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La vie de Sarah Bernhardt? Non, justement: le film commence en 1915, quand elle avait 71 ans, et qu'elle courait un peu après sa propre image. Elle devait prendre une décision qu'elle ne pouvait souligner qu'avec panache: se faire amputer d'une jambe, ce qui n'allait pas l'empêcher de poursuivre son métier jusqu'à 1921... Face au jeune sacha Guitry, la Divine raconte en flash-back les mésaventures du père de ce dernier, Lucien Guitry, un immense acteur qui fut sans doute l'amour de sa vie, et la façon dont la trahison s'est immiscée entre eux...
Le film commence et finit sur des images de la vraie Sarah Bernhardt, dont je ne sais pas si comme c'est le cas dans le film, elle était au courant du concept de "star"... Mais le fait est qu'elle en a inventé les contours, en adoptant en son temps, dans une carrière marquée de coups d'éclats, une attitude de provocation permanente, habitant le tout-Paris et le tout-théâtre (et même au-delà, elle qui a si l'on suit le film côtoyé Zola ou Rostand): Sandrine Kiberlain se jette dans le rôle avec une gourmandise sans limites, pour en faire un personnage qui semble incarner à elle toute seule les possibles paradoxaux d'une femme de cette époque, corsettée (mais Sarah a jeté le corset aux orties), assujettie (Pas Sarah, qui elle assujettit les hommes et les femmes, les amants, les amis et les conquêtes de passage), limitée dans ses choix (pas elle qui fait ce qu'elle veut), dévouée à un homme (définitivement pas Sarah)... Elle est le centre du monde en quelque sorte et l'assume pleinement.
Plus large que la vie, selon l'expression anglo-saxonne consacrée, cette Sarah Bernhardt nous apparaît comme un personnage précurseur, mais il est paradoxal qu'on ne verra jamais en actrice, à l'exception de la scène d'ouverture qui montre Bernhardt et Guitry dans la scène de fin de La dame aux Camélias, l'adaptation par Dumas fils de son propre roman (C'est en 1896 que Sarah Bernhardt a repris la pièce). Non, le film s'intéresse plus à l'image d'une femme qui est certes connue, mais plus comme une icône par principe, que pour ses audaces de théâtre. Si vous voulez en savoir plus sur la femme de théâtre, ce n'est pas ce film qui vous en apprendra beaucoup, ce qui peut être vu comme une limite du film.
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Mais il n'y a pas ici d'audace, pas plus que de biopic, juste un rappel plaisant et fort bien interprété, filmé à mon goût un peu trop près des personnages pour être totalement convaincant. Un film qui rend hommage à quelqu'un qui a sans doute été proprement et simplement oubliée, dont l'art s'est éteint il y a fort longtemps, et qui déjà durant cette guerre mondiale qui forme le contexte des premières scènes, était une survivante du passé... Ce qui en faisait finalement une bien intrigante icône féministe, ce qu'elle est assurément.
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Mais dans ce film à l'interprétation cosmopolite Franco-Américaine parfois gauche (Il m'est insupportable d'entendre Brigitte Auber parler l'Anglais, par exemple), c'est l'impression de vacances qui domine, mais on était prévenus par un générique sur fond de vitrine d'agence de voyages. Cary Grant a l'air un peu essoufflé, pas convaincu de sa place, et peut-être nous sera-t-il plus convaincant en Roger Thornhill dans North by Northwest, qui se définira d'abord et avant tout par l'action, et la prise de pouvoir physique. Ici, Robie a surtout à coeur de prouver qu'il ne fait plus rien, justement... Quant à Grace Kelly, on sait que sa carrière se termine. Mais si elle est la conductrice dangereuse d'une scène de suspense routier qui relève un peu le film, il est d'une ironie noire de constater que c'est d'un accident de voiture sur ces mêmes routes qu'elle décèdera, 27 ans plus tard.
Florence Fallon, la fille d'un pasteur déchu de ses fonctions par un groupe de pères-la-pudeur, annonce à la congrégation la mort de son père, survenue quelques minutes avant la messe. En colère, elle les chasse en les accusant d'hypocrisie. Un homme qui passait, témoin de la scène, se trouve être un escroc, spécialistes en arnaques en tout genre. Il profite de la colère de la jeune femme pour lui proposer un moyen de se venger, et ils montent tous deux une affaire: Evangéliste médiatique, Florence amasse les foules et l'argent qui va avec, promettant de construire un tabernacle qui ne verra jamais le jour. Elle guérit aussi les éclopés, tous complices, jusqu'au jour où un ancien soldat, aveugle, qui avait le projet de se suicider, se rend à une de ses spectaculaires représentations, et tombe amoureux d'elle.
La réalisation est solide, le montage aussi. Capra impose une diction à cent à l'heure, ce qui ne le quittera pas, et le jeu fervent des acteurs lui doit beaucoup. Il y aurait eu des chances de sombrer dans le ridicule (Et les grands messes avec lion et cage n'en sont pas loin) mais l'atmosphère pré-code imbibe le film (sans jeu de mots), l'humour discret et les personnages (Surtout joués par Stanwyck et David Manners) sont attachants. Le film est l'acte de naissance de ce que d'aucuns appelleront Capra-corn (Jeu de mots, visant à dénigrer l'auteur de It's a wonderful life), mais que je préfère, plus sobrement, appeler le style de Frank Capra, dont l'ambition et les prétentions ne font aucun doute: ce R qu'il mettait au milieu de son nom à l'époque (A Frank R. Capra production) n'était qu'une façon de se rendre plus important, lui qui voulait avoir son nom "au dessus du titre" de ses films. Bon, d'une part il l'a finalement obtenu, et ensuite, ce film foisonnant prouve qu'il le méritait bien./image%2F0994617%2F20241226%2Fob_505fba_dirigible-large.jpg)

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