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14 avril 2025 1 14 /04 /avril /2025 17:38

Lizzie (Gale Henry) tente d'échapper à la police, quand elle trouve refuge dans un pensionnat de jeunes filles où on l'a embauchée "parce qu'elle a une bonne tête"... Elle est aussi sérieusement incompétente. Elle va pourtant être sélectionnée par une des jeunes femmes qui souhaite un témoin pour se marier en douce avec l'un des étudiants mâles de la fraternité d'à côté...

C'est un court métrage de deux bobines, mais la première a sérieusement souffert des vicissitudes du temps... Et la deuxième se voit privée de sa fin. Le film doit son titre au fait que la grande Gale Henry doit se déguiser en homme à la fin du film, pour sortir discrètement de l'institution de jeunes filles (ce qui pose question, mais passons)... 

D'ailleurs ce film plus que loufoque, qui lançait une série de films dont la comédienne assumait le rôle principal, semble cocher toutes les cases du burlesque: poursuites, confusion de genres, déguisement, voyeurisme, jolies filles en maillot de bain...

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Published by François Massarelli - dans Gale Henry Muet
14 avril 2025 1 14 /04 /avril /2025 11:45

Adapté de son propre roman, le film de Rupert Hughes est l'un de ces films qui tendent à Hollywood un intéressant miroir, comme pouvaient l'être la comédie Ella Cinders (1926) de Alfred Green avec Colleen Moore, ou le film de Tourneur A girl's folly (1917). Mais le film de Hughes affiche des ambitions assez différentes de ces comédies, l'idée étant de chanter les louanges des acteurs, metteurs en scène, techniciens de Hollywood, à l'heure ou les scandales éclatent les uns après les autres: les procès du comédien Roscoe Arbuckle, la mort étrange du réalisateur William Desmond Taylor sont dans toutes les mémoires, et l'heure est en effet à la prudence. Mais cette ambition, aussi louable soit-elle, est le point faible du film, donnant lieu à des intertitres sentencieux et ronflants. Somme toute, les deux autres avantages de cette histoire sont principalement une mise en scène énergique, qui culmine dans les scènes dramatiques, et le fait que Hughes a été admis sur certains plateaux, avec la complicité des metteurs en scène, acteurs et producteurs. Cette inscription du film dans les coulisses du spectacle reste sont principal point fort...

Remember Steddon (Eleanor Boardman), fille d'un pasteur en croisade contre le diable Hollywoodien, épouse un homme, interprété par Lew Cody. Elle décide de lui faire faux bond, mue par un pressentiment: bien lui en prend, le monsieur étant en fait un tueur d'épouses qui collectionne les assurance-vies... Mais en quittant le train qui les emportait, elle se trouve au milieu du désert, et est secourue par l'équipe de tournage d'un film. Elle va intégrer le monde de Hollywood, devenir actrice, gravir les échelons, mais le tout avec la crainte du scandale qui menace; comment lui échapper quand on est mariée à un meurtrier notoire?

Donc, Eleanor Boardman visite Hollywood, fait la figurante pour Chaplin, et assiste au tournage d'une scène de Greed... C'est sûr, les atouts comme ceux-ci ne courent pas les films muets. mais le reste du film est surtout basée sur une intéressante, mais un peu timide symbolique, autour du vrai et du faux, qui se joue de certains stéréotypes. ainsi, Barbara LaMarr, qui était LA vamp de Rex Ingram dans The prisoner of Zenda(1922) et le film perdu Trifling women (1922), est-elle ici une actrice spécialisée dans les rôles de vamp, mais une excellente camarade, et une femme triste qui vit dans le souvenir d'un mari perdu: les témoins qui ont connu miss LaMarr, au destin  tragique, ne disaient pas autre chose d'elle... De son coté, Scudder, le tueur qui avait épousé Remember afin de la détrousser, tombe amoureux d'elle lorsqu'il découvre qu'elle est actrice: l'attrait de l'écran déforme tout, et semble-t-on nous dire, souligne la beauté...

Certaines scènes qui nous font visiter Hollywood et ses coulisses sentent les collections de stars, l'accumulation de noms, mais les scènes qui nous impliquent un peu plus dans l'action du film (La tentative d'arrestation de Scudder, l'incendie DeMillien du plateau au final, durant lequel richard Dix, en metteur en scène, ordonne à ses techniciens de continuer à tourner quoi qu'il arrive pendant que la tempête se déchaîne, relayée par une machine à faire du vent, bref: du spectaculaire!!) restent le meilleur. De plus, Eleanor Boardman, qui porte le film sur ses épaules, nous donne suffisamment envie de la suivre sans trop poser de questions, passant d'un registre à l'autre (une scène la montre se vautrer dans son premier essai, lorsqu'elle s'avère incapable de jouer la comédie, c'est drôle comme tout...). On peut aussi faire comme Hughes dans son film, et citer le nom des acteurs de ce film Goldwyn: Eleanor Boardman, Richard Dix, Mae Busch, Dale Fuller, Barbara LaMarr, Snitz Edwards, William Haines, Aileen Pringle, pour s'en tenir aux plus connus. Outre les apparitions dans leur propre rôle de Zasu Pitts, Chester Conklin, Erich Von Stroheim et Jean Hersholt, tous occupés sur le tournage de Greed, apparitions également de Fred Niblo, de Chaplin, et de Marshall Neilan (excusez du peu), on appréciera au détour d'une scène de voir parmi les figurants à la recherche d'un petit rôle Lon Poff et le petit Sammy Brooks, qui étaient tous les deux des sbires de Richelieu dans The three must-get-there de Max Linder en 1922. Poff, de son coté, est également au générique de Greed: c'est lui qui apporte à Trina ses gains à la loterie, affublé d'un sparadrap. Dale Fuller est également au générique de Souls for sale, après avoir incarné la domestique au destin tragique, Maria Miranda Macapa, dans le film de Stroheim... Décidément, on ne peut pas ne pas revenir à Greed.

En attendant, ce film peu banal mérite amplement le détour, que ce soit pour ses qualités (nombreuses) ou ses petites manies... Un film qui a le mérite de nous offrir un regard gentiment ironique sur le miroir aux alouettes, tout en se livrant à une mise en abyme intéressante, quand lors d'une scène située dans un commissariat, l'actrice incarnée par Eleanor Boardman panique en pleine interprétation en apercevant sur le mur un avis de recherche pour son mari...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 *
13 avril 2025 7 13 /04 /avril /2025 22:16

Dans ce film Universal d'une bobine, réalisé pour la petite compagnie Joker, William Beaudune a écrit une introgue parodique autour de l'histoire antique des deux amis Damon et Pythias... Mais elle repose surtout sur le climat politique de la fin des années 10, autour en particulier de la situation de l'alcool, deux années avant le vote de l'amendement de prohibition.

C'est donc un film en costumes, difficile à prendre au sérieux, au delà même du fait que c'est une comédie loufoque, et dans laquelle l'esprit parodique et l'anachronisme fonctionnent en plein, traversé ça et là de la grande silhouette de Gale Henry, qui n'est hélas pas la principale attraction...

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Published by François Massarelli - dans Gale Henry Muet
13 avril 2025 7 13 /04 /avril /2025 22:11

D'un côté, monsieur est jaloux, TRES jaloux. A chaque fois que quelqu'un s'introduit dans la maison et va voir son épouse (Gale Henry), il lui fait sa fête sans ménagement...

Alors quand madame, donc, se prend d'envie de faire du cinéma, et reçoit chez elle un étrange monsieur, qui prend des libertés avec elle, monsieur les suit jusque dans un cinéma où le bellâtre montre à madame ses exploits sur grand écran...

On voit venir la chute, bien sûr, de très loin, je ne vais de toute façon pas la révéler ici. C'est une fois de plus un film burlesque et grotesque, dominé par Gale Henry (dont on aperçoit, dans la scène du cinéma, une affiche pour un autre film, incidemment), et mené à cent à l'heure d'un gag loufoque à l'autre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Gale Henry
13 avril 2025 7 13 /04 /avril /2025 22:03

Amusant, comme à cette lointaine époque, les films à épisodes avaient durablement installé dans l'esprit du public cette image du détective comme étant un spécialiste du déguisement... Et sinon, il faudrait s'amuser à comptabiliser le nombre de films muets Américains qui commencent par la vision d'une personne qui lit un livre lui enseignant le métier de detective... Le plus célèbre restant bien sûr Sherlock Jr...

La première bobine de ce film manque à l'appel, hélas, et je pense qu'elle confirmerait ces deux tendances: Gale Henry (Qui a écrit le script) et Milton Sills sont deux domestiques qui rêvent tant de devenir détectives, qu'ils en deviennent totalement inefficaces dans leurs tâches quotidiennes. Ils se réjouissent d'être licenciés de leurs positions, puisqu'ils vont pouvoir assumer leur passion... 

Ce sera bien sûr une catastrophe, qui culmine avec l'intrusion des deux détectives dans une maison qu'on leur a signalée, et à chaque plan, les deux trublions ont changé de tenue...

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Published by François Massarelli - dans Muet Gale Henry
13 avril 2025 7 13 /04 /avril /2025 12:16

Ce film d'une bobine fait manifestement partie des miraculés de dawson City, avec ses traces de dommage et de décomposition de part et d'autre de la pellicule, dans sa largeur... Certains passages sont tellement abimés, qu'il est difficile de comprendre ce qui nous est montré...

On en voit suffisamment, d'une part, pour constater que c'est une énième variation sur le sempiternel gag du sosie: un homme quitte le domicile familial pour se rendre à son travail, et quand son double arrive, et se présente comme inspecteur des impôts, son épouse (Gale Henry) pense qu'il est devenu fou... 

D'autre part, c'est évidemment un festival des agissements de Gale Henry, justement, qui se lance dans l'entreprise sans aucune retenue. Comme quelques-uns de ses films des années 10, c'est une production Joker pour Universal, et la réalisation en est signée William Beaudine, qui fera dans les années 20 deux très beaux films, parmi les meilleurs de Mary Pickford: Little Annie Rooney et Sparrows... Comme quoi.

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Published by François Massarelli - dans Muet Gale Henry
13 avril 2025 7 13 /04 /avril /2025 12:03

Une veuve (Gale Henry), qui habite sur un bateau à aubes, reçoit souvent les visites de Charley, un garçon charmant, mais si timide, qu'il n'a jamais osé lui faire sa demande... De son côté, la fille de la dame a un galant qui déplait profondément à sa mère: elle leur interdit de se fréquenter... Ce qu'elle ne sait pas, c'est que les deux galants en question sont frères. Ils vont réussir, à travers des stratagèmes plus ou moins honnêtes, à en venir à leurs fins respectives...

C'est du grand n'importe quoi, fatalement: mais on ne va pas y aller par quatre chemins, la principale attraction de ce petit film, c'est Gale Henry, dans un grand numéro de vieille fille un peu sèche, mais aussi une dynamo humaine dès qu'il est question de romance... Le film est mené à 100 à l'here, par la grâce de la vitesse de tournage: les caméramen des premiers temps étaient des virtuoses de la manivelle...

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Published by François Massarelli - dans Muet Gale Henry
13 avril 2025 7 13 /04 /avril /2025 11:54

Pour un court métrage des mésaventures du coyote contre son destin (et accessoirement un oiseau), ça commence très étrangement, le premier signe qu'on est devant un "à la manière de", et non un film très authentique: deux magiciens se battent en duel... Comme ils sont de force égale, ils s'éliminent mutuellement, donc cette fois en lieu et place d'Acme, le Coyote aura accès à leur outils...

C'est parfois réussi, parfois mal fichu, et les transgressions multiples laissent volontiers perplexe: pourquoi donner le dernier mot à l'oiseau? ...je sais, en France on l'appelle Beep-Beep et on est persuadé qu'il est le héros, mais en anglais il n'a jamais été nommé, il est juste un événement de passage (littéralement) dans la vie tumultueuse et ridicule du coyote le plus malchanceux qui soit...

Ce film qui tente de relancer la saga en la renouvelant (ce qui est un sacrilège) a été utilisé comme complément de programme du sympathique mais tout aussi étrange long métrage de Joe Dante, Looney Tunes, back in action, en 2003.

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation Wile E. Coyote
11 avril 2025 5 11 /04 /avril /2025 15:32

Interrogé sur ce film, Capra confessait facilement son affection profonde, en même temps qu'une sorte de fatalisme devant le destin des copies, qui n'ont jamais cessé d'être malmenées à partir de la sortie de 1937, et de l'insuccès notoire du projet. Il admettait aussi avoir considéré entreprendre un remake, mais avouait ne pas l'avoir fait car il ne l'envisageait pas sans Ronald Colman... Donc, avec un film mutilé, reconstruit tant bien que mal, et qui tranche apparemment de façon spectaculaire sur ce qu'est un film de Capra selon la sagesse populaire, on n'est pas loin d'imaginer avoir affaire à un chef d'oeuvre maudit... ou un vilain petit canard. En tout état de cause, nous voici face à un objet peu banal... Un objet qui se situe de par son histoire dans la droite ligne de la carrière de Capra à la Columbia, dont c'est le film le plus ambitieux. Le script du au complice Robert Riskin était adapté d'un roman de James Hilton paru en 1933. C'était un succès, contrairement au film.

En 1935, le diplomate Britannique Robert Conway (Ronald Colman) et son petit frère George (John Howard), sont stationnés en Chine et avant d'en partir sous la pression de révolutionnaires, se rendent à Baskul dans le but d'aider un maximum de ressortissants Européens et Américains (Nommément dans le film, des "blancs") à quitter le territoire devenu brûlant en raison des troubles politiques. Ils parviennent à sauver 90 personnes (En faisant un tri systématique entre "indigènes" et blancs, ce qui désole Conway), et prennent un avion en compagnie des trois derniers évacués, pour pouvoir rejoindre l'Europe. En chemin, les passagers s'aperçoivent qu'ils ont été acheminés vers l'Himalaya au lieu de s'en éloigner, et leur appareil se crashe en pleine montagne... où un groupe d'hommes très équipés, menés par Chang (H. B. Warner), un Chinois mystérieux qui parle un Anglais impeccable, vient les chercher pour les amener dans un endroit fantastique: Shangri-la, une vallée encaissée, épargnée des intempéries et qui possède un micro-climat positivement miraculeux. Très vite, Conway apprend que son arrivée dans cette vallée merveilleuse n'est absolument pas un miracle ni une coïncidence, et va apprendre surtout à se familiariser avec les lieux, une vallée auto-suffisante, un vrai paradis dont il lui paraîtra difficile de partir. Mais son frère, lui, n'apprécie pas la perspective d'être coincé pour le reste de ses jours dans cet endroit pour en préserver le secret...

J'ai laissé de côté trois points qui alourdiraient considérablement ce résumé, mais qu'il me semble nécessaire de préciser maintenant: d'une part, Shangri-La est dans le film une communauté vaguement oecuménique, fondée par un prêtre Belge deux cents ans auparavant, qui avait trouvé la vallée par hasard. Et ce prêtre (Sam Jaffe) est toujours vivant... Egalement présentes aux côtés du père Perrault, et de Chang, deux femmes vont refléter, chacune à sa façon, les convictions bien différentes des deux frères Conway. George va tromper son impatience en tombant amoureux de Marie (Margo), une femme Russe à l'âge mystérieux: elle paraît avoir vingt-cinq ans, et assure être jeune, mais Chang assure Conway du contraire. Ce dernier, pour sa part, apprend que Sondra (Jane Wyatt); une jeune Européenne qui est venue vivre à Shangri-la, a remué ciel et terre pour que lui, l'homme dont elle a lu les livres philosophiques avec passion, puisse venir vivre ses rêves à l'abri du monde. Ils vont, bien entendu, tomber amoureux l'un de l'autre. Enfin, les autres occidentaux venus avec les Conway sont tous bien différents: Glory (Isabel Jewell) est une ancienne prostituée condamnée par la médecine, qui tente de survivre en dépit d'une tuberculose carabinée; Barnard (Thomas Mitchell) est un industriel et financier recherché pour sa participation involontaire à un scandale; et le Britannique Alexander P. Lovett (Edward Everett Horton) est un paléontologue, totalement oublieux de tout ce qui n'est pas lui-même, et qui souhaite rentrer au plus vite à Londres afin d'y exposer sa découverte: une magnifique vertèbre de mégatherium, dont il est persuadé qu'elle va lui apporter la notoriété... Les trois personnages vont pourtant très rapidement succomber au charme de l'endroit. D'abord attiré par l'or qui semble être partout à fleur de rocher, puis soucieux d'aider Glory à surmonter son état, Barnard finit par se laisser aller aux charmes de Shangri-la, dont il décide de faire profiter de ses connaissances en matière d'infrastructure urbaine. Glory se sent revivre, et finit par guérir totalement, grâce en particulier à l'affection de Barnard. Et Lovett, tout simplement, s'ouvre et s'humanise... 

Le premier tiers du film est entièrement consacré aux aventures des Conway en Chine, qui sont excitantes, fort bien menées, et bénéficient de la mise en scène exceptionnelle de Capra. Ce dernier a fait aménager un hangar réfrigéré par la Columbia afin de pouvoir garder un certain réalisme en ayant de la buée authentique qui permette de rendre les conditions de vie en pleine montagne aussi véridiques que possible! le mystère est entier jusqu'à l'arrivée de Chang, et la référence qui s'impose à nous autres petits Européens, c'est bien sûr le Tintin des années 30, et cette atmosphère de roman feuilleton à cent à l'heure, qui domine cette portion du film. Nul doute que ça a joué en sa défaveur, car une fois arrivés à Shangri-la, les personnages auront moins de mauvaises surprises... On notera que chacun d'entre eux, excepté George bien sur, est confronté à des merveilles cependant; Et bien sûr celui qui aura le droit à un tour de grand huit complet n'est autre que Robert Conway! Mais le principal défaut du film réside justement dans des passages longs, très longs, qui ont pour la plupart été coupés au fur et à mesure des ressorties du film, dans les années 40 et 50: les deux rencontres avec le "Père Perrault", le grand lama fondateur de Shangri-la, sont l'occasion de monologues redondants, qui exposent la raison d'être du lieu, et par là même la fonction philosophique de cette histoire, pour Capra comme pour l'auteur du roman dont le film a été tiré: créer et maintenir un endroit à l'écart du monde, préservé du tumulte, et donc de la foule, qui permette à la sagesse de l'humanité de survivre aux folies guerrières.

On notera qu'il ne s'agit pas d'empêcher la guerre, juste de l'ignorer. Capra qui est souvent accusé par ses contempteurs d'être un incorrigible boy scout qui raconte des histoires de milliardaires qui se mettent à partager leur fortune, nous raconte ici plutôt que la sagesse consiste à se préserver du monde en le laissant aller à sa perte. Il nous expose un rêve privé, une échappatoire sélective en quelque sorte. Un rêve dangereux à l'heure des expériences fascistes... Pourtant ce n'est pas cet aspect d'utopie gênante qu'on retient du film, plutôt son identité de rêve éveillé, mis en valeur par les mystères de roman-feuilleton qui entourent les énigmes de l'âge des gens qui Shangri-la: ainsi, on apprend en même temps que Conway, auquel Chang a raconté l'étrange histoire de Perrault qui a perdu sa jambe dans son périple, que le "grand lama" qui est unijambiste n'est autre que le prêtre Belge vieux de plus de deux siècles. A partir de là nous sommes comme lui prêts à croire que la jolie Marie est en réalité une octogénaire. Mais, assure Chang, qu'elle fasse un pas à l'écart de Shangri-la, et elle sera aussitôt une petite vieille rabougrie qui sera incapable de résister aux intempéries de ce bon vieil Himalaya... Une convention qui vaut ce qu'elle vaut mais qui agit comme un révélateur intéressant, en même temps qu'un enjeu narratif sur le dernier tiers du film.

En attendant, le film a coûté cher, très cher: le résultat de cette dépense se voit à l'écran, la Columbia n'ayant sans doute jamais autant dépensé auparavant pour un seul film! Les décors de Shangri-la, les centaines de figurants, les scènes de panique en Chine, parfaitement intégrées à des vues documentaires, mais aussi la cérémonie funéraire de la fin, dont il existe de nombreuses chutes absolument magnifiques, tout concourt à démontrer que si Capra n'a ponctuellement rien perdu de son efficacité, il est en effet devenu pour ce film particulièrement dépensier. Ce n'est pas moi qui vais lui jeter la pierre, mais le fait est que si la Columbia, habituée à le voir enchaîner les succès depuis 1933 (Lady for a day, It happened one night, Mr Deeds goes to town) l'a laissé faire, et a même typiquement rajouté une couche dans les bande-annonces d'époque en mettant l'accent sur le luxe du film (L'anecdote de Foolish Wives et de son prétendu "million de dollars" en 1922 a semble-t-il été oubliée par tous les studios), ça lui a été reproché vertement une fois le manque de succès du film établi. 

Le destin "physique" du film, à cette époque durant laquelle il fallait de l'espace, du personnel et de la précaution pour conserver un film, et non des pixels et de la mémoire comme aujourd'hui, a été particulièrement contrarié: d'une part, la version souhaitée initialement par Capra, qui durait paraît-il près de trois heures, a été très critiquée par les spectateurs d'une preview, et n'a pas survécu à cette unique présentation en 1937. A la place, c'est un film à la durée notable (Pour la Columbia, décidément pas très fortunée à cette époque) de 130 minutes qui est sorti, réarrangé de la façon qu'on connaît aujourd'hui. Mais la guerre (Dont le film anticipe clairement la venue afin de justifier son message idéaliste) arrivant, une nouvelle version réadaptée a été concoctée, dans laquelle le message pacifiste de Perrault a été amoindri en taillant dans les séquences qui offraient des monologues à Sam Jaffe, parmi les plus difficiles à soutenir aujourd'hui il est vrai. Ont aussi été coupées des scènes, y compris de comédie, de la vie quotidienne à Shangri-la des principaux protagonistes: une scène dans laquelle Glory révélait à Chang son métier par exemple, mais aussi des séquences qui montraient Lovett et Barnard s'accoutumer à leur nouvel environnement. Le film avant sa reconstruction de 1972 avait perdu une vingtaine de minutes, ainsi que son vrai titre, désormais remplacé par son titre Britannique The lost horizons of Shangri-La, qui mettait finalement par la présence du lieu mythique, l'accent sur le côté conte de fées du film. C'est une trahison, car à tort ou à raison, je pense que Capra y croyait dur comme fer...

Quoi qu'il en soit la restauration de 1972, qui réassemble des séquences tirées de douzaines de copies autour d'une bande-son intégrale de la version d'exploitation, nous a restitué une version décente du film, même si incomplète. On notera qu'au moment de la numérisation du film, en 1999, une minute supplémentaire, tirée d'une copie 16mm, a été intégrée au métrage déjà assemblé en 1972.

Si on va au fond, le film est franchement plus que polémique, avec cette intrigue dans laquelle un idéaliste et une poignée de quidams perdus en plein Himalaya découvrent par hasard le paradis sur terre et abandonnent graduellement toute volonté de retourner chez eux alors que la guerre menace! Mais son sens de l'absolu, sa sincérité touchante et le soin maniaque apporté à la réalisation en font le chef d'oeuvre de Frank Capra... ou du moins celui de ses films que je préfère. Peut-être aussi à cause de sa fragilité assumée, de son improbabilité et de son fantastique mâtiné de conte, à cause de ses transgressions aussi, et puis, il y a l'impeccable Ronald  Colman, la ravissante Jane Wyatt, Edward Everett Horton... que voulez-vous?

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Edward Everett Horton
11 avril 2025 5 11 /04 /avril /2025 14:51

Bruce Wayne, héritier orphelin de la fortune et de l'entreprise de Thomas Wayne, a grandi dans la culpabilité d'avoir causé la mort de ses parents, et la colère de ne rien pouvoir y faire. Il est à la recherche désespérée d'un moyen d'expier, en se battant contre le crime. Grâce à l'intervention d'une société secrète, il trouve le moyen de se doter sinon de super-pouvoirs, en tout cas d'une impressionnante technique de combat, et revient à Gotham City pour affronter le crime, la corruption... et ses démons.

Christopher Nolan a réalisé trois films consacrés au super-héros créé par Bob Kane et Bill Finger en 1939, dans le cadre d'un projet global: une trilogie visant à remettre les pendules à l'heure, probablement, après quatre films Warner dont deux oeuvres majeures, mais qui avaient fini par éloigner toute possibilité de prendre le super-héros déguisé en chauve-souris au sérieux...

Je me rends bien compte à quel point la phrase que je viens d'écrire est involontairement ironique, mais justement, c'est toute l'histoire de cette décennie qui vit deux "studios" de cinéma (cette fois, les guillemets trahissent que mon ironie, pour ne pas dire mon mépris, est bien volontaire) se créer de toutes pièces autour d'une lubie étonnante: donner une légitmité cinématographique au film de super-héros... A ma droite, Marvel, à ma gauche, DC comics. Au milieu, un public qui allait se voir soumis à un déluge de productions... Les deux "studios", donc, des groupes de médias constitués autour des éditeurs originaux des franchises de comics, avaient les droits des créatures dessinées, et pouvaient à loisir les relancer.

On sait que Marvel a choisi la pléthore, en lançant plusieurs films par an, et en allant jusqu'à la nausée... DC a été, globalement, plus modeste. C'est dans ce cadre que s'inscrit le Batman de Nolan, qui a choisi de ne pas choisir entre sa carrière d'artiste "sérieux" (trois longs métrages avant celui-ci, et une réputation qui ne faisait que croître avantageusement après les coups d'éclat de Memento et Insomnia) et cette envie de se frotter à l'univers des comic books...  C'est pourquoi il attendra son sixième (The Dark Knight, 2008) et son huitième (The dark knight rises, 2012) films pour donner de suites à ce film, se permettant des films plus personnels entre temps: The prestige en 2006 et Inception en 2010... Ce qui nous autorise sans doute à compter ces trois films de super-héros dans son oeuvre au même titre que les autres.

Après le cirque souvent hilarant mais un rien trop camp de Tim Burton (je laisse volontiers de côté les deux films suivants, dobscurs tâcherons et qui resteront anonymes, ce sera plus simple), Nolan replace Batman dans sa noirceur fondamentale, réalisant un film d'action assez virtuose... Il a confié à Christian Bale la tâche impossible d'être convaincant en justicier déguisé en chauve-souris, et c'est pourtant presque réussi. Presque, parce que je ne parviendrai jamais à accepter à 100% cette gestuelle codifiée, ces mines patibulaires de rigueur, et ces poses absurdes (ce petit arrêt auto-satisfait que le super-héros qui vient de sauter dans le vide arbore en se retrouvant parfaitement accroup sans encombre, c'est d'un ridicule, avec ou sans petit marteau)... Mais probablement, Nolan qui a confié à Michael Caine le rôle du majordome Alfred, sait-il que tout ça ce n'est pas si sérieux que ça. Et après la vengeance hallucinatoire de Memento, la lutte inégale contre le mal d'Insomnia, sans doute avait-il besoin de se livrer à cet exercice. 

Long, sombre, clair dans son intrigue et virtuose dans son exécution, ce film est intéressant par le fait qu'il est dénué d ela moindre prétention autre que celle de proposer un spectacle qui évite les excès baroques. Ca le rend avantageusement regardable 20 ans plus tard... Et les personnages dans leur ensemble ont une vraie dimension, avecdes acteurs aussi intéressants que Cillian Murphy, Gary Oldman, Morgan Freeman, Brendan Gleeson ou Kate Holmes...

Une seule femme... Oui, au passage: tout ça reste quand même un univers bien masculin.

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Published by François Massarelli - dans Christopher Nolan