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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 08:24

C'est ainsi que trois jeunes damoiseaux, attirés par l'idée d'épancher leur liberté en buvant moult hydromels, de communier avec dame nature en testant le houblon, partirent vers la montagne, loin au coeur de la forêt. Accompagnés de deux gentes dames, compagnes d'infortune, ils durent faire face à l'improbable: car compisser les feuilles n'est pas une activité à produire en manipulant une dague, et l'un d'eux, fort marri, vit valser son panais.

En route vers l'hospice, me direz-vous, pour recoller l'extrémité perdue? Plus vite dit que fait: les péripéties, à la recherche de la quéquette disparue, seront nombreuses, cocasses et pour tout dire excessives...

Allons, cet amas crétin de pellicule, a fière allure et se consomme surtout quand un jeudi soir, la fatigue vous prend. Vous rirez sans doute, ou pas c'est à vous de voir. Sachez toutefois qu'on y voit souvent, et en gros plan de plus, l'objet du drame idiot, le pénis proverbial, et qu'il est disgracieux... 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
24 juin 2020 3 24 /06 /juin /2020 13:56

La Roue, de Gance, est un film tellement énorme, tellement excessif, qu'il justifiait bien qu'on entame avec lui ce regard curieux et assez paradoxal du cinéma sur lui-même... C'est à Blaise Cendrars, assistant enthousiaste du projet durant tout le tournage (1919 à 1921), qu'incombait donc le privilège d'entamer l'existence des films documentaires consacrés au tournage des grands films, et allaient donc suivre, entre autres, Autour de Napoléon, Autour de L'argent (dans les coulisses du film de L'Herbier, vues par Jean Dréville), ou encore Autour de La fin du monde... 

C'est ici assez court (surtout si on compare avec les quasi sept heures de la version restaurée!) mais c'est surtout marqué par le souffle du film, qui rejaillit dans ces images de créateurs enfiévrés: car ne nous y trompons pas, Léonce-Henri Burel, chef opérateur, et Abel Gance, metteur en scène, même aperçus devisant gaiement et blaguant sans retenue sur le tournage, ont fait oeuvre de pionniers, filmant la course d'un train depuis la locomotive, filmant deux hommes qui se bagarrent au bord d'un gouffre à plus de trois mille mètres d'altitude, filmant enfin un homme qui meurt en faisant tout pour exorciser la bête qui est en lui; Cendrars entendait créer un souvenir de ce chef d'oeuvre qu'était La Roue, et de la fierté qui était la sienne d'y avoir participé; il en a mitonné un parfait prologue, une préface, qui aiguise notre appétit.

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Published by François Massarelli - dans Muet Abel Gance
18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 18:31

C'est l'un des derniers films de Jasset, tourné comme de juste pour le studio Eclair, et c'est une somme, un festival: comme Bandits en automobile, comme sa série des Nick Carter, c'est une histoire policière, ou du moins d'espionnage, mais prise délibérément sur son versant improbable et riche en péripéties: Jasset, qui avait présidé à la destinée de la série Zigomar, en avait retiré deux enseignements: 

D'une part le public appréciait particulièrement les aventures délirantes d'un maître du crime auquel rien ne résistait et qui s'adonnait aux déguisements les plus délirants, un constat que ferait aussi Feuillade à l'époque des Fantômas. D'autre part, il avait apprécié de tourner de nombreux épisodes de Zigomar avec l'actrice Josette Andriot, et avait fini par conclure qu'il lui fallait concilier ces deux atouts. Protéa est donc l'histoire d'une belle espionne, confrontée à une situation sans gravité puisque située dans des pays qui n'existent pas: Jasset aurait-il aussi inventé le MacGuffin cher à Hitchcock?

Donc le gouvernement de Méssénie, qui craint que celui de la Celtie n'utilise un traité dangereux pour ses intérêts, fait appel à l'aventurière Protéa (Josette Andriot) pour le récupérer, mais celle-ci émet une condition: elle assure qu'elle ne pourra mener à bien sa mission que si on lui adjoint les services de son associé L'anguille (Lucien Bataille), qui se morfond en prison! Dont acte, et les deux compères vont en moins d'une heure battre le record du monde de rapidité du travestissement, trouvant à chaque occasion son déguisement... 

Par ailleurs, le film promettait du plaisir en forme de cascades et autres retournements de situations, et gagne à tous les coups: Protéa n'a aucune limite, aucune barrière ne la retient, et Jasset a le bon goût de ne jamais laisser un temps mort ni de ne jamais se prendre au sérieux. Ne cherchez plus le film ultime du serial français: c'est Protéa!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913 Victorin-Hyppolite Jasset Eclair
18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 17:04

Nous sommes donc entrés une bonne fois pour toutes dans l'ère de Netflix, et un film quel qu'il soit, comme une série quelle qu'elle soit, est désormais facile à atteindre, d'un clic. Du coup, que ce soit Citizen Kane ou 365 jours, l'éroto-navet Zubrowska du moment, c'est pareil... Vous vous souvenez de la volée de bois vert qui a accueilli la fin de Game of thrones? Les fans qui se plaignent parce que la fin de la série les a déçus?

...Et puis quoi encore? Il fut un temps où le cinéma était un art et les cinéastes des artistes; j'ai la prétention de croire que c'est toujours le cas et ce n'est pas parce qu'un site vous offre (moyennant finances) des films à gober sans vous dire qui les a faits, qu'il faut pour autant se poser en consommateurs de films.

Et ceci nous éclaire aussi sur la façon dont ce dernier Star Wars a été accueilli, le public accusant Disney de trahison, les fans se plaignant d'une fin qui ne les satisfait en rien, et les commentaires sur la médiocrité du film étant la majorité...

Mon point de vue sera don exprimé en trois points: 

d'une part, oui, ce dernier film doit faire exactement ce que les derniers épisodes de Lost, la série de Damon Lindelof et J.J. Abrams, ont fait: terminer une saga tout en répondant aux exigences de ceux qui ont suivi les promesses des débuts, le début ici étant bien entendu The force awakens, le premier film produit par l'équipe d'Abrams, qui m'apparaît comme un excellent film, notamment par ses choix de retourner à un tournage physique et un univers concret. Et sur ce point, le film donne beaucoup à voir, et donne souvent, grâce à la mise en scène dynamique d'Abrams, l'impression d'assister çà du réel. Il a un don pour combiner les placements "en urgence" de caméra, avec des quasi-plans séquences, qui plongent le spectateur au coeur de l'action.

d'autre part, quelle action? Le film a tellement à raconter, et en tellement de détails qui fourmillent, qu'on perd finalement assez vite pied dans son intrigue menée au quart de tour, où l'impression d'arbitraire du scénario prend souvent la place d'une logique narrative... Donc on ne s'ennuie pas, mais pour s'y retrouver, on peut toujours compter sur le cahier des charges d'un Star Wars: poursuite en vaisseau dans un canyon, bataille dans les étoiles, sites grandioses, "I have a bad feeling about this", filiations bizarres ("Rey, I am your grandfather") et allusions en béton armé aux trois premiers épisodes, avec cette fois Lando Calrissian, et deux Ewoks! C'est mécanique...

enfin, cet épisode met fin à la saga, ce qui était l'idée. On sait, ou on croit savoir, que la production en a été perturbée, et pas que par le décès de Carrie Fisher! Abrams n'en était pas le premier metteur en scène, ni le premier scénariste, et donc c'est une pièce montée dont les coutures se voient souvent. C'est aussi un film assez vigoureux, avec un ou deux héros pas trop gâchés, et disons-le, des aspects visuels sublimes à l'occasion. On y reviendra gentiment, entre deux visionnages sacrés de la première trilogie, et aussi parce qu'on aura revu The force awakens, donc autant aller au bout. Maintenant que le cinéma n'est plus qu'un pur produit de consommation, tout ça n'a plus la moindre importance de toute façon.

 

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Published by François Massarelli - dans JJ Abrams Star Wars Science-fiction
18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 15:22

Il y a une certaine roublardise, sans doute, chez Melville qui a créé et appliqué pour tous ses films noirs une formule, appliquée à la lettre, de film en film. Et ça commence souvent par une citation, du genre de celles qui nous passeront toujours plus ou moins au-dessus de la tête (quand elles ne sont pas purement et simplement apocryphes, comme par exemple celle du Cercle Rouge). Dans Le Samouraï, le générique commence par ces mots: il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï si ce n'est celle du tigre dans la jungle, peut-être...

Et la solitude justement, est soulignée pour le personnage de Jef Costello (Alain Delon), le tueur à gages, qui vit seul dans un appartement miteux, sans rien pour l'accompagner, si ce n'est des paquets de Gitanes et des bouteilles stockées au dessus d'une penderie, et un oiseau en cage, ce dernier étant un symbole facile et efficace pour un truand enfermé dans un système. Car Jef Costello est un tueur couru et recherché, cher sans doute, mais qui fait bien son job. Il se prépare aussi, quand il va chez une copine de passage (Nathalie Delon) qui aimerait bien qu'il soit plus souvent là, mais non: il vient juste lui demander de mentir et de le couvrir, c'est tout...

Donc toute sa vie passe par son travail dont le mode de fonctionnement nous est montré, en situation... Chaque détail couvre chaque geste et chaque geste compte. Costello doit cette fois tuer un gérant d'une boîte Parisienne, et il y entre, traverse la salle et se rend en coulisses pour y faire son travail en toute discrétion... Pourtant il sera vu, par plusieurs personnes, et appréhendé. Il est confronté à ses accusateurs, et le commissaire en charge de l'enquête, interprété par François Périer, sait que c'est lui le tueur, mais il ne parviendra pas à en obtenir l'assurance. Du coup pour le policier tous les coups sont permis. Et pour Costello, qui a sympathisé avec l'un des témoins du meurtre (une jeune pianiste de jazz qui s'est refusée à le dénoncer), d'autres ennuis commencent: il est coincé entre ses commanditaires (qui paniquent suite à son passage au commissariat, et souhaitent se débarrasser de lui) et l'enquête d'un acharné, près à tous les coups bas pour le coincer...

On pourrait aussi avancer qu'il est coincé entre la froideur émotionnelle, élément crucial de son job, et ses sentiments, car il en a. La fin le prouve... Mais je ne vais pas aller jusque là. Si Melville attache tant d'importance au détail (beaucoup plus, en fait qu'aux dialogues, souvent réduits à néant), c'est qu'il adopte une démarche narrative à la Japonaise, en remplaçant le point de vue de Costello par ses rituels, montrés de A jusqu'à Z. Chaque meurtre semble en effet obéir à une série d'obligations, entre les gants blancs, le passage en banlieue chez un garagiste qui a la double fonction de lui changer les plaques d'immatriculation de sa voiture, et de lui fournir une arme, ou encore la façon dont il mettra son trench-coat et son chapeau. Tout se passer comme si ces rituels finissaient par prendre le pas sur sa morale et son affect... 

A l'opposé donc de la façon dont le flic raisonne, émet des intuitions tout haut, s'acharne, vitupère, manipule enfin. Il a raison, remarquez, et son intuition s'avère juste. Mais s'il cherche par tous les moyens à coincer Jef Costello, au moins celui-ci a-t-il une raison pour commettre ses crimes: on le paie. Et ça justifie selon lui le mal qu'il se donne, et... le mal qu'il fait. Le cinéma, dans cet exposé méthodique, ne perd jamais ses droits, et le conflit entre les deux méthodes, ou les deux morales, culmine dans une extraordinaire chasse à l'homme dans le métro... Tout le film, d'un contrat à l'autre, évolue de façon magistrale et strictement chronologique, linéaire (et presque par le menu) pour nous raconter comment l'exécution parfaite d'un contrat va tourner à la Bérézina pour un tout petit grain de sable inattendu...

...le regard d'une femme, aussi beau qu'un sourire.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Jean-Pierre Melville
17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 08:23

Comme une parenthèse dans l'oeuvre sombre de Julien Duvivier, Allo Berlin ici Paris appartient à la période que Michel Chion, historien spécialiste des questions du son, a baptisé l'interrègne: on est plus dans le muet mais pas encore dans le parlant, et les films qui sortent posent la question de la dimension internationale du cinéma: comment continuer à considérer un film comme visible et donc audible par tous, alors que deux nations ne parlent pas la même langue. Parmi les réponses apportées à l'époque, il y avait la raréfaction des dialogues (Dont Vampyr, voire M de Lang, sont d'excellents exemples), les versions multiples, coûteuses mais qui maintenaient une économie mondiale du cinéma, les sous-titres qui faisaient une apparition timide, et... la méthode prônée par ce film: si le problème du jeune cinéma parlant est basée sur la communication entre les pays, alors autant en faire le sujet du film! Pabst dans Kameradschaft (La tragédie de la mine,1930) faisait de même...

Nous suivons les aventures de Lily (Josette Day), une jeune standardiste qui communique beaucoup avec Erich (Wolfgang Klein), un collègue à distance: elle est préposée aux liaisons Paris-Berlin, et lui, en Allemagne, aux liaisons Berlin-Paris. Ils sont décidés à se voir (leur première vraie rencontre!), et la date approche, mais leurs supérieurs respectifs les forcent à cesser leur communication. Deux collègues indélicats se mêlent de leurs histoires, et Lily donne rendez-vous sans le savoir à Max (Karl Stepanek), un collègue d'Erich, alors que ce dernier donne rendez-vous à Annette (Germaine Aussey), une autre standardiste aux manières nettement moins dignes que sa copine... L'un et l'autre vont semer la pagaille dans le couple naissant.

On voit bien que dans son scénario, Duvivier a tout fait pour souligner deux risques bien établis de la communication internationale: la facilité liée aux sentiments, car Erich et Lily parlent d'une seule voix, et se comprennent toujours, et la difficulté qui apparaît dès que les intentions sont cachées. De manière intéressante, la co-production permet de montrer la vie possible entre les deux éternelles nations ennemies que sont la France et l'Allemagne, deux ans avant le nazisme; ce n'était pas un voeu pieux tant les cinématographies des deux pays marchaient effectivement main dans la main, ce qui allait d'ailleurs se prolonger un temps. Le ton est à la comédie et le montage serré marche complètement avec la gentille absurdité qui se dégage de ces aventures trans-rhénanes. Ca tourne même au grand n'importe quoi avec un congrès idiot de représentants d'une nation inconnue et inventée pour les besoins de la cause...

Duvivier étant ce qu'il est, il a quand même évité d'ouvrir toute grande la porte des sentiments et du bonheur: si Erich et Lily ont droit à un avenir qu'on imagine sans nuages, il leur faudra du temps et les manoeuvres pas très catholiques d'un certain nombre de personnages avant de vraiment se retrouver. L'amour est possible, mais l'amitié, la morale même, en prennent un peu pour leur grade! Avec son univers si distinctif, par contre, ce film ne pouvait être qu'une expérience sans lendemain, mais un film bien attachant du metteur en scène, qui persiste et signe dans ce qu'il considère comme SON film: une lettre aperçue à l'écran situe une adresse Rue Duvivier, et un chanteur dans un cabaret entonne une chanson dont on précise que les paroles sont 'de M. Julien Duvivier'.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Julien Duvivier
14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 18:27

George Webber (Dudley Moore) a tout pour plaire: il est compositeur et forme sans doute depuis de nombreuses années un duo inséparable avec un parolier, il vit à Beverly Hills et roule en Rolls, et il fait à peu près ce qu'il veut. Et pour couronner le tout, il a une petite amie formidable, Samantha (Julie Andrews), chanteuse et aussi Britannique que lui, qui garde une part de son indépendance et donc lui laisse une part de la sienne. Alors dans ces conditions, qu'est-ce qui ne va pas, puisqu'on ne peut pas faire de film avec du bonheur? 

Réponse: il a 42 ans, et pour lui ça sonne comme le début de la fin. Il a un voisin qui passe son temps à partouzer et George a pris l'habitude de l'observer à travers une lunette astronomique. Et surtout, surtout, George a perdu la tête en croisant une femme parfaite, en robe de mariée, qui se rendait à l'église. Sur une échelle de 1 à 10, il classerait Jenny (Bo Derek) à 11... C'est le début d'une obsession de midi qui ira très loin, jusqu'au Mexique.

Au beau milieu de la production pléthorique (et excessive) des derniers films "Pink Panther" de Peter Sellers, Edwards a mis aussi en chantier des films personnels et assez volontiers autobiographiques. D'ailleurs, honnêtement, ce George à succès, reconnu mais irritable, pas marié à Julie Andrews mais c'est tout comme, c'est quand même un peu lui, non? Dudley Moore a beau tout faire pour jouer le personnage aussi près que possible de lui-même, il n'en ressemble pas moins à un Blake Edwards avec 20 cm de moins... 

C'est, je pense, le film définitif sur cette maladie de gens riches qu'est le démon de midi, trempé dans du vitriol et assaisonné d'une solide dose d'humour et d'un je-ne-sais-quoi de relatif à cette impressionnante habitude qu'ont les Américains de se faire psychanalyser. Et justement, Julie Andrews et Blake Edwards se sont rencontrés chez leur psychanalyste commun. Comme quoi on y revient toujours... D'ailleurs, l'actrice est formidable dans ce film où elle n'a aucun mal à jouer son propre rôle, beaucoup plus en tout cas que dans S.O.B. qu'elle tournera avec Edwards trois ans plus tard.

Il y a eu une époque durant laquelle on reprochait au cinéaste de mélanger les genres... Pas tant dans The pink panther que dans Breakfast at Tiffany's, dans lequel les touches (pourtant discrètes) de comédie burlesque ont fait grincer quelques dents au milieu d'un concert de louanges. 10 prouve que Edwards n'a pas changé d'optique, et avec le concours de Dudley Moore, se livre dans cette comédie de moeurs grinçante à quelques exercices de slapstick millimétrés. Bref: que du bonheur. Avec Victor, Victoria, Blake Edwards et son épouse allaient confirmer cette forme exceptionnelle...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Blake Edwards
13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 18:11

Bob Montagné (Roger Duchesne), dit Bob le Flambeur, est un truand qui se présente volontiers comme rangé des voitures: il a raccroché, et bénéficie même de l'amitié de Ledru (Guy Decomble), un commissaire dont il a un jour sauvé la vie. Ce qui ne l'empêche ni d'être attentif à ce qui se passe dans le milieu, ni d'avoir ses copains, voire ses poulains dans la partie: ainsi veille-t-il sur son jeune copain Paulo (Daniel Cauchy), qui est forcément tenté par des coups fumants, mais qui pourrait bien faire aussi et surtout des grosses bêtises. Car Bob, qui a une morale, estime qu'il doit aussi la faire passer. Tout irait pour le mieux si "Le flambeur" n'était pas un peu trop souvent tenté de confirmer son surnom: il flambe, il flambe, et ça rapporte de moins en moins...

Du coup il songe sérieusement à un coup qui lui permettrait de se renflouer, et de pouvoir ensuite raccrocher définitivement... Braquer le casino de Deauville... C'est dans ce contexte qu'il rencontre une jeune femme, Anne (Isabelle Corey), qui lui plaît, mais à laquelle il ne faudrait pas grand chose pour tomber dans la prostitution. Il la prend elle aussi sous son aile, mais la laisse se faire séduire par Paulo, et... elle va leur causer des ennuis: des gros.

C'est le premier film de gangsters de Melville, adapté d'un roman noir d'Auguste le Breton, et on y trouve un compromis intéressant: d'un côté, la vie nocturne des gangsters et des femmes de mauvaise vie, comme on dit, avec l'étrange pittoresque urbain si typique du film noir, et de l'autre, un refus du spectaculaire, ne serait-ce que dans le choix des acteurs (Melville restant encore fidèle aux principes qui sont les siens depuis Le silence de la mer), mais aussi dans le déroulement du film. Tout s'y passe de façon chronologique, quotidiennement, avec un enchaînement de scènes qui sont autant de descriptions dépassionnées d'un drame du dessin qui se dessine par à-coups sous nos yeux... Cette exigence, qui changera sérieusement de visage dans les années soixante (Belmondo, Meurisse , Delon, Signoret, Ventura, Bourvil, Montand...) a un prix... En apparence, ce film a l'air assez anecdotique, à première vue. Mais c'est trompeur...

C'est trompeur et en même temps, ce Flambeur n'est pas très flamboyant. C'est justement le sujet du film, une sorte de danse de mort sans prestige, sans panache non plus, dans laquelle tout d'ailleurs n'est pas grave: à la fin, Bob en prendra pour quelques années, c'est ce que lui disent de concert son complice et son meilleur ami commissaire qui vient justement de l'arrêter. Pourtant, un homme vient de mourir... C'est que, on est entre hommes, et entre hommes, les codes moraux abolissent les frontières! Mais cette morale d'hommes, c'est tout l'univers de Melville, un monde dans lequel Anne, la petite fille montée à Paris, va détonner, voire détruire la vie de ses protecteurs. Mais elle ne sera pas la seule, car la vraie maîtresse de Bob, c'est le jeu: et c'est principalement ça qui va lui jouer des tours. Ca, et probablement le lien entre lui et Paulo, son jeune poulain, qu'on voit sur la photo suivante...

Le film met en vedette Isabelle Corey, qui a un physique assez étonnant dans le contexte du cinéma Français de l'époque. Elle manque aussi singulièrement de gouaille, mais développe clairement un personnage avec une vraie vie intérieure, faite d'un mélange de désir, de tentations, de loyauté et d'ambitions. C'est une starlette repérée par le metteur en scène, qui la créditera sous le prénom Isabel, "pour faire Américain" à n'en pas douter. Cette obsession de Melville pour le cinéma des Etats-Unis se retrouve d'ailleurs dans une conversation: deux hommes parlent de Bob, pour exprimer leur admiration du vieux gangster. L'un d'entre eux dit que c'est Bob le premier qui a imité les bandits Américains... Un clin d'oeil de Melville à Jean-Pierre, à n'en pas douter! Car ce film si Parisien, qui adopte souvent un point de vue de girouette, en nous donnant à voir toutes les enseignes au néon des quartiers nocturnes, transcrit sur l'écran Français l'atmosphère bien particulière du film noir Hollywoodien, comme Touchez pas au grisbi. Maintenant, puisqu'on parle du chef d'oeuvre de Becker, on va quand même le dire: au moins, Becker avait Gabin, parce que Roger Duchesne, auquel Melville a confié le rôle de Bob, manque singulièrement de relief. 

 

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Melville Noir
11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 17:56

Melville l’a souvent dit : il aimait le cinéma Américain, pas ses propres films… En revanche, je pense qu’on peut quand même remarquer que la vaste majorité des cinéphiles qui se sont penchés sur son œuvre en ont retiré des bienfaits… Donc contrairement au cinéaste, le public lui aime les films de Jean-Pierre Melville. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne peut y avoir d’exception… En ce qui me concerne, c’est exactement le cas des Enfants Terribles…

A l’origine se trouve un roman de Cocteau, qui a d’ailleurs engagé Melville, ou lui a refilé le bébé, et j’imagine qu’en 1950, quand un nom prestigieux vous donne une mission comme celle-ci, il serait indélicat et inopportun de refuser… Cela étant, je vais le dire tout de suite : j’aime pas Cocteau, et ce film me le rend bien…

Donc, laissés à leur sort, les deux « enfants » du titre (des grands enfants, alors), dont la mère vient de mourir, se réfugient dans le jeu pour échapper soit à la tristesse de leur sort, soit à la bienséance, parce qu’il faut dire quand dans leurs activités communes, ils vont parfois loin. Des relents d’inceste sont parsemés tout au long du film, et sinon les jeux tournent vaguement autour de l’érotisme, des relations éventuelles de l’un avec quelque autre personne, et ça va se finir dans le suicide, et même la tentative de meurtre…

Le tout interprété dans le plus pur style « théâtre scolaire » pour des élèves de quatrième. Je n’aimais déjà pas La belle et la bête, j’y ajoute avec entrain ce film pour rien. Il va de soi que nous sommes supposés être subjugués par ces jeux d'enfants à risques... Pas moi.

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Melville Jean Coquetôt
10 juin 2020 3 10 /06 /juin /2020 08:00

Helen Brown, une jeune psychiatre (Natalie Wood), vient de sortir un livre à succès: Sex and the single girl, dans lequel elle éclaire la nouvelle donne des rapports maritaux, et comme le dit une expression vue dans le film, 'pré-maritaux'. Ce sont les années 60, et le livre est un énorme succès... Du coup la jeune femme est dans l'actualité et devient la cible de la presse à scandales: en particulier, le magazine Stop, dont le propriétaire (Edward Everett Horton) est très fier d'avoir fait un infâme torchon, publie une série d'articles pour douter de la véracité de ses recherches et lancer l'hypothèse qu'elle serait vierge. Pour Bob Weston (Tony Curtis), principal reporter du magazine, la mission est simple: la séduire et prouver au monde qu'elle n'a pas la moindre idée de ce qu'elle raconte... Pour l'approcher, il va trouver un stratagème, inspiré par les difficultés de couple de ses voisins (Lauren Bacall et Henry Fonda)...

Bon, je pense que vous aurez remarqué les noms des acteurs. Ca fait presque trop beau pour être vrai, et pourtant c'est la réalité. Vous pouvez d'ailleurs ajouter, pour faire bonne mesure, Mel Ferrer dans un rôle secondaire! Quine utilise par ailleurs la publicité autour d'un livre authentique, dont il a fallu acheter les droits d'adaptation avant de se lancer dans une comédie dont le propos principal est de railler la psychiatrie au féminin et la sexualité vue par une jeune femme, on peut donc se demander légitimement ce que le vrai Dr Brown a bien pu penser du film!

Trois axes de comédie, essentiellement, ici; d'un côté, bien sûr, le film se situe dans la droite ligne de la "nouvelle donne" des années 60 durant lesquelles le cinéma mondial va patiemment attaquer la censure et de plus en plus aborder avec la franchise voulue tous les sujets. Sans nul doute, en 1964, le film était scabreux. Aujourd'hui... beaucoup moins, même si la scène durant laquelle Tony Curtis et Natalie Wood, uniquement (dés)habillés de peignoirs (dont un très révélateur, celui de Curtis bien entendu), se tirlipotent à qui-mieux-mieux dans une semi-pénombre, interpelle forcément un peu... ensuite, le film fait sans doute appel à Edward Everett Horton afin de rappeler deux courants de la comédie: durant l'époque pré-code, il a participé à quelques films formidables pour Lubitsch; ensuite, la screwball comedy dans le prolongement du cinéma Américain, a souvent fait appel à lui aussi. Quine semble s'inspirer dans divers aspects de son film, de ces deux courants.

...Mais c'est long, excessif et pour tout dire assez décevant. Fonda et Bacall sont gâchés, Natalie Wood en fait tellement qu'elle en fait nécessairement trop. Curtis, lui, est dans son élément, réussissant comme il le fait si bien dans Some like it hot à rester lui-même tout en pratiquant avec assiduité une solide dose d'auto-dérision. Il découle d'ailleurs un gag de ce rappel du film de Wilder: on confond constamment Bob Weston avec... Jack Lemmon. Un final burlesque (lui aussi trop long) avec course-poursuites absurdes réussit presque à sauver le film, mais il reste que Quine a quand même probablement visé les féministes, dans une comédie qui ressemble souvent à un coup bas...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Edward Everett Horton