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22 mars 2025 6 22 /03 /mars /2025 11:26

Un prisonnier (Chaplin, identifié uniquement par son matricule) est libéré de prison, et commence l'habituelle recherche: manger, un endroit pour dormir. Il rencontre, après avoir tenté de s'installer dans un asile de nuit, un ancien compagnon de cellule (Wesley Ruggles), avec lequel il va se lancer dans un cambriolage. C'est un désastre, et à l'arrivée de la police, La jeune fille de la maison, jouée par Edna Purviance, va disculper le vagabond, qui va pouvoir continuer son errance...

Le film est plaisant, avec de bons, voire très bons moments: les cinq premières minutes sont un mélange intéressant du style habituel de Chaplin, qui va droit au but, et d'une atmosphère urbaine réaliste. Chaplin s'y paie la fiole des "réformateurs", ces gens plus ou moins religieux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas (ce n'est que la première fois qu'il le fait, mais il y reviendra...); le passage trop court dans l'asile de nuit est frustrant (surtout quand on sait qu'il provient certainement du film inachevé Life qui lui tenait à coeur mais que la compagnie essanay avait refusé de cautionner): on se rappelle l'obsession de Chaplin pour ce lieu si Dickensien, qui lui permettra toujours de livrer des raccourcis cinglants sur l'état des finances de ses personnages (Il retentera le coup dans le film inachevé The Professor en 1918, mais surtout il nous montrera le lieu de façon magistrale dans The Kid).

Sinon, le cambriolage donne lieu à deux scènes visuellement très travaillées d'une part (une séance de pantomime en ombre chinoise, et l'arrivée menaçante d'un policeman, dont la silhouette se découpe lentement dans le chambranle d'une porte, l'étoile apparaissant la première), et à des gags indignes d'autre part (Chaplin se fait tirer des coups de feu dans le derrière de façon répétée, et saute en l'air à chaque fois, il tourne ensuite autour d'une table en se massant l'arrière train, tout en piquant une bouteille de vin au passage... Il parodie aussi le style des mélodrames de Griffith, montrant ici Edna Purviance qui, entendant les cambrioleurs dans la maison, téléphone à la police pour qu'on vienne la secourir, 

Le film n'a pas été monté par Chaplin, mais laissé derrière lui au moment de son passage à la Mutual. Alors qu'il aurait du être occupé à monter ce film, Chaplin était en plein tournage de A burlesque on Carmen, un film dont on ne peut pas dire qu'il bouleverse quoi que que ce soit, et qui sera son dernier film pour l'Essanay: manifestement, il était pressé de partir et d'en finir avec ce contrat. 

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
21 mars 2025 5 21 /03 /mars /2025 22:09

Il fut un temps où c'était une blague... L'idée qu'il puisse y avoir un deuxième opus après le spectaculaire (et fortement lucratif) Gladiator de 2000, ne pouvait être qu'une butade, un canular même, le premier film ayant fini comme chacun sait sur le sable fatal du Colisée... 

Oui, mais Gladiator, après tout c'est plus qu'un film, c'est plus un concept, donc... Quelques éléments (le destin de Lucius, le neveu de l'infect Commodus, dont on se doute qu'il était le fils de Maximus) permettent ici un lien entre le premier film et celui-ci. On y retrouve aussi Lucilla, sa mère, qui rêve de pouvoir voir un jour le rêve de son père Marc Aurèle s'accomplir...

Mais il est surtout question, semble-t-il, de recommencer à zéro, donc avec un nouveau gladiateur en l'absence de Maximus. Et Hanno (de son vrai nom Lucius) ressemble tellement à Maximus qu'il permet à la même ferveur populaire de se montrer à l'écran dans des scènes de bagarre mémorables...

...et vides. 

Et Rome à l'écran, ses navires conquérants avec leurs rames par centaines, ses catapultes, des jeux du cirque, ses armures, son sénat, ses orgies... C'est très esthétique, et pour Ridley Scott (qui avait tant rêvé pour son film de 2000 d'un rhino dans l'arène, et qui a enfin accompli ce rêve idiot) c'est irrésistible:

ça rend le film luxuriant, beau à voir, mais d'une profonde stupidité du début à la fin. Une bataille entre les gladiateurs et les babouins mangeurs d'hommes, oui vous avez bien lu, en décide cruellement et assez tôt:

Ce film est beau, inutile, vide, et con.

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott
20 mars 2025 4 20 /03 /mars /2025 18:57

Oui, car si en "français" le film est connu sous le titre passe-partout de The Insider, ce thriller d'espionnage est en fait doté d'un tout autre titre pour les anglo-saxons, un titre qui fait allusion au petits secrets, déformation professionnelle, que les espions qui composent la faune du film gardent les uns envers les autres: "tu étais où, hier soir?" "...Black bag: secret défense!". Maintenant, où commence la légitimité de garder le silence sur une opération sensible, et où finit la tentation de profiter du "black bag" pour tout cacher, à plus forte raison à une épouse ou un époux qui lui ou elle aussi, est un(e) espion(ne)?

C'est l'ambitieux, et très ironique concept de ce film, le meilleur de Steven Soderbergh depuis Contagion. Il commence par un plan-séquence d'une grande classe, un truc de mise en scène pour renvoyer aux riches heures du film noir, d'une part... et un moyen original de mettre l'accent sur un personnage, et sa rigidité: car nous suivons George (Michael Fassbender), espion Britannique, dans les escaliers qui descendent vers une boîte de nuit, où il rencontre l'un de ses supérieurs. Ce dernier a une mission à lui confier: en effet, un traître sévit dans les rangs, et les cinq potentielles "taupes" sont donc à surveiller, et même à tester (car George est un spécialiste du détecteur de mensonges): parmi les noms, celui de Kathryn (Cate Blanchett), l'épouse de George. Nous l'avons suivi, sagement derrière sa nuque raide pendant son arrivée à la boîte de nuit, mais maintenant, le reste de son visage est visible, et de deux choses l'une: soit il est d'une exceptionnelle froideur, soit il cache très bien son jeu. 

On ne va pas y aller par quatre chemins, ce n'est pas simple sans doute dit comme ça, mais le film est encore plus tortueux! D'ailleurs, ce plan d'arrivée nous permet de voir que nous sommes un peu en coulisses du monde de l'espionnage; car les agents secrets du pays semblent bien enclins à se détendre après les missions: boîtes, bars, pubs, bar à sushis... Verre en terrasse, dîner à six. Les protagonistes sont tous en couple, mais deux seulement sont mariés ensemble, George et Kathryn. George dit qu'il hait le mensonge et les menteurs, et semble avoir fait de sa raideur un trait professionnel... mais quand il dit à son épouse qu'il est prêt à tout pour elle, y compris à tuer, on n'hésitera pas à le croire sur parole, tout comme pour elle, car ces deux-là ont facilement ce type de serment à la bouche...

...et au vu du film on les croit sur parole!

...La manipulation, la mise en scène, thème essentiel du metteur en scène, décliné de film en film, entre les casses (Ocean's 11, 12, 13 et Logan Lucky), les manipulations de masse (Contagion, Side effects), la guerre de la drogue (Traffic), voire la simple rencontre entre un braqueur et sa nemesis amoureuse, une inspectrice (Out of sight): tout ou presque revient à cette notion qu'en toute chose, il convient d'adapter, de manipuler, d'avancer ses pions. On ment souvent chez Soderbergh, et on le fait aussi au public.

Et puis ce film est probablement le plus grand sac de Mac Guffins au monde: un Mac Guffin, je le rappelle, c'est selon Hitchcock un procédé de scénario qui donne au héros quelque chose à faire (une mission, par exemple) sans trop de détail pour ne pas encombrer le spectateur... Le film regorge d'explications et de discussions "techniques" qui sont autant de manifestations de poudre aux yeux, car les questions essentielles deviennent bien vite, qui manipule qui? qui a tué sui? et pourquoi? Mais bien vite on se rendra compte que toutes ces questions reviennent au même: c'est à dire au vide. Car sans aller aussi loin dans le cynisme kafkaïen que Clouzot (Les Espions), il semble bien que les agissements de tous ces professionnels du mensonge d'état soient plus terre-à-terre... ou personnels, en tout cas, qu'il n'y paraissait au premier abord. Le film devient très vite un jeu de pistes, dans lequel il devient assez facile de se choisir un ou deux "guides". Avec du suspense, des retournements de situation, des dialogues virtuoses, et, mais oui, une dose solide et roborative d'humour noir et froid. 

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
18 mars 2025 2 18 /03 /mars /2025 22:01

Spike le chien, et son fil Tyke s'apprêtent à faire un barbecue, l'occasion pour le bulldog de partager avec son fils la seule tâche ménagère qu'il ait jamais été amené à faire sans doute, mais le sort s'acharne sur ex: d'une part, Tom et Jerry sont très occupés à se pourchasser autour d'eux, causant des problèmes sur la bonne tenue de la préparation du repas... Mais en prime, qui dit repas dehors, dit forcément fourmis.

Ce film recyle beaucoup, finalement: le duo de chiens, Spike et Tyke, qui a même été lancé sur une série à la MGM par Hanna et Barbera, mais ce sera finalement abandonné après trois films... Ensuite, l'idée de faire de Tom et Jerry les perturbateurs permanents d'une intrigue qui ne les concerne pas, me semble très intéressante, mais elle a déjà servi! Et sinon bien sûr, les fourmis ont elles aussi déjà des heures de vol. Sinon, les tracas domestiques, comme le steak énorme qui une fois à griller devient minuscule, sont vraiment sous une forte inspiration de Tex Avery...

L'animation est réduite, et les personnages perdent en substance ce qu'ils perdent en mouvements... Je pense que les personnages les plus animés restent les fourmis. C'est déjà ça...

 

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Published by François Massarelli - dans Tom & Jerry Animation
17 mars 2025 1 17 /03 /mars /2025 15:49

Deux avocats d'affaires (Antonio Banderas et Gary Oldman) nous expliquent le fonctionnement de l'argent, et justifient par là même qu'il puisse exister des escroqueries... Dont celles auxquelles se livre justement leur cabinet d'avocats, à travers une foule de sociétés-écrans... Ils sont les narrateurs de trois affaires de malversations financières fâcheuses qui nous sont présentées.

Le film adopte un ton souvent assez rigolard, et pourtant le sujet, à savoir la façon dont l'argent domine le monde via les agissements d'individus sans scrupules, compassion, ni limites, n'a rien de drôle... Mais Soderbergh a toujours été un expérimentateur en tous points, que ce soit narrativement, ou dans la technique, voire le genre ou la tonalité. A ce titre ce film ne se démarque pas spécialement des courants les plus avant-gardistes de son oeuvre...

...mais que c'est ennuyeux! L'humour cynique tombe totalement à plat, et je dois dire, que ce soit dans la vraie vie, ou dans un film, l'argent est un sujet qui m'ennuie au plus haut point. A voir sur Netflix, le site qui enterre chaque jour le cinéma un peu plus.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
17 mars 2025 1 17 /03 /mars /2025 15:39

Réalisé avec l'aide de la police de Munich, ce documentaire participe d'un essor du genre dans les années 20, en Allemagne: sous diverses formes, des documentaires attiraient les foules, tout en propsant une utilisation du cinéma nouvelle, excitante et souvent inattendue.

Ce film n'est pour autant pas à assimiler aux Kultürfilme (Kraft und Schönheit est le premier exemple qui me vient à l'esprit), dans lesquels on tentait d'épuiser un sujet de façon rigoureuse, méthodique... et un rien ronronnante! Il n'est pas non plus un de ces films d'avant-garde qui pulluleront à la fin des années 20, comme bien sûr le très célèbre Berlin, symphonie d'une grande ville, de Walter Ruttman (1927): non, plus simplement, il s'agit de montrer de quelle façon les rues allemandes peuvent se muer en autant d'endroits dangereux, en adoptant une approche documentaire légèrement modifiée avec un recours à des acteurs qui interprètent le rôle de passants, de passagers des transports, dans un décalage parfois légèrement farfelu, mais aussi parfois le film rappelle les accidents tragiques... 

Et sinon, le film glisse vers le baroque en tâchant de montrer la différence entre un bon et un mauvais mendiant...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 *
16 mars 2025 7 16 /03 /mars /2025 14:40

L'étudiant de Prague a déjà fait l'objet d'une adaptation par son scénariste Hanns Heinz Ewers en 1913, avec la collaboration de Stellan Rye. Le rôle principal, celui de l'étudiant épéiste Balduin, était tenu par Paul Wegener, qui était, déjà, trop vieux pour le rôle... C'est aussi le cas de Conrad Veidt mais ça se voit moins!

En automne, un groupe d'étudiants en goguette s'arrêtent à une tavrne pour y boire et prendre du bon temps. Balduin l'étudiant est amené à secourir la fille d'un noble local, la belle Margit, dont le cheval s'est emballé lors d'une partie de chasse. Balduin est hanté par le souvenir de la jeune femme, et délaisse sa petite amie Lyduschka. Prenant conscience de sa classe sociale, il passe un contrat surnaturel avec le prêteur sur gages Scapinelli (Werner Krauss), qui lui confère richesse et gloire. Il peut désormais essayer de séduire la belle Margit...

Nouvelle variation sur le thème du double et du contrat maléfique, le film est sorti la même année que Faust... Sous la direction de Galeen, il se pare d'un souffle impressionnant, et d'une richesse que ne possédait pas celui de 1913, tout en lourdeurs assez poussiéreuses... Un remake ne s'imposait peut-être pas, mais de toute façon, ce nouvel Etudiant de prague est bien un tout autre film, plus accessible en 1926 aux spectateurs du monde entier, clairement. 

Galeen poursuit ainsi un travail de réappropriation des mythes (Germaniques ou non, puisqu'il a collaboré au film Nosferatu, après tout) en s'appropriant différemment des habitudes de l'écran allemand, l'héritage de la tentation d'un cinéma expressionniste, sempiternel sujet de débat autour des oeuvres cinématographiques de Weimar..; Il y utilise bien des aspects du style (les décors marqués d'Hermann Warm, et bien sûr les deux acteurs les plus marquants de Caligari, ce n'est pas rien) mais son film est empreint d'une vraie fraîcheur: et le jeu de Veidt en particulier y est moins chargé qu'à l'accoutumée. Et Krauss est méconnaissable!

Galeen, et Ewers qui a collaboré au scénario, placent le film dans un souffle spectaculaire, en développant l'intrigue sur deux heures, aussi, évitant les lourdeurs de l'oeuvre initiale. La scène la plus emblématique, durant laquelle Scapinelli opère un échange entre Balduin et son double à travers un miroir, est sans doute la plus traditionnelle, sous l'influence inévitable des habitudes du cinéma allemand d'avant... Mais la magnifique scène de l'entrevue nocturne entre Balduin et Margit, qui fait intervenir les quatre principaux personnages, est superbement pensée, avec l'utilisation inquiétante de l'immense ombre de Krauss...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Henrik Galeen Conrad Veidt 1926 **
15 mars 2025 6 15 /03 /mars /2025 08:29

Henrik Galeen, c'est bien sûr d'abord et avant tout le scénariste de Nosferatu, film unique en son genre, et incursion inattendue, pour une adaptation (même oficieuse) d'un roman Gothique anglophone, au pays de l'occulte... à l'Allemande! Mais il est aussi un réalisateur, de huit films en Allemagne entre 1915 et 1933. Celui-ci est l'un des plus célèbres... C'est auss une sortie tardive d'une oeuvre fantastique sur l'écran allemand, à une époque où la cinématographie nationale se tournait vers des études psychologiques et des drames sociaux... Galeen, sans aller jusqu'à verser dans l'occultisme comme Albin Grau, le coproducteur de Nosferatu, avait en effet une passion pour la tradition du fantastisque, et ce n'est pas un hasard si sa première réalisation était justement la première version du Golem avec Paul Wegener...

Celui-ci interprète le professeur Jakob ten Brinken, un scientifique notable obsédé par un projet délirant: il croit en le pouvoir fantastique des mandragores, cette plante mythique qui pousse au pied des gibets, et dont la présence vient de la semence éparpillée par les condamnés lorsqu'on leur met la corde au cou! Il souhaite créer un enfant, en utilisant une mandragore pour imprégner une prostituée, et voir comment évoluera l'enfant...

Le résultat de cette expérience sera une fille (Brigitte Helm): Alraune (l'allemand pour mandragore) va grandir dans un pensionnat, où elle sera très vite remarquée pour son indiscipline et ses audaces, capable de corrompre tout un dortoir d'un rien... Punie, elle s'enfuit, trouve du travail dans un cirque où elle corrompt tous les hommes qu'elle est amenée à rencontrer... Le professeur ten Brinken la retrouve et décide de la récupérer. Mais les ennuis ne sont pas finis: alors que la jeune femme s'installe dans le luxe de sa relation filiale avec le vieux professeur, ce dernier est de plus en plus persuadé de l'incapacité de sa création à échapper à sa nature fondamentalement maléfique, mais en prime il tombe fou amoureux d'elle...

Le film est intéressant sur de nombreux points, l'un d'entre eux étant cette capacité qu'a eu Galeen d'adapter le fantastique de son film à la nouvelle donne du cinéma Allemand: fini l'arrière-plan expressioniste, dont les derniers feux étaient visibles encore l'année précédente dans Metropolis et Faust. Ce film de dix confortables bobines s'inscrit dans l'élégance du cinéma moderne Européen, et son fantastique ne repose en rien sur les délires chargés d'une imagerie fascinante, mais dont il fallait bien un jour s'échapper. Il a beau être fort long, il en ressort une certaine légèreté... Et de conte fantastique, Alraune deviendrait presque un mélodrame, ou un drame de moeurs, qui aurait pu être réalisé par un Richard Oswald (qui justement en era un remake parlant quelques années après, avec Brigitte Helm), ou A.W. Sandberg. Les décors du cinéma de l'époque sont tous présents, de tables de jeu surpeuplées de bourgeois en habit, aux vastes demeures dont les appartements recréés en studio soulignent l'opulence et la vacuité d'un monde corrompu.

Car le film n'oublie jamais le rôle assigné à son personnage principal, et on comprend que Brigitte Helm a été engagée pour reprendre un rôle à la façon de sa première incursion dans le cinéma, quand elle a joué non pas Maria de Metropolis, mais son double maléfique: la gestuelle de l'actrice, sinueuse, angulaire, nous renvoie en effet aux agissements troubles de celle qu'un savant fou avait créée pour fondre sur le monde et y engendrer le chaos. Rotwang avait un but, celui de se venger... Pas ten Brinken, si ce n'est celui d'engendrer une découverte scientifique (au but bien nébuleux) qui puisse donner du sens ) son obsession d'un vie... Bref: du vide. Car le film, derrière son personnage qui découvre (en lisant les notes de son "créateur") les circonstances de sa naissance, elle comprend qu'elle est condamnée au mal, et décide... de l'assumer pleinement. Car elle pense qu'il n'y a pas d'issue pour elle: reprochant au monde d'avoir été créée maléfique, elle s'adonne au mal pour se venger! Jusqu'à ce qu'un retournement de situation révèle qu'après tout, il y a bien un responsable de sa nature...

Il y a, sans doute, des ponts entre cette histoire basée sur un roman de Hanns Heinz Ewers, et le Lulu de Wedekind, donc entre la Mandragore de Brigitte Helm et Die Büchse der Pandora de Pabst avec Louise Brooks... Comment ne pas y penser, quand l'amant de la jeune femme se donne la mort dans les coulisses d'un cirque, ou quand Wegener poursuit sa "fille" dans leur maison, un couteau à la main, partagé entre le délire érotique et l'instinct de meurtre? Et les deux films sont construits intégralement sur l'extraordinaire interprétation d'une actrice, qui crève l'écran pour l'une comme pour l'autre... Mais à la lecture sociale de Pabst, Galeen oppose une lecture fantastique, presque ludique... C'est plus léger, en effet. Il est clair qu'il y a moins de portée... Mais c'est aussi très distrayant!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Brigitte Helm Henrik Galeen 1927 **
14 mars 2025 5 14 /03 /mars /2025 18:36

Brighton, 1880; le phramacien Sutton se considère comme un bon citoyen, et d'ailleurs il l'assume pleinement: rigoriste avec lui-même comme (et surtout) avec sa famille, il participe aussi en plein à l'essor de la justice en n'hésitant pas à témoigner, quand la loi le requiert: combien d'épouses qui ont usé de produits pharmaceutiques pour supprimer leur mari a-t-il contribué à envoyer au gibet? Chez lui, il impose une règle de fer et exige de ses enfants, au-delà du raisonnable, une conduite irréprochable: son grand fils n'a pas à rêver à l'amour, il doit l'assister à la pharmacie. La petite rêve d'un cochon d'inde, mais les bestioles qui arrivent à la pharmacie sont destinées au scalpel et à l'expérimentation médicale... Ses filles rêvent-elles de chanter, de faire de la musique? ...Un métier de prostituée.

Dans les parages, un pub est tenu par un couple mal assorti: le propriétaire est un homme brutal, dont l'épouse Pearl a tendance à fricoter avec les hommes du quartier. On jase... Pearl n'en peut plus de la violence dont sn mari est capable en réaction à ses frasques... Une solution se dessine, quand elle se rend à la pharmacie et y trouve le jeune Sutton...

Pink string and sealing wax, soit de la ficelle rose et de la cire à cacheter, les ingrédients utilisés par un phramacien pour sceller un paquet de médicament... Le film est une peinture au vitriol de la société Victorienne, vue du côté de Brighton... A l'écart de Londres, les écarts entre les uns (non les nobles, mais en tout cas un homme que son itinéraire obsessionnel a rendu aisé) et les autres (le peuple qui remplit nuitamment le pub local, les femmes bruyantes, prostituée ou simplement sans trop de scrupules), et au milieu, une sorte de conception de la justice face au crime crapuleux... Mais sans jamais y répondre, ce qui serait trop facile, Hamer pose effectivement, à travers le personnage de Pearl, la question de la légitimité du crime qu'elle s'apprête à commettre. Le ras-le-bol de la violence, chez elle, est un réflexe premier qui justifie l'empoisonnement de son mari et les ennuis sans fin que ça pourrait lui amener.

On retrouve donc dans ce film antérieur à son célèbre chef d'oeuvre Kind hearts and coronets (dont le titre fait d'ailleurs grammaticalement et ironiquement écho à celui-ci), l'idée d'une société à deux vitesses, que le crime va réunir dans le même cauchemar. Mais la société de Brighton, incarnée dans l'insupportablement rigide Sutton (Mervyn Johns), n'est-elle pas tout simplement destinée à broyer Pearl (Googie Withers)? Et derrière cette affaire simple, linéaire voire limpide, dan,s laquelle un crime entraine un châtiment, on voit aussi se dessiner l'éveil d'une conscience féminine. Pas celle de la femme adultère et criminelle, pourtant, non: l'épouse légitime du pharmacien, ainsi que ses filles, commencent à pine à se rebeller contre l'intenable dictature de leur seigneur et maître.

Si les deux films forment un dyptique, il est clair que celui-ci se pare souvent des accents de la tragédie. L'autre est une comédie, mais Pink string and sealing wax n'en garde pas moins un mordant phénoménal.

 

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Published by François Massarelli - dans Robert Hamer Ealing
12 mars 2025 3 12 /03 /mars /2025 17:38

Les films muets de Yasujiro Ozu sont un ensemble fascinant de cohérence, bien qu'il ait tourné à cette époque comédies, chroniques familiales, films de gangsters, chroniques sociales, drames... chacun de ces genres, pourtant le montre qui sait prendre son temps, avec déjà cet art pour trouver l'angle juste, la position de caméra idéale, et pour laisser le temps au geste de s'accomplir. Il savait mieux que beaucoup capter une ambiance, une certaine mélancolie sous-jacente, et ces films réalisés par un japonais très amateur du cinéma occidental sont aujourd'hui encore marqués par une certaine perfection.

Celui-ci a un handicap certain, puisque deux bobines ont été perdues, et ce sont la première et la dernière... Pourtant, pas de gène excessive une fois qu'on a accepté le fait qu'on ne verra pas le film en son entier, on peut au moins en apprécier les contours du drame.

Deux jeunes garçons perdent leur père, et ils font corps avec leur mère, jusqu'à ce que l'aîné Sadao (Den Obinata) apprenne ce que le public sait déjà: il est le fils d'un premier mariage. A partir de là, il va se sentir exclu, parfois trahi par les efforts de sa mère (Mitsuko Yushikawa) pour le traiter avec égalité. En réalité, il va aussi de lui-même tendre à se sacrifier afin de permettre à sa famille de joindre les deux bouts...

La situation de Sadao, le fils exemplaire, est cruelle, et on voit le glissement au fur et à mesure de la progression; la complicité imposante entre les deux jeunes hommes se change insidieusement en un fossé, de par la défiance de Sadao. Le film étant tourné du point de vue de ce dernier, on sent que la situation échappe à la mère, d'autant que ses efforts n'ont pas été appréciés à leur juste valeur. le film tel qu'on peut le voir aujourd'hui se termine sur une confrontation clé, qui donne lieu à une résolution satisfaisante pour tous... qui est contenue dans un intertitre. bien sur on peut toujours râler que le film n'ait pas été conservé, mais bon: on en dispose au moins de l'essentiel, et c'est un grand film d'Ozu.

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Published by François Massarelli - dans 1934 Muet Yasujiro Ozu *