Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
4 février 2025 2 04 /02 /février /2025 22:25

Ce n'est pas pour la série Alfred Hitchcock presents que ce film de 48 minutes a été tourné, mais pour la série d'anthologie Startime. Il n'y était pas associé, mais on lui a confié un épisode, et il est probable qu'il a été attiré par l'idée de réaliser un moyen métrage assez imposant, en couleurs, dans es conditions assez proches de celles dont il disposait pour sa propre série. Le film est passionnant, tout en offrant une vue de la vie quotidienne, dans laquelle cette fois on ne trouvera ni mort violente, ni espionnage... Mais bien un thème si éminemment Hitchcockien, celui de la culpabilité sous l'angle du soupçon.

Un incident se déroule, sous nos yeux,  nous le verrons de trois angles différents: un vieil homme, qui règle la circulation à proximité d'une école, a un accrochage avec une mère de famille, qui se trouve être l'épouse d'une huile locale. Des témoins sont présents, un professeur d'une part et un couple qui vient de s'installer en face, dont la femme connait le vieil homme: il sait des choses sur elle qui pourraient lui valoir des ennuis, estime-t-elle... Quelques jours plus tard on signifie au vieil homme qu'il est licencié, car une lettre anonyme le dénonce comme un "vieux vicieux"... Désireux de ne pas le laisser se voir accusé à tort, les membres de sa famille mènent l'enquête...

Le film est une simple promenade, relativement légère, au pays du soupçon, du qu'en dira-t-on, et de la suspicion de classe, ordinaire autant que crasseuse. La famille du vieil homme a un débat, dans lequel s'expose toute la complexité de l'affaire: faut-il laisser dire, et passer à autre chose, ou se battre pour la reputation? En d'autres termes, une accusation dont on sait qu'elle est fausse, a-t-elle besoin d'être ignorée ou combattue? Et quel rôle la société peut-elle jouer face à un crime supposé, ou imaginé? 

En nous associant de fait au destin du vieil homme, le metteur en scène nous rappelle ses sympathies pour le peuple, qui étaient déjà si présentes dans ses oeuvres Anglaises, et qui n se sont jamais démenties. On les a d'ailleurs retrouvées, au fil de certains films, au détour de Shadow of a doubt, ou même The wrong man. Et le dispositif scénaristique qui consiste à utiliser la poudre aux yeux de trois angles d'approche pour une seule scène, est intéressant. Moins toutefois que la façon dont Hitchcock a filmé la quasi-plaidoirie de george peppard devant sa famille, d'un autre angle encore plus inattendu: depuis le plafond du studio! ...Un film qui prend donc de la hauteur!

A noter, si George Peppard ne tournera pas d'autre film pour Hitchcock, en revanche Vera Miles en est à sa troisième collaboration avec lui. Et la quatrième serait sa plus spectaculaire... Ce qui ne va pas tarder.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock TV
4 février 2025 2 04 /02 /février /2025 22:13

Un Britannique, Cavendish (James Donald), raconte: son arrivée, il y a longtemps, dans un hôtel dans les Alpes Suisses, et sa rencontre avec une jeune femme... Mariée de fraîche date, Mme Stella Ballister (patricia Owens) y apprenait pourtant la mort de son époux, décédé à cause de son impatience de se mesurer à la montagne. Très vite, Cavendish et Stella sont amenés à se revoir, lui lui faisant la cour, et elle s'accrochant à une  idée et une seule: dans quarante ans, le glacier lui rendra le cadavre de son mari...

On cherche évidemment à cerner l'angle romantique dans ce film court de la série Alfred Hictchcock presents. Non que l'oeuvre du maître manque de romantisme, force est de constater toutefois qu'il est généralement teinté de la plus élémentaire noirceur... A plus forte raison dans la série télévisée, dans laquelle rien que de mémoire, on ya assisté à la cavale d'au moins deux maris qui s'étaient débarrassés de leur épouse en étant, disons, créatifs autant qu'impulsifs!

Ce ne sera donc pas une surprise si on constate que derrière l'impeccable attitude si Britannique, le flegme imperturbable de ces protagonistes, se cache une histoire à la méchanceté particulièrement acérée, et un certain sadisme pointu, pour ces gens qui se condamnent à se refuser de laisser libre cours à leur rapprochement (car Stella, entre deux accès de son obsession morbide, le dit sans ambages à Cavendish: en d'autres circonstances, elle aurait cédé à ses avances...

Et au final, tout ça pour... ?

Un film de haute volée, à la méchanceté militante, qui montre le poison des conventions, l'absurdité du romantisme, et la façon dont l'obsession moureuse débouche sur du vide,le tout enveloppé dans une idée poétique que n'auraient sans doute pas reniée un ou deux surréalistes, ce besoin absurde pour Stella de revoir son mari une dernière fois... Y compris quarante ans après sa mort.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Alfred Hitchcock presents TV
2 février 2025 7 02 /02 /février /2025 17:21

...en a-t-on besoin? Non, bien sûr: on a tellement tourné et retourné de versions des Trois mousquetaires, comme du reste de l'autre best-seller de Dumas, Le comte de Monte-Cristo, qu'une nouvelle version est par essence inutile. Ceci posé, toute version qui remette en jeu le grand souffle de l'aventure à la Dumas, qui cherche à donner à voir sous un potentiel nouvel angle ces aventures si classiques, ne manque pas totalement d'intérêt. C'est ce qui fera qu'il y aura toujours des recours à ces classiques... 

...Et des acteurs pour les interpréter. Ici, on mise tout sur les quatre ùmousquetaires, d'ailleurs, avec en François Civil un excellent D'Artagnan, à la fois jeune loup aux gestes encore vert et aux initiatives un rien trop juvéniles, mais capable de laisser sa fougue faire le travail avec une adresse certaine. Pas de surhomme à la Douglas Fairbanks, ou de gentilhomme qui a déjà vécu comme le D'Artagnan de Gene Kelly, ces deux exemples étant de toutes façons trop vieux pour le rôle! Et en Athos, Porthos et Aramis, Bourboulon a trouvé des candidats extrêmement sérieux: Vincent Cassel, Pio Marmaï et Romain duris. Ils participent pleinement au plaisir certain dégagé par le film, comme du reste l'inévitable Milady incarnée par Eva Green... 

Le film, tout en s'efforçant de restituer à ces aventures une sorte de réalisme (moins de couleurs éclatantes dans les tenues des mousquetaires, par exemple), pousse quelques portes et ouvre quelques fenêtres, notamment en faisant de Porthos un mousquetaire bisexuel sans complexe. Ca a du bien faire râler les facheux de tout poil, tant mieux, qu'ils râlent. Mais surtout le film rend sa complexité politique et son tissu si volontiers complexe au roman de Dumas. Il va même jusqu'à déplacer le conflit politique interne en rattachant l'intrigue de Dumas à la conspiration Protestante de Chalais... Ce qui donne un arrière plan intéressant à la deuxième partie (Milady). Plus embarrassant, toutefois, le personnage de Richelieu (incarné par Eric Ruf, prend, c'est notable, bien moins de place que d'habitude... Et pas de Bonnacieux à l'horizon, Constance est de nouveau une demoiselle... 

Mais c'est comme le disait déjà Henri Diamant-Berger en 1921: en France, on a des paysages qui sont ceux qui ont inspiré Dumas, sans doute y'en a-t-il moins en 2023 qu'un siècle plus tôt, mais le film bénéficie vraiment d'une volonté de montrer des scènes tournées sur des lieux emblématiques, magnifiques, tangibles. Les cascades sont authentiques, les scènes d'action ont requis une préparation physique, et ça se voit. C'est je pense le principal atout, d'ailleurs prolongé par le film de Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte, Le Comte de Monte-Cristo, sorti l'année suivante... Alexandre de la Patellière est d'ailleurs l'un des scénaristes de cette adaptation. Cela veut-il dire que nous en aurons d'autres, au vu du succès? Et pourquoi pas?

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Dumas
1 février 2025 6 01 /02 /février /2025 20:20

C'est sous la responsabilité de Charles Parrott, donc Charley Chase, que la série Our gang a vu le jour sous la forme de courts métrages de deux bobines, dans les studios d'Hal Roach. Le comédien n'a pas réalisé ce film, mais il en a supervisé la confection. Aux manettes, on trouve deux noms, celui de Fred Newmeyer, qui faisait partie de l'unité de Harold Lloyd d'une part, et Robert McGowan, qui allait devenir le principal réalisateur des courts métrages suivants. La présence de Newmeyer nous rappelle l'importance de Lloyd dans l'histoire du studio, et la filiation entrela série Our gang et les courts métrages du grand comédien: c'est suite à la présence cruciale d'Ernest Morrison dans ses films, que l'idée avait germé dans le studio de construire une série autour du garçonnet. Il est, dans ce premier film, le centre des débats, d'ailleurs, et aura toujours de l'importance dans la série...

Mais avouons-le, ce premier film part un peu dans tous les sens, en chassant plusieurs lièvres à la fois: les agissements du groupe des garçons, qui décident de rosser un nouveau venu, un bourgeois qu'ils jugent ridicule... Et qui va leur casser la figure à tous. La rivalité entre le nouveau garçon et un autre, pour conquérir le coeur d'une jeune fille fournit l'argument du deuxième aspect. Enfin, tout ce petit monde se mobilise pour venir en aide à la maman de la petite, dont le magasin a des difficultés, et qui est menacée d'expropriation. 

Le film est sympathique, mais la bande manque ncore un peu de substance... Ce court métrage de deux bobines a longtemps été perdu, réduit à des courts extraits qui avaient été exploités en 16 mm dans les circuits de cinéma pour les particuliers, les ancêtres du super 8, de la VHS et du DVD...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Hal Roach
1 février 2025 6 01 /02 /février /2025 20:17

Yosemite sam, pirate de son état, se lance à l'assaut d'un vaisseau, dont tous les marins et passagers s'enfuient... Tous sauf un: c'est un lapin. La lutte sera inégale...

Ce film de 1954 tire son titre de l'épopée de Raoul Walsh, parue quelques années plus tôt, Captain Horatio Hornblower... Mais c'est malgré tout à un autre film qu'il fait penser: un peu à la façon de Chuck Jones avec sa fameuse trilogie autour de la chasse au canard, Friz Freleng s'amuse avec des variations infimes sur le premier film, reprenant certains gags en les gérant différemment, et en les prolongeant de façon inédite... L'énergie spécifique à la rencontre entre Yosemite Sam et Bugs Bunny, de toute façon, fait naturellement le reste...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Friz Freleng Animation Looney Tunes Bugs Bunny
31 janvier 2025 5 31 /01 /janvier /2025 19:04

Ernest Morrison (Sunshine Sammy) était un tout jeune acteur Afro-Américain, qui a eu sa petite heure de gloire chez Hal Roach: d'abord en participant en 1920 à trois films de Harold Lloyd (Haunted Spooks, Get out and get under et Number, please?), pour lequel il était non pas un faire-valoir ethnique, mais bien un partenaire à part entière. Ce qui lui a valu d'être considéré pour une série de courts métrages qui auraient pu être tournés autour de sa personne... Ceci est le seul film qui a été tourné.

Le garçon est l'homme à tout faire de l'épicerie d'une petite localité rurale, et à ses heures perdues, il chasse et il pêche. Il vient en aide à un pêcheur du dimanche, avoir d'avoir les même soucis que lui quand deux ours, un vrai et un faux, se mêlent de la partie de chasse...

C'est assez plaisant, sans être pour autant révolutionnaire. On y confirme le statut particulier de "Sunshine Sammy", qui n'est jamais ridiculisé, dans ses films, mais mis en valeur pour son impayable charisme et son astuce un peu espiègle. Non que ces films ne soient pas basés sur des stéréotypes, ce serait trop demander, mais on y voit un personnage positif, respecté, et en aucun cas montré en position d'inférieur caractérisée.

Mais le film avait peut-être montré les limites de la formule en exploitant en deux bobines toutes les possibilités du personnage en solo... Ce qui a poussé Roach et son bras droit Charles Parrott (fitur Charley Chase) à construire une bande de gosses "urbains" autour de Morrison... Our gang.

Maintenant, le terme qui est utilisé pour désigner le gamin, assez clairement, n'est plus aujourd'hui utilisé, et il est tout sauf inoffensif, désignant à l'époque de l'esclavage les enfants noirs dans les plantations. 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet James Parrott Hal Roach
31 janvier 2025 5 31 /01 /janvier /2025 18:55

Nous faisons la connaissance d'Arthur (laurence Harvey), le narrateur, qui a une exploitation d'élevage de volailles, ultra-moderne en apparence, mais il nous explique aussi sans scrupule ni vergogne qu'il est un tueur...

Et il nous raconte également sa vie amoureuse: lorsque sa fiancée Helen (hazel Court) l'a laissé tomber, il a vraiment apprécié le changement. En revanche quand elle a changé d'avis, il ne l'a pas supportée longtemps...

La disparition de la jeune femme a mis la puce à l'oreille de son ami John (Patrick McNee), qui a alerté la police. Mais Arthur n'a eu aucun problème à se débarrasser du corps...

Un narrateur qui s'adresse directement à nous, de l'humour noir basé sur une intrigue meurtrière, un ton désespérément Britannique... Le film ressemble bien moins à l'oeuvre d'Hictchcock qu'à, disons, Kind hearts and coronets de Robert Hamer! On appréciera le changement, mais ce court film de la série Alfred Hitchcock presents, s'il permet de rappeler l'humour de l'auteur de The trouble with Harry, reste quand même un cas très isolé.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Alfred Hitchcock presents TV
27 janvier 2025 1 27 /01 /janvier /2025 22:28

Tourné à l'automne 1922 à Copenhague, ce film de Lau Lauritzen tranche de manière significative sur les autres aventures de "Doublepatte et Patachon", avec Carl Schenstrom et Harald Madsen: toutes les autres oeuvres antérieures ont en effet été tournées à l'été, dans des stations balnéaires, en profitant de la présence de cette troupe de jeunes femmes en maillot (qui étaient en contrat direct avec le metteur en scène, à la façon des Bathing beauties de Mack Sennett), et on y voyait toujours les deux héros en vagabonds ruraux, vivant d'expédients sur les routes et dans la campagne, confrontés en satellites à des intrigues mélodramatiques bourgeoises qui ne les concernaient que de loin... Cette fois, c'est en pleine ville que le film a été tourné, et le t change de manière importante.

Dans une petite pension de famille assez miteuse, vivent de nombreuses personnes, parmi elles, un costaud de foire, une prostituée, et beaucoup de vieilles dames... Ainsi que nos deux amis, qui fabriquent des jouets. Il ya aussi Lise (Helga Bassoe), une mère fraichement divorcée d'un tout jeune garçon, que les deux amis ont pris en amitié. Elle travaille à la chocolaterie locale, du directeur Helmer (Philip Bech)... Mais elle reçoit des visites de son ex-mari (Karl Jorgensen), bien qu'il lui soit interdit de l'importuner. C'est un voyou, et il s'obstine à vouloir prendre l'enfant pour le vendre à un bonhomme inquiétant, le "professeur" (William Bewer)... 

C'est une intrigue de mélo, plus dure et sombre que les habituelles caprices de jeunes bourgeoises écervelées qui ont fait la réputation de la série. Lauritzen se repose bien sûr sur des stéréotypes, et son film n'est pas (pas plus que d'habitude, en tout cas) exempt de préjugés, qui étaient légion dans le cinéma de l'époque: le "professeur", par exemple, présente la figure archétypale du gitan de pacotille, ou pire, du receleur à la Fagin, qui va recueillir un enfant pour probablement en faire un petit voyou. C'est sorti en droite ligne de Griffith ou Dickens! Et bien sûr le directeur de l'usine et sa famille très propre sur elle fourniront à la fin du film un toit et une belle fête de Noël aux trois géros défavorisés... Gorm schmidt, qui était toujours le jeune premier dans les films de l'équipe, y est ainsi présenté comme le fils du brave directeur.

Pourtant, cette intrusion de Doublepatte et Patachon en milieu urbain, quasi intégralement tournée en studio, est bien différente et même innovante. Il ya une certaine poésie dans l'entraide affichée par les habitants de cet immeuble miteux qu'un intertitre qualifie de "septième ciel"... Seuls les deux héros fournissent la comédie, le reste est, finalement, assez sérieux. Doublepatte et Patachon sont plus que jamais touchants, mais c'est le plus petit qui se distinguera le plus, en ayant droit à une séquence spéciale qui permet à Madsen de montrer l'étendue de son talent de danseur de charleston excentrique. Le jazz, inévitable atout urbain des capitales des années 20, fait d'ailleurs son irruption dans deux ou trois scènes... muettes, bien sûr.

La copie que j'ai visionnée est celle du DFI, et il y a fort à parier que c'est la seule trace actuellement disponible du film. Celui-ci n'a pas été  exploité dans les années 70 sous la forme d'un raccourci sonorisé pour la télévision, et c'est sans doute qu'on n'avait à l'époque accès à aucun élément. Mais cette version est très incomplète, et en attendant une hypothétique restauration, la continuité en a beaucoup souffert, sans parler de nombreuses traces de décomposition, qui rendent le visionnage hasardeux... Il faut parfois souffrir pour être un cinéphile.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Lau Lauritzen Schenström & Madsen 1922 Muet
27 janvier 2025 1 27 /01 /janvier /2025 16:23

Shakespeare, dans Hamlet (Acte II, sc. II)  nous gratifie d'une allusion à Hitchcock: Hamlet définit sa folie par la désorientation géographique, I am but mad north-northwest. Le barde avait nécessairement vu le film, ou alors cette introduction absurde n'est ici que pour souligner à quel point il est vain de vouloir à tout prix renvoyer à Shakespeare lorsqu'on a Hitchcock entre les mains. Et si effectivement le titre etait une allusion consciente à Hamlet, quelle importance, réellement? North by northwest est sans doute, pour reprendre la formule chère à Hitchcock, d'abord et avant tout une "tranche de gateau", un film, à consommer avec plaisir. Et peut-être un peu plus, aussi.... Un opéra de celluloid dans sa forme la plus parfaite, la plus classique.

The 39 steps (1935), bilan de la période Anglaise, se présentait comme un fascinant catalogue de tout ce qu'Hitchcock savait faire et souhaitait faire, un film en liberté totale dans lequel on avait le sentiment d'un accomplissment parfait: rien, absolument rien ne manquait, tout était en place, et l'excitation de voir le film est encore palpable aujourd'hui. C'est à peu près à ce type de sentiment que renvoie cette oeuvre de 1959, sorte de bilan de la période Américaine, mené tambour battant, et dont on se dit après tout qu'il ne peut rien y manquer, aucune scène coupée n'attend d'être redécouverte, bref, il est tel qu'il doit être, sorte de mètre-étalon par lequel repenser toute la gamme des films d'espionnage et d'aventures... et à la base de ce film parfaitement Hitchcockien à 100 %, il y a... le scénariste Ernest Lehmann. Celui-ci a de son propre aveu livré clés en mains à Hitch un film parfaitement Hitchcockien, dans lequel il a su insuffler le souffle nécessaire, un personnage à la Cary Grant, des allusions humoristiques à la mère abusive, des lieux emblématiques, une blonde fatale, une histoire d'amour qui se met à prendre le pas sur l'aventure, un faux coupable, une solide dose d 'absurdité, un méchant suave, façon James Mason, et des enchainements anthologiques d'évènements qui ne perdent jamais le spectateur en route, tout en rendant la navigation aussi fluide que possible... On le voit venir, ce brave Lehmann; de là à s'attribuer tout le mérite, il n'y a qu'un pas que peu de scénaristes hésitent à franchir, enflammés par le regard trop partial de la critique à l'égard du réalisateur, sorte de symbole de la politique des auteurs (Voir à ce sujet les remarques hallucinantes d'un Nunnally Johnson s'atribuant tous les mérites de quelques films de John Ford, et considérant l'apport de Ford lui-même comme nul: il n'avait, après tout, que choisi et dirigé les acteurs, défini et orchestré le cadre, imposé le rythme, supervisé le montage et d'autres babioles)... Avec Hitchcock, quand bien même ce brave Ernest aurait effectivement été l'auteur des péripéties dans leur intégralité, on aurait quand même une leçon de mise en scène dans chaque plan, d'une part; et d'autre part, le grand Hitch était célèbre pour sa propension à s'accaparer le matériel, et l'infléchir dans la seule direction possible, celle dictée par la mise en scène. Inutile d'attribuer à quelqu'un d'autre la présence dans ce film d'une hallucinante scène de suspense en plein jour dans un champ, à la fois contrepied du cliché du film noir et mise en abyme exceptionnelle d'une matérialisation du vide, ou d'une allusion salace en bouquet final, ou de scènes de cinéma muet visant à nous montrer en silence, paradoxalement, des personnages qui téléphonent. C'est du Hitchock pur...

Hitchockienne également, cette notion de parcours qui est imposée au personnage principal, de New York, et le Plaza Hotel, à Rapid City, à coté du Mont Rushmore, en passant par Glen Cove, Long Island ou les Nations Unies, voire Grand central Station à New York, Chicago, sans oublier le train Twentieth Century Limited, cher à Hawks, ou une portion importante du film se déroule, devenant ainsi un lieu, plus qu'un moyen de locomotion. Cette géographie s'accompagne bien sur d'une grande lisibilité, chaque lieu faisant l'objet d'une exposition et d'une mention explicite dans les dialogues... Impossible de se perdre en apparence dans ce film dont la perfection narrative est légendaire. Cette perfection est pourtant batie, a priori, sur du vide... en effet, comme il se définit lui-même, le héros Roger Thornhill n'est 'rien': lorsqu'il offre du feu à Eva Marie Saint, cary grant lui explique que le O de son nom, dont les initiales (R. O. T.) figurent sur l'étui d'allumettes qu'il lui a tendu, renvoie à rien, O is for nothing. Ce n'est pourtant pas tout à fait rien puisque la vision de cet acronyme incongru renvoie lors de la fin du film à un signe, la jeune femme découvrant ce même symbole comme une preuve, en plein danger, que Roger est présent, prèt à la sauver du destin qui la menace. Néanmoins le début du film, avec ce Roger Thornhill, publicitaire, est un menteur professionnel, quelqu'un qui a bati son aisance financière sur du vide. Et bien sûr, quand on le prend pour un agent secret (Ce qui est très clair et très Hitchcockein dans le film, grâce encore une fois à la lisibilité et aux enchainements des évènements), Thornhill ne sait pas que cet agent secret est encore plus vide que lui, puisqu'il n'existe pas... Donc, du vide, partout, y compris dans les convictions des méchants, dont l'appat du gain reste la principale motivation pour trahir. Mais de toutes façons, dans ce film, tout le monde ment, personne ne semble croire en rien; comme lorsque quelqu'un dit la vérité, il est ausstôt pris pour un menteur: Martin Landau, en suave secrétaire, dit à Thornhill qu'il est inutile de tenter de prouver son indentité, les papiers ne pouvant qu'être faux, ou encore Van Damm, joué par James Mason, parle des dénégations de Thornhill comme d'une performance... ce thème du jeu, de la mise en scène, est aussi cher à Hitchock. On le retrouve tout au long du film, avec ses manipulateurs, ses objets en trompe-l'oeil, et ses péripéties: le personnage de Kaplan est peut-être inventé, mais cela ne l'empêche pas d'avoir une existence suffisamment tangible, grâce à quelques trucs de mise en scène de la part de la CIA. la fausse mort de Thornhill est dûment mise en scène elle aussi lorsque c'est nécessaire, et Thornhill joue l'imbécile  afin de se tirer d'une situation embarrassante. 

Et puis, il y a Eve. C'est bien sûr son vrai nom, et derrière ce prénom symbolique se cache d'une certaine manière LA femme. Mais bien sur, l'alliage entre Eva Marie-Saint et Cary Grant nous vaut un feu d'artifice, Hitchcock ayant particulièrement apprécié de pouvoir se lancer dans ce qui est apparemment une digression une fois son personnage dans le train, mais qui est beaucoup plus une affirmation de son intérêt pour la rencontre érotique entre un homme et une femme; "Boy meets girl", donc, comme par inadvertance dans un premier temps lorsqu'ils se croisent dans un couloir du train. Puis elle l'invite à sa table, et lui fait du rentre-dedans d'une façon très directe, avant de l'inviter sans aucun scrupule dans son compartiment, où la conversation prend dans la mesure du possible (la censure de 1959 étant quand même un brin tatillonne) un tournant apparemment plus intime. Eva Marie-Saint n'est pas aussi célébrée que peuvent l'être Ingrid Bergman et Grace Kelly, mais elle est fantastique.

Il est intéressant de constater que ce film qui professe donc le trou noir politique (Van Damm, de son coté, ne trahit l'Ouest que par appat du gain, et lorsqu'on lui demande ce que fait son ennemi, l'énigmatique "professeur" de la CIA joué par Leo G. Carroll suppose qu'il "vend des secrets gouvernementaux, peut-être") et l'absence d'engagement (Thornhill, exaspéré d'être pris pour un agent secret, propose à la CIA d'apprendre à "perdre quelques guerres froides"...) a débouché dans le cinéma d'aventures sur un héritage fortement paradoxal, puisque il ne faut pas chercher très loin la filiation entre ce film et la série des James Bond, dont le héros s'efforcera toujours d'être du bon coté, même s'il est évident que la encore les véritables motivations des protagonistes pèsent bien peu face au plaisir du spectateur, qui lui n'a pas besoin d'une cohérence politique. Mais aucun film de ce genre n'est jamais parvenu à la cheville de ce North by northwest dont la gestion miraculeuse du suspense, l'humour parfaitement dosé, et la thématique Hitchcockienne habituelle (fausse culpabilité en tête) se conjuguent avec le plaisir d'une interprétation absolument parfaite. A voir, revoir et voir encore.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Cary Grant
27 janvier 2025 1 27 /01 /janvier /2025 15:55

Depuis l'affaire des Wrong trousers, le diabolique Feathers McGraw est sous les verrous, la police a mis en sécurité le diamant qu'il convoitait, et Wallace et Gromit peuvent aquer à leurs occupations: pour l'humain, inventer des machines toutes plus délirantes les unes que les autres, et pour Gromit, son propriétaire, rétablir un semblant de normalité. C'est que Wallace s'est mis en tête de participer à la course à l'intelligence artificielle, et a créé Norbot, un robot efficace pour effectuer toutes les menues tâches... Mais Feathers McGraw, depuis sa cellule au zoo, a réussi à hacker le robot et en change le fonctionnement. Il semble tout faire pour réussir à prendre le contrôle de la maison de West Wallaby Street. Mais pourquoi?

Loufoquerie militante, un ton absurde qui joue beaucoup des accents, une équipe de police particulièrement ineffocace, un méchant légendaire (et un regard vide qui fait froid dans le dos), plus les inventions de Wallace... On peut dire qu'on est en terrain connu, avec cette fois-ci, pour la deuxième fois seulement, un long métrage, après The curse of the wererabbit... L'idée de revenir en arrière et de baser cette nouvelle intrigue sur la situation d'un court métrage mythique est évidemment excellente, et l'idée d'inclure la frustration de Gromit, qui se sent particulièrement délaissé, est de fort bon aloi. 

Il y a peu de chances de se tromper, avec Wallace et Gromit, et le film fonctionne parfaitement, la dynamique repose sur du solide, et l'animation des studios Aardman est complètement à l'épreuve des balles. Cela étant dit, toutes proportions gardées, si on attend de tout nouveau film d'une franchise qu'il aille plus loin, on sera déçu. Je pense qu'il est difficile de faire mieux que le long métrage précédent, un sommet de rythme, d'invention et de scènes toutes plus folles les unes que les autres. Ici, on revient plus au train-train (admirable et roboratif, certes) des courts métrages... Pour parler en professeur, en terme de notes on ne dépasserait pas le 18 sur 20. On peut aussi s'en contenter, non?

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Aardman Nick Park Animation Wensleydale