Les copains de labande habituelle des films Our gang sont très amis avec un cordonnier qui les laisse souvent s'installer dans son atelier, au détriment de son travail parfois, et de sa tranquillité toujours... Un jour qu'il ne veut pas que le chaos qu'ils installent chez lui ne se poursuive, il les emmène en pique-nique... Mais la voiture (on est chez Hal roach, c'est donc une Ford T) tombe en panne; le temps qu'il aille chercher de l'eau pour le radiateur, les gamins tentent des réparations, et dérangent un vagabond...
L'énergie du groupe est bien rodée à ce stade de l'histoire de la troupe... Sous la responsabilité de Tom McNamara (Charley chase, qui vient de commencer sa propre série, n'a sans doute plus de temps à consacrer à la supervision des films de chez Roach, et c'est désormais probablement F. Richard Jones, un transfuge de chez Sennett, qui s'en charge), le style des films ne varie pas, et la qualité non plus.
Chez Roach, on ne glisse pas toujurs dans la folie pure, il y a souvent une méthode, liée aux caractères des personnages... C'est d'autant plus vrai dans ces films où Ernest Morrison, Jackie Condon, Mickey Daniels, Jack Davis et Allen Hoskins (dans le rôle de la petite Farina) rivalisent d'invention et de malice...
Quand l'étudiant Raskolnikow (Peter Lorre) obtient son diplôme à l'université, on lui promet monts et merveilles... Sa mère et toute sa famille se réjouissent. Quelques temps plus tard, il est un jeune essayiste, auteur occasionnel d'articles sur le crime, et bien qu'il ait conservé l'estime et l'amour de sa famile et de son meilleur ami, il est fauché... En se rendant chez une prêteuse sur gages pour y échanger une montre, il voit une jeune prostituée, Sonya (Marian Marsh) se faire humilier et escroquer... Il en conçoit une haine absolue contre la femme qui vient de se renre responsable d'un abus de pouvoir...
Quand sa famille est dans une mauvaise situation à son tour, sa soeur (Tala Birell) s'apprête à épouser un homme qu'elle n'aime pas (Gene Lockhart). Afin de lui éviter ce destin, Raskolnikow retourne chez la prêteuse sur gages, et la tue...
Arrêté pour un loyer en retard, l'étudiant fait la connaissance de Porfiry (Edward Arnold), l'inspecteur chargé du meurtre de la vieille usurière: le policier a lu avec intérêt son dernier article, et les deux sympathisent. Raskolnikow apprécie de plus en plus la compagnie de celui qui pourrait à n'importe quel moment l'arrêter pour meurtre...
C'est un film Columbia, la première oeuvre de Sternberg réalisée pour un autre studio que la Paramount depuis 1926... Le contrat avec le studio prestigieux s'est conclu sur l'échec de The devil is a woman, et probablement aussi sur le fait que Sternberg allait cesser son partenariat avec Marmlene Dietrich. Si a priori, l'idée de confier à Sternberg, avec son style si distinctif, une adpatation du roman de Dostoïevski semblait une excellente idée, le film a un peu tourné à l'exercice imposé... Imposé par la Columbia, qui en 1935 était encore un studio fort limité, qui maintenait les budget au plus bas pour payer les films de Capra! Et Edward Arnold (contrairement à Harry Baur chez Pierre Chenal la même année) me semble trop "bonhomme" pour son rôle de limier ambigu...
Cela étant, si Sternberg s'est un peu trouvé contraint, il a quand même rendu son film beau et insaisissable, et si on considère qu'il était plombé par avance par le fait qu'il est une adaptation d'un classique archi-connu, par la noirceur des intentions du roman, au moins a-t-on la satisfaction de voir Peter Lorre, en pleine jeunesse, dans un rôle qui lui va admirablement... Tout en étant un écho "humanisé" de son rôle le plus célèbre...
En 1997, à travers la chaîne HBO, Joe Dante et le scénariste Martyn Burke posaient la question suivante: que se passerait-il si le gouverneur de l'Idaho (Beau Bridges), dopé par sa victoire aux élections sur une plateforme anti-immigration xénophobe et ultra-extrémiste, et par sa rupture avec sa maîtresse (Elizabeth Pena, une journaliste d'origine... Mexicaine, comme quoi), décidait d'un seul coup de fermer ses frontières, avec l'appui de tous les porteurs d'armes, voire carrément de faire sécession? C'est qu'une organisation non-gouvernementale, qui accompagne des enfants réfugiés du Pakistan, a obtenu l'autorisation fédérale de se poser et d'envoyer un certain nombre de quotas d'enfants dans certains états, dont l'Idaho.
Par la même occasion, on apprend incidemment que les américains sont plus obsédés que jamais par ce qu'ils considèrent comme les excès du communautarisme; on entendra, de la part des "braves gens de l'Idaho", énormément d'arguments purement xénophobes, sur "les étrangers qui prennent nos jobs", ce qui était encore un peu caricatural en 1997... De fait, les réfugiés du Pakistan (dans le film, l'Inde a lâché une bombe sur son voisin) deviennent essentiellement une pomme de discorde, plus que des êtres humains...
Au pays du 2nd amendement, celui qui garantit non seulement le droit de port d'armes (avec des variantes d'état en état) mais aussi et surtout le droit des états de faire justice et de se défendre en cas de menace, la Guerre Civile de 1860 n'était finalement pas autre chose.
Mais la situation exposée dans ce film a ceci de particulier qu'en 1997, les médias étaiet déjà omniprésents, et le film explore avec brio la façon dont la crise se joue: en Idaho, d'une part, où le gouverneur, même avec le soutien de sa population, cherche parfois à réévaluer la situation une fois ses rodomontades effectuées; à la Maison Blanche, où le président (Phil Hartman) tente de gérer la crise, avec un certain nombre de ses conseillers (James Coburn, Kevin McCarthy); et enfin dans un grand centre de médias, où les journalistes tentent de gérer à leur façon les nouvelles (Dan Hedaya, Ron Perlman...), pendant qu'ils voient les nouvelles arriver de tous les états où l'armée est stationnée: clairement, l'armée américaine, pendant que le gouvernement tergiverse, est prête à envahir l'Idaho...
C'est une petite tradition saine chez HBO: des films politiques irrévérencieux, extrêmes, piquants et formidablement bien faits. Jay Roach, depuis quelques années, en a fait une marque de fabrique... Mais ici c'est Joe Dante, réalisateur de contrebande s'il en est, rompu à tous les aléas de tournage depuis ses jours auprès de Roger Corman (qui, au même titre que l'inévitable Dick Miller, apparaît dans ce film comme dans tous les précédents): c'est un brûlot, et je le dis sans tenir compte de la situation actuelle des Etats-Unis, où le pays entier est aux mains d'un autocrate qui est rompu à l'idée de n'en faire qu'à sa tête, qu'importe si les idées idiotes qui lui traversent l'esprit sont anticonstitutionnelles...
En attendant qu'un futur film se charge de tailler plus d'un costard à l'ère Trump, vivement, on a droit avec ce film à un jeu de massacre, dans lequel la preuve est faite: s'il suffit en 1997 d'un état qui décide d'aller dans le sens contraire pour démanteler les Etats-Unis, que penser d'une version des Etats-Unis dont le président envisage de cesser de s'occuper des Etats où on n'a pas voté pour lui?
Alors qu'ils sont en ville avec son épouse (Gale Henry), pour participer à une série de rencontres d'un groupe de dames très comme il faut, Hank Mann se laisse distraire par un groupe de jeunes Bahing Beauties, qui ne trouvent rien de mieux à faire que de parader en maillot de bain... Son épouse, pour résumer, n'est pas franchement emballée par son comportement...
Mais quel désordre! Le film semble être un mélange de scènes sans véritable but (admettons que le fait que le début ait été perdu n'aide pas la situation), et chacun semble obéir à un différent script... Les deux vedettes en titre, Gale Henry et Hank Mann, ne sont pas en cause, et chacun d'entre eux fait ce pour quoi elle/il a été engagé. Mais le film, distribué par Warner (qui débutait à cette époque, 1924 étant la première année de production du studio), me semble être un mélange d'influences, principalement à la Sennett, qui ne va nulle part.
Le cinquième long métrage de Christopher Nolan est l'histoire de deux obsessions, apparemment similaires, mais pas vraiment: deux artistes qui se sont formés ensemble, en tant qu'assistants d'un prestidigitateur, tentent de créer le numéro ultime, tout en essayant de percer le secret de l'autre... Mais à l'origine de cette double quête obsessionnelle, une mort, celle de l'épouse de Robert Angier (Hugh Jackman): lors d'un numéro de leur employeur, Angier estime que c'est Alfred Borden (Christian Bale), avec ses noeuds très élaborés, qui a été responsable du ratage du dispositif grâce auquel la jeune femme pouvait se sortir de l'aquarium dans lequel elle finissait le numéro. Depuis ce jour, les deux aspirants magiciens se livrent une guerre sans merci, motivés l'un par la vengeance, l'autre par l'agacement, et les deux par une ambition de créer un numéro de disparition qui renouvelle totalement le spectacle de prestidigitation...
C'est une autre mort pourtant qui lance le film, celle d'Angier, sur scène, après ce qui ressemble à une tentative de sabotage par Borden. Celui-ci est arrêté, et va sans doute être condamné à mort, pendant que les témoignages affluent, lançant le flash-back. Une bonne part de ces réminiscences est dû à Cutter (Michael Caine, le grand acteur qui s'est semble-t-il acoquiné à Nolan de façon durable). Lui aussi est un prestidigitateur, plus âgé bien sûr, et qui a pris sous son aile les deux hommes avant de rester aux côté d'angier après son deuil. C'est lui qui nous explique les trois étapes d'un tour de magie: d'une part, faire attendre un acte de magie (disparition, transformation), puis l'acte en lui-même ou le tour, et enfin la restitution: on fait réapparaître l'animal disparu, on montre que l'assistante n'a pas été sciée en deux, ou le transformiste revient habillé comme au début de son numéro. Cette restitution, qui retourne à la réalité sans pour autant donner la solution, s'appelle le "prestige" car c'est le moment-clé pour l'égo du prestidigitateur...
Le fait de situer ce film en 1890, à Londres, en pleine ère Victorienne, n'est absolument pas un hasard: il s'agit de l'époque des grandes fictions du double, de Dorian Gray et du dr Jekyll... De fait, une bonne part du film tourne autour d'un numéro apparemment impossible, développé par Borden et convoité par Angier: un homme entre dans un placard à droite de la scène et en ressort à gauche... La perfection atteinte par Borden va pousser Angier à expérimenter plusieurs solutions, mais aucune ne sera totalement satisfaisante.
Pourtant, le film n'est pas limité à la fiction: après tout, on y trouve aussi Nikola Tesla (David Bowie), inventeur de génie qui aurait pu faire tant d'ombre à Edison. Il joue un rôle crucial, en offrant la possibilité à Angier d'utiliser des doubles artificiellement créés... Ce qui revient évidemment à la fiction... C'est la partie la plus hallucinante du film, qui est bâti pourtant sur un principe simple, celui des prestidigitateurs: si c'est extraordinaire en soi, alors on ne va pas pouvoir le vendre tel quel; le principe qui sera suivi par Angier sera d'utiliser cette machine à cloner, sans le dire, pour laisser au spectateur sans explication quant à son dédoublement... Nolan ne souligne pas trop cet aspect, et au contraire passe une bonne partie du film à nous montrer, d'un point de vue à l'autre, les étapes des deux hommes, sans jamais vraiment nous faire choisir lequel nous allons suivre...
C'est virtuose, dans un film qui agit comme un tour de prestidigitation: Nolan nous bluffe évidemment, sans qu'il soit facile de voir qu'est-ce qui tient de l'illusion secondaire (celles qu'on nous fait miroiter pour détourner l'attention) et ce qui est le vrai tour de magie... Et une fois que le film est fini, on a surtout eu face à nous deux parcours radicalement différents, minés dès le départ, parce que pour Borden ou pour Angier, on le verra très vite, la magie est une chose différente. L'un d'entre eux est un showman de génie, l'autre un artisan à la précision diabolique. L'un est dévoré d'ambition pour lui et lui seul (tant pis si son épouse est décédée dans l'histoire, et au pire ça lui donne un motif de vengeance), l'autre est un mystère...
Inutile de dire que ce film est un chef d'oeuvre gonflé et extrèmement attachant...
La famille Powell, de l'Arkansas, est une sorte de cliché des années 20: les parents profondément puritains, et les enfants qui sous des dehors dignes, ne rêvent que d'une seule chose: se rendre à Hollywood, pour "vérifier sur place" si les turpitudes dont la presse (principalement paroissiale) se fait l'écho sont vraies ou inventées... Les deux grands en particulier, Joe (J. Frank Glendon) et Carrie (Gale Henry) sont tellement prêts à tout pour se rendre sur place qu'ils mentent pour s'y rendre. Nous suivons leur pérégrination dans la ville dont ils pensent qu'elle est la capitale de la débauche...
C'était d'époque, en 1922, la presse fait en effet beaucoup de bruit sur la supposée terrifiante immoralité qui préside à l'existence même d'Hollywood... Le film s'amuse de montrer des citoyens de l'Arkansas qui sont tellement caricaturaux que la mère, au moment de se rendre en Californie, conseille à son mari de ne pas oublier son revolver...
De leur côté les jeunes sont tout aussi caricaturaux, mais on déplore que le film soit à l'heure actuelle réduite de deux bobines: sur six, la deuxième (qui voit sans doute Joe, le frère, se comporter en plouc intégral à son arrive à Hollywood, les séquences qui substistent peuvent nous le confirmer), et la cinquième (qui détaille la probable descente aux enfers de Carrie, et nous sommes donc privés de Gale Henry dans un rôle qui promettait quant à sa loufoquerie) sont perdues... Dommage.
Pour le reste le film dont la mission est clairement de dédouaner les gens de Hollywood de toutes les turpitudes dont on les rend responsables, ressemble à une succession, d'une part, de scènes de comédie gentille, et caricaturale, mais moins concernant Hollywood que l'esprit étroit des habitants du Sud et de la Bible belt... Et d'autre part, il nous montre une visite assez convenue de quelques hauts lieux, avec des apparitions-éclair de Wallace Reid et son épouse Dorothy Davenport, de Sessue Hayakawa et Tsuru Aoki, de Bessie Love ou encore J. Warren Kerrigan... Le film semble annoncer Souls for sale, qui lui sera infiniment supérieur... en l'état.
Année 1950, soit loin dans l'avenir... Les femmes et les hommes ont fini par inverser leurs rôles, et deux femmes se présentent à un poste important, celui de chef des pompiers... Tous les coups sont permis, et c'est Lizzie Hap (Gale Henry) qui est élue, par tricherie principalement...
Le reste du film concerne l'ineptie totale de la nouvelle équipe et principalement de sa cheffe, surtout pendant que son ancienne adversaire (Phyllis Allen) passe le plus clair de son temps à draguer son fiancé...
Mais c'est aussi une preuve éclatante de la présence de deux thèmes fréquents dans le burlesque de l'époque: la fiction d'anticipation autour d'une supposée confusion des sexes, liée à la montée irrésistible du vote des femmes (qui sera effectif en 1920), d'une part; ça a déjà donné de nombreux films de court métrage, généralement peu tendre. Celui-ci est aussi bien violent, mais dans la loufoquerie la plus assumée...
Et le deuxième thème a nourri déjà de nombreux films chez Sennett, mais aussi The fireman chez Chaplin (en 1916): les pompiers et leur décorum ne pouvaient être qu'une manne pour le muet Américain...
Oui, sinon, en effet: c'était bien un poste-clé auquel on se faisait élire!
Dans une pension de famille, l'employée à tout faire (Gale Henry) voit arriver un résident qui lui plait bien... Jusqu'à ce que ses agissements ne le rendent louche à ses yeux: nous savons, nous, que c'est un acteur qui répète une pièce de théâtre dans laquelle son personnage commet des crimes, et il répète avec un mannequin...
C'est un quiproquo facile, et ce n'est pas à proprement parler le meilleur des films que j'ai vus avec Gale Henry. Ca reste malgré tout une ccasion de voir sa bizarrerie décalée aux commandes d'un film burlesque situé dans un univers familier, et qui nous semble si exotique, les pensions de famille de Californie au début du XXe siècle, si chers à Laurel et Hardy...
L'actrice Gale Henry est co-créditée à la mise en scène de ce film sur Imdb.com, ce qui ne m'étonne qu'à moitié: d'une part, l'équipe y est sensiblement la même que sur une poignée de courts métrages entièrement centrés autour d'elle et de sa personnalité, qui ont tous les mêmes caractéristiques... Et le même style que virtuellement tous les films qui nous sont parvenus de ses années10, certains d'entre eux étant en prime basés sur des scripts dont elle était l'autrice...
Ici, le film annonce la couleur en utilisant ce terme, une version féminine du mot Detective, et en faisant d'elle l'héroïne et la raison d'être du film, basé sur une enquête de la détective décidément très particulière, qui doit récupérer à Chinatown des documents dont elle semble ignorer qu'ils sont en fait dans sa poche...
Une partie importante du film repose sur des variations autour d'un espace fou furieux, ave porte tournante et trappes un peu partout... Qui de toute façon s'avère être un rêve généré par la consommation fortuite d'opium. On notera aussi la présence envahissante du grand n'importe quoi des stéréotypes sino-Américains, présentés avec tellement peu de sérieux qu'ils en deviennent hilarants... Mais pas à reproduire, bien entendu.
Gale Henry et sa bande habituelle (le réalisateur Bruno Becker, les acteurs Milburn Morante, Hap Ward ou Eddie Baker) sont à l'oeuvre dans ces quelques minutes qui sont toutce qui reste d'un film de probablement deux bobines, qui est sans doute une production Model comme les autres films de l'époque. Ces trois minutes ont survécu sous la forme d'une bobine 9.5 mm de type Pathé Baby, retitré Susie Elopes...
"To elope", c'est bien sûr le principe de se marier en douce, lors d'une fugue, qu'on retrouve dans tant de scénarios sentimentaux... Mais c'est ici passé par la moulinette du burlesque échevelé, avec Gale Henry en future épousée, forcément, ça déménage drôlement! Les étapes habituelles de l'exercice (fuite nocturne, utilisation d'une échelle, etc) sont subverties une à une, jusqu'à la cérémonie elle-même qui s'effectue sur une plateforme tournant à cent à l'heure...