A Madrid, une maison bourgeoise... La souris locale s'appelle El magnifico (Jerry) et il semble bien qu'il n'y ait rien à faire: le chat de la maison, lui, s'est fait une raison, mais pas sa maîtresse... Pour contrer les agissements du terrible rongeur, on fait appel à un spécialiste venu des Etats-Unis (Tom)...
C'est une merveille, qui transcende sans problème les limitations de son animation (c'est hélas la fin des années 50 et les restrictions budgétaires sont là) en créant une loufoquerie communicative, dans laquelle sans vraiment qu'il y ait de preuve, Jerry est presque un super héros contre des chats qui ne peuvent absolument rien contre son pouvoir... Qui consiste surtout à rouler des mécaniques!
La confrontation entre Tom et Jerry dans ce film, hors de leur terrain domestique habituel, renouvelle de façon significative l'intérêt... Et le film ressemble au final à une transposition (européenne) de l'univers de Speedy Gonzales, le systématisme en moins, dans le monde de Tom et Jerry...
Dans ce film d'une bobine qui fut réalisé par celui qui dix ans plus tard allait réaliser le classique Sparrows avec Mary Pickford, une situation loufoque se dessine selon les ingrédients suivants:
Une jeune femme (Lillian Peacock) hérite d'une maison.
Son petit ami (Milburn Morante) est détective.
Son père (Billy Franey) désapprouve fortement de l'idylle.
Les domestiques de la maison sont deuxièmes en piste pour la maison, et si la jeune femme ne réussit pas à y vivre six mois seule, ils vont hériter. le couple est composé de Gale Henry et Dan Duffy.
Enfin, un groupe de cambrioleurs s'introduit dans la maison...
Bref: d'une part les domestiques vont jouer à l'inévitable histoire de fantômes; les cambrioleurs aussi; le détective va s'introduire dans la maison (pourquoi, au fait?)... et le tout sera une nuit d'agitation d'une profonde idiotie.
Le principal ingrédient de ce film décérébré reste bien sûr Gale Henry, dont le timing comique et le physique excentrique sont superbement mis en valeur ici, qu'elle porte ou non un déguisement de fantôme...
Le film commence directement, sans temps mort, par un accident: une voiture roule à vive allure, quitte la route... La une des journaux nous apprend le décès d'un homme important. C'était un millionnaire sans enfants... Son héritier est un jeune homme, Longfellow Deeds (Gary Cooper), qui vit à Mandrake Falls, Vermont: totalement ignorant du monde des affaires, de la vie urbaine, et qui se considère comme un poète, joue du tuba, et ne dépare pas vraiment dans la petite commune où il vit, tant il est gentiment farfelu. C'est donc ce grand naïf qui va s'installer à New York pour reprendre la direction des affaires de son oncle éloigné...
Le cinéma muet Américain s'est fait une spécialité d'opposer, dans le drame, la comédie comme le mélodrame, la ville (corrompue et aliénée, elle fait des monstres des humains qui y habitent ou s'y aventurent) et la campagne (la vraie vie au grand air, la simplicité, l'humanité tendre et reposante)... Cette dichotomie bien pratique a toujours été un terreau particulièrement attirant pour Capra (pas que lui, d'ailleurs...), et c'est flagrant dans ce film et sa "suite" camouflée, Mr Smith Goes to Washington... Longfellow Deeds, dont Cedar, l'avocat (Douglas Dumbrille) des affaires de son oncle dit qu'il est juste un gosse qu'on pourra manipuler, va d'abord être le jouet de la presse qui va se jeter sur lui, et ce sera le travail de la journaliste Babe Bennett de s'approcher au plus près, et de tenter de ramener de quoi transformer le jeune héritier naïf en nouvelles croustillantes...
Dès le départ donc le pays entier semble déterminé à se dire qu'il est cuit: il va être aisément manipulable, il suffira de gérer comme on l'a toujours fait... Pourtant Deeds n'est pas aussi malléable qu'on aurait pu le croire. Capra en fait le véhicule du bon sens, et on n'a pas de doute que la journaliste aux dents longues et acérées va craquer pour lui. Le film est politique, à sa façon: alors qu'on attendait l'agneau dans la meute des loups, Deeds va en effet importer le bon sens humaniste et une certaine fraîcheur dans les affaires de feu son oncle. quand il arrive en ville, il est prêt d'emblée à tout donner de cet héritage dont il n'a jamais eu conscience qu'il lui reviendrait... Devenu de droit le président d'un conseil d'administration d'un opéra, il s'oppose aux tentatives flagrantes de corruption dont il est le témoin... Il défend son terrain et sa propre différence avec les poings s'il le faut dans une scène inattendue où il est confronté à la corruption ordinaire en compagnie de la journaliste qui s'est introduite en conrebande dans sa vie...
La scène la plus importante, sans doute la plus significative, est celle qui voit un chômeur en bout de courses'introduire chez lui pour le menacer... C'est une prise de conscience non seulement pour Deeds, mais aussi pour le spectateur, qui jusqu'à présent n'avait vu des affaires dont Deeds a la charge, que le versant administratif. C'est un tournant dans le film, qui renvoie à d'autres moments forts de l'oeuvre: la fermeté et le bon sens de Walter Huston dans American Madness, la confrontation de Claudette Colbert avec le peuple qui voyage en bus dans It happened one night, ou la façon dont les acteurs minables revendiquent leur dignité face à l'exploitation dont ils sont victimes, dans The Matinee Idol...
C'est sans doute ce qu'on a appelé Capracorn, de façon critique et moqueuse. Mais ces bons sentiments, cet intérêt pour la cause des gens simples, ont toujours été l'apanage de Frank Capra... Et ce film semble en cristalliser l'expression d'une manière définitive, à travers le personnage immédiatement sympathique de Longfellow Deeds. J'imagine que pour Gary Cooper il était plus confortable d'habiter la peau d'un tel personnage (qui adore les grands escalier sur lesquels il peut faire du toboggan, mais qui ne comprend pas pourquoi on se moque de lui en le surnommant "Cinderella Man"...) que de réciter les insupportables dialogues de Jeanie McPherson dans les films de Cecil B. DeMille!
Et le casting entier ajoute au bonheur: Jean Arthur (cette voix indissociable des trois grands films de Capra auxquels elle a contribué, celui-ci étant le premier), Douglas Dumbrille en avocat véreux, Lionel Stander qui incarne le redoutable Cobb, qui est le principal interlocuteur des affaires de Deeds avec la presse, ou encore George Bancroft en patron de presse (tellement années 30...)... Mais le film culmine pourtant dans des scènes mémorables de procès, qui jouent à fond sur le décalage entre la simplicité humaine de Deeds et le côté carnassier des affairistes qui se sont retournés contre lui. Un pur bonheur, qui a le bon goût de rester de la comédie: il faudra attendre les films suivants pour que Capra ose verser vers le drame, souvent avec succès (les scènes de suspense politique à la fin de Mr Smith sont dans toutes les mémoires); mais pour l'heure, Capra semble avoir trouvé le film parfait pour faire un premier bilan génial de ses travaux cinématograhiques.
Leonard Shelby (Guy Pearce) a eu un accident grave, qui l'a privé de toute capacité de conserver la mémoire à court terme: il sait qui il est, se souvient de tout ce qui a été sa vie avant "l'accident", mais est incapable de fixer un souvenir depuis...
"L'accident", c'est la nuit lors de laquelle Leonard a trouver deux cambrioleurs, chez lui, qui étaient en train de finir de tuer son épouse (Jorja Fox). L'un d'entre eux a été tué sur place par Leonard, mais l'autre s'est enfui après l'avoir assomé (d'où son problème de mémoire), et désormais, il s'est fixé pour but de le retrouver et de le tuer.
Pour contrer son problème de mémoire, il a adopté un mode de fonctionnement très particulier: il garde en permanence un appareil Polaroïd, avec lequel il prend des photos (rappelons que le Polaroïd permet de faire des photos à développement instantané, même si celles-ci s'effacent au bout de quelques temps...) qui vont l(aider à garder des indices: telle personne photographiée, se voit donc dotée de commentaires ("c'est un ami", "ne pas se fier à lui", etc) qui aident Leonard à y voir plus ou moins clair. Il a aussi pris l'habitude de confier à des tatoueurs des faits essentiels, qu'ils lui fixent sur la peau au fur et à mesure, quand ce n'est pas lui qui le fait directement...
Le film est doté de deux chronologies distinctes, l'une en noir et blanc (chronologique, justement): une conversation téléphonique morcelée, saupoudrée au cours du film; Leonard s'y rappelle un cas de sa vie d'avant, une affaire dont il avait eu la charge quand il était détective de compagnie d'assurance, et qui concerne un cas similaire à son problème. L'autre, la principale, est en couleurs, et nous montre à rebours les actions de Leonard alors qu'il tue "Teddy", l'homme (Joe Pantoliano) qu'il pense être celui qui a tué son épouse. Puis, les minutes qui précèdent cette exécution, puis celle d'avant, etc...
On comprend très vite que le monde entier manipule Leonard, d'autant qu'on sait où ça l'a conduit. Il apparaît très vite que Teddy (dont la vraie identité reste assez mystérieuse assez longtemps, et on n'est même pas sûr de l'avoir cerné totalement une fois le film fini) n'est pas le meurtrier que Leonard recherche, mais juste un personnage qui est finalement assez ambivalent: d'un côté, comme tout le monde, il ment et utilise Leonard, sans vergogne; de l'autre, il l'accompagne avec humour (sauf évidemment dans la première scène) et on jurerait qu'il a de la sympathie pour lui... Sinon, les personnes rencontrés forment une belle galerie de truands, de osers, de sales types et de femmes fatales, qui tous, ont décidé de profiter un grand coup de l'aubaine: un type manipulable à l'envi, qu'on peut même insulter autant qu'on veut tant qu'il n'a pas de crayon sur lui pour noter ce qu'il aurait oublié dans deux minutes...
Avec tout ce pedigree, il est vraiment étonnant que ce film, qui commence par la fin de son histoire et redéroule jusqu'au début, puisse tenir debout! C'est que l'intérêt pour cette histoire dont on sent bien que le grand secret est en amont et non en aval, prime sur tout: mais qui donc est le grand responsable de cette situation, qui a guidé Leonard vers cette fuite en avant dont on se doute qu'une fois l'intrigue finie, il paiera pour chaque vie laissée de côté?
La réponse est sans doute au bout du film... Un film gonflé, qui joue avec le temps comme avec un yoyo... Un film aux images fortes et intrigantes, comme cet étrange bonhomme sec avec sa vie et ses pires cauchemars tatoués sur le corps. Des images captées, gardées, classées et commentées par un homme en perpétuelle renaissance qui a eu la naïveté de croire qu'il serait impossible à ces images, mots et commentaires, de mentir.
C'est le troisième court métrage de la série Lady Baffles and detective Duck à avoir été conservé, sur onze. Je ne sais pas s'il y en a d'autres qui soient disponibles... Un peu plus long (il atteint dix minutes) que les autres, il est hélas tout aussi abimé... Et bien sûr tout aussi loufoque que les autres.
Les deux acteurs principaux, qui aimaient tant le jeu sur les personnages, jouent donc deux rôles chacun, favorisant le déguisement et la confusion! Un gouverneur qui refuse de signer un projet corrompu qui avantagerait le lobby de l'alcool! Pour aider le gouverneur, le détective Duck (Max Asher), et pour aider les escrocs, l'inévitable Lady Baffles (Gale Henry), toujours du mauvais côté!
Cette dernière prend un malin plaisir à interpréter aussi bien la dangereuse aventurière et l'épouse du gouverneur...
Un banquier (Max Asher) demande de l'aide au Detective Duck (...Max Asher). Dès le départ, les conditions sont donc réunies pour que l'acteur s'amuse avec le déguisement, et la confusion entre les personnages. Dans ce film réduit à sept minutes, mais qui était sans doute plus long à sa sortie, il n'est pas très clair de comprendre ce qui motive l'intervention de la menaçante lady Baffles (Gale Henry), si ce n'est qu'elle est la nemesis de Duck...
Une sous-intrigue qui finit par prendre toute la place concerne le fait que le banquier (qui, incidemment, s'appelle Schulz comme le personnage joué par Asher dans une autre série de comédies) a pour l'heure refusé à sa fille l'autorisation d'épouser un simple caissier. Mais comme Baffles est une femme sensible, elle va les aider...
D'où le titre (Baffles aids Cupid, soit "Baffles vient en aide à Cupidon")...
Le film est encore plus réduit que les autres épisodes de la série qui ont survécu... On doit, je suppose, s'estimer heureux d'en posséder ces quelques minutes.
Ce film est le premier d'une série de onze comédies d'une bobine, dont assez peu ont survécu, et pas dans les meilleures conditions! Imitant le principe du serial, mais en remplaçant le cliffhanger par une tonne de gags idiots, une loufoquerie à toute épreuve, et une gratuité absolue, ces courts métrages étaient l'une des réponses de Universal à la floraison de comédies burlesques venues d'un peu patout...
Les deux héros sont donc Detective Duck (Max Asher), roi du déguisement, et prince du bizarre (il a une tendance à littéralement apparaître comme ça, de nulle part...), et Lady Baffles, une inquiétante personne passée définitivement de l'autre côté de la loi, et interprétée par la grande (à tous points de vue) Gale Henry, et elle aussi aime à se déguiser... Elle n'a pas non plus peur du ridicule!
Dans ce premier épisode, Lady Baffles fait tout pour voler des bijoux (dont on nous dit incidemment qu'ils ont été volés en Inde) qu'elle convoite, et la lutte est acharnée entre les deux ennemis jurés...
Rationnels et loufoquophobes s'abstenir... Mais les amateurs de Gale Henry, merveilleuse comédienne capable de tout et de pire que tout, actrice "physique" par excellence, peuvent en revanche se jeter sur ce film idiot. Et ce n'est pas une critique...
Mr et Mrs Schultz (Max Asher et Gale Henry) ne sont pas tout à fait d'accord sur la façon de traiter le fiancé de leur fille (Louise Fazenda)... Ils se fâchent tant et si bien qu mr Schultz décide d'attenter à sa vie, en se jetant à l'eau...
C'est un film d'une bobine, dont il reste sans doute moins de 20%... Et ce qui reste a été sauvegardé dans un stade avancé de décomposition, donc le film est difficile non seulement à voir mais aussi à juger! Pour autant on voit bien que le film (Production Joker, distribution Universal) se situe en cousinage des films de Mack Sennett de l'époque; Gale Henry n'y est pas encore très subtile, mais elle assume déjà son principal atout: le moins qu'on puisse dire est qu'elle avait un physique différent, et... qu'elle était clairement née pour la comédie cinématographique...
1933: un nouveau président est inauguré à la Maison Blanche... Après de beaux discours, Judson Hammond (Walter Huston) entend bien faire comme tous ses prédécesseurs, et s'en payer une bonne tranche. Mais alors qu'il exécute un caprice de gamin (conduire sa voiture présidentielle en commettant un excès de vitesse monumental), il a un grave accident. Il ne s'en remettra pas, pense-t-on... Mais il s'en remet finalement, et change du tout au tout: il considérait le leader populiste d'une "armée de chômeurs" comme un agitateur anarchiste, il va désormais les traiter avec humanité. Il ne souhaitait pas s'attaquer au gangstérisme, il va régler le problème par la force. Hammond provoque l'admiration des uns, l'espoir des autres et la crainte des corrompus... Et intrigue ceux qui l'ont soutenu: en particulier sa maîtresse, Pendie Molloy (Karen Morley), et son secrétaire particulier, Beekman (Franchot Tone)...
L'image du président des Etats-Unis au cinéma a toujours été un cas spécial, un joker presque: une façon généralement de passer outre tout soupçon de vulgarité ou d'excès de légèreté pour la comédie (The American President de Rob Reiner n'est pas une comédie sentimentale comme les autres), un laisser-passer vers l'exceptionnel (Civil war, Garland), le grandiose (Abraham Lincoln, Griffith) ou le très bizarre (Gabriel over the White House)... Ca a nourri les films de Capra (The State of the Union), voire de Preminger (Advise and consent)... et donné au cinéma quelques biopics parfois douteux (Wilson, de henry King, ou encore LBJ de Rob Reiner)...
Pourtant aucun autre film ne ressemble à cette parabole, on écrirait volontiers qu'aucun autre film n'oserait y ressembler, tant ce film est étrange, voire gênant. A plus forte raison maintenant, sans doute... Car on est prêt à tout écrire: un film profondément différent, populiste en diable, voire fasciste, provocateur, unique car exessif pour ne pas dire que ce serait plutôt un film à ne pas faire!
La crise est sans doute la première explication pour la présence de cette oeuvre unique en son genre, tournée en 1932, alors qu'on pressentait la victoire de Roosevelt, un démocrate qui rassemblait finalement tous les espoirs: les chômeurs même dubitatifs ont fini par se dire que cet "aristocrate" de l'est, élevé avec une cuillère en or dans la bouche, ne ferait de toute façon pas pire que son adversaire le président sortant Hoover; les élites (William Randolph Hearst en tête) voyaient en lui l'homme fort qui leur permettrait d'avoir leur propre Mussolini... Oui, donc, la crise a inspiré cet étonnante histoire, parue sous la forme d'un roman de Thomas Tweed, avant de devenir un script de Carey Wilson sous l'impulsion du producteur Walter Wanger. On peut s'interroger de la présence de Gregory La Cava dans une telle production, mais l'auteur de comédies qu'il était avait déjà fait la preuve de son indéniable originalité, et allait quelques années plus tard sortir l'un des films majeurs concernant la crise vue du point de vue du peuple avec My man Godfrey...
Au-delà du souvenir de Lincoln, omniprésent dans le film que ce soit en image (les portraits à la maison blanche) ou en chansons (John Brown's body entonnée avec insistance par "l'armée des sans emploi" renvoie à la guerre civile, du côté de l'union et du président à chapeau), le film semble partir d'un postulat simple: à la présidence des Etats-Unis, un opportuniste chasse l'autre, qu'il soit Républicain (et Jud Hammond, clairement, est Républicain, puisqu'il reprend à son compte la fameuse phrase de poudre aux yeux du malheureux président Hoover, "Prosperity is around the corner", qui lui a sans doute coûté la présidence en 1932; de plus, sa façon de se défiler sur toutes les questions embarrassantes en renvoyant aux responsabilités locales est totalement républicaine!), ou Démocrate. Jud Hammond, on le comprend très vite, ne fera rien d'autre que de se servir lui-même, ou comme c'est dit suvent dans le premier quart d'heure, "servir le Parti". Un constat amer qui nous fait anticiper une comédie grinçante...
Nous sommes pourtant confrontés à toute autre chose: car ce film est un cas unique dans l'histoire du cinéma, il ose se rendre sur un terrain extrème, en semblant prôner symboliquement de mettre en pause toute diplomatie inutile, de se livrer à une justice expéditive, et de cesser de payer pour le monde entier (tiens donc...). Il prône l'assassinat par cour martiale improvisée de tous les gangsters, et le recrutement dans une "armée de la construction" de tous les chômeurs, afin de redresser le pays... Judson Hammond, habité par l'archange Gabriel (ce qu'une conversation maladroite entre Karen Morley et Franchot Tone nous vend maladroitement, le reste du film est plus, disons, subtil... un rideau qui se soulève, une lumière qui s'allume...) s'empare des Etats-Unis, pour les redresser à coup de barre à mine...
Comme c'est du cinéma, ça passe... On rigole certes bien moins en 2025 compte tenu de ce qui est en train de se passer. Mais justement, avec Trump à la Maison Blanche, qui lui est un corrompu, un danger, un gangster (34 chefs d'inculpation et une condamnation pour chacun d'entre eux), un fasciste avéré, un raciste patenté, et un dangereux autocrate crain par tous, est en fait une version parodique de ce film. Film qui est un exemple, ou un contre-exemple parfait, des extrêmes auxquels la politique peut mener! uUn film habité, passionnant, grinçant, qui va plus loin que Capra n'a jamais été, même si l'autre cinéaste Italo-Américain avait, finalement, les mêmes aspirations que ce film de La Cava, il diluait son radicalisme, de Deeds en Smith et de Smith en Doe, dans un certain réalisme, et affichait la tentation d'une politique musclée, tout en traitant régulièrement Roosevelt... de dictateur fasciste, ou de communiste, selon l'humeur.
Bref: Gabriel over the White House était sans doute le film à ne pas faire... Mais puisqu'il existe et qu'il est extraordinairement différent, autant se jeter dessus et ne pas bouder son plaisir, fut-il coupable, devant un film où Walter Huston obtient de tous les pays autres que les Etats-Unis qu'ils paient leur dette... en les menaçant de les bombarder.
C'est un remake de The little orphan, de 1948: en voici un rappel du scénario: Jerry vaque à ses occupations, et reçoit une visite, celle de son neveu, une petite souris vorace... Il faut en permanence le nourrir...
Sinon, le film reprend vraiment toutes les situations, et quasiment tous les gags, se contentant d'évacuer toute apparition de mammy-Two-Shoes, la domestique Afro-Américaine. Le film est une reprise de certaines portions d'animations, même si Tom et Jerry ont été modernisés. Enfin, le format est pasé au Cinémascope...