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29 décembre 2024 7 29 /12 /décembre /2024 18:03

La vie de Sarah Bernhardt? Non, justement: le film commence en 1915, quand elle avait 71 ans, et qu'elle courait un peu après sa propre image. Elle devait prendre une décision qu'elle ne pouvait souligner qu'avec panache: se faire amputer d'une jambe, ce qui n'allait pas l'empêcher de poursuivre son métier jusqu'à 1921... Face au jeune sacha Guitry, la Divine raconte en flash-back les mésaventures du père de ce dernier, Lucien Guitry, un immense acteur qui fut sans doute l'amour de sa vie, et la façon dont la trahison s'est immiscée entre eux...

Le film commence et finit sur des images de la vraie Sarah Bernhardt, dont je ne sais pas si comme c'est le cas dans le film, elle était au courant du concept de "star"... Mais le fait est qu'elle en a inventé les contours, en adoptant en son temps, dans une carrière marquée de coups d'éclats, une attitude de provocation permanente, habitant le tout-Paris et le tout-théâtre (et même au-delà, elle qui a si l'on suit le film côtoyé Zola ou Rostand): Sandrine Kiberlain se jette dans le rôle avec une gourmandise sans limites, pour en faire un personnage qui semble incarner à elle toute seule les possibles paradoxaux d'une femme de cette époque, corsettée (mais Sarah a jeté le corset aux orties), assujettie (Pas Sarah, qui elle assujettit les hommes et les femmes, les amants, les amis et les conquêtes de passage), limitée dans ses choix (pas elle qui fait ce qu'elle veut), dévouée à un homme (définitivement pas Sarah)... Elle est le centre du monde en quelque sorte et l'assume pleinement.

Plus large que la vie, selon l'expression anglo-saxonne consacrée, cette Sarah Bernhardt nous apparaît comme un personnage précurseur, mais il est paradoxal qu'on ne verra jamais en actrice, à l'exception de la scène d'ouverture qui montre Bernhardt et Guitry dans la scène de fin de La dame aux Camélias, l'adaptation par Dumas fils de son propre roman (C'est en 1896 que Sarah Bernhardt a repris la pièce). Non, le film s'intéresse plus à l'image d'une femme qui est certes connue, mais plus comme une icône par principe, que pour ses audaces de théâtre. Si vous voulez en savoir plus sur la femme de théâtre, ce n'est pas ce film qui vous en apprendra beaucoup, ce qui peut être vu comme une limite du film. 

Mais il n'y a pas ici d'audace, pas plus que de biopic, juste un rappel plaisant et fort bien interprété, filmé à mon goût un peu trop près des personnages pour être totalement convaincant. Un film qui rend hommage à quelqu'un qui a sans doute été proprement et simplement oubliée, dont l'art s'est éteint il y a fort longtemps, et qui déjà durant cette guerre mondiale qui forme le contexte des premières scènes, était une survivante du passé... Ce qui en faisait finalement une bien intrigante icône féministe, ce qu'elle est assurément.

 

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Published by François Massarelli - dans Sandrine Kiberlain
29 décembre 2024 7 29 /12 /décembre /2024 09:58

The trouble with Harry, ou... Le problème avec Harry, c'est qu'il encombre yout le monde, mais Hitchcock n'en a cure.

Pour révéler l'étrange humanité des habitants d'un petit coin tranquille du Vermont (Discrètement appelé Highwater, ce qui me fait irrésistiblement penser à une phrase parfois utilisée pour parler d'un cas de force majeure: "come hell or high water". Ce qui associe automatiquement de façon langagière le nom de la ville à une possible alternative à l'enfer...), Hitchcock, inspiré par un roman du même nom de Jack Trevor Story, leur balance dans les jambes un cadavre. Découvert par les uns et les autres, il est bien vite revendiqué par son épouse, la jeune Jennifer Rogers qu'il a abandonnée, et qui lui a donné un coup lorsqu'il lui a rendu visite le jour même; le Capitaine Wiles, un retraité un peu braconnier sur les bords, a quant à lui tiré trois coups de feu, et pense avoir tué Harry; enfin, sa voisine mademoiselle Gravely a vaillamment combattu pour son honneur lorsque Harry déboussolé (Ivre? Sonné par le coup porté par Jennifer?) a tenté de l'emmener dans un buisson... Comme le tire Français, on peut donc s'amuser à poser la question: Mais qui a tué Harry?

Et pourtant, ce film n'a rien d'un whodunit. On assiste surtout à un jeu de chat et de souris entre les braves gens nommés ci-dessus (Aidés par Sam Marlow, un peintre raté qui vit lui aussi sur ces lieux idylliques) d'un côté, et le représentant de la loi, un deputy Sheriff pas très futé, du nom de Calvin Wiggs. Si Hitchcock s'amuse à nous rappeler le crime en nous montrant souvent le corps de Harry, c'est que les gens qui le revendiquent collectivement sont obligés pour une raison ou l'autre de l'enterrer et de le déterrer constamment. Et le corps de Harry, vu le plus souvent par la base, c'est à dire les pieds, devient de plus en plus encombrant au fur et à mesure que la journée passe...

Le film a été boudé par le public, qui attendait un autre genre de frisson, et c'est bien dommage, tant cette histoire de cadavre récalcitrant est séduisante par son humour noir, et la mise en scène en mode mineur de Hitchcock qui s'amuse à nous donner à voir le meurtre sous un autre angle: comme parie intégrante, en fait, de la vie: à la vérité, tous semblent avoir une bonne raison d'avoir tué l'encombrant Harry, qui est parfois plaint, mais du bout des lèvres, par ceux qui doivent s'en débarrasser. Et le fait que les quatre protagonistes s'apprêtent au terme de cette journée à former deux couples leur fait trouver de nouvelles raisons...

Mais on peut se pencher sur ce film qui s'amuse à triturer la morale, et constater que dès le départ, Hitchcock cadre (Pour les deux premiers plans du film) une église, flambant neuve et toute de blanc, qui est probablement le centre du village. On ne la verra plus, car tout ce qu'on verra, même si c'est en mode mineur, est du péché. Et ça va assez loin, car une bonne partie des dix commandements s'en prennent dans la figure: le Capitaine a des vues sur Miss Gravely, et braconne, ce qui fait automatiquement de lui un pécheur, qui convoite les biens d'autrui. Miss Gravely sélectionnant "une tasse pour une main masculine" fait dans la métaphore, et semble s'intéresser au péché de chair. Sam et Jennifer sont au bord de l'adultère, puisqu'elle est veuve (Deux fois!). Le fiston de Jennifer semble vivre sa vie à l'écart des adultes, une section qui est aussi couverte par les dix commandements: Tu honoreras ton père et ta mère! Enfin, le meurtre, ou sa revendication, est bien entendue couvert, sans compter que de tous ces gens, pas un ne semble avoir une pensée émue pour le défunt. Bref, pour le Catholique Hitchcock, qui ne semble d'ailleurs pas s'en plaindre, ce film offre un échantillon particulièrement représentatif de pêcheurs patentés.

Hitchcock nous livre avec ce film aux couleurs automnales magnifiques, situé dans un des plus bucoliques endroits des Etats-Unis, un film profondément noir, mais en bon Britannique, il assène sa soupe au vitriol avec une histoire au charme certain, aux dialogues décalés marqués d'un humour à froid, qui a détourné les spectateurs des salles, ce qui est dommage. En tout cas, ce film noir déguisé en bonbon a fini par atteindre un statut de classique paradoxal, bien mérité à mon humble avis. Et Hitchcock a quand même permis au pauvre Harry d'avoir son mot à dire: en jouant à trois reprises avec une porte qui s'ouvre intempestivement, en nous montrant jusqu'à l'ombre des grands pieds tous raides, il lui autorise à hanter le film... C'est bien le moins.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
28 décembre 2024 6 28 /12 /décembre /2024 17:02

Au milieu des années 50, ce film au style volontiers flamboyant est quand même une sorte de parenthèse... D'une part, Hitchcock sort à peine d'avoir avec génie illustré les turpitudes de l'être humain, dans un cadre qui renvoie constamment au cinéma et au voyeurisme (Rear Window), et s'apprête à revenir à un de ses films favoris de sa période Anglaise (The man who knew too much), en le réactualisant, afin de se replonger dans les affres d'une famille comme vous et moi tout à coup plongée dans le drame. Et puis, avec Grace Kelly, superbe créature doublée d'une remarquable actrice, il a une fois de plus trouvé une muse à la hauteur, après Ingrid Bergman... Elle a déja accompagné le maitre dans un film noir, très noir, Dial M for Murder, et dans Rear Window déja évoqué.

Alors le nouveau film surprend un peu: une histoire d'abord romantique de héros, ancien voleur qui doit faire reconnaitre son innocence dans le cadre d'une enquête sur des vols qui sont parfaitement imités de son style, tout en subissant les avances particulièrement marquées de deux femmes qui se consument manifestement de désir pour lui: une jeune écervelée qui le connait depuis son enfance, et la fille d'une sympathique parvenue Américaine vaguement alcoolique, qui est autant attirée par l'homme que par le danger de fricoter avec l'ancien voleur. Le tout étant situé sur la côte d'Azur, pour laquelle on peut faire confiance à Hitchcock, qui sait tirer toutes les cartes postables possibles et imaginables d'un pays pittoresques...

Film de vacances? Oui, ça tient un peu de ça, le metteur en scène s'étant d'ailleurs amusé à apparaitre dans un autobus à l'intérieur duquel cary Grant s'installe. A la droite du maître impassible, bien sur... Mais si le film profite à fond du coté couleur locale de l'arrière-pays Niçois (Bien plus que l'improbable Cote d'azur de Foolish Wives!), et montre des Américains en villégiature et attablés à des casinos, il montre aussi une fois de plus un innocent en quête de preuves de son innocence, mais aussi un homme en proie à son double, qui fait tout ce qu'il ne fait plus justement. un fantôme de ses désirs de vol. Sans parler de la dangerosité des désirs féminins, dont John Robie, le "Chat" qui reconnait avoir surtout le désir de rester tranquillement à la maison, est la victime, dans un film qui accumule les sous-entendus sexuels, le plus souvent dans la bouche de Grace Kelly ou de Brigitte Auber... 

Mais dans ce film à l'interprétation cosmopolite Franco-Américaine parfois gauche (Il m'est insupportable d'entendre Brigitte Auber parler l'Anglais, par exemple), c'est l'impression de vacances qui domine, mais on était prévenus par un générique sur fond de vitrine d'agence de voyages. Cary Grant a l'air un peu essoufflé, pas convaincu de sa place, et peut-être nous sera-t-il plus convaincant en Roger Thornhill dans North by Northwest, qui se définira d'abord et avant tout par l'action, et la prise de pouvoir physique. Ici, Robie a surtout à coeur de prouver qu'il ne fait plus rien, justement... Quant à Grace Kelly, on sait que sa carrière se termine. Mais si elle est la conductrice dangereuse d'une scène de suspense routier qui relève un peu le film, il est d'une ironie noire de constater que c'est d'un accident de voiture sur ces mêmes routes qu'elle décèdera, 27 ans plus tard.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Cary Grant
28 décembre 2024 6 28 /12 /décembre /2024 11:49

Frank capra a fait ses preuves à la Columbia au moment où il s'attaque à ce film, qui va tout bonnement être la matrice de ses grands films à venir. Après s'être imposé à Harry Cohn en sortant un film tout les 45 jours en 1928 et 1929, après avoir fait en 1929 le passage du muet vers le parlant en deux temps (The younger generation, muet avec des séquences sonores, puis The Donovan affair, tout parlant - même s'il n'en subsiste aujourd'hui, superbe ironie, qu'une version silencieuse), Capra a surtout réalisé un trio de films d'aventures (Submarine, Flight, Dirigible, ce dernier devenant le premier film Columbia à bénéficier d'une première au Sid Grauman's Chinese Theater) qui ont entériné sa position: non seulement le réalisateur le plus en vue du studio, le plus efficace, mais aussi et surtout le seul, aux yeux de son patron, capable d'élever le petit studio qu'était à lépoque la Columbia au rang de ses concurrents plus prestigieux.

On sait bien sûr où cela va les mener: vers l'Oscar du meilleur film en 1934 (It happened one night) et à nouveau1938 (You can't take it with you), à Shangri-la en 1937 (Lost horizon, production très ambitieuse), vers Washington et la politique sinon (Mr deeds goes to town en 1936, Mr Smith goes to Washington en 1939).

Florence Fallon, la fille d'un pasteur déchu de ses fonctions par un groupe de pères-la-pudeur, annonce à la congrégation la mort de son père, survenue quelques minutes avant la messe. En colère, elle les chasse en les accusant d'hypocrisie. Un homme qui passait, témoin de la scène, se trouve être un escroc, spécialistes en arnaques en tout genre. Il profite de la colère de la jeune femme pour lui proposer un moyen de se venger, et ils montent tous deux une affaire: Evangéliste médiatique, Florence amasse les foules et l'argent qui va avec, promettant de construire un tabernacle qui ne verra jamais le jour. Elle guérit aussi les éclopés, tous complices, jusqu'au jour où un ancien soldat, aveugle, qui avait le projet de se suicider, se rend à une de ses spectaculaires représentations, et tombe amoureux d'elle. 

La religion comme échappatoire à la crise, la manipulation des masses, le volontarisme optimiste, la découverte de la vraie âme d'un personnage, tous ces thèmes sont au coeur des grandes oeuvres "idéologiques" de Capra, et en particulier de Meet John doe, qui reprend bien des choses présentes ici, à commencer par Barbara Stanwyck. Pour l'heure, l'immense actrice incarne Florence Fallon avec une ferveur indiscutable, mais il faut savoir que ce film, qui n'eut pas tant de succès que cela, était adapté d'une pièce autrement plus satirique. Capra s'est refusé à montrer un personnage qui utilise la religion pour se perdre, et a donc ajouté à Florence Fallon le manager, qui lui est pourri jusqu'à l'os. la jeune femme est littéralement sauvée par l'amour de John Caron, son ami aveugle, et si celui-ci fomente à un moment un faux miracle prétendant avoir retrouvé la vue pour la retenir à ses côtés, leur rencontre tient du miracle: au moment où il s'apprête à sauter par la fenêtre, Carson entend la voix de Florence exhortant ses "frères humains " au courage... De même, le climax du film est-il un petit miracle humain, l'un des deux personnages sauvant l'autre d'un incendie spectaculaire.

Soyons clairs: le propos n'est pas d'attaquer la religion, ce qui aurait été de toute façon étonnant de Capra, mais le réalisateur est suffisamment roublard pour ne pas s'étendre trop sur le préchi-prêcha, sachant que la mission du film est de rameuter le plus de gens possibles. Il nous donne donc des personnages humains, dont les vicissitudes et les blasphèmes sont dans l'ensemble excusables. il n'en est pas non plus à dénoncer des grands systèmes corrompus comme il le fera plus tard, l'escroquerie présentée ici étant plutôt ponctuelle, et tirant à sa fin dans le déroulement du film.

La réalisation est solide, le montage aussi. Capra impose une diction à cent à l'heure, ce qui ne le quittera pas, et le jeu fervent des acteurs lui doit beaucoup. Il y aurait eu des chances de sombrer dans le ridicule (Et les grands messes avec lion et cage n'en sont pas loin) mais l'atmosphère pré-code imbibe le film (sans jeu de mots), l'humour discret et les personnages (Surtout joués par Stanwyck et David Manners) sont attachants. Le film est l'acte de naissance de ce que d'aucuns appelleront Capra-corn (Jeu de mots, visant à dénigrer l'auteur de It's a wonderful life), mais que je préfère, plus sobrement, appeler le style de Frank Capra, dont l'ambition et les prétentions ne font aucun doute: ce R qu'il mettait au milieu de son nom à l'époque (A Frank R. Capra production) n'était qu'une façon de se rendre plus important, lui qui voulait avoir son nom "au dessus du titre" de ses films. Bon, d'une part il l'a finalement obtenu, et ensuite, ce film foisonnant prouve qu'il le méritait bien.

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code Barbara Stanwyck
26 décembre 2024 4 26 /12 /décembre /2024 12:53

A la demande d'un explorateur, Louis Rondelle (Hobart Bosworth), la marine met à sa disposition un dirigeable, sous la responsabilité de Jack Bradon (Jack Holt), mais aussi un avion piloté par le turbulent Pierce (Ralph Graves), un copain de Bradon. Amis mais rivaux en exploits, les deux hommes vont aussi être rivaux en amour, puisque si Pierce est marié à Helen (Fay Wray), celle-ci n'apprécie pas son tempérament de tête brûlée et sa propension aux risques inutiles, et Jack qui l'aime en silence, est pris entre dévotion et passion secrète...

C'est une formule qui dure depuis Submarine, en 1928, avec le même duo d'acteurs... Capra utilisait ainsi le ticket Holt-Graves, de film en film (celui-ci serait le troisième et dernier, après Submarine et Flight), pour monter en grade à la compagnie Columbia, et tant qu'à faire donner des lettres de noblesse à un studio qui en avait bien besoin! Ce film a d'ailleurs obtenu un succès certain, mais surtout il est le premier des films Columbia à avoir obtenu l'honneur d'une première spectaculaire au fameux Sid Grauman's Chinese Theater. On peut meme se dire qu'il était quasi inévitable que le cinéaste se désintéresse de ces films d'aventure programmatiques, pour se consacrer à des oeuvres plus sophistiquées!

C'est malgré tout bien fait, avec un parcours flêché pour le spectateur, une mission de prestige dans laquelle le dirigeable d'un des protagonistes devra transporter l'avion de l'autre... Ce qui a sans doute le plus intéressé l'ingénieur Capra, c'est bien sûr le défi de recréer des décors qui tranchent sur le tout venant, ici le Pôle Sud... Le metteur en scène a toujours su faire son maximum et est justement reconnu pour son talent d'illusionniste, qui lui sera tant utile lors du tournage de Lost Horizon...

Au-delà de la rivalité, qu'elle soit militaire, technique ou simplement amoureuse, entre les deux personnages, le film semble adopter une vision "adulte" des deux lurons Holt et Graves: l'enjeu, c'est de voir s'il est possible pour Pierce de raccrocher et de rester auprès de son épouse qui l'aime tant... C'est le seul film qui nous montre Fay Wray collaborer avec le metteur en scène, et il a su lui donner un rôle bien plus intéressant que beaucoup de ce qu'elle faisait à l'époque: une scène en particulier retient mon attention, lorsque Pierce lui fait ses adieux et qu'elle fait bonne figure, mais dès qu'il est parti, l'épouse laisse sa frustration s'exprimer, et a un mouvement de colère...

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code
26 décembre 2024 4 26 /12 /décembre /2024 00:11

Les artistes du cirque Rainey ont pour vocation de donner leurs deux spectacles par jour, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau ("rain or shine"...). Ca tombe bien, dans la séquence qui sert d'exposition, il pleut de façon spectaculaire; On y apprend que les comptes ne sont pas au beau fixe, que la propriétaire, par ailleurs écuyère de son état, est inquiète pour l'avenir, mais le régisseur et homme à tout faire Smiley (Joe Cook), lui y croit. Par contre, toujours dans cette exposition, nous est montrée la rivalité haineuse dont est l'objet le protégé de la patronne, par des jaloux qui souhaitent faire main basse sur le cirque. Enfin, si les sentiments de Smiley pour la jolie miss Rainey ne font aucun doute, un jeune et fringant concurrent lui fait dangereusement de l'ombre, et les millions de ses parents pourraient bien décider la belle...

C'est un film paradoxal, sorti aux débuts du parlant et qui confirme de façon évidente le talent singulier et inné de Capra pour les tournages inventifs, pour le naturalisme aussi. Paradoxal, parce que Rain or shine était une comédie musicale sur scène, dont Capra a tout bonnement retiré les chansons et autres passages musicaux, tout en donnant à l'ensemble de la fraîcheur, en sortant sa caméra des studios ou étaient le plus souvent confinés les films des débuts du bruit cinématographique... Et bien sûr, à l'époque où on aurait été voir n'importe quoi du moment que ça chante et ça danse, le risque était gros! Mais le film possède un charme fou, avec cette énergie phénoménale dégagée par Joe Cook, mais aussi l'impression d'assister à de l'authentique, par le recours à de vrais artistes de cirque, qui se livrent à leur métier avec simplicité et assurance sous les caméras de la Columbia.

Mais surtout, pour qui connait bien l'oeuvre de Capra, cette ode à l'optimisme en toutes circonstances est presque choquante: en effet, les artistes du cirque Rainey perdent tout, et la seule chose qui tienne encore debout à la fin est justement l'optimisme de "Smiley"! Une fin triste pas trop mal vécue par ce dernier, qui se livre à deux ou trois dernières pirouettes avant de tirer sa révérence...

La fin est adoucie dans la splendide version muette et sonore (Avec intertitres de rigueur) qui était distribuée lors de la sortie internationale de ce film des débuts du parlant: des prises différentes, quelques scènes en moins, quelques scènes et gags en plus, et la science du rythme de Capra font de cette version alternative une belle découverte...

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code Muet 1930 **
26 décembre 2024 4 26 /12 /décembre /2024 00:09

Signé par Capra de son pseudonyme de l'époque (Frank R. Capra), ce qui aurait du être un petit mélodrame est en réalité un film flamboyant, qui brille en particulier par le personnage interprétéé par la grande Barbara Stanwyck. le fait que tous les acteurs ne lui arrivent pas à la cheville importe peu: c'est elle qui tient ce beau film debout.

Kay Arnold, une jeune femme dont l'occupation principale, bien que ce ne soit jamais dit, confine à la prostitution, devient le modèle d'un jeune peintre idéaliste (Ralph Graves), dont les parents riches voient d'un oeil inquiet son association avec la jeune femme. Quand ils essaient d'assumer leur amour, envers et contre tout, la jeune femme est ramenée à sa propre dimension, et un sacrifice est exigé d'elle.

La prostitution n'est pas le sujet du film, il s'agit plus pour Capra de montrer que les classes sociales n'ont pas de frontières, et qu'il est possible de s'amender, de changer et tout simplement de s'élever... S'élever: c'est ce que la caméra fait, dès le départ: on est en pleine soirée, dans une rue huppée, et soudain les passants manquent de recevoir des bouteilles sur la tête: la caméra, qui monte, nous révèle que là-haut, une fête dans l'atelier du peintre, se déroule. Les invités sont riches et futiles. Mais ce mouvement vers le haut trouve des rimes, tel ce moment lorsque le jeune homme sur sa rterrasse regarde vers les étoiles, alors que la jeune femme qui n'a pas encore succombé au charme de son employeur, insiste pour regarder en bas.

Enfin, lorsque la jeune femme est décidée à partir, son amie (Marie Prevost) qui a compris le danger, se rend chez le peintre pour le prévenir, et les 25 étages manquent d'avoir raison d'elle... il faut aimer pour s'élever, ou avoir une bonne raison, et ce ne sera pas une partie de plaisir. On retrouve l'idéalisme, la morale de Capra, mais aussi son talent pour rendre un film cohérent du début à la fin. Son don également pour entremêler la comédie et le drame, déjà bien en place à l'aube d'une carrière plus que fabuleuse: Ladies of leisure est un film très beau à voir, mais aussi dont le montage sûr et le jeu admirable de Stanwyck (Etait-elle capable de mal jouer? j'en doute) font un film étonamment fluide pour 1930...

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code Barbara Stanwyck
24 décembre 2024 2 24 /12 /décembre /2024 23:43

Dory, la plus oublieuse des poissons femelles, vit une petite vie tranquille en compagnie de Marlin et Nemo, ses deux amis rencontrés dans Finding Nemo... Elle vit à l'abri de son pire souvenir, puisqu'elle n'a aucune capacité à imprimer les faits qui se déroulent autour d'elle. Mais elle a quitté un jour ses parents, et les a cherchés, jusqu'à ce qu'elle ne se rappelle plus qu'elle les cherchait...

Et un jour, alors qu'elle assiste le maître d'école local, elle se souvient: elle sait qu'elle a quitté ses parents et se rappelle même, comme dans un flash, d'un nom de lieu en Californie. La voilà partie, en compagnie de ses deux amis poisson-clowns...

Les films Pixar sont tous plus ou moins consacrés à une émancipation d'un personnage, à l'intérieur de lui- ou d'elle-même. Apprendre à accepter qu'on est un jouet, accomplir son destin quand on est un robot et qu'on est presque la dernière chose qui bouge sur notre planète, accepter de vieillir, accepter à la fois de grandir et d'appartenir à une communauté spécifique... Tous les longs métrages sont tournés vers cette réalisation d'un potentiel, généralement dans un contexte ultra-positif. Ce qui devrait avoir le don de me hérisser le poil tant c'est systématique...

Mais si on accepte de bonne grâce de les suivre, la plupart du temps (donc quand il n'est pas question de donner vie à des voitures moches) c'est aussi que les équipes de ces films ont toujours su rivaliser d'invention avec eux-mêmes, en deux points si complémentaires: d'une part, l'animation est toujours d'une complexité hallucinante, jusqu'à presque nous faire oublier qu'il s'agit d'animation, justement. Et d'autre part, la construction des personnages échappe au cliché. Ce que prouve ce film, qui reprend les personnages importants de Finding nemo, mais ne se contente pas d'être une suite. La quête de Dory est justement de retrouver ce qui fait d'elle ce qu'elle est. Un personnage ultra-débrouillard, puisqu'elle doit en permanence pallier à sa mémoire qui est plus que défaillante!

Une fois qu'on aura admis qu'une "suite" du premier film est comme d'habitude, par définition même, on ne pourra que se réjouir devant cette odyssée en mouvement permanent, animée de fort belle façon, avec un humour de haute volée... Dans laquelle en plus de la qualité graphique, on reprend le principe qui faisait le sel de Nemo: une galerie haute en couleurs de personnages tous plus loufoques les uns que les autres, et qui ont tous besoin d'apprendre à surmonter leurs failles... Dory et sa mémoire, mais aussi le poulpe Hank qui souhaite tant échapper à l'immensité de l'océan, Destiny le requin baleine myope, ou encore le bélouga qui ne parvient plus à faire fonctionner son sonar depuis qu'il est en captivité... 

 

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Published by François Massarelli - dans Andrew Stanton Pixar Disney Animation Plouf!
24 décembre 2024 2 24 /12 /décembre /2024 13:54

Le Golden Bough accoste à San Francisco, et pour le capitaine Angus Swope (Walter James), ça ne fait aucun doute: il est tellement brutal que les marins vont tous déserter! ...ce qui évitera de les payer. Il a l'habitude, et... Les remplaçants seront faciles à trouver, car en ville, le "Suédois" (James Bradbury), un tenancier de bouge miteux, s'est fait une spécialité de fournir à Swope de la viande saoûle... Parmi les nouveaux arrivants sur le bateau, lors de cette escale, un pasteur (Chappell Dossett) qui avait eu l'idée saugrenue d'entrer chez le "Suédois" pour y prêcher la bonne parole, un placide Afro-Américain (Blue Washington), un jeune homme (Richard Arlen) qui a vu que le capitaine Swope était brutal avec sa fille (Jacqueline Logan), et surtout Newman (Hobart Bosworth), un mystérieux marin taciturne, qui cache un secret...

C'est une des traditions, souvent honorée avec panache, du cinéma muet Américain: les films sur la mer, et ses dangers, situés dans des bateaux où les marins (et les acteurs) se sont retrouvés plus ou moins à la dure! Il y avait eu Old ironsides, The sea beastCaptain Blood, Down to the sea in shipsThe sea Hawk, The Yankee clipper... Et Behind the door. Ce denrnier film possède plus d'une correspondance avec ce film, en particulier un ton assez noir, et la présence dans les deux cas de l'acteur vétéran Hobart Bosworth. 

Les films du genre pouvaient aller dans deux directions: historique, ou mélodramatique. C'est clairement la deuxième solution qui a été retenue, afin de construire un film entier sur le drame des marins prisonniers d'un capitaine cruel, et de la particularité de devoir à la fois renoncer à la liberté, et participer à la bonne marche du bateau. A ce titre, le capitaine incarné par Walter James est plutôt impressionnant, même si toute la partie mélodramatique est cousue de fil blanc (bien sûr que sa fille n'est pas sa fille!)...

Reste un film vraiment emballant, qui a le bon goût d'être sous tension permanente, et de ne pas avoir négligé un certain réalisme noir, comme dans les scènes initiales situées à san Francisco. La caméra de Harry Davis nous donne à voir l'humanité terrifiante du bar miteux du Suédois, et le peuple de tout un tas d'échantillons, dont la plupart vont se retrouver engagés de force sur le bateau. Le décor du bateau lui-même, partagé entre les extérieurs tournés sur l'eau, et les intérieurs tournés en studio, sont constamment crédibles... Et on aime à retrouver Richard Arlen, même s'il ne fait aucun doute que ce dernier, qui était en contrat avec la Paramount, devait expier je ne sais quelle faute en suissant une punition, comme tout acteur d'un studio qui se respecte quand on se retrouvait à tourner à la plébéienne compagnie Columbia! Il n'empêche... Son jeune héros dynamique est très engageant... Même si de toute évidence il doit passer derrière l'ange exterminateur interprété par Bosworth!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 **
23 décembre 2024 1 23 /12 /décembre /2024 14:43

Un jeune couple avec un enfant. Le chien n'est plus là. Le père fume en permanence. La mère adopte une attitude distante et parfois agressive. Le père est souvent considéré par elle comme un autre enfant. Leur fille semble déjà dans son monde. On va ensuite apprendre comment ils se sont rencontrés à travers des flash-backs...

...et on s'ennuie, mais alors on s'ennuie. Combien de fois avons nous vu, sous couvert de naturalisme, des films qui ne parviennent pas à dépasser le "naturel" de la première prise "presque-vécue-on-croirait-vraiment-qu'ils-le-vivent-parce-qu'ils-improvisent", dont on aurait tellement envie de dire qu'en vérité c'est de la pure feignantise. Ou alors ces acteurs nous tiennent à distance, quel que soit leur talent...

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Published by François Massarelli - dans Ryan Gosling