier film muet de Pabst, ne serait sans doute pas possible aujourd'hui... Ce n'était du reste pas facile en 1929! Le film a subi les foudres diverses et variées de la censure un peu partout où il a été montré, et le fait d'être muet, en cette fin de règne du cinéma silencieux, ne l'a pas aidé.

Rappelons les faits: ce Journal commence le jour de l'anniversaire de Thymian Henning, la fille du pharmacien. Ce même jour, la jeune femme innocente et naïve a bien vu qu'il se tramait quelque chose dans l'arrière-boutique: la gouvernante de son père, interprétée par Sibylle Schmitz pour un rôle court mais notable, s'apprête en effet à partir: elle est enceinte, et le pharmacien doit donc se débarrasser d'elle... Bien qu'il soit de notoriété publique qu'il est le père! L'associé du père, présenté comme un obsédé sexuel, se porte volontaire pour expliquer à Thymian se qui vient de se passer... Et la virginité de la jeune femme n'en a pas pour longtemps! Neuf mois plus tard, le père et la nouvelle gouvernante, mariés, accompagnent la jeune femme pour placer l'enfant, puis mènent la jeune femme en maison de redressement. En fait de redressement, la jeune femme va surtout apprendre à se débrouiller par elle-même, d'évasion en prostitution...

Aucune visée de dénonciation de l'esclavage sexuel, présenté ici comme une échappatoire si on n'y prend pas garde. Bien sûr, ce n'est absolument pas le propos du film, mais il serait bien facile de s'y tromper: tout au plus, Pabst nous dépeint une société patriarcale hypocrite et vicieuse, qui cache les victimes de ses turpitudes dans des maisons spécialisées ou ou on les maltraite (Valeska Gert est extraordinaire en dirigeante tordue de la maison de redressement) mais cette même société s'offusque de voir les prostituées s'allier, et faire preuve d'une véritable solidarité. Le bordel, par défaut, devient un refuge, tout autant que le reflet distordu d'une morale bourgeoise en bout de course. Et Louise Brooks, à son corps défendant (Elle a toujours déclaré qu'elle n'avait rien compris à ce qui se tramait autour d'elle, dans une langue qui lui restait étrangère même après un an en Allemagne), incarne à merveille cet esprit de révolte légitime de la femme contre l'homme.

Mais qu'on ne s'y trompe pas: quoiqu'un brin sadique avec son héroïne naïve ballottée de bras en bras et qui se réveille après une nuit d'amour, au son d'une confortable liasse de billets de banque, le film est bien à sa façon un conte. Et Pabst, qui avait visé large après ses succès passés, n'a pas totalement pu faire son film à sa convenance, empêché de tourner une fin bien dans la ligne du film, il a du se résoudre à tourner une "happy-ending", relative toutefois. Mais même affublé de cet adoucissement final, le film a gardé son côté abrasif, sa méchanceté rigolarde et son humanisme à fleur de peau.

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Published by François Massarelli - dans Muet Georg Wilhelm Pabst 1929 Louise Brooks **
23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 18:40

Un peintre peint un jeune homme... Le jeune homme est d'une grande beauté, et le portrait lui rend justice de façon spectaculaire. Il fait un voeu, celui d'échanger l'éternité de la beauté contenue dans le tableau contre la mortalité de son apparence... Et est exaucé. Très rapidement, cette vanité, cette obsession de perfection qui est la sienne, va pousser Dorian Gray au crime, noircissant un peu plus son âme chaque jour, ce que semble démentir en permanence la beauté préservée de ses traits. Mais le tableau, lui, devient un reflet de plus en plus repoussant de sa noirceur. Comment en préserver le secret, sinon en accomplissant d'autres crimes?

C'est inspiré par Faust (Dorian Gray ne semble pas vraiment vendre son âme au diable, mais plutôt au mal même) et par sa propre vie qu'Oscar Wilde avait écrit son unique roman, un chef d'oeuvre aux multiples facettes. L'adaptation par Lewin, cinéaste à l'esthétique unique, fonctionne autant en tant qu'adaptation qu'en tant qu'oeuvre personnelle, dans laquelle l'auteur a traduit en termes cinématographiques les obsessions et l'esprit de Wilde, ici plus sombre que cynique, même si son humour transparait, aussi bien dans l'esprit du roman que dans la mise en images hallucinantes de Lewin. Le choix des acteurs, la discipline imposée à tous (Lewin était dans les années 30 un protégé d'Irving Thalberg, et on sent ici une main de fer), qu'ils soient acteurs ou techniciens, la rigueur incroyable du cadre dans un film qui n'a pas un seul plan qui ne puisse être analysé durant des heures, tout contribue à la réussite.

La manipulation des uns par les autres, l'admiration mutuelle, la face cachée des amitiés masculines (L'homosexualité est ici aussi peu dite, et aussi évidente à débusquer que dans le roman), et surtout le rôle de l'art dans la vie, les thèmes sont légion. On saura gré à Lewin d'avoir respecté le choix de Wilde de ne jamais donner corps à l'activité criminelle de Gray, qui restera soumise à ce que chaque spectateur voudra y voir. Pour assister à la vie noire d'un homme qui a choisi de vivre en surface et de cacher son âme dans un grenier, on ne verra pas l'arrière-cour et c'est très bien. Cela renforce la conception inévitablement Victorienne d'une histoire qui vaut précisément pour ce qu'elle cache en permanence ce dont elle parle vraiment: un art dans lequel les Victoriens étaient passés maitre, mais aucun autant que Wilde lui-même. Lewin, lui emboîtant le pas, trouve des moyens incroyables dans la photographie (Il fait le choix d'inscrire son propos dans des plans assez longs, en utilisant aussi souvent que possible la profondeur de champ dans un décor d'une richesse et d'une complexité rares), le décor (Surchargé de sens, par toutes les statues, les tableaux qui sont bien présents devant nos yeux) et un jeu d'acteurs qu'il a voulu dépassionné, aussi froid et posé que possible.

Il a surtout ajouté à l'oeuvre de Wilde des pistes possibles d'explications, des éléments-prétextes qui rassurent le public, mais qui mis bout à bout, ne feront jamais totalement sens: regardez le décor, ce chat qui est si souvent présent, dont Lord Henry Wotton (Interprété par l'immense George Sanders) dit dès le départ qu'il pourrait bien exaucer le voeur de Dorian... Regardez l'importance de Wotton lui-même figure apparement diabolique qui finira par se désolidariser de celui qui s'est cru son élève. Voyez-le, dans une séquence en guise de fausse piste, attrapper un papillon comme on pourrait croire qu'il le fera de Dorian... Voyez la façon dont une publicité pour un opticien, représentant un oeil gigantesque, suit Dorian dans les rues ou il va accomplir peu à peu sa destinée de criminel... Voyez ces intérieurs inquiétants, chargés deleur bric-à-brac, cette accumulation d'objets qu'i vous posent un homme à cette ère de grande disparité sociale, et constatez que chez Dorian, pas un objet ne s'éloigne de la notion de crime, à commencer par ces étranges cubes à grosses lettres qui trahissent l'évolution de la mainmise de Dorian sur ses amis, voire ses victimes...

On n'a pas fini de le voir et de l'analyser celui-ci. Le chef d'oeuvre insolent d'Albert mewin est un diamant noir dans l'histoire pourtant si raisonnable de la Metro-Goldwyn-Mayer. Son message sur l'art, véritable culte de la beauté qu'un homme peut décider de garder pour lui afin de ne pas se révéler, mais qui finit par avoir votre peau, vibre encore grâce à cet étonnant choix, commun aux trois premiers films de Lewin de ne garder la couleur que pour les plans d'un tableau. The moon and sixpence, The picture of Dorian Gray et Bel-Ami en deviennent une vénéneuse trilogie, dont ceci est indubitablement le sommet.

The picture of Dorian Gray (Albert Lewin, 1945)
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Published by François Massarelli - dans Albert Lewin
16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 16:59

Le quatrième long métrage de Soderbergh est son premier thriller, et un film qui aura sur lui un effet important: c'est durant le tournage d'une scène de ce film qu'il a pris la décision d'abandonner la démarche classique qui était la sienne, alors qu'il avait récemment pris un virage "mainstream" en tournant pour Gramercy Pictures une adaptation de King of the hill avant de prrendre une option sur ce remake de Criss-Cross (Robert Siodmak, 1949). Une fois le tournage et la post-production achevée, le metteur en scène a mis en boite son fameux Schizopolis, et a eu un parcours totalement atypique depuis... Avec Peter Gallagher dans le rôle principal, il retrouvait l'un des acteurs-clés de sex, lies and videotape, le film après le succès duquel il tendait à courir depuis le début des années 90. Mais Gallagher est cette fois-ci un homme arrivé à un carrefour de sa vie, qui a la faveur d'un mariage retrouve sa famille, l'environnement qui était le sien, et surtout une femme qu'il a aimée, et avec laquelle il peut encore, le pense-t-il, faire sa vie. Mais il va surtout faire une série de mauvais choix, et ça va tourner mal, très mal...

Soderbergh, qui peut parfois tourner des films inexplicablement ennuyeux (The girlfriend experience ou The good German en attestent de façon spectaculaire), sait aussi être plutot sévère avec lui-même. Et ce film, qu'il juge lent et vide, ne vaut sans doute pas cete critique! certes, le rythme en est volontiers mou, mais c'est selon moi plus un facteur de tension qu'autre choise. Et il y a des éléments qui reviendront sans cesse, comme cette fabuleuse idée de déstabiliser le spectateur en mélangeant soit les époques, soit les points de vue en laissant celui qui regarde le film se faire une idée avant de lui donner des indices qui lui permettront de caler une interprétation. Et The underneath, comme tant d'autres films de Soderbergh, est une plongée microcosmique dans le quotidien de l'Amérique profonde, sans jugement, ni misérabilisme. Il se distingue d'ailleurs comme le feront à sa suite ses autres thrillers (The limey, Out of sight, Ocean's eleven, Traffic, etc) de tout ce qui était le film noir à la base, dans lequel le jugement (Du spectateur comme des auteurs) n'était jamais très loin. Mais bien sur, sans aller jusqu'à suivre le décidément très sévère Soderbergh, au moins pourra-ton admettre qu'il y a là comme un certain manque d'humour...

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 16:41

Il est toujours surprenant d'apprendre que Lon Chaney, qui s'est fait une telle réputation entre 1913 et 1930 avec ses rôles à transformation, l'homme qui a mis le maquillage au centre du jeu d'acteur, développant du reste aussi bien un jeu innovant et réfléchi qu'une pratique jusqu'au-boutiste de la transformation physique, était tellement entiché de ce film qu'il le considérait comme son favori. Cas unique dans la production de l'acteur à la MGM, Tell it to the marines est un film de dix bobines, riche et à la structure bien plus complexe que la majorité des oeuvres de Browning, Conway ou Sjöström tournés par Chaney entre 1924 et 1930: ceux-ci ne dépassaient pas les huit bobines, totalisant rarement plus de 75 mn. Mais la longueur (103 mn) de ce film situé par son intrigue aussi loin que possible des envolées baroques de Phantom of the Opera s'explique peut-être par le fait que la compagnie avait bénéficié pour son tournage de la pleine assistance du Corps de Marines, permettant ainsi de compiler des images impressionnantes, qu'il ne fallait surtout pas gâcher... L'authenticité est de mise, et l'armée comme la MGM ont mis les petits plats dans les grands.

Mais le plus étonnant, c'est bien sur la façon dont Chaney, habitué des rôles de truands ou autres personnages inquiétants et torturés, le plus souvent défigurés ou infirmes, incarne ici O'Hara, un sergent instructeur, un de ces dynamiques insulteurs professionnels, dont la tâche rude consiste à faire des militaires à partir de toutes les recrues qui leurs passent par la main... Il est bourru, a le verbe haut, et possède bien sur, comme tous les personnages créés par l'acteur, une faille sentimentale: il est amoureux de Norma (Eleanor Boardman), une jolie et délicate infirmière avec laquelle il a développé une relation de complicité platonique. Une nouvelle recrue arrive, Skeet Burns (William Haines), un jeune séducteur combinard et sur de lui, qui va forcément prendre en grippe son sergent... Mais celui-ci, qui voit vite les sentiments naître entre Norma et Skeet, est-il son bourreau, ou son ange gardien?

Chaney à l'oeuvre, dans ce film, est d'autant plus étonnant qu'il n'a pas un gramme de maquillage. De là à croire qu'il s'agirait de l'homme lui-même, à nu, il n'y a qu'un pas, que les plus avisés ne franchiront pas: on sait que Lon Chaney était très secret, et ne laissait rien transparaitre de lui-même, de sa vie, de sa famille, ou de tout ce qui aurait enfreint sa pudeur. Mais il a aussi si souvent dit à quel point il était satisfait de ce film, de ce qu'il avait pu y faire, de son personnage à la fois à vif et secret, que le doute reste permis. Et O'Hara, ce concentré d'humanisme sauvage, est l'un des personnages les plus attachants de l'acteur. Le film est divisé en trois parties, la première qui prend presque une heure est consacrée aux classes de Skeet, et au développement de l'idylle entre les deux jeunes gens. La deuxième, ensuite, amène les jeunes recrues pour une vague mission de protection en Asie, avant que la dernière ne vire à la mission de sauvetage: des jeunes infirmières sont menacées d'être prises en otages par une troupe de bandits Chinois, et les Marines viennent les aider à évacuer les lieux...

Bien sur, ce type de situation dans laquelle un sergent instructeur cache son humanité et sa tendresse pour les recrues derrière une façade bourrue est devenue depuis un cliché, mais rappelons que ce n'était ici que la première fois que la situation était exploitée au cinéma! Et Clint Eastwood a bien du voir le film avant d'en faire une (très pâle) copie avec Heartbreak Ridge... Hill passe de la quasi-comédie à une série très réussies de scènes d'action et de combats, en imprimant un rythme très soutenu. Servi par une photo splendide (Et par bonheur, des copies complètes de première génération ont survécu, ce qui rend le plaisir du spectateur intact 90 ans plus tard), des acteurs d'exception, un script énergique et une idée fédératrice (On assiste aux classes de Haines, mais c'est Chaney qui reste l'intérêt principal du film, donc tout le monde est content), Hill livre un film qui possède tout ce qu'on est en droit d'attendre d'un film Américain de 1926: chaleureux, rythmé, captivant, drôle et riche. Et même le fait qu'il nous montre l'armée comme une joyeuse famille ne réussit pas à tempérer le plaisir de gosse qu'on prend à à la regarder...

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Published by François Massarelli - dans Muet Lon Chaney 1926 *
11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 17:20

Un couple d'amoureux, très jeunes, rentrent tranquillement au village sur une charette. Ils traversent une voie ferrée, et quelques instants après un train passe. Un symbole qui sera repris à la fin de ce film, et qui représente le destin qui va croiser en permanence le chemin de Jean Leonnec (Ramon Novarro) et sa petite fiancée Marise La Noue (Enid Bennett)... Et le destin n'attend en réalité pas, puisqu' on annonce dès son arrivée au village à Marise que son père, le sabotier du village, vient de mourir. Orpheline, elle va donc devoir vivre chez des cousins, mais ça se passe très mal: menacée par son cousin, un homme brutal et alcoolique, elle trouve refuge dans la grange des Leonnec, ou Jean vient la rejoindre pour la réconforter. Au réveil, les deux amoureux qui sont restés bien sagement assis sur une chaise au coin du feu auront bien du mal à justifier de la pureté de leurs intentions, et fuient à Paris. Entretemps, la mairie a été cambriolée, et le maire, le père de Jean, fait le rapprochement un peu rapidement avec la soudaine fuite de son fils...

Et ce n'est pas fini: Niblo s'amuse à fouiller des péripéties à la Dickens et les accumule à loisir tout au long des 80 minutes du film, qui devient presque un catalogue de tous les aspects du mélodrame. Il choisit aussi de situer son film dans une France de pacotille, où s'entremêlent les époques dans un maelstrom de bérets et de casquettes d'apaches. La raison me parait simple: tout en se reposant sur les ficelles du mélo, le film accumule les scènes risquées et le metteur en scène a souvent recours à une violence graphique, frontale et sublimée, tout en montrant les bas-fonds avec un réalisme, certes baroque, mais suffisamment explicite pour qu'on ne s'y trompe pas: Jean va devenir une petite frappe, un apache, mais Marise va passer par la prostitution lors de leurs aventures Parisiennes. Le même script situé en Californie ne serait pas passé au travers des mailles de la censure, d'où me recours à une France d'opérette.

Auteur complet du film (Il en a écrit l'argument), Niblo se fait plaisir, rappelant qu'il pouvait à son meilleur être 'un des grands cinéastes d'Hollywood. En 1924, la toute jeune MGM semblait prête à honorer sa devise 'Ars gratia artis', et le film en est une éclatante preuve: tout en louchant du côté de l'univers de Rex Ingram, bien qu'en moins baroque, le film bénéficie aussi de la rigueur des compositions de Niblo qui a du génie du début à la fin du film pour son utilisation inventive du cadre, et son sens du timing en ce qui concerne ses séquences. Son réalisme, en matière de violence en particulier, est sans doute l'un des atouts qui feront de lui un candidat idéal pour reprendre le navire en perdition de Ben-Hur, et on retrouve dans les deux films des points communs troublants: la façon dont Enid Bennett et Ramon Novarro se perdent de vue, mais se croisent ensuite en permanence rappelle de quelle façon Ben-Hur passera à côté de sa mère et de sa soeur qu'il croit mortes dans le film de 1925, une situation certes de convention mais que la force de conviction de Niblo nous fait passer come une lettre à la poste!

Le metteur en scène est parfaitement servi par des acteurs qui sont eux aussi à leur meilleur, et fait bien passer la transformation permanente d'Enid bennett qui joue en particulier sur le maquillage pour figurer sa descente aux enfers. Une scène la montre à l'hôpital, à l'article de la mort, après avoir été abattue par la police: on l'a quittée enlaidie, les cheveux dégoutants, en fille déchue, on la retrouve avec de nouveau la couronne dorée de ses beaux cheveux blonds, et le visage angélique:c'est la signal de la rédemption pour nos deux héros. Les décors et les éclairages sont aussi utilisés à leur avantage du début à la fin de ce film mené tambour battant, d'un grand cinéaste auquel il arrivait certes de se laisser aller (Sex, Blood and sand, le fort moyen The temptress), mais qui a aussi beaucoup donné (The mark of Zorro, The three musketeers, Ben-Hur, The mysterious lady). Son chef d'oeuvre? Je le pense, en tout cas.

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Published by François Massarelli - dans Fred Niblo Muet 1924 *
5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 18:46

L'un des cinq films de Michael Curtiz en cette année 1938, Four's a crowd n'est pas de la même veine que The adventures of Robin Hood (Co-réalisé par William Keighley) ou Angels with dirty faces, mais c'est une intéressante contribution à un genre auquel le cinéaste n'a pourtant pas beaucoup contribué: la screwball comedy. Il y est question, essentiellement, de mariage, de chassé-croisé amoureux entre quatre jeunes gens qui passent leur temps à changer de bras (Errol Flynn, Rosalind Russell, Patric KNowles et Olivia de Havilland); la motivation première pour ce film était essentiellement de permettre à Flynn de démontrer sa versatilité, et il est assez intéressant en consultant en relations publiques prêt à tout pour amener le richissime et extravagant Walter Connolly à lui confier son business. Rosalind Russell est une journaliste qui travaille pour l'éditeur Patric Knowles, et celui-ci est fiancé à Olivia de Havilland, qui n'est autre que la petite-fille du millionnaire...

De l'agitation, des dialogues à la mitraillette, des acteurs qui s'amusent comme des petits fous à buter dans le mobilier, et une action à cent à l'heure ne garantissent pas forcément la réussite d'un tel film. Et si le metteur en scène a décidé de s'approprier le film en se faisant plaisir (Il y a, clairement, du mouvement, et les plans séquences avec centaines de figurants sont là pour témoigner que les rênes sont bien entre les mains de Curtiz), il a surtout livré une copie qui est un peu le Canada Dry des Screwball comedies: ça ressemble à, ça a l'apparence, la couleur, le son ou même le tempo, mais ce n'est pas. C'est, après tout, trop brut de décoffrage, pas assez raffiné. Dans le genre, la même année Hawks allait fournir le joyau ultime avec Bringing up baby, et donner à voir une bien meilleure performance de Rosalind Russell auprès de Cary Grant dans His girl friday deux ans après. Mais c'est sans doute le seul film dans lequel on peut voir Flynn, une poche pleine de beurre, chasser un chien dans une chambre la nuit, en compagnie d'une fofolle en pyjama, jouée par Olivia de Havilland, qui est ravissante. Comme d'habitude. Ceci était malgré tout un argument subliminal en faveur du film.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 16:15

George M. Cohan (1878-1942) est une grande figure du théâtre et du music-hall aux Etats-Unis, qui a eu un succès phénoménal à Broadway entre 1904 et les années 30. Le film le montre, interprété par rien moins que James Cagney, dans une évocation très allégorique: au soir de sa vie (Cohan est d'ailleurs décédé quelques mois après la sortie de ce film), le vieil acteur reçoit une convocation à la Maison Blanche, et un peu embarrassé, s'en va rejoindre Roosevelt dans le bureau de celui-ci. L'embarras s'explique aisément: dans la pièce qu'il est en train de jouer à Broadway, il interprète sans complexe le président, dans une caricature assez leste... Pourtant l'entrevue va être l'occasion pour lui de lui raconter sa vie. Au dehors, quand Cohan rentre chez lui, une distinction inattendue à la boutonnière, des soldats paradent, au son d'une de ses chansons: ils vont partir pour l'Europe. Cohan rentre dans la parade et chante avec eux...

"Musical", avec Michael curtiz, le mot prend généralement une autre signification que celle généralement acceptée, y compris pour les quelques films du genre que le grand metteur en scène a réalisé à la Warner, c'est-à-dire le studio ou le grand Busby Berkeley a inventé la comédie musicale cinématographique. Curtiz, lui en est toujours resté au genre représenté par The singing fool(Lloyd Bacon, 1928), ou Mammy (Qu'il avait lui-même tourné en 1930): des intrigues situées dans le milieu du spectacle, avec des numéros musicaux certes intégrés au corpus filmique, mais situé sur un espace scénique cohérent et clairement délimité. Yankee Doodle Dandy se trouve donc plus être une biographie d'un homme de spectacle, avec quelques numéros in extenso et des extraits conséquents des spectacles de Cohan. Choix donc délibéré de Curtiz, qui malgré sa propre tendance au baroque flamboyant, ne concevait de films que situés dans un cadre plausible. Une contradiction quelque part, pour l'un des grands illusionnistes de la Warner avec ses jeux d'ombres, mais une contradiction qu'il semblait assumer. Du reste, si bien des films musicaux de Curtiz sont très accessoires pour ne pas dire médiocres (This is the army, Mammy, Night and day) celui-ci est non seulement un classique, c'est aussi un grand film irrésistible...

Grâce à Cagney? l'acteur n'est pas venu les mains vides, le film est en effet produit par son frère, et des membres de sa famille sont présents dans le casting. Il s'est passionné pour un personnage de hâbleur Irlandais, imbu de lui-même mais dont l'énergie indéniable semble propulser tous ses spectacles vers le succès; un personnage de véritable Américain, venu de nulle part et qui s'est construit un empire théâtral à la seule force de ses poignets - et de ses claquettes. Un personnage profondément patriote aussi, et un brin conservateur, ce que le film ne cache pas, mais fait passer de manière un peu subliminale. Et c'est devant l'un des présidents qui aura le plus fait bouger les lignes de la vieille Amérique vers un progressisme mâtiné d'interventionnisme, que Cohan semble, en racontant son histoire, rassembler tous les Américains derrière lui, devant la menace représentée par Hitler. Le film est d'ailleurs largement romancé, dans la mesure ou la médaille obtenue par Cohan à la fin du film, donc en 1941 ou 1942, lui a été attribuée en réalité en 1936.

Mais Curtiz aussi s'est passionné: son film est une réussite de bout en bout, peu importe le personnage, le message reste valide: un message profondément démocratique, réactivé par un cinéaste qui a beaucoup voyagé, comme le font les Cohan dans la première heure de ce film. Solidarité de saltimbanque? L'ancien acteur, dramaturge et homme à tout faire dans le cirque et le théâtre Michael Kertesz, dit Curtiz, s'est sans doute beaucoup retrouvé dans ce héros un peu en marge, qui a été absent des conflits et moments importants (Il nous est présenté souhaitant s'engager pour combattre en 1917, mais est refusé par les autorités en raison de son âge) mais n'a cessé d'incarner, à sa façon, l'esprit d'un pays qui a, en 1926, accueilli à bras ouverts l'éternel exilé Curtiz. Celui-ci a particulièrement soigné son évocation: certes, Cohan n'est pas l'un des êtres les plus fascinants qui soient, mais le Cohan de Cagney et Curtiz est très attachant, et le film est une merveille, qui se bonifie à chaque vision.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 10:51

Quoi de neuf chez Salvadori? Toujours une histoire de personne mise en marge, cette fois de façon irrémédiable. Mais si Antoine (Gustave Kervern) file un mauvais coton (Il est en pleine dépression, accro à des substances, et fuit sa vie et tous ceux qu'elle implique), il n'est pas seul: une séquence au début du film le voit visiter une boite d'intérim, ou son interlocutrice est au bord de la panique, et tout le monde a des tranquilisants sur soi... Il s'installe dans un immeuble dont il est devenu le concierge, et fait assez mal son boulot, mais retrouve un certain gout pour l'humanité. Mais voilà, l'humanité va mal: un copain (Pio Marmaï) auprès duquel il va trouver du bon temps s'avère un ancien footballeur qui a trouvé refuge dans les drogues dures, un voisin apparemment pointilleux s'avère être un cas psychiatrique, qui aboie à sa fenêtre pour faire croire qu'il entend de mystérieux chiens, et surtout la propriétaire (Deneuve) est en plein trip maniaco-dépressif.

C'est la crise, et Salvadori, qui aime bien nous faire rire, ne le fera pas jusqu'au bout: question de choix, mais il faut le savoir, attention, le film ne vous aidera pas forcément à vaincre l'éventuelle déprime ambiante. Mais il l'illustre assez bien, avec une galerie de personnages touchants, bien campés, jamais totalement caricaturaux... Mais c'est sûr, on n'est plus dans le gentil monde un peu rose d'Après vous, ou de Hors de prix. On est dans les coulisses, dans l'arrière-cour pour paraphraser le titre. En tout cas, cette histoire de gens qui se cherchent en se perdant toujours un peu plus est à l'image de notre monde.

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Published by François Massarelli - dans Pierre Salvadori
30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 17:05

L'un des trois films Essanay de Linder, tournés en 1916-1917 (Des deux autres, seul Max in a taxi a survécu, Max Comes across étant a priori perdu). Le but de la compagnie de Chicago était de remplacer Chaplin, ce qui est un peu naïf, mais ce film a au moins le mérite de permettre à Max Linder de réaliser un film qui suit le sens habituel de son inspiration, tout en s'accomodant fort bien de la façon de travailler alors en vogue à Hollywood, ou on avait plusieurs longueurs d'avance sur la vieille Europe. Il suffit pour s'en convaincre de comparer ce petit film avec n'importe lequel des courts métrages réalisés par Linder en 1916...

Max, donc, veut divorcer, car il ne recevra l'héritage d'un vieil oncle que s'il est effectivement célibataire. Son épouse se prète donc à une mascarade douteuse, qui consiste à le suprendre dans les bras d'une gourgandine quelconque. Bien sur ça va mal se passer, et bien sur il y aura un coup de théâtre à la fin. Le mauvais gout aurai pu l'emporter, mais le film est sauvé par un grain de folie qu'aucun de ses films Français n'a jamais eu... à part peut-être le Petit Roman (1912). Dans l'immeuble ou se trouve le héros, un proto-psychanalyste vient s'installer, et avec lui, une galerie de fous furieux (Dont Leo White, resté en contrat avec Essanay après le départ de Chaplin). Le cinéaste s'amuse à accumuler les dingos avec un plaisir contagieux.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Max Linder
28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 18:00

Le nouveau film de Terry Gilliam est un retour à la science-fiction, le premier depuis 12 monkeys, et le troisième film dans ce genre spécifique depuis Brazil. Forcément, on en attend beaucoup, d'une part parce que les deux essais précédents restent des films majeurs du cinéaste, et aussi parce qu'on a senti, depuis quelques années, comme un passage à vide chez l'auteur de Tideland, et, hum, Brothers Grimm. Et devant ce nouvel effort, on reste perplexe... Mais on ne va pas pour autant bouder le plaisir de voir un nouvel opus de l'auteur de Time bandits sous prétexte qu'il ne va pas dans le sens attendu: si c'était le cas, aucun de ses films ne serait satisfaisant. C'est un auteur hors-normes, hors-catégories, hors-concours, et souvent hors-budget aussi, un cinéaste d'envergure qui possède un univers visuel propre et a parfois les plus grandes difficultés à l'imposer. Il mérite toujours l'attention, et aucun de ses films ne se révèle à la première vision...

D'emblée, on est frappé de ce que Gilliam, au lieu de confier toute sa logistique à l'ordinateur, semble partir de la possibilité supposée infinie de la réalité virtuelle pour se lancer de nouveaux défis, voire de nouvelles difficultés: il est vrai que l'homme qui a dix ans durant essayé de tourner le même film malgré les faux départs (Son Don Quichotte) ne sait pas faire de cinéma simplement. Et The Zero Theorem est un film qui prend acte de l'existence de la réalité virtuelle, pour nous plonger dans un univers encore plus malade que le notre. Il l'a déjà fait pour Brazil et 12 Monkeys, qui parodiaient le monde existant pour en extrapoler les avenirs terrifiants, ce film suit cette continuité, tout en le faisant poliment: Gilliam reprend à Spielberg (Minority Report) l'idée d'une publicité interactive qui vous suit partout, par exemple, mais il va beaucoup plus loin: son héros est un homme, génie de l'informatique mais sociopathe aggravé, devenu incapable de la moindre interaction avec le moindre être humain, mais les gens autour de lui ne vont guère mieux: tout passe par l'informatique et le virtuel, de la commande d'une pizza à une consultation auprès d'une psychologue. Pire: les convives d'une fête dansent seuls avec des Ipods, portant des tablettes numériques dans leurs bras... Qohen (Christoph Waltz), dont le nom ne semble pas s'imprimer chez qui que ce soit (Son supérieur, David Thewlis, l'appelle Quinn) travaille pour Management (Matt Damon), le PDG mystérieux d'un groupe de communication obscur, et il a une mission délirante aux développements très peu compréhensibles. Surtout, il ne tient debout que par un seul espoir: il attend un coup de fil qui lui expliquera le sens de la vie...

Aliénation, philosophie et futur inquiétant, on est bien chez Terry Gilliam, qui tend ici à collectionner les allusions à son propre univers: le prophète malgré lui, l'homme dont la rébellion intime débouche sur des catastrophes collectives, l'univers parallèle fait de l'accomplissement poétique et égoïste d'un seul homme, l'aliénation par le rêve, et la folie de la science... Tout ça, et ce sentiment d'une humanité arrivée au bout d'une quête inutile, on l'a vu déjà dans on oeuvre. Un développement qui prend ici beaucoup de place, et qui semble fragmentaire tant il ne fait pas vraiment sens, est une drôle d'histoire d'amour un peu bancale avec une femme qui tient autant de la prostituée que de l'espionne, mais l'interaction entre les deux est la source de moments tous plus touchants les uns que les autres... Une fois n'est pas coutume, la jeune femme tombe le masque lors d'un bref moment, mais l'incommunicabilité du héros prend le dessus. En tout cas, en écho à un autre film (12 monkeys, bien sûr) dans lequel l'intrigue de science-fiction était tout à coup court-circuitée par une histoire d'amour inattendue, Gilliam laisse les sentiments s'installer, nous livrant des pistes à explorer.

Bien plus que l'étrange et mal foutu Imaginarium qui l'a précédé, et dont on sait dans quelles conditions difficiles il a été tourné, ce Théorème Zéro est bien un film typique de Terry Gilliam. Mais cela implique désormais des doutes, des difficultés, et une certaine tendance à laisser beaucoup au spectateur. A ce dernier s'il le souhaite de revenir au film et de remplir les combles de ce film exigeant, pas toujours facile, mais attachant. Un nouveau film livré "en l'état", forcément issu d'une série de compromis, et dans lequel une fois de plus des acteurs se sont livrés corps et âmes, certains avec un plaisir communicatif: Thewlis, bien sur, ou encore Tilda Swinton, en psychologue sur website, qui se lâche dans un rap inattendu... Christoph Waltz, quant à lui, est remarquable de bout en bout. Quant à comprendre le sens du film... Autant demander à des poissons d'expliquer le sens de la vie.

 

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Published by François Massarelli - dans Terry Gilliam Science-fiction