Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
3 juin 2021 4 03 /06 /juin /2021 12:45

Années 60, chez les Joubert, on se refile manifestement le petit personnel de mère en fils ou de père en fille, et donc "Germaine", la bonne bonne Bretonne, est restée en fonction jusqu'à la mort de madame, c'et à dire la mère de Jean-Louis Joubert, actuel maître des lieux (Fabrice Luchini). Quand elle part, pour cause d'incompatibilité d'humeur avec madame Joubert, l'épouse de Jean-Louis (Sandrine Kiberlain), on conseille à cette dernière d'embaucher une Espagnole... Celle qui sera l'heureuse élue habite justement au sixième étage de la résidence, avec d'autres bonnes espagnoles. Maria (Natalia Verbeke) est fraîchement arrivée; elle va rapidement convenir parfaitement à Madame, mais encore plus à Monsieur...

C'est une comédie qui fonctionne sur trois tableaux: les deux premiers sont intimement liés... D'une part, c'est un portrait de l'intérieur de la France Gaulliste, des bonnes gens et de leurs préjugés atroces, de leur suffisance morale, et de leur incapacité à changer... Mais avec tout ça, les bonnes Espagnoles réunies en clan vont agir comme un révélateur de la xénophobie ambiante, déjà carabinée dans les années 60, mais chacun sait que ça ne s'est pas arrangée dans le doux pays de Robert Ménard et Eric Zemmour.... La charge est pourtant douce et délicate, Le Guay n'est pas Albert Dupontel!

Sinon, un troisième plan est assez réussi, c'est le portrait d'une évidence amoureuse, le lien affectif unissant Jean-Louis Joubert l'agent de change Gaulliste et Maria la petite paysanne Espagnole étant particulièrement visible dès le début. C'est là aussi traité par la comédie, avec subtilité, et tant pis si ç débouche sur un bonheur qui n'échappe pas à la mièvrerie, c'est décidément un joli film... L'interprétation (Luchini, Kiberlain, Verbeke, Carmen Maura et même Lola Duenas en un rôle caricatural mais réjouissant de Communiste militante espagnole) est excellente.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie
2 juin 2021 3 02 /06 /juin /2021 09:30

Deux faits aussi navrants l'un que l'autre, et sans aucun rapport l'un avec l'autre, vont se télescoper: Suze Trappet (Virginie Efira), coiffeuse, apprend d'un médecin bredouillant que les cosmétiques utilisés dans son métier lui ont refilé une maladie mortelle, et incurable. Effondrée, elle prend une décision: avant de mourir, elle va retrouver la trace de l'enfant qu'elle a eu 28 ans auparavant, et qu'elle a sous la pression de ses parents abandonné pour adoption; de son côté, Jean-Baptiste Cuchas (Albert Dupontel), informaticien surdoué à la sociabilité plus que perfectible, apprend qu'il va devoir laisser la place à des petits jeunes, à la demande de ses supérieurs...

Ce qui va les rapprocher, c'est que Cuchas travaille dans l'administration sociale, et quand il tente de se suicider, son bureau est juste à côté du cubiculum où Suze tente d'obtenir d'un fonctionnaire morne et mécanique une aide pour retrouver son enfant: quand il se rate, Cuchas tire avec une grosse carabine, par erreur, sur l'infortuné gratte-papier. Pour les deux losers, c'est le début d'une cavale: Suze demande à Jean-Baptiste d'utiliser sa science de l'informatique afin de retrouver son fils perdu, et Jean-Baptiste attend de Suze qu'elle témoigne du fait que son geste était bien une tentative de suicide, et non une chaotique forme de protestation terroriste et meurtrière... Ils seront aidés dans leur périple par deux autres perdants, le Docteur Lint (Jacky Berroyer), obstétricien atteint d'Alzheimer, et Serge Blin (Nicolas Marié), un ingénieur EDF qui a perdu la vue...

Dédié à Terry Jones: le grand universitaire Gallois, écrivain, cinéaste, comédien, auteur dramatique, spécialiste reconnu de Chaucer, et membre à vie (et à mort) des Monty Python, est décédé au début de la triste année 2020, et Dupontel qui a souvent travaillé avec lui (c'était lui qui jouait Dieu dans Le créateur) lui rend ainsi hommage... Pourtant c'est à l'univers d'un autre Terry, tout aussi Monty mais beaucoup moins Gallois, que le film fait penser. D'ailleurs Gilliam est lui aussi un mentor de Dupontel, auquel il a fait l'amitié d'accepter de participer avant ce film à Enfermés dehors, et 9 mois ferme. Ici, il participe, en quelque sorte, de deux façons: d'une part il joue un petit rôle, propice à déclencher l'hilarité, je vous laisse découvrir par vous même; et d'autre part son univers de cinéaste a servi de matrice à ce septième long métrage de Dupontel, et par au moins trois détails. Enfin, "détails", c'est un mot un peu vague: d'abord, il y a ici un acteur qui joue un rôle, celui d'un certain M. Tuttle, ce n'est sans aucun doute pas un hasard, quand on sait que Tuttle est l'un des personnages-clés de Brazil. Ensuite, Dupontel utilise le décor, lors de la scène du suicide chaotique, pour citer l'ambiance de Brazil, justement: les tuyaux en plastique à poubelle qui pendouillent du plafond, les fils électriques en grappe, tout renvoie à la fameuse scène de l'appartement envahi par les matières fécales dans le film de science-fiction de Gilliam. Enfin, le propos des deux films est étrangement similaire, avec dans les deux la fuite en avant de deux personnes, un fonctionnaire associable et gauche, et une jusqu'au-boutiste condamnée à plus ou moins brève échéance. Et les deux films sont d'imposantes radiographies d'un monde en déliquescence...

Ce qui ne veut pas dire, d'une part, qu'Adieu les cons soit un plagiat, absolument pas, et on en est très loin. On est plus devant un hommage structurel, à la façon dont les frères Coen, par exemple, revisitent les genres en se servant de films comme modèles dont ils vont refaçonner les contours: The big sleep, d'Howard Hawks, pour The big Lebowski, ou encore Sullivan's travels de Preston Sturges pour O Brother where art thou?... Et d'autre part, ce n'est pas parce que le film de Dupontel se veut une charge d'un monde en pleine détresse émotionnelle, que l'on n'y rigole pas, au contraire... Les gags pleuvent, et c'est du grand luxe: bien sûr, il y a des répliques superbes, cette obsession du cinéphile français qui n'a pas toujours compris que le film c'est aussi de l'image (Dupontel: "Comment il va, M. Dupuis?"; Efira: "Moyen"; Dupontel: "Moyen mort, ou moyen vivant?"); évidement, le film repose aussi sur le concours d'une troupe d'acteurs qui reviennent de film en film avec le metteur en scène: Marié, déjà cité, Michel Vuillermoz formidable en psychologue du ministère de l'intérieur, et Philippe Uchan qui interprète le supérieur de Cuchas, il s'appelle Kurtzman (et ça aussi c'est une piste), et il est incapable de prononcer "Cuchas"; le médecin au début n'est autre que Bouli Lanners, et il est royal... Normal: il est belge! Non, le plus beau, c'est l'abondance d'humour physique, donc visuel, et l'énergie formidable qui se dégage du film, monté sans un poil de graisse. De plus, les deux acteurs principaux, qui doivent constamment évoluer du tragique vers le comique, dans un seul souffle, sont superbes, et j'applaudis enfin Virginie Efira qui cette fois m'a plus que convaincu.

Je parlais du rythme soutenu... C'est pourtant une fable, comme Brazil, et des plus cruelles; le portrait du monde dans lequel nous vivons, et où l'ironie du sort a fait qu'au moment de sortir, le film a du se prendre une pandémie internationale dans les dents, est sans équivoque: on vit mal, le nez dans des portables (pour ceux qui en ont, car il y en a), on ne sait plus communiquer, la preuve les noms sont d'une grande difficulté à retenir; on remplace le vieux qui a fait ses preuves (Jean-Baptiste ou les quartiers d'île-de-France) par du jeune clinquant et du style moderne; les administrations sans aucun lien apparent avec la réalité, les policiers, les DRH: tout le monde fonctionne au protocole, et pour se faire aider, on n'a plus que deux ressources: le système D, et... les faire-valoir à la fois minables et sublimes: le Dr Jacques Lint ("Jacques... c'est moi?") à la fois reflet d'une époque nostalgique et symbole de l'oubli par sa maladie, et bien sûr l'archiviste aveugle, source inépuisable de gags potaches, interprété par Nicolas Marié: il n'empêche, cet handicapé un peu dragueur, un peu veule, va se conduire en héros... et se cogner dans à peu près tout et tout le monde, aussi, car on est dans une comédie.

Oui, mais une comédie noire, qui touche juste, qui a un message tout simple: et si on levait la tête et qu'on s'aimait. Ca ne va pas loin? Parce que "traverse la route, tu vas en trouver du boulot", ou "suicidez-vous", "il y a ceux qui ne sont rien", ou "la république, c'est moi", ça va loin peut-être? Non, c'est bien une comédie, mais elle vise juste et à la fin, 

Non, voyez-le, c'est une merveille.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Albert Dupontel Comédie Terry Gilliam Virginie Efira
1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 18:24

Le plus ancien des films parlants encore existants de Michael Curtiz est aussi son premier gros succès à la Warner, et sa première expérience en couleurs... C'est aussi un de ces musicals de la première heure, alors qu'entendre la voix synchronisée d'un acteur était encore relativement nouveau...

Une troupe de music-hall parcourt les Etats-Unis: parmi eux, Al Fuller (Al Jolson), la vedette de la troupe, amoureux de la fille du patron (Lois Moran) mais qui a accepté de mettre ses sentiments en veilleuse parce qu'elle est amoureuse de son meilleur copain (Lowell Sherman)... Mais le destin rôde et va semer la zizanie, allant jusqu'à laisser Al se faire injustement accuser d'une tentative de meurtre...

Al Jolson: c'est le premier écueil du film; il est, pour qui ne l'aime pas, difficilement supportable quand il chante. Maintenant, c'est un bien meilleur acteur que chanteur, et le film bénéficie d'une mise en scène rythmée... c'est un très bon point, tant les films qui vont vite sont rares en 1930, mais Curtiz a très vite maîtrisé les techniques du parlant, au point d'adopter avec son film un montage qui est très proche du muet...

Curtiz et le musical, y compris à la Warner (le futur studio de Footlight Parade!), c'est toujours l'impression d'un rendez-vous manqué, comme si le metteur en scène, avide de réalisme avant tout s'interdisait de tricher. Les numéros musicaux, chantés et dansés, sont donc ici représentés en temps réel, sur scène, sans ce décalage créatif qui fera le génie de Busby Berkeley... Mais pour une certaine portion, ceux de ce film vont bénéficier de 15 minutes (tout compris) de Technicolor, et c'est au moins ça de pris... Donc ce film qui aurait pu n'être que vaguement accessoire, finit de toute façon par être un document sur un monde que Curtiz connaissait bien, celui de la scène et des saltimbanques... Avec quelques chansons insupportables et des tonnes de "blackface" dedans.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Musical Technicolor
1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 18:16

Dans un troupeau de skinheads Australiens vivant en liberté dans la pampa de Melbourne, tous très occupés à haïr et se battre avec des immigrés Vietnamiens, l'arrivée d'une fille à problèmes (Jacqueline McKenzie) va semer le trouble: d'abord en devenant la petite amie du mâle dominant du troupeau, Hando (Russell Crowe) ensuite en commençant à émettre des doutes sur le comportement de ces petits animaux nuisibles et sans fourrure...

Bon, c'est un cas d'école: un film d'exploitation déguisé en document sociologique, sans aucun doute... Certes, le groupe d'acteurs a fait un boulot non négligeable pour essayer de camper l'impressionnante bêtise haineuse de ces machins vaguement humains, mais le réalisateur fait tout pour nous plonger jusqu'à l'écoeurement au fin fond de la jungle de leur vie quotidienne: achat d'armes pour nostalgiques du nazisme, cours de salut nazi, concours de celui qui aura le plus beau rictus en prononçant des insultes racistes, et on va jusqu'à des scènes de sexe des plus graphiques, et bien sûr des bagarres filmées comme des vraies... Mais aucun recul, et surtout aucune échappatoire: on croit, un moment, que les Vietnamiens vont être des personnages à part entière, mais non: ils sont juste des prétextes... Bref, c'est raté, semble-t-il.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Documentaires animaliers
31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 18:28

C'est un film en Kodachrome, et non en Technicolor. La nuance est importante, car le Technicolor de 1926, qui se raffinait d'année en année, restait un procédé de couleurs directes plus pratiques, mais moins fidèle que les autres technologies, dont le Pixma, et bien sûr Kodak... Le court métrage, basé sur une chorégraphie de Martha Graham, a été sans doute dirigé pour sa partie technique par le jeune Rouben Mamoulian, qui aura l'honneur en 1936 de mettre en scène le premier long métrage d'une nouvelle ère du Technicolor, Becky Sharp: tout se tient.

Quant au film lui-même, un court de sept minutes, il est une assez anecdotique chorégraphie orientalisante dont les couleurs restent le principal atout...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Rouben Mamoulian Muet Technicolor
31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 15:21

1885: Brant Royle (Gary Cooper), le fils d'un ancien propriétaire d'une ville de Géorgie, revient au pays pour y relancer le business de sa famille. Mais au pays, tout est tombé dans les mains d'un seul homme, le Major Singleton (Donald Crisp), producteur de tabac, qui fait du cigare, du cigare et encore du cigare. Pour lui faire concurrence, Brant va développer de son côté la production de cigarettes... Son but n'est pas que de restaurer la fortune familiale, ni de manger toute crue la concurrence, non: il souhaite essentiellement séduire la fille de Singleton, Margaret (Patricia Neal) en parlant son langage de conquête...

C'est mitigé: bien sûr, ce film qui ressemble à une production super-Warner (Curtiz, avec Lauren Bacall, Patricia Neal et Jack Carson, avec Gary Cooper en cerise sur le havane) est un film de prestige qui mêle intelligemment, et avec le style flamboyant et impeccable qui caractérise les films de Curtiz, le western et le film noir, tout en louchant du côté du sulfureux film The fountainhead, avec déjà Cooper et Neal, qui adaptait Ayn Rand sous la direction experte de King Vidor, l'année précédente...

Mais voilà: c'est bien le problème, justement. Comme avec Passage to Marseille qui reprenait un peu trop les affaires là où Casablanca s'était interrompu, le film ressemble à une arrière-pensée un peu tardive, une resucée si je puis me permettre... Alors ce drame de l'ambition, rangé sous une rigoureuse structure de tragédie, est parfois un peu trop mécanique, et on peine à aimer les personnages, si ce n'est l'admirable Sonia (Lauren Bacall) en prostituée / petite amie de Gary Cooper, qui doit supporter la fascination de son amant pour une autre... 

Mais les films avec Patricia Neal ont malgré tout un atout: Patricia Neal. En garce vénéneuse avec accent du sud, elle est grandiose...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Western Noir Michael Curtiz Gary Cooper
31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 15:07

Une famille modèle du Sud de la Californie: Nic (Annette Bening) est obstétricienne et Jules (Julianne Moore) est à l'origine une ménagère (comme on dit) qui décide de profiter du fait que leurs deux enfants sont maintenant grands, pour se lancer dans une entreprise de paysagiste... Leurs deux enfants, justement, Joni (Mia Wasikowska) et Laser (Josh Hutcherson) ont décidé de trouver leur père biologique, car c'est le même donneur qui a été choisi pour permettre aux deux femmes d'accoucher, chacune, d'un enfant. Elles vont donc entrer en contact avec Paul (Mark Ruffalo), une décision qui va entraîner un bouleversement du foyer...

C'est un film d'après: car en Californie, le temps des révolutions de la planète LGBTQ appartient quand même un peu au passé; concernée au premier chef, Lisa Cholodenko a donc résolument refusé de réaliser un film militant, et c'est ce qui fait le prix de cette grinçante comédie... La splendide collection d'acteurs compose donc un portrait saisissant par son réalisme, sa tendresse, son refus de tout prosélytisme et surtout un humour communicatif (et triste): les deux femmes qui ont probablement en leur temps participé à une petite révolution, sont elles aussi, désormais, en crise, et la décision de leurs enfants va provoquer plus de mal que de bien...

Tout est en petites touches, en notations banales et toujours bien vues, en choses de la vie quotidienne, sans jamais le moindre misérabilisme, sans gentils et sans méchants: tout ici est dans les choix de vie, les conceptions qui se révèlent, des années après, aux antipodes, les agacements accumulés, les impulsions sauvages (ah, la scène de fesse grandiose avec Julianne Moore et Mark Ruffalo!!)... Comme Olive Kitteridge, la jolie mini-série de Cholodenko réalisée quatre ans plus tard, ces gentilles mais impitoyables scènes de la vie quotidienne sont désarmantes...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Lisa Cholodenko Comédie
30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 12:16

Ali (Matthias Schoenaerts), un jeune Belge sans abri, se rend à Antibes avec son fils Sam, pour vivre chez sa soeur Anna (Corinne Masiero). Il devient agent de sécurité et un soir, rencontre une jeune femme, Stéphanie (Marion Cotillard). quelques jours plus tard, celle-ci a un grave accident; elle travaille dans un marineland, où elle fait partie de l'équipe qui présente les orques au public; un des animaux provoque la destruction du stand où elle se trouve, elle perd ses jambes...

Elle retrouve Ali, qui va prendre en charge son "retour", avec délicatesse et fermeté. Mais le rapport entre eux se passera mal, le jeune homme ayant de grandes difficultés à gérer ses sentiments, que ce soit avec Stéphanie ou avec Sam, son fils...

C'est la clé du film: parce qu'il se cogne en permanence à la vie (il est prompt à la bagarre, et il effectue parfois des combats pour un peu d'argent) qu'Ali fuit tout ce qui ressemble à un engagement affectif. Le film, qui est linéaire, nous présente son parcours, comme un jeu de saute-mouton dans lequel il fuit à chaque fois que l'affectif entre en compte... Que ce soit avec sa soeur (leurs retrouvailles sont, disons, froides), avec Stéphanie, ou avec Sam qui apprend à se tenir à l'écart de son père, avec la tête un peu trop chaude.

Et il y a, dans ce monde de débrouille qui nous est montré, des crises qui sont autant de révélations: quand le travail de sécurité d'Ali débouche sur le licenciement de sa soeur, il prend la fuite plutôt que d'assumer la honte.

Marion Cotillard, qui est exceptionnelle ici, doit faire face à une lourde tâche: nous faire croire qu'elle a perdu ses jambes. Son parcours va être impressionnant, entre la déprime absolue, le retour à la vie grâce à Ali, puis le retour aux sensations (une scène à la plage d'un incroyable pudeur), la tendresse de son ami, puis amant, va déboucher sur une renaissance. Mais lequel des deux va le plus apporter à l'autre?

C'est parfois dur, souvent d'un réalisme et d'un naturalisme brutal, mais quelle générosité dans ce film!

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Jacques Audiard
30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 12:05

1980: deux New-Yorkais et leur fille de quatre ans s'installent dans le nord de l'état de New York, car le mari vient d'être nommé à un poste de professeur à l'université de Saginaw. Tout ne va sans doute pas très bien entre eux, Catherine (Amanda Seyfried) v devoir quitter son travail de restauratrice d'art, et elle va vite se rendre compte que George (James Norton) lui cache des choses, lui en a toujours caché, et... ce n'est pas près de s'arrêter.

Incidemment, la maison est hantée...

C'est sans doute le cinéma d'aujourd'hui: on y mélange tout, et même trop. Il fut un temps (en 1980, par exemple, puisque le film nous y invite) où on se serait contenté d'un bon vieux film de maison hantée, dans lequel les notations marginales sur le couple, la religion, le conservatisme des campagnes, la brutalité conjugale et tout et tout auraient éventuellement été présents, en filigrane. Non, le cinéma d'aujourd'hui doit impérativement reposer sur les constructions alambiquées des sérieux où un arc narratif ne suffira jamais, et.. trop c'est trop. On apprécie au moins que le film se tienne souvent à l'écart de la surenchère de scènes à faire peur et ménage sensiblement ses effets. Mais à force de faire passer son surnaturel derrière tout le reste, il prend le risque de ne plus rien raconter du tout...

Restent des prestations sans faute: Norton et surtout Seyfried, mais aussi le toujours impeccable F. Murray Abraham.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Boo!!
30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 11:32

Les Souvenirs d'enfance de marcel Pagnol sont totalement à part dans son oeuvre, et sont non seulement un succès significatif d'édition sans précédent, ils sont passés totalement dans l'inconscient collectif. Il est souvent mentionné à quel point l'auteur de ces Souvenirs a su transcrire en mots et rendre visuelle la mémoire de son enfance, ou du moins de ce qu'il en retenait... Yves robert de son côté, a toujours voulu être celui qui les adapterait, au point de maintenir des années durant une correspondance acharnée avec la famille Pagnol! Et quand on voit les deux films, on comprend pourquoi: il s'est totalement approprié ces souvenirs, au point d'en faire, probablement, une réflexion personnelle et tendre sur l'enfance et le bonheur: oui, mais vus par... Yves Robert.

Deux films certes, mais un projet: les deux oeuvres ont d'ailleurs fait l'objet d'un tournage, et sont sorties à quelques jours de distance... On peut, je pense, voir le premier seul, mais pas le deuxième: Le Château de ma mère est totalement fondé sur la familiarité avec La Gloire de mon père... Je pense qu'il ne tiendrait pas debout sans visionner la première partie

Le premier film raconte donc le rapport très particulier de Marcel à ses parents, un père idolâtré et une mère couvée de toute l'inquiétude d'un enfant de 9 ans qui a conscience de sa fragilité. Le petit frère (Paul) et la petite soeur (d'ailleurs c'est son identité, sur presque toute la durée elle n'est que "la petite soeur") sont accessoires, l'intérêt ici étant le rapport du garçon à ses parents et celui du conteur à son auditoire. C'est la base d'un choix: Jean-Pierre Darras prête sa voix au Marcel devenu adulte; une démarche humble d'Yves Robert, généralement satisfaisante, parfois frustrante, quand le commentaire devient redondant ou précède l'image: on est devant un film sacré nom! Mais Yves Robert a livré une adaptation visuellement constamment soignée et enchanteresse: je suis surpris de voir à quel point j'ai eu l'impression d'avoir déjà vu les films. Ce n'était pourtant pas le cas, mais c'est exactement comme ça que je voyais les livres à leur lecture... Avec évidement une préférence pour le premier, tant le deuxième s'embourbe un peu dans cette histoire de passage en douce le long d'un canal...

Les choix d'adaptateur de Robert ont été essentiellement d'aller vers l'épure et la narration fluide, et il a choisi évidemment des acteurs qui se sont totalement soumis au projet. Il n'y a aucune erreur de casting ici, et même les enfants réussissent à obtenir ce que tant d'acteurs chevronnés (j'ai des noms) dans ce pays n'ont jamais été foutus d'atteindre: le naturel, l'évidence... C'est que les paysages à tomber par terre des hauteurs du pays Marseillais, l'impressionnant Garlaban des livres, où ont été tournés ces deux films, les cigales du mois d'aout, les collines et leur soleil insolent, ont fait leur effet magique: c'est très communicatif et c'est du pur plaisir. Des bruits, des sensations et des odeurs qui font furieusement référence aux vacances d'avant... Un souvenir enfantin? Non, pourtant...

Les deux livres sont vraiment l'oeuvre d'un adulte, et on a beau penser qu'il s'agit ici d'attraper et de représenter le bonheur, ce qui ressortira de ces trois heures et quelques de cinéma, c'est à quel point le bonheur est fugace, et laisse autant de souvenirs magnifiques que de regrets. Pagnol, qui n'envisageait sans doute pas d'apposer des suites à ces deux livres, a fait de ces deux récits des évocations de ce qui passe et s'en va, de ceux qu'on a aimés le temps qu'ils soient là, et qui sont partis. Deux expériences qui tranchent sur la superficialité embarrassée de toute son oeuvre (et qu'on ne me parle surtout pas du "cinéaste" Pagnol) par la richesse de cette évocation des petits riens de l'enfance, et bien sûr de l'absence qui se devine en creux, de par l'imposante présence dans ces souvenirs de la frêle Augustine et du magnifique Lili, l'ami et mentor des collines. La leçon est cruelle: devenir adulte, c'est se rendre compte que tout ce qu'on a aimé est arrivé à la fin. Et les films, sous couvert de nous faire plaisir, nous le démontrent fort joliment.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Yves Robert