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22 juillet 2021 4 22 /07 /juillet /2021 07:40

Un jeune homme sur la route, Jonas (Robert Walker) est recueilli par une femme, Mara (Rita Hayworth) qui le prend pour son fils Rocky disparu depuis quatre ans. Un peu embarrassé, il se laisse faire, et constate très vite que personne ne conteste la méprise, dans l'entourage de la dame, qui vit un peu à l'écart, en gérant une station service où il n'y a pas grand monde pour s'arrêter. L'affaire s'embrouille lorsqu'apparaît la fille de Mara, Billie (Mimsy Farmer), qui non seulement admet que Jonas est en fait son frère, mais en prime ne tarde pas à devenir de plus en plus intime avec lui... Jonas, qui se pense obligé de jouer le jeu, multiplie es questions: où est Rocky, que lui est-il arrivé, et quelle part ont joué dans sa disparition les deux femmes et leur entourage fantomatique? Et pourquoi s'obstine-t-on à le reconnaître comme étant Rocky alors qu'il ne lui ressemble pas du tout?

Certaines de ces questions n'auront pas vraiment de réponse, enfonçant le film dans une espèce d'ambiance entre-deux: entre un conte halluciné (ce serait l'époque, non?) et une évocation mythique, mi-raison, d'un homme perdu et revenu malgré lui d'entre les morts... Pour couronner le tout, Lautner ajoute deux touches qui au lieu de simplifier, compliquent la tâche du spectateur: une voix off du personnage principal, qui a conscience d'être dans un film noir, un vrai, peu importe qu'il soit solaire... Et un flash-back avec un personnage secondaire, un policier d'ailleurs assez peu utilisé dans le film...

C'est tout un genre qui défile sous nos yeux, un genre dont More et Zabriskie Point participent eux aussi, fait d'une narration décousue, de mystères accumulés, d'un soupçon de liberté aussi bien morale que narrative (donc de grosses louchées de nudités psychédéliques, s'entend, c'est une co-production franco-italienne, et Lautner, pas plus que Walker et Farmer, n'est avare sur ce point) et d'une solide rasade de clichés cinématographiques de l'époque: la bande originale, sous forte influences (on y "cite" pêle-mêle Morricone et Abbey Road) est à ce titre devenue une légende à elle seule... 

Le film est malgré tout une expérience unique chez Lautner, un film à part. Tourné en Anglais (Lautner disait à qui voulait l'entendre qu'il fallait le voir en français. Il avait bien sûr tort), privé de cette sale manie qu'ont les français de tout résumer au saint dialogue, totalement représentatif du fabuleux chaos culturel d'une époque révolue... Un film voué à l'échec commercial et au culte bizarre... Avec Rita Hayworth en bout de course.

...Et sinon, c'est où, Salina?

 

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Published by François Massarelli - dans Georges Lautner Mettons-nous tous tout nus
20 juillet 2021 2 20 /07 /juillet /2021 07:28

Un jeune garçon perd ses parents, et trouve refuge auprès de sa grand-mère... Qui va lui apprendre à se méfier des sorcières car elles sont partout! Justement, le garçon a fait une mauvaise rencontre dans le quartier, et la grand-mère prend la décision de partir se réfugier dans un hôtel, plus au Sud: manque de chance, on y attend un congrès d'une association caritative bidon, qui est en fait un rassemblement de sorcières décidées à se débarrasser de leur ennemi juré: les enfants... en les transformant en souris!

Le scénario a donc fait se déplacer l'intrigue de la Grande-Bretagne ers les Etats-Unis, plutôt vers le Sud, et les héros sont Afro-américains... Mais si l'espace d'un instant, on croit qu'il va y avoir une métaphore, on se trompe. Je pense d'ailleurs qu'il serait assez malaisé de s'amuser à vouloir tripatouiller Roald Dahl dans un sens qui confinerait à l'anti-racisme ou à un traitement parabolique de l'histoire de la ségrégation, vu son indécrottable antisémitisme assumé jusqu'à la nausée... Pas dans ses écrits apparemment. Zemeckis a néanmoins joué sur la couleur locale, avec notamment un superbe accent sudiste magnifiquement reproduit par la grande (hum) Ellen Chenoweth, qui interprète l'une des "souris". Le,  film, d'ailleurs coécrit et coproduit par Guillermo Del Toro, est surtout une histoire pour enfants, assumée comme telle, avec de purs moments de plaisir. C'était, en tout cas, l'intention!

C'est du Zemeckis, ce qui veut dire que nous avons, aux commandes, un sorcier de l'image qui a pour profession de foi qu'on peut tout faire, et parfois avec lui, le principal problème est qu'il s'emploie généralement à le démontrer. Mais ses plus grands films, même Forrest Gump, réussissent à transcender cet aspect. Ses pires s'y vautrent et s'y engluent. The witches, d'ailleurs également coproduit par Alfonso Cuaron, est au milieu, souvent drôle, et très retenu dans ses 39 premières minutes qui sont une exposition exemplaire au premier degré (si ce n'est une brillante introduction à la Dahl où la narration, par Chris Rock, est véhiculée par une voix off souvent très drôle), mais quand les effets spéciaux sont de la partie, on peut faire confiance à Zemeckis pour d'une part en faire trop, et d'autre part bâcler un peu, en usant et abusant de la motion capture. 

Reste une histoire simple comme bonjour, et quatre prestations impeccables: Stanley Tucci en gérant d'hôtel obséquieux à l'extrême; Octavia Spencer en grand-mère pleine de ressource; Ellen Chenoweth, déjà citée; et bien sûr Anne Hathaway qui s'est fixé comme mission d'aller au bout d'une interprétation qui tire la couverture à elle, fidèle à la loi Hitchcockienne: un méchant réussi, ça peut vous sauver un film. Mais ici, on reste quand même, bien fermement, au milieu...

 

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Published by François Massarelli - dans Robert Zemeckis Alfonso Cuaron Guillermo del Toro
19 juillet 2021 1 19 /07 /juillet /2021 09:43

Jenny (Françoise Rosay), de son vrai nom Jeanne, est un grand nom d'une certaine idée du tout Paris: dans un hôtel particulier du XVIe arrondissement, elle a un bar qui met en relation des clients masculins avec des jeunes femmes... De manière plus ou moins officielle. Mais sa fille Danielle (Lisette Lanvin), une pianiste en vue qui vit à Londres, ignore cette partie de la vie de sa mère, alors quand elle se rend à Paris, Jenny doit improviser, et notamment déménager en urgence afin d'éviter que Danielle ne soit confrontée à la réalité. Par ailleurs, elle s'aperçoit que son jeune protégé Lucien (Albert Préjean) se lasse d'être sous sa tutelle, et voudrait mieux qu'un arrangement avec une femme mûre. Pour compliquer les choses, la boîte de Jenny est au coeur d'une lutte de pouvoir avec les gangsters   Benoît (Charles Vanel) et le bossu "Dromadaire" (Jean-Louis Barrault)...

Ce résumé un peu compliqué donne l'impression que le film est soit une comédie graveleuse, soit un assez classique mélodrame. C'est plutôt un drame, mais d'un genre inédit... Assistant de Feyder en 1928, puis de nouveau à partir de 1934, Carné a rongé son frein durant plusieurs années, possédé d'une passion absolue pour le septième art, et il avait des idées, des envies et de l'ambition: pour lui la mise en scène venait en droite ligne des Etats-Unis et d'Allemagne, de Sternberg d'un côté et de Murnau de l'autre, des cinéastes qui le passionnaient.

Jenny est donc, après un exercice de style sous la forme d'un documentaire muet en 1929 (Nogent), le premier film d'un metteur en scène futur surdoué, et il est assez difficile de croire qu'il s'agisse d'un novice, tant la mise en scène est assurée, riche et maîtrisée. Il sait installer une atmosphère, et tout en bénéficiant d'un dialoguiste exceptionnel (Prévert!) avec lequel il va écrire quelques-unes des plus belles pages du cinéma Français, il réussit à ne pas se vautrer dans la facilité qui consisterait à laisser le dialogue faire tout le travail! Il se sort fort bien de sa direction d'acteurs, et ce n'est pas peu dire quand on voit les monstres sacrés accumulés au générique.

Et sous le vernis d'un mélodrame populaire, Carné fait déjà poindre son envie d'ailleurs, à travers deux amoureux à contre-courant, un gigolo qui n'a jamais rencontré de femme qui lui plaise et qui accepte l'amour d'une femme plus âgée par désoeuvrement, et une jeune femme ignorante du milieu, soudainement confrontée à une réalité sordide, dans laquelle Lucien servira de chevalier blanc. Leur coup de foudre est le premier d'une longue série, et si Préjean et Lisette Lanvin sont un peu à côté, ils sont malgré tout très bons et excellemment dirigés.

Carné se sert aussi de ce film pour commencer à montrer, en contrebande, des couples d'hommes plus ou moins évidents. Ici, pas moins de deux: les deux malfrats, Vanel et Barrault, l'un ne va jamais sans l'autre; et Lucien est souvent flanqué d'un marquis pique-assiette qui ressemble à une parodie de sa relation avec Jenny. Le film ne fera sans doute pas trop de vagues, mais c'est malgré tout, en même temps qu'un croisement de Feyder et Carné, la naissance évidente d'un grand cinéaste, et de son univers: Paris, saisi dans ses contradictions, des paillettes d'une fausse boîte de nuit, au Paris de ceux qui travaillent, qui ressemble à Londres; les malfrats qui n'arrivent pas à empêcher qu'on les trouve sympathiques, et qui naviguent en eaux troubles en affichant leur différence ("et si ça me plaît à moi, de me faire toucher la bosse?"), l'évidence des regrets quand Françoise Rosay découvre à quelle point sa fille, qui lui ressemble tant, a contrairement à elle réussi à devenir une artiste sans se salir...

 

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Published by François Massarelli - dans Marcel Carné
11 juillet 2021 7 11 /07 /juillet /2021 08:21

Julie François (Miou-Miou) va changer de vie: un fringant attaché consulaire (Jacques Perrin) lui propose en effet de prendre la tête d'une école d'art sous contrat avec l'éducation nationale, à Pondichéry. Mais pour ça, cette quadragénaire, mère célibataire, va devoir passer le bac: A3, lettres et arts, option arts plastiques. C'est plus difficile qu'il n'y paraît, et c'est loin d'être gagné... Mais elle va recevoir un soutien de taille en la personne d'un autre aspirant bachelier, de la génération d'avant: Léopold Bonhomme (Yves Robert), trompettiste de métier, veuf, qui a décidé de passer le bac afin e partager l'expérience avec ses deux petits-fils de 18 ans...

C'est une comédie sentimentale, mais doublée d'un certain nombre d'expériences narratives... Par exemple, à partir du moment où Julie et Léo se rencontrent, ils deviennent tous deux narrateurs, parfois en même temps. Une façon pour Yves Robert de se mettre un peu plus dans le film, lui qui a toujours résisté à cette opportunité de se donner des rôles significatifs, choisit pour cette dernière réalisation de se laisser aller à devenir son propre acteur. 

On ne s'étonnera donc pas que la chose soit, sans doute, extrêmement personnelle, et qu'il y ait beaucoup d'Yves Robert dans Léopold... Un Léopold qui partage des idées généreuses et vaguement utopiques avec l'acteur, des idées de gauche, je ne sais pas si vous vous rappelez, c'était avant le 11 septembre, avant Sarkozy et avant Eric Zemmour... Le personnage est généreux, comme ses films, et un peu trop porté sur les bons sentiments, donc il y a quelque chose qui cloche dans ce film: jusqu'à un certain point, il n'y a pas d'enjeu: deux personnes qui passent le bac, dont une pour laquelle c'est important; pas de romance à l'horizon: même s'ils ne se le disent jamais, les deux narrateurs nous le disent à nous, pas question de s'abandonner à une relation, il y en a un qui est décidément beaucoup trop vieux! ...Et contrairement à ce qu'aurait choisi un Eastwood, ils s'y tiennent. Aucun accroc de taille entre Julie et ses profs, entre Julie et ses camarades, entre Julie et sa grande fille, c'est un peu morne, sans doute... 

Le film est une expérience sympathique, mais aussi un bazar sans nom, avec des moments adorables et d'autres durant lesquels on aimerait être ailleurs (cette "chanson", vers la fin, qui rythme les révisions... la farce de mauvais goût d'André Dussolier en prof de philo...). Comme le metteur en scène, il est attachant; mais celui-ci a souvent été beaucoup plus rigoureux... Mais il est fort probable que Robert a choisi de finir sur ce film, et décidé de s'y faire plaisir avant tout: pourquoi pas?

Et tant que j'y pense, une prof de maths qui terrorise ses élèves en A3, en 1994? Dans tes rêves, vu le programme de maths en terminale littéraire ces années-là, c'est plutôt le contraire qui devait arriver! Je le sais, j'ai eu 14.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yves Robert
10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 11:26

Dans un avenir aussi proche qu'improbable, le célibat est mal vu, et toute personne seule doit impérativement passer 45 jours dans un hôtel où il/elle va tenter sa chance, sous haute surveillance. Au bout de cette période, elle/il sera transformé en animal s'il/elle n'a pas trouvé l'âme soeur.

Dès le départ, on peut mesurer les conséquences de cette situation, avec une scène privée du moindre contexte dans laquelle une femme qui restera inconnue gare sa voiture à côté d'un champ et abat froidement un âne. ...Son mari?

David (Colin Farrell) aimerait être transformé en homard si cette éventualité se précisait, d'où le titre... D'autant que son séjour ne se passe pas très bien au point qu'il va devoir tenter de tricher avec les règles de l'étrange hôtel, et les conventions sociales particulières (les couples ne sont pas ensemble par amour, mais par affinité: par exemple, ceux qui saignent du nez ensemble, ou ceux qui ont le même caractère).

Parallèlement, des rebelles, les "solitaires", vivent en marge et servent de monnaie d'échange pour les invités de l'hôtel. Ces marginaux qui prônent un célibat affirmé (et soutenu par des règles drastiques) sont en effet chassés par les célibataires, qui gagnent en les trucidant des points, à savoir pour un solitaire abattu, c'est une journée de plus à l'hôtel...

Le monde étrange de Yorgo Lanthimos, versant absurde, c'était déjà l'étonnant Kynodontas (Canine), dans lequel une famille en vase clos développait sa propre culture basée sur la peur absolue de l'inconnu: on y voyait déjà un microcosme dont l'émotion était bannie, et dont les rites devenaient délicieusement embarrassants, et même profondément burlesques: la danse pratiquée par ceux qui ne la connaissent pas, par exemple une constante des films de Lanthimos apparemment. Cette société pervertie jusqu'à l'absurde, filmée avec une impressionnante rigueur et une lenteur méthodique, ressemble à une version cauchemardée de la nôtre, ce qui ne l'empêche pas d'être très drôle, sinon hilarante. Il faut juste avoir l'humour bien accroché...

 

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Published by François Massarelli - dans Yorgos Lanthimos Comédie
10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 11:13

Emma Brody (Madeleine Stowe) a eu une greffe miraculeuse de cornée, après avoir passé vingt ans sans rien voir. Il y a donc un temps d'ajustement... durant lequel elle est le témoin d'un meurtre qui se tient juste au-dessus de chez elle. Mais elle qui a du mal à interpréter ce qu'elle voit désormais, avec ses yeux encore convalescents, peut-elle être considérée comme un témoin fiable? C'est ce que l'inspecteur en charge de l'affaire (Aidan Quinn), qui en pince pour elle, va devoir déterminer...

On ca évacuer ça tout de suite: il est fort probable que la partie "médicale" du film, autour de ces hypothétiques retards d'information par rapport aux images que le cerveau n'a plus l'habitude de gérer, sont un gros tas de pipeau bien baveux, et du coup le film sans sa caution scientifique risque de ressembler à un téléfilm du samedi soir basé sur une idée à la noix ("eh, on ferait un film avec une fille, elle voit mais elle voit pas")... Pourtant pas tout à fait...

C'est un peu l'âge d'or du néo-noir, avant que David Fincher ne lui fasse la peau en incluant, tout à coup, une vraie rigueur avec Zodiac! The silence of the lambs a triomphé, Seven va triompher l'année suivante; et Blink se situe un peu dans cette mouvance, avec l'entre-deux de l'esthétique du milieu des années 90 (entre le mulet et la chemise à carreaux, donc): madeleine Stowe (chemise à carreaux) y incarne une improbable violoniste ex-aveugle qui a beaucoup à faire pour ne pas sombrer dans la folie, entre un petit ami policier et une nouvelle situation compliquée, à savoir le fait de sortir de la cécité. L'actrice traite son personnage avec ce mélange de doute et d'impulsivité qui manquent cruellement depuis sa semi-retraite. Aidan Quinn (mulet) porte un imperméable, est vulgaire à souhait et on se demande bien ce qu'elle lui trouve...

Sinon, c'est un honnête film à suspense qui tend à trop laisser le meurtrier en dehors de l'équation, mais bon, voir plus haut: téléfilm du samedi soir.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir
9 juillet 2021 5 09 /07 /juillet /2021 10:49

Mickey est une orpheline recueillie par un mineur, et elle vit en pleine nature dans l'Ouest... Elle fait la rencontre d'un beau jeune homme qui est venu repérer les lieux avant de travailler sur une mine. Mais la vie est trop compliquée pour son père adoptif, d'autant que la mine familiale ne rapporte rien, et il l'envoie dans l'est, retrouver sa famille: croyant qu'elle est une riche héritière, sa tante l'accueille, mais elle déchante bien vite. Heureusement, le beau jeune homme dont je parlais plus haut est un visiteur fréquent dans la maison des Drake...

On ne va pas aller chercher très loin: tout ça c'est du Griffith, et on pourrait même aller jusqu'à soupçonner l'influence directe de Way down east si le film n'avait pas été réalisé deux ans plus tard! Mais Griffith puisait directement à la source du mélo (et de Dickens), et chez Sennett on était encouragé à faire la même chose! D'ailleurs ce film est une étrangeté bien significative pour le petit studio de comédies débridées, puisqu'il nous montre une facette, sinon dramatique, en tout cas plus mélodramatique du cinéma. Un écrin intéressant pour la star Mabel Normand, qui a tout donné dans un film qui lui ressemble beaucoup... 

Un film qui n'a pas eu de succès, du reste, montré au public et boudé par les distributeurs, il a fallu un an avant qu'il ne soit montré, provoquant un raz de marée d'entrées! Entre-temps, il avait subi de sérieuses modifications, entraînant l'existence de deux montages différents, avec des séquences communes mais dont les plans sont souvent différents... un petit mystère qui montre bien à quel point dès qu'on sortait de la comédie dune ou deux bobines, chez Sennett, les choses se compliquaient...

Pas les intrigues par contre, ni la mise en scène: ici, on va droit au but, sans prendre de gants; Mickey, malgré son pedigree particulier (comédie, oui, mais sentimentale), c'est du Sennett 100% pur, non dilué. Ca va vite, sans sophistication extrême, mais avec bon goût: la photographie est souvent soignée. Plus en tout cas que la tenue de Mabel Normand, qui après avoir si souvent incarné les héroïnes sophistiquées dans des comédies ribaudes à souhait, interprète cette fois une sauvageonne brute de décoffrage dans un film plus ambitieux. Elle l'interprète avec énergie et gourmandise...

 

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Published by François Massarelli - dans Mabel Normand 1918 Muet Comédie **
8 juillet 2021 4 08 /07 /juillet /2021 18:18

Un homme du Sud (Nick Nolte), dont la vie est en pleine déconfiture, apprend a tentative de suicide de sa soeur jumelle... Ce n'est pas la première fois, et dans une famille meurtrie, ce n'est pas non plus le premier drame. Il doit se rendre à new York où elle vit, afin de rencontrer le Dr Lowenstein (Barbra Streisand), la psy de Savannah, car cette dernière fait un blocage sur tous ses souvenirs. Tom sera donc la mémoire de sa soeur, et va du même coup vivre deux expériences inattendues: d'une part, il va subir une thérapie imprévue, et d'autre part, il va tomber amoureux...

S'il fallait définir un genre pour ce film (drame sentimentale psychanalytique à révélations dosées?) ce serait une catastrophe, car personne n'aurait envie de le voir! Or c'est une merveille de délicatesse, avec quelques défauts, on ne demande pas la lune et c'est aussi le deuxième film d'une relative novice, après tout... Novice? Voire! Barbra Streisand, qui a produit et réalisé en plus d'interpréter, sait parfaitement ce qu'elle veux, donc si parfois l'impétuosité rocailleuse de Nolte nous énerve (un peu) c'est qu'il est comme ça. La réalisatrice a repris à son compte la méthode d'un Wyler, dont elle a admiré le talent quand ils ont tourné Funny girl ensembles, en la mâtinant de sa propre démarche: des séquences construites autour des personnages, des personnages construits autour des acteurs, et avec une préparation par des semaines intenses de répétition...

Et la réalisatrice, mine de rien, aborde des sujets qu'on n'attendait pas y compris de ces "thrillers psychanalytiques", qui sont souvent plus vides qu'autre chose. Ici, c'est par hasard qu'on découvrira les secrets de la famille Wingo, des secrets enfouis dans la vase des marécages de Caroline du Nord...

Le résultat est là, comme dans Yentl, qui il faut le reconnaître partait de bien plus loi, étant à la fois une comédie musicale ET reconstitution réaliste! On s'attache fortement à ces personnages, et on fermera les yeux sur l'avalanche occasionnelle de bons sentiments. Et le fait est que le film nous montre, sans crier gare, un parcours psychologique qui prend un tournant inattendu et qui passe par l'un des univers les plus absents de toute l'histoire du cinéma! la fragilité masculine... L'approche de la mise en scène nous laisse assez convenablement baba, bien plus que la détestable mode vestimentaire de l'époque...

 

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Published by François Massarelli - dans Barbra Streisand Criterion
8 juillet 2021 4 08 /07 /juillet /2021 17:34

Rachel (Juliette Gombert) voit une psy (Isabella Rossellini)... Parce que sous le vernis de la petite fille sans histoire, elle cache une névrose probablement liée à la possibilité de perdre ses parents, ou de les voir se séparer... C'est sans doute surtout parce que sa maman, Colette, est étouffante à l'extrême.

C'est la rentrée, et elle se fait une amie, une vraie jeune fille délurée, Valérie (Anna Lemarchand), une vraie tornade malgré sa santé fragile. Elle sera la seule à venir à son anniversaire et avec elle, sa maman, la jolie et célibataire Catherine (Isabelle Carré): elles entrent toutes les deux dans la vie de Rachel, mais aussi de sa maman (Agnès Jaoui) et de son papa Michel (Denis Podalydès)...

Et puisqu'on mentionne ce dernier, le film fonctionne comme tant de comédies françaises, en nous donnant rapidement la certitude que le papa va filer le parfait amour avec la plus jeune et plus jolie maman... Ce serait trop simple, bien sûr. C'est un film qui nous restitue l'univers changeant mais qui semble être une éternité, d'une jeune fille en crise qui ne comprend pas bien quelle est la source de son malheur, et qui nous enchante avec la fantaisie admirable de deux enfants, des filles aux ressources d'imagination et de langage sans limites (on y parle de "putes sexuèles qui sucent des mites")... Dommage que le film prenne sur la fin la tournure qu'il prend, ça m'en gâcherait presque le souvenir.

Et d'ailleurs, des souvenirs, il en accumule, et partout, tout le temps, ce film qui reconstitue sans trop de maniaquerie l'année 1981: la pub Banga de Gotainer, La Boum de Pinoteau, des expressions, des craintes de l'époque, sans aucune arrière-pensée politique du reste. Un petit bout de bonheur fragile... Je le répète, ce bonheur dure hélas moins longtemps que le film.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
8 juillet 2021 4 08 /07 /juillet /2021 17:28

Un mariage va avoir lieu en Arizona, chez les bous... pardon, les cow-boys, d'ailleurs tous préservés de la poussière et de la saleté, portant tous le même costume... Mais ce mariage arrangé n'a rien d'une occasion de se réjouir, car il séparera définitivement deux amoureux: l'un est un indien (un peu) et l'autre une, je mets des guillemets parce que je ne suis pas Eric Zemmour, "blanche"...

Pendant ce temps, Eddie Cantor joue un hypochondriaque qui chante les pures sous-entendus de la planète en roulant des yeux gracieusement, les girls chantent et dansent, Busby Berkeley cherche mais ne trouve pas encore. Ce serait anecdotique à l'extrême si le film n'avait pas été intégralement préservé dans son Technicolor d'origine, et franchement c'est un miracle. ...Pas le film.

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Published by François Massarelli - dans Musical Pre-code Technicolor