Dans un petit pensionnat pour jeunes filles très comme il faut, une élève, Eva (Lyssen Bendix) est particulièrement turbulente: c'est qu'elle se targue de faire du théâtre et profite parfois de la nuit pour organiser des représentations, aidée par des copines, et par deux employés de l'établissement, deux "hommes à tout faire" (Carl Schenström, Harald Madsen) qui ont de la tendresse pour elle. Mais elle est punie et décide de s'enfuir pour tenter sa chance sur les planches. Ses deux amis partent à sa suite, pour la protéger... Mais en chemin ils sont confondus avec deux marins en vadrouille.
C'est l'un des premiers films des aventures de "Doublepatte et Patachon", Fy og bi en Danois. Les intertitres en ont complètement disparu, et n'ont pour l'instant pas encore été reconstitués... Lauritzen y raffine sa formule: d'un côté, une intrigue qui tourne autour d'un (ou plusieurs personnage de jeune femme de la bonne société, en butte à l'autorité soit parentale, soit d'une institution... De l'autre les deux personnages complémentaires de Schenström (le grand échalas, dit Doublepatte) et Madsen (le petit râblé, surnommé Patachon), qui resteront un satellite de l'intrigue principale, et fournissent l'essentiel des gags, souvent très physiques.
C'est souvent un spectacle assez hallucinant à voir, surtout Madsen qui a une façon totalement à lui de se comporter physiquement en toutes circonstances, et comme Laurel avait des yeux d'une nuance que la pellicule de l'époque ne photographiait pas totalement... Il en résulte un comportement lunaire fascinant.
Une faute de goût à mon humble avis, que cette partie de l'intrigue qui fait intervenir deux "sosies" qui ressemblent autant à Doublepatte et Patachon, que Donald Trump au roi Charles! Par contre, cette fois, l'intrigue, moins estivale que printanière, évite le passage (jusqu'alors obligé dabs ces films très populaires de Lau Lauritzen) par les hordes de jeunes femmes en maillots de bain trop grands!
Ce n'est pas le meilleur de leurs films, mais Lauritzen l'aimera suffisamment pour en proposer une relecture parlante en 1932... Reste à attendre une hypothétique restauration de ses intertitres pour aller plus loin dans la subtilité, on sait que dans ses comédies, Lauritzen reposait beaucoup sur l'humour verbal simple, ce dont les premiers films de la série attestent.
Moins connue que ses films fédérateurs tournés plus tard, cette histoire d'amour déguisée en film d'aventures exotiques est l'un des plus beaux Capra. Sorti en 1933, en pleine période dite pré-code, c'est un film qui joue constamment avec la censure, et qui affiche des possibilités surprenantes, mais c'est aussi un tour de force technique qui laisse pantois.
Dirigeant une nouvelle fois Barbara Stanwyck, qui décidément l'inspire, Capra use de tout son savoir-faire en matière de mise en scène pour recréer une Chine fantasmée, dans laquelle Megan Davis, une jeune femme Américaine vient se marier avec un missionnaire; mais juste avant le mariage, elle le suit dans une équipée improvisée qui tourne au ridicule: ils souhaitent sauver des enfants, et n'ont comme sauf-conduit qu'un papier soit-disant signé par un soldat félon, le général Yen. Celui-ci leur a en fait donné un papier sans valeur, et dans la confusion qui s'enfuit, Yen fait enlever Megan Davis, qui se retrouve donc à ses cotés, plus ou moins prisonnière, hostile vis-à-vis de Yen qu'elle prend pour un homme cruel (C'est surtout un militaire) mais irrémédiablement attirée par lui, d'abord sexuellement, puis de plus en plus clairement amoureuse.
Le film aurait pu être l'histoire d'un échange, ou pire d'une conversion de Yen, qui aurait dit adieu à ses manières barbares pour les beaux yeux de la belle Megan Davis. Pourtant, et c'est ce qui fait la force du film, si conversion il y a, ce n'est pas Yen qui la subit. Les indices ne manquent pas dans le film pour nous montrer l'étrange sympathie (pour la période) manifestée par Capra à l'égard de Yen et de ce qu'il représente. Au début, bien sûr, le Général est un homme cultivé, versé aussi bien sur la culture occidentale que sur la civilisation Chinoise, et il est d'ailleurs en uniforme, autant dire en habits occidentaux. Mais Capra s'ingénie, au fur et à mesure que les barrières qui empêchent Megan d'admettre son amour sautent les unes après les autres, à nous montrer Yen habillé de façon de plus en plus traditionnelle. Des phrases confirment, entendues dans des conversations entre Yen et Megan, ou entre le général et son conseiller financier Jones, un Américain (le savoureux Walter Connolly): Lorsque Yen affiche son ambition de conquérir la belle missionnaire, Jones lui demande s'il a réalisé qu'elle est blanche, faisant une allusion à l'interdit moral de mélange des races, vieux tabou poussiéreux si prisé dans les années 30. Ce à quoi Yen rétorque: "ce n'est pas grave, je n'ai pas de préjugés..."
Le sujet est donc bien l'hypothèse du rapprochement entre les êtres, toutes couleurs confondues, vu d'un point de vue qui n'exclut pas une reddition de la femme blanche sans condition. C'est ce qui est contenu en filigrane dans les dernières scènes du film, qui nous montrent Megan Davis qui a compris d'une part la vraie personnalité de Yen, mais aussi qu'il ne lui forcerait pas la main. Il y a des coupures manifestes, qui traduisent sans doute les soucis entre Capra et la Columbia, qui devait trouver le sujet explosif et a peut-être essayé de freiner les audaces du metteur en scène. Mais le film est déjà, à 87 minutes, rempli de beautés et de trésors tel quel. Si un jour on en sait plus sur ces petites sautes dans la continuité, on y verra peut-être plus clair. En attendant, dans le dispositif tel qu'il est, elles sont d'autant plus évidentes. la plus notable est celle qui voit Stanwyck se détacher de Yen soudainement, après que celui-ci l'ait enlacé. Il manque quelque chose, une explication, ou une réaction. Tel qu'il est dans le film, ce geste est ambigu.
Au-delà de l'érotisme (Barbara Stanwyck a non seulement une discrète scène de déshabillage, mais surtout un rêve assez drôle dans lequel elle nous expose son trouble sensuel vis-à-vis de Yen), le film est notable pour son rythme rapide et sa beauté picturale. La photo de Joseph Walker est toute en nuances de gris, et la Chine en désordre a été superbement recréée avec les moyens du bord, une profusion de détails. Au-delà d'un certain réalisme, ce film est un digne successeur des oeuvres qui étaient tournées dans un studio fermé à double tour à l'époque du muet, et le sens de la composition de Capra fait merveille, ainsi que son sens du montage, aussi bien de l'image que du son: les scènes de Capra dans les années 30 sont parmi les plus réussies techniquement, et son ingéniosité pour influer sur le rythme est légendaire. Et avec Walter Connolly, Capra montre un personnage délicieusement ambigu, un financier sans scrupule qui incarne les égarements parfois conscients d'un occident qui se sert de la Chine sans aucune humanité...
Le film, selon moi, n'a peut-être qu'un défaut: la composition de Nils Asther souffre un tant soit peu de sa voix, et de sa diction. Il est à peu près visuellement acceptable en Chinois, et son regard est utilisé avec beaucoup de talent, mais quand il parle, on décroche un peu. Et face à lui, il a Barbara Stanwyck, donc, il ne fait pas le poids... elle est parfaite, comme d'habitude!! D'une part elle s'est jetée corps et âme dans le rôle, avec la passion qu'on lui connaît, mais en plus, le film est là pour nous montrer son abandon, tous les discours de charité et de bienfaisance, de christianisme bien-pensant, sont comme un château de cartes, qui ne pourra pas tenir face à la logique assez tendre de Yen. L'actrice se sert de toute sa force de persuasion pour nous montrer une personne qui se trompe, et ce admirablement. Réussir à rendre une histoire d'amour entre un Chinois et une Américaine, dans un film des années 30, en nous prouvant que la logique Chrétienne ne vaut pas grand chose, et fédérer le public autour de ces présupposés, et après ça on va dire que Capra n'est qu'un incorrigible prêcheur? Non, et rendons-lui justice, avec ce merveilleux film.
Trois en un? Entre le mélodrame formidable Forbidden et le baroque et sublime The bitter tea of General Yen, Capra s'essaie en effet à un style qui combine tout ce qu'il sait faire, et qui pour la première fois délivre un message politico-économique certes naïf et idéaliste en diable, mais dont la générosité fait mouche. Et pour ce faire, il choisit non pas un, mais deux héros, deux braves types: Tom Dickson (Walter Huston) est le directeur d'une banque, un homme qui préfère faire son métier en rendant service aux gens car il pense que la banque se nourrit de la bonne santé financière des gens qu'elle aide. De la même façon, il traite ses salariés avec humanité, et refuse les affaires sur lesquelles il peut s'enrichir, mais qui lui donneront mauvaise conscience... Comment s'étonner que, bien qu'il aime tendrement sa femme (Kay Johnson), celle-ci ne se sente délaissée par son mari qui sacrifie tout à sa banque?
De son côté, Matt Brown (Pat O'Brien), bien qu'ancien voyou, est un employé modèle. Il sait qu'il doit tout à son patron, pour lequel il a plus que du respect. Il attend sagement une promotion, mais il aime de toute façon son métier, lui qui fait encore partie des petites mains. Il attend aussi le bon moment pour se marier avec Helen (Constance Cummings), la secrétaire de Dickson. Ils pensent avoir été discrets dans leur idylle, mais tout le monde est au courant à commencer bien sûr par ce brave M. Dickson...
Dans ce contexte propice à la comédie, Riskin et Capra se lancent dans trois intrigues dramatiques différentes, qui vont se télescoper dans une crise comme on en a rarement vues...
1:
La banque est certes en bonne santé mais le conseil d'administration, formé de Dickson et de messieurs nettement moins sympathiques que lui, souhaite faire évoluer la banque vers le gros business en poussant vers une fusion qui mettrait en danger le type de pratiques de bon voisinage souhaitées par Dickson. A la faveur d'un problème dans la vie de celui-ci, les affreux banquiers tentent de pousser leur avantage...
2:
Cluett (Gavin Gordon), un employé, fringant jeune homme un peu séducteur et un peu dandy sur les bords, a tellement brûlé la chandelle par les deux bouts que la pègre le tient. Il accepte de leur donner accès aux coffres, mais lorsque le cambriolage tourne mal, un veilleur de nuit est abattu...
3:
Matt a surpris Mrs Dickson dans les bras de Cluett, et ça le mine. Doit-il intervenir, et leur rappeler que son patron est la crème des hommes, ou se mêler de ce qui le regarde, au risque d'avoir le sentiment de trahir son patron?
Les trois intrigues, en un peu plus de 75 minutes, vont multiplier les passerelles entre elles, depuis l'adultère potentiel qui sera déjoué par Matt, mais qui résultera sur son impossibilité d'avoir un alibi, car bien sûr c'est lui qui sera soupçonné d'avoir ouvert le coffre pour les bandits. Et après le casse, les clients vont tous se précipiter les uns à la suite des autres pour retirer leur argent, mettant sérieusement en danger la position de Dickson, et l'avenir de ses "petits" clients.
Voilà, on y est: Capra nous parle des petits, des sans-grade, de ceux qui économisent sou après sou en ne demandant pas grand chose à personne, mais qui sauront se mobiliser pour leur bienfaiteur. La formule reviendra (on y reconnaît le gros de l'intrigue d'un futur classique, It's a wonderful life, qui sera pris sous un angle très différent malgré tout), et déjà le metteur en scène est galvanisé par ce défi qu'il s'est fixé. Il réussit un film-synthèse dense et énergique, servi par une interprétation en tous points excellente. Entre deux chefs d'oeuvre, cette comédie dynamique est une nouvelle preuve de la santé merveilleuse des films de celui qui reste l'un des plus importants cinéastes populaires de tous les temps. Voilà.
Ce film inconnu ou presque, renié par Capra qui avait pourtant tant voulu le faire, et qui obtint peu de succès sans parler du fait qu'il a été étrillé par la presse, me semble être, paradoxalement, une forme de chef d'oeuvre du metteur en scène, comme à sa façon le fantastique Bitter tea of General Yen, qui allait suivre (Et obtenir moins de succès tout en déclenchant les foudres des gens les plus butés aux Etats-Unis!). Ne choisissant plus entre la comédie, le mélodrame, la chronique de moeurs et la parabole politique, Capra mélange le tout dans 85 minutes qui sont, comme à son habitude, superbement tournées, dirigées, cadrées, et montées! Et il offre à Adolphe Menjou, Ralph Bellamy et surtout Barbara Stanwyck des rôles qui sont parmi leurs meilleurs.
Lulu Smith est une jeune femme provinciale, une laissée pour compte qui est devenue bibliothécaire dans une petite ville, et seuls les gens de son quartier la connaissent. Mais elle rêve de voyager, et pour tout dire de rencontrer l'âme soeur... Pour provoquer un peu les choses, elle cesse de porter des lunettes, et prend des vacances. En croisière vers la Havane, elle rencontre un homme qui la séduit instantanément, un avocat. Ils ont une liaison qui va s'éternise, et elle n'apprendra qu'il est marié, et qu'il est Bob Grover, un avocat célèbre avec de sérieuses ambitions politiques, que plus tard. Elle est enceinte, et va accoucher après une rupture, dans un anonymat total... Lorsque Bob reprend contact avec elle, il la persuade d'abandonner sa fille Roberta, que le couple Grover va adopter et qui grandira à l'ombre de sa vraie maman. Celle-ci pour sa part va continuer à être la femme de l'ombre, assistant de loin à la montée en puissance politique du procureur, puis maire, puis sénateur Grover, et collectionnant les coupures de journaux, son seul contact avec sa fille. Elle travaille pour un journal, dans lequel le rédacteur en chef, Holland, a décidé de s'attaquer à Grover, et cherche par tous les moyens une histoire qui l'empêcherait d'accéder aux plus hautes marches du pouvoir...
Capra disait que son film représentait 99,44% de mélodrame tire-larmes... il le rejetait en disant qu'il avait été prétentieux de le réaliser... Pourtant Forbidden est une belle occasion de mélanger les genres, un péché mignon permanent de Capra, et une superbe occasion de donner une vision différente du rêve Américain, du pouvoir de la presse, et de la politique à l'Américaine, trois thèmes qui sont au coeur de la carrière du metteur en scène! A une époque où dans les films, les couples adultères déclenchent des tempêtes qui les engouffrent, il représente une idylle souterraine entre un homme marié, qui ne va néanmoins pas l'empêcher d'accéder à de hautes responsabilités. Il ne charge pas trop non plus le personnage de Bob Grover (Menjou est fantastique, comme souvent), mais préfère donner au public comme personnage de "méchante" l'épouse légitime... Et surtout il montre le sacrifice de Lulu, qui doit rester dans l'ombre de son bonheur, de la presse et de la politique, victime des deux, mais surtout sacrifiée volontaire à l'une et à l'autre. Symboliquement, Lulu est la vérité, oubliée des sacro-saintes institutions Américaines, et avec laquelle l'une et l'autre jouent en permanence. Un message qui avait tout pour déboucher sur du prêchi-prêcha insupportable, dont DeMille aurait probablement fait un navet probablement. Capra en fait un joyau. Grâce à Barbara Stanwyck, qui inspirait décidément beaucoup le metteur en scène...
Les Princey: une famille comme les autres... du moins dans l'univers d'Alfred Hitchcock: le père (Cedric Hardwicke) a réuni la maisonnée dans le salon pour établir une bonne fois pour toutes ce qu'il s'est passé: sa fille Millicent (Tita Purdom) a tué un homme qui la courtisait avec un maillet de croquet... Ce que le frère (Jerry Barclay), étudiant raté en médecine, confirme d'un ton morne. Il leur faut donc un bouc-émissaire...
Sir Cedric Hardwicke est le parfait interprète du père de famille: tâchant de récapituler avec ses enfants un meurtre comme si c'était une simple histoire de pneu crevé... Méthodiquement, avec juste un soupçon d'impatience à l'égard de ses enfants dysfonctionnels...
L'arrivée de l'ami de la famille, le capitaine Smollet (John Williams), ne va même pas déstabiliser le père: il délègue à sa fille et son épouse la tâche d'accueillir leur ami, et élabore un plan d'une simplicité qui fait froid dans le dos: proposer à son ami un marché: soit il endosse directement la responsabilité du meurtre, soit il est tué sur le champ d'un coup de fusil... Une conversation presque civile, en dépit de la nervosité de l'un des protagonistes!
C'est la deuxième fois que John Williams (et son impeccable flegme Britannique) incarne un héros lié au crime dans la série Hitchcock Presents...) et on ne peut imaginer deux personnages plus dissemblables pour autant... N'empêche, Princey est effrayant quand il assène son choix à son ami, un fusil dans les mains... L'humour noir de la situation est évident, mais pour Smollet, l'important est sans doute de gagner du temps.
Dans ses longs métrages, Hitchcock n'a jamais joué avec une telle situation, évidemment... Il lui fallait sans doute le confinement des 25 minutes de la série pour tenter une telle approche. Il tourne ce petit film avec autant de méthode, finalement, que son personnage principal, sauf qu'on espère qu'il n'a pas été obligé de le faire avec un fusil dans les mains! Et le capitaine Smollet, qui "aurait pu tuer", mais ne l'a pas fait, et pourtant va être accusé du meurtre, s'ajoute à la longue liste des meurtriers par procuration, qui encombrent de façon spectaculaire l'oeuvre du cinéaste...
Voici donc l'unique remake d'un de ses films, réalisé par Hitchcock lui-même...
Le premier film, celui de 1934, a été réalisé par un amateur, celui de 1956 par un professionnel. C'est ainsi que Hitchcock présentait la différence entre ses deux versions de la même histoire... Si on admettra que ce film Paramount est en effet d'une redoutable efficacité, on peut toutefois se demander si la mise à jour s'imposait. Exit la nationalité Anglaise (Et la gentille excentricité qui va avec) des protagonistes, bonjour Doris day et James Stewart, ce dernier qui revient pour une troisième collaboration avec le metteur en scène après Rope et Rear window.
Hitchcock n'arrivait-il pas à faire son deuil de Grace Kelly? Il n'avait semble-t-il aucune affection pour la caractérisation de Doris Day, et pourtant elle fait de l'excellent travail... James Stewart, lui, n'a pas à se forcer, il se glisse naturellement dans le rôle que lui a concocté le scénariste John Michael Hayes, adaptant l'histoire originale de Charles Bennett et D.B. Wyndham-Lewis:
Les McKenna, un couple d'Américains (Monsieur, James Stewart, est médecin, et Madame, Doris Day, est une chanteuse en plein congé sabbatique prolongé) font du tourisme au Maroc en compagnie de leur fils, et rencontrent un mystérieux Français, Louis Bernard (Daniel Gélin), sans savoir qu'ils viennent de mettre les pieds dans une intrigue d'espionnage. Et lorsque Bernard est assassiné par le camp adverse, il choisit de donner une information vitale à Ben McKenna avant de mourir. En réponse à cette révélation, les espions qui ont causé sa mort enlèvent Harry, le fils des Américains. Détenteur d'un lourd secret, McKenna va devoir choisir: la sécurité de son fils, ou sauver le premier ministre d'un pays étranger, dont la vie est menacée par un complot ourdi en Grande-Bretagne...
Outre la redite, on a parfois l'impression d'un film de vacances, ou d'une récréation entre deux oeuvres majeures. Il est vrai que ces débuts à a Paramount sont par certains côtés une période de transition pour Hitch, qui vient de perdre comme je le disais une actrice qui l'inspirait particulièrement, et est encore à la recherche des bons acteurs et du bon sujet. Il trouvera le tout, bien sur... Mais le film est intéressant pour sa gestion du suspense, et quelques séquences sont de vrais moments d'anthologie: la scène, célèbre entre toutes, du concert, entièrement liées à ce fameux moment durant lequel un percussionniste doit donner un coup de cymbales, ne sachant pas qu'un coup de feu sera ainsi étouffé, est un modèle de construction et de montée en sauce du suspense. C'est aussi une expérimentation, avec le choix délibéré de supprimer toute réplique, rendu logique par le fait que la musique y retentit, empêchant d'entendre la voix. Hitchcock y est pédagogue, multipliant avec subtilité les moyens de renseigner et d'impliquer le public... Et les plans inoubliables.
Il en profite également pour continuer à sonder les consciences, en posant à ses héros le dilemme le plus dur: rendre service à l'humanité, ou se taire pour ne pas mettre en danger la vie d'un fils? Le bien commun, ou le bien privé? Quelle est la responsabilité d'un homme face à ce qu'il sait? En donnant à James Stewart le rôle principal, il rend le personnage plus humain que jamais, avec ses forces et ses défauts, comme lorsque McKenna administre un somnifère à son épouse avant de lui révéler la nouvelle de l'enlèvement de son fils: bien sûr, on comprend sa motivation, mais comment ne pas lui en vouloir un peu? Stewart fait merveille pour mettre en valeur les petits défauts (Son caractère notamment) de son héros. Et Hitchcock choisit sciemment de brouiller les pistes en confiant à Bernard Miles, le père tranquille des films de David Lean, le rôle d'un espion, ou en tout cas d'un malfrat peu scrupuleux, qui se vend au plus offrant.
Mais bon, ce film soigné mais sans génie n'a absolument pas fait la preuve qu'il était nécessaire de refaire cette histoire de 1934! Un exercice de style, tout au plus, ou même un petit caprice du metteur en scène qui souhaitait revisiter son propre univers sous un nouvel angle...
C'est l'été... Le directeur d'une société de commerce danois-australien, John Muller (William Bewer), accoste au Danemark, avec sa fille Alice (Lissen Bendix) et une amie de celle-ci (Gerda Madsen) . Il souhaite leur faire découvrir le pays, tout en rencontrant le directeur de la branche Danoise, Jens Jessen (Oscar Striboldt). Celui-ci a deux fils (Harry Komdrup et Gorm Schmidt), et il est question que l'un d'entre eux se mariera avec la fille, Alice Muller. Ils sont persuadés que c'est une Australienne sauvage et les deux cherchent à se défiler...
Pendant ce temps là, nous faisons également la connaissance de deux vagabonds qui ont une combine: l'un d'entre eux (Carl Schenström) se fait passer pour un aveugle et joue de l'orgue de barbarie, du moins il fait semblant... A l'intérieur de la caisse, son copain (Harald Madsen) joue de l'accordéon. Ca paie... peu.
Les deux fils, désespérés, les engagent pour jouer leur rôle, puis se ravisent quand ils constatent que la jeune femme qui est arrivée est fort jolie. C'est en vérité la copine d'Alice car cette dernière aussi est méfiante...
Une fois de plus, Lauritzen concocte une comédie autour du marivaudage des jeunes, couvés par la sagesse ventripotente de la bourgeoisie, incarnée encore une fois par Oscar Striboldt. Et la formule est pimentée par l'intrusion de "Doublepatte et Patachon", dont le succès Européen était déjà avéré. Ils n'ont pas grand chose à faire, juste s'investir un peu dans une intrigue qui tend, justement, à les exclure purement et simplement, mais qu'ils vont, paradoxalement, contribuer à faire avancer à leur façon.
C'est assez moyen, et l'équipe, qui avait sans doute beaucoup de commandes à honorer au vu du succès des premiers films, a sans aucun doute précipité la suite des productions. D'où cette impression persistante de déjà vu... Mais au moins, le réalisateur et son équipe ont-ils eu l'idée d'inverser la tendance: cette fois, ce sont les garçons qui sont à marier au lieu des filles! Ce qui ne facilite pas les choses, d'ailleurs: les deux jeunes hommes, querelleurs et indisciplinés, passent le plus clair de leur temps à se battre...
Dans ces conditions, entre les pères qui s'imaginent légitimes à décider du bonheur de leurs enfants, les deux jeunes femmes qui imaginent un statagème étonnant, et les deux garçons complètement immatures, il est intéressant de constater que Doublepatte et Patachon deviennent finalement les protagonistes les plus sensés de cette histoire invraisemblable...
Et sinon, au milieu, un rêve érotique particulièrement choquant par son racisme... Imaginant le pire à propos de la fiancée potentielle venue de la lointaine Australie, Gorm Schmidt se rêve poursuivi par des amazones dévêtues... et couvertes de suie.
C'est le deuxième plus ancien film conservé de la petite entreprise de comédie de Lau Lauritzen avec Carl Schenström et Harald Madsen, et d'une certaine manière on a envie de dire: on prend les mêmes et on recommence! Les deux héros sont de nouveau des vagabonds, à nouveau c'est l'été, et les deux rigolos vont tourner autour du monde presque sans rien y changer... Le titre, conforme au précédent film, signifie en gros Le soleil, l'été, et les études. Il comporte évidemment trois noms.
Un film de trois bobines justifiant bien trois intrigues, il y a ici un père riche et ventripotent (Oscar Striboldt, une superstar à sa façon) qui essaie de reconquérir sa maisonnée et en particulier ses filles qui sont en âge de passer le baccalauréat; il y a aussi des soupirants qui sont prêts à tous les stratagèmes pour approcher les jeunes femmes en question; et bien sûr, deux vagabonds qui ont élu domicile sur un port, pas loin, mais la police les y cherche, il leur faut donc trouver un endroit où se cacher: comme la sainte famille est partie faire du camping sur une île, la maison est vide, donc...
...donc "Doublepatte et Patachon", comme on les appelait, vont s'installer et se comporter en sales gosses, allant jusqu'à enfermer la femme de chambre dans un placard! mais la scène est savoureuse, et servie par une gestuelle de grande précision, et grâce à Schenström et son corps souple de grand échalas, toujours profondément excentrique.
A propos, le film qui n'est disponible que dans une version probablement légèrement raccourcie, recèle un petit mystère: au départ, dès le premier plan, la caméra cadre une affiche placardée dans la rue, qui avertit du fait qu'on recherche les deux héros. Mais c'est rédigé dans un français plus qu'approximatif... Pourquoi cette langue? J'imagine que s'il s'agit d'une copie d'exportation, la syntaxe aurait pu être plus soignée... Et le site du DFI ne mentionne aucune sortie française.
Avec ses trois intrigues qui seront toutes résolues (plus ou moins en même temps), ce n'est peut-être pas le meilleur film du duo, mais il recèle de petits trésors d'humour. Bien sûr, ils seront plus souvent dus à l'impeccable timing des deux acteurs principaux, qu'à Striboldt et sa clique de bathing beauties...
C'est à la Palladium films que Lau Lauritzen va tourner avec Carl Schenstrom (Le grand échalas contorsionniste) et Harald Madsen (le petit râblé) des comédies, dont ceci est l'une des premières: si je ne suis pas tout à fait sûr de la chronologie, je sais qu'il y a eu d'abord un moyen métrage dans lequel Lauritzen expérimentait avec Schenström et un autre acteur... Par contre, on sait clairement qu'il s'agit de leur plus ancien film conservé. C'est un moyen métrage de trois bobines, et il établit de façon durable le caractère des deux principaux protagonistes.
Durant l'été, sur les bords de la mer du nord, on fait connaissance avec une famille très aisée (les parents: Oscar Tribolt et Olga Svendsen), dans laquelle un baron (Torben Meyer) a décidé de s'incruster en épousant la fille (Ingeborg Bertelsen) de la famille. Sauf que le type est un salopard de la pire espèce, qui est déjà fiancé, suivant les conventions habituelles du mélodrame... Et la fille est quand même toujours contente de voir le meilleur ami de son frère (Gorm schmidt), Peter Plum (Victor Montell), un brave garçon, lui. Et deux vagabonds, des rémouleurs miteux (devinez de qui il s'agit) qui traînent dans le coin, interceptent une lettre qui est destiné au traître, et qui prouve ses sombres agissements. Ils décident de s'en mêler...
Le titre signifie "Film, flirt et fiançailles", selon une tradition de comédie que beaucoup des films à venir de Lauritzen avec le duo vont s'efforcer de respecter: trois mots qui décrivent l'essentiel de l'intrigue, et ce en ajoutant une répétition d'un son précis. ...Ici, le son F. Pourquoi "Film"? parce que la fiancée du Baron est actrice, et tous les personnages vont se retrouver sur une plage, où un tournage a lieu, durant lequel le metteur en scène va inviter des locaux à figurer; un prétexte pour voir évoluer les deux acteurs au milieu de jolies filles en maillots de bain affriolants, ce qui là aussi va devenir une tradition de ces films. Et bien sûr nos deux amis vont, à leur corps défendant, contribuer au film avec le style qui les caractérise...
Le plus intéressant reste la façon dont évoluent nos deux anti-héros, la dynamique déjà bien ancrée de ces deux personnes qui pour l'instant restent volontairement à l'écart des gens auxquels ils viennent en aide. Ce ne sera pas toujours le cas. Mais l'ingéniosité aussi, dont ils font preuve en toute circonstance, ainsi que le contraste entre les deux, la réserve de Schenstrom, un adulte qui a trop grandi et ne sait pas trop quoi faire de lui-même, et le côté volontiers enfantin de Madsen, qui lui n'a pas encore trouvé l'occasion de grandir, les différencie de tous leurs homologues Américains. Ils sont, déjà, dès cette première trace de leur travail, extrêmement touchants. Et leur gestuelle nait littéralement sous nos yeux, les montrant pour toujours à l'écart, dans une galerie de mouvements qui n'appartiennent qu'à eux seuls: la façon dont pour se retirer, ils se tiennent la main; l'expression de la joie, qui passe chez Madsen par un étrange tournoiement; le sourire d'enfant de Schenström...
Vicenta (Musidora) est une jeune femme du Pays Basque, qui est séduite par le prince Morano... Elle s'imagine qu'il l'épousera et s'enfuit avec ui, mais d'une part il a d'autres chats à fouetter, notamment un mariage lucratif en vue, et d'autre part les gens du village décident de partir la chercher...
Il ne reste qu'une bobine de ce film, la deuxième: difficile à partir de là de le juger au delà de ces éléments qui n'invitent pas à imaginer un film très inventif, loin de là! Amenée à travailler en tant que réalisatrice, l'actrice fait ses gammes, aidée par quelques collègues, dont Jean, le frère aîné de Sacha Guitry.
Comme la plupart de ses réalisations, ce film (qui devait totaliser 5 bobines au départ) a été tourné entre Paris et le Pays Basque, que Musidora avaitélu comme son pays de coeur.