Un bateau quitte Nw York pour se rendre sur l'île de Pingo Pongo. Nous sommes du voyage, un aimable monsieur fournit une voix off totalement dans le ton des travelogues du genre, et une fois arrivés, les surprises loufoques nous attendent sur l'île...
C'est l'une des spécialités de Tex Avery à la Warner, qui aimait tant réaliser des faux documentaires pour mieux les dynamiter de l'intérieur. Cette fois il introduit un personnage (Egghead, qui n'est pas encore le prototype d'Elmer Fudd) qu'il rôdait à l'époque, pour créer une attente chez le spectateur. Il introduit aussi une scène idiote avec un ours blanc et un inuit... Et une vision des peuplades noires qui pose évidemment problème. D'où la censure: officiellement, The isle of Pingo Pongo n'est pas visible aujourd'hui et WB refuse de sortir le film de ses archives... Il fait partie d'un panel de 11 films ainsi interdits de diffusion.
Pourquoi? D'une part, c'est la vieille vision "primitive" des peuples Africains, ceux qu'on qualifiait de sauvages, qui en apparence semble l'emporter, sans parler d'une physionomie qui les apparente plus à des caricatures d'humains. Mais on pourrait aussi constater qu'il s'agit ici d'un choc de cultures, avec les noirs qui chantent du jazz (Sweet Georgia Brown avec une mini-caricature de Fats Waller), ou qui interpètent une vieille scie du foklore country (She'll be coming round the mountain) ou dansent le menuet... Un débat qu'on ne tranchera jamais.
Sur le Mississippi, des personnages voyagent en bateau à aubes... Une des passagères a un employé (hum...) qui s'appelle Oncle Tom, et celui-ci se perd en route vers le fleuve. Il se retrouve dans un cimetière...
Bon, arrêtons-nous même si ce film semble avoir un semblant d'intrigue, il n'en a pas beaucoup! Il s'agit plus d'une série de vignettes, qui permettent à Harman et Ising de placer un maximum de séquences qui renvoient directement à Disney. Piggy, le héros, est très proche de Mickey, sa petite amie est une simili-Minnie, les interpèdes musicaux nombreux trahissent un montage au rythme du métronome qui était la pratique courante dans les Mickey et les Silly Symphonies. La séquence sur le bateau renvoie à Steamboat Willie, et le passage dans le cimetière nous rappelle immanquablement The skeleton dance, d'Ub Iwerks (1929), la première des Silly Symphonies...
Ce court métrage des premiers temps de l'unité de Leon Schlesinger fait aujourd'hui partie d'une redoutable élite, celle des censored 11 comme on les surnomme. 11 courts métrages de la WB censurés pour leur représentation problématique des populations Afro-Américaines. Mais honnêtement, Jungle Jitters a fait bien pire... Peut-être cette censure est-elle une façon d'expier le racisme particulièrement féroce que tous les historiens prêtent à Jack Warner...
Henry Hobson (Charles Laughton) est le bottier satisfait d'une petite rue de Manchester. Veuf, il gère la boutique, du moins le croit-il car en réalité, il passe plus de temps à boire avec ses amis (les autres commerçants) au pub, qu'à accueillir les clients. Ce sont donc ses filles qui tiennent la boutique pendant que deux ouvriers travaillent à l'atelier. Deux des trois filles, Alice (Daphne Anderson) et Vicky (Prunella Scales) ont déjà trouvé des fiancés potentiels, mais le père ne les voit pas d'un très bon oeil. Il souhaiterait leur choisir lui-même des bons partis, deux hommes fiables et pas gourmands parce qu'il estime qu'il est hor de question de leur donner une dot! Pour sa fille aînée Maggie (Brenda de Banzie), Hobson estime enfin qu'il est trop tard pour elle, elle a passé l'âge: il compte donc sur elle pour tenir la boutique...
C'est pourquoi il est très surpris quand elle lui annonce qu'elle se marie avec Willy Mossop, l'ouvrier bottier (John Mills), qui a prouvé sa valeur... Hobson sera encore plus surpris de la tournure qe prendront les choses quand elle réussira intégralement à remodeler la famille, mais aussi l'entreprise Hobson...
C'est une adapation d'une pièce de théâtre de Harold Brighthouse, et c'est assez franchement une comédie. Lean n'en a pas tourné depuis Blithe Spirit, et après ce film-ci, ne le fera plus... C'est donc assez inattendu, quand on a été habitué à considérer l'oeuvre du cinéaste à la lumière de films comme Brief encounter ou The bridge on the river Kwai... Mais voilà: dans cette histoire qui est tournée avec un fort accent Mancunien, on y sent la quintessence d'une certaine idée de l'Angleterre, celle des petites gens qui travaillent, et des moins petites gens qui s'étouffent de leur propre importance, celle d'une sous-société d'essence populairen qui semble avoir résisté aux sirènes du Victorianisme...
Il y a des valeurs traditionnelles chez Henry Hobson, mais ce sont celles qui l'arrangent, qui lui permettent de croire qu'étant l'homme dans la maison (son épouse est décédée il y a longtemps et il semble s'en réjouir, le bougre), tout lui est du à commencer par l'obéissance de ses filles; il boit comme un trou, mais souhaite que ses enfants se marient à des gens qui sont abstinents de consommation d'alcool, sans doute parce que leur caractère plus dur les rendra moins cupides, et il n'aura donc pas de dot à payer! C'est pourtant d'une femme que les bouleversements viendront.
Brenda de Banzie est splendide en vieille fille qui cachait bien son jeu, et mène son affaire pour se marier (au grand dam de son propre mari qui n'avait absolument rien prévu ni même vu) mais aussi changer la donne complète dans la famille. La confrontation avec Laughton fait de sublimes étincelles, et celle, plus tendre et plus burlesque encore avec John Mills est une merveille de comique qui réussit à être constamment léger. Enfin, Lean aère la pièce et lui donne une légitimité cinématopgraphique par son talent inné à utiliser l'espace et la caméra. Pour son dernier film en noir et blanc, il montre qu'il est décidément un maître...
Sandra Voyter (Sandra Hüller) est une autrice à succès, qui reçoit une jeune étudiante (Camille Rutherford) venue pour parler autour d'un projet. Venue de l'étage, la musique à fond les enceintes fera fuit la jeune femme, ce qui était sans doute l'intention: depuis quelques temps le compagnon de Sandra est jaloux... Quand leur fils Daniel (Milo Machado Graner), malvoyant depuis l'âge de quatre ans, revient en comp:agnie de son chien dune promenade en montagne, il découvre que devant la maison, son père est allongé sans vie...
Le film va nous raconter l'enquête, chaotique, et partie tout de suite vers l'antagonisme: l'épouse assure n'être pour rien dans la mort de son mari (tombé, un coup mortel sur la tête), alors que la police, puis la justice, voient s'accumuler les éléments à charge: une dispute violente la veille, que le défunt avait enregistrée à l'insu de Sandra; une incommunicabiilité grandissante entre eux; et la confusion de Daniel qui sait que ça ne va plus entre ses parents, mais qui s'est refusée à croire l'incroyable...
Le film glisse alors vers un procès, dans lequel les parties adverses ont bien du mal à détordre les fils d'une histoire dont rien ne semble former un tout cohérent... Surtout, le film dresse a posteriori le portrait d'une fêlure dans l'histoire de ces deux amants, avec des flash-backs qui sont motivés par les minutes du procès... Les techniques réthoriques et oratoires, la mauvaise humeur coissante de la juge (qui manifeste son agacement d'une façon qui nous fait sentir une conviction personnelle manifeste mais jamais exprimée), la difficulté à faire sens avec les témoignages d'un côté, et les convictions de l'autre, qui évidemment sont aux antipodes les unes des autres: l'avocat en faveur de Sandra, et l'avocat général contre elle...
La solution viendra de celui qui a tout à perdre dans l'histoire, Daniel. On ne verra Samuel, le compagnon décédé, que dans des flash-backs, liés à l'enquête et aux différents témoignages. Comme les westerns d'Anthony Mann, le film a pour toile de fond uneimpressionnante vision de sommets des alpes, en particilier les Aigilles d'Arves, qui jouent un rôle de témoin muet, garant la moralité, d'une cause au-dessus des hommes... Il en ressort une impression de solennité, qui empêche cette histoire de couple qui fond de tomber dans la trivialité...
C'est un film impressionnant, qui donne l'impression qu'il ne sera pas fini tant que ne l'aura pas revu plusieurs fois, pour en attraper tout le sel. Car c'est ce qu'on peut faire avec un film, pas à un procès. "La vérité", comme le disait déjà Clouzot dans le film du même nom, est toujours délicate à percevoir, et elle est question de jugement, d'interprétation, d'une subtil mélange entre empathie, pitié, implacabilité et ouverture d'esprit, le tout bien secoué... Mais maintenant, admettons quand même que le film ne parle pas tant du procès, et de la difficile quête de la vérité (qui ne me semble pas résolue à la fin), que de la désintégration d'un couple...
La fille d'Egon Spengler apprend la mort de ce dernier: le vieil homme, éloigné de sa famille, vivait en reclus dans un petit trou perdu de l'Oklahoma... Callie (Carrie Coon) vit avec ses enfants, deux ados, dans une petite maison dont le propriétaire menace de l'expulser, elle se rend donc sur les lieux de la mort de son père, s'attendant au moins à un petit héritage... La maison est pourrie, les dettes s'accumulent, et tout le monde le prenait pour un dingue!
Forcés de s'installer, Callie, et ses enfants Trevor (Finn Wolfhand) et Phoebe (McKenna Grace) vont découvrir d'une part qu'Egon Spengler n'était pas si fou que ça; que les fantômes existent, et que pour diverses raisons, il y en a beaucoup à Summerville, Oklahoma; et enfin que le vieil homme faisait partie d'un groupe d'hommes qui avaient créé la légende urbaine des Ghostbusters, ou chasseurs de fantômes...
Tout part de la mort d'Harold Ramis en 2014. L'un des trois membres originaux du casting du film d'Ivan Reitman en 1984, l'acteur-metteur en scène était l'une des clés de raviver la franchise. En l'absence de Bill Murray, qui avait refusé de revenir, la production d'un troisième film avait donné un étrange mélange qui n'a pas satisfait grand monde (en 2016), mais ce film vient d'ailleurs... D'une part, donc, d'un hommage en quelque sorte à l'acteur disparu, qui prend toute la place sans jamais être là ici: la figure du père/grand-père disparu occupe en effet la place centrale du propos ici, en même temps que la découverte par les enfants de Callie (et par Callie elle-même, incidemment) qu'ils ne sont finalement pas des losers...
Mais tout ça peut aussi bien s'expliquer autrement, car on assiste ici en toute évidence à un passage de témoin. Jason Reitman, le fils d'Ivan, avait sept ans quand son père était en plein tournage de Ghostbusters; si le film fait évidemment partie de son ADN, comme tout enfant ayant grandi dans les années Reagan, il n'avait jamais manifesté le moindre désir de marcher dans les traces de son père, développant plutôt un cinéma qui recourt souvent à la comédie, mais douce-amère, souvent empreinte d'une peinture de l'Amérique ordinaire, celle des gens qui travaillent et joignent péniblement les deux bouts, souvent en accumulant les kilomètres (voir Thank you for smoking et Up in the air à ce sujet)... C'est presque par hasard qu'il s'est trouvé à écrire ce script, après avoir imaginé le personnage de Phoebe, la jeune adolescente passionnée de sciences, la suite (découverte par un petit génie d'une machine inattendue, qui est l'un des accessoires des premiers Ghostbusters, filiation avec l'un des ghostbusters originaux, etc) s'est presque écrite naturellement...
C'est donc le moment où après s'en être tenu à l'écart, Jason reprend la franchise des mains d'Ivan. Du coup, la connection entre Callie et ce père qu'elle n'a pas connu, à travers ce film repris gentiment des mains du papa, qui est d'ailleurs un producteur attentif ici, prend une coloration bien plus personnelle... Le reste? Gags assez bien foutus, animation en totale adéquation avec le film original, bon esprit rigolo, et intrigue dont on peut se débarrasser très vite. Car les personnages (auxquels viennent s'ajouter deux ados, et Paul Rudd en prof farfelu, et des interventions de Dan Aykroyd, Bill Murray, Ernie Hudson et un clone en CGI de Ramis) sont formidables. Comme toujours chez Jason Reitman, ce sont des oubliés du rêve Américain, montrés avec une tendresse troublante... Et le metteur en scène envoie à son père, qui disparaîtra quelques mois après, un message affectueux.
Le film qui ne cherche pas à réactualiser quoi que ce soit (le principe directeur a plutôt été de calquer au maximum les effets spéciaux sur l'original) est particulièrement attachant... On y retrouve la patte de celui qui s'est tant evertué à montrer les failles familiales des gens ordinaires. J'imagine que ça a du grincer des dents chez les obsédés du film de super-héros. Tant mieux...
Marc Becker (Pierre Niney), réalisateur reconnu, est en plein drame: il est sur le point de finir un film (Chacun tout le monde) et la production mécontente essaie de lui en enlever la paternité. Il s'enfuit avec la copie de travail et l'équipe de montage dans les Cévennes, précisément chez sa tante (Françoise lebrun), chez laquelle il a toujours pu se ressourcer. Elle est malade, mais lui ne va guère mieux: neuro-atypique au dernier degré, il est sous médicaments depuis longtemps et a choisi ce moment précis pour se débarrasser de son traitement. Hyper-actif, cyclothimique et paranoïaque (et un poil hypochondriaque tant qu'à faire) il impose un enfer à Charlotte, sa monteuse (Blanche Gardin), et Sylvia sa productrice (Frankie Wallach)... Passant du coq à l'âne, agressant tout le monde en permanence, jonglant d'idée farfelues en initiative flippantes, de traits de génie en coup bas, finira-t-il son chef d'oeuvre?
Le "livre des solutions", c'est le journal étrange que tient Marc Becker, dans lequel il consigne ses idées, ses dérapages (changer de film en cours de route, inverser le cours du montage, devenir maire, acheter une bicoque pour loger sa monteuse...), et parfois des réflexes philosophiques qui vont parfois (très paradoxalement) le faire avancer.
C'est un film à clés... Je mets un S, mais on pourrait sans doute se contenter d'un singulier, car la clé c'est Gondry lui-même, et une carrière brillante et hyper-active, menée par un homme malade de l'intérieur, différent jusqu'à l'extrême, et qui en réalisant L'écume des jours, a vécu et fait vivre à tout le monde un enfer qui ressemble bien à ce qui est montré ici. Des images qui accompagnaient la sortie du film en témoignent et elles font froid dans le dos. La maniaquerie déployée de façon impressionnante par Niney dans le film en semble un reflet presque atténué... Le choix de Gondry a été d'assumer le résultat en n'en faisant pas autant qu'on l'aurait cru une comédie, justement, et le film est parfois douloureux, comme peut l'être la vie avec une personne neuroligiquement différente, assurément.
Et puis en creux, le film se fait le témoin de la tendresse de Gondry pour sa tante, celle qui l'a élevé, du moins d eson point de vue. Celle chez laquelle il a vécu les plus beaux moments de sa vie, aimé, entouré de tendresse et surtout de patience, parce que manifestement, il en faut...
Le film est un peu moins bricolo que les autres oeuvres de Gondry, d'ailleurs, non que Gondry se soit assagi: il digresse par l'animation, et met en scène des idées qui ont l'air farfelues (le metteur en scène qui s'impovise chef d'orchestre et se fait applaudir de ses musiciens, le jet de spaghetti, l'horreur d'une initiative érotique qui fait froid dans le dos) avant qu'on se rende compte que selon toute vraisemblance elles sont inspirées par du vécu... Et comme pour preuve, d'ailleurs, on notera la présence d'une affiche de Stéphane Miroux (le héros de La science des rêves), le titre du film fictif (Chacun tout le monde) qui est aussi celui du premier album du groupe Oui-oui dont Gondry était le batteur, et sinon, cerise surle gâteau, Marc Becker demande à Sting d'enregistrer la musique de son film à la basse et à la voix. Contre l'attente de tous, il accepte. Pour L'écume des jours, Gondry avait effectivement fait appel à un bassiste-chanteur célèbre pour enregistrer des effets spéciaux de bruits. Mais ce n'était pas Sting... C'était Paul. Un génie.
Génie? Je pense que Gondry, à sa façon rigoureusement unique, en a toujeurs été un... C'est un film parfois douloureux, mais qui a le bon goût de réussir, au terme de montagnes russes d'émotions, à nous montrer qu'on peut parfois aussi se poser, et réussir à trouver le bonheur, y compris dans ce métier de dingos qu'est le cinéma. Mais bon... Si tous ces gens n'étaient pas dingos, il n'en feraient pas, du cinéma.
Porky Pig se rend au fin fond de l'Afrique ("Darkest Africa!) pour y retrouver le dernier des dodos...
...et le trouve.
Déjà vu, donc, car ce film est un remake de Porky in Wackyland, un film en noir et blanc ce 1938, réalisé par Bob Clampett qui y montrait pour la première fois sa conception complètement surréaliste et totalement frappée du cinéma. Pour voir ce que j'en pense, on se réfèrera à la critique de ce dernier film...
...Pour ce qui est de celui-ci, on s'interroge, notamment, comment on peut l'attribuer à Freleng, dans la mesure où en dehors de certaines attitudes du héros, et de changements mineurs, la seule différence majeure (outre l'arrivée de la couleur désormais généralisée) est la substitution des décors de l'original par des images sous la directe influence de Dali. La fin a été aussi redessinée de manière significative, et changée dans les faits.
Clampett absent (il a quitté le studio deux ou trois années avant), la tâche de superviser ce remake a donc incombé au vétéran Freleng, qui débouche sur un film probablement inutile, mais qui en soi, reprenant 80% du film initial à peu près fidèlement, est forcément totalement réjouissant. Et pour le reste, Freeleng n'est pas crédité à la réalisation... et Clampett non plus.
Encore un dessin animé WB censuré! Mais cette fois, comme avec Coal Black and the Sebben Dwarfssorti la même année, il est réalisé par Bob Clampett, un connaisseur des nuits de Harlem, puisqu'il trainait avec des jazzmen à chaque fois qu'il pouvait.
Ici, il s'amuse à montrer la dualité de la communauté Afro-Américaine, à travers deux officines situées côte à côte: la mission baptiste locale, et le bar louche. Un chat, caricature du grand pianiste et chanteur Fats waller, choisit la deuxième, mais l'ivresse le conduit dans un pays zinzin déja exploré par Clampett dans le cartoon Porky in Wackyland, et c'est tellement idiot que le chat en question va finir par retourner sa veste.
Le film est notable pour le fait qu'il agit un peu en chaînon manquant entre Porky in Wackyland, et son remake Dough for the do-do: alors que dans le film de 1938, Clampett et son équipe avaient imaginé un pays délirant et surréaliste, mais visuellement très cartoon, celui-ci transporte les même celluloids qui ont été utilisés par le premier film sur des fonds qui sont autant d'allusions à Dali. Une tendance qui se confirmera de manière spectaculaire sur le remake de 1948.
Les stéréotypes sont là, mais il y a aussi une sorte d'application, en particulier pour rendre hommage aux musiciens. On notera aussi Staline et Hitler, dans le passage délirant, qui nous rappellent que Tex Avery, à coté de Clampett, n'était qu'un amateur... Quant à la censure du court métrage, que la Warner refuse à l'heure actuelle de remettre dans le circuit, il ne m'appartient pas de me prononcer: le film montre une vision caricaturale de la communauté Afro-Américaine (en particulier à travers les aspects physiques des personnages, ainsi qu'un certain nombre de clichés culturels), tout en en reprenant affectueusement la culture notamment musicale.
Le nouveau film de Yorgos Lanthimos est une adaptation d'un roman d'Alasdair Gray. Mais ne nous y trompons pas: même s'il s'agit de l'adaptation d'une autre oeuvre, on voit facilement ce qui a attiré l'auteur de The Lobster, de Dogtooth, de The favourite... Derrière ce monde recréé, c'est bien de son univers singulier qu'il s'agit...
Un univers parallèle et fantastique, pas trop éloigné de Frankenstein, mais avec un Prométhée en bien mauvais état: Godwin Baxter (Willem Dafoe) est un chirurgien de génie, abimé par la vie (et par un passé familial qui se devine en filigrane), qui a fait de l'observation des possibles du vivant, le coeur de son art. Chez lui, on croise des animaux croisés, une chèvre à tête de canard et un coq à tête de bouledogue... Ses étudiants le détestent sans aucune cordialité, sauf Max McCandles (Ramy Youssef) qui peine à cacher son admiration. Godwin (qui se fait facilement surnommer God, bien sûr) l'engage pour une tâche inattendue: mesurer les progrès d'une jeune femme que God présente comme une opérée du cerveau, Bella (Emma Stone)...
Un univers sombre: Bella n'est pas une jeune femme opérée du cerveau, mais une suicidée mystérieuse, que Godwin Baxter a recueillie juste après son trépas, alors qu'elle était enceinte... Il l'a sauvée, mais a surtout trouvé le moyen, avec les deux cadavres qu'il avait sur les bras, de ne faire qu'une personne dans un acte de défiance à l'éthique... Bella, quoi qu'il en soit, est une femme-enfant dont Max doit apprendre à mesurer les progrès tout en s'adaptant à son incroyable excentricité... Et ça se complique drôlement quand le jeune femme découvre sa sexualité.
Sans aucun frein...
Un univers de transgression tous azimuths, ce qui ne surprendra sans doute que ceux qui ne sont pas familiers de l'oeuvre du metteur en scène, de son ironie créative, et de ses penchants pour l'observation de l'apprentissage (Voir Dogtooth à ce sujet!), ou de la rencontre fructueuse entre la répression (le film se situe dans une sorte de monde parallèle, mais dont la toile de fond reste quand même par bien des aspects la société victorienne...). Nous suivons donc ici les aventures d'une jeune personne qui apprend et qui apprend vite, parfois sous la férule d'un tuteur auto-désigné (Mark Ruffalo) qui croit pouvoir dominer la jeune femme, mais s'en mordra vite les doigts. Et guidée par son instinct, Bella apprendra à exprimer sa sexualité, découvrira la cruauté du monde, le socialisme, la prostitution...
Clairement, la façon dont Emma Stone domine le film est impressionnante. c'est un rôle physique, atypique, qui impose un don de soi qui est absolu. Elle y est magistrale de bout en bout, avec une énergie confondante, un humour ravageur, et sans aucun frein apparent... Un monstre de Frankenstein souvent assez punk, d'ailleurs. Mais le film ofre au-delà du monstre les conditions de la confection d'un personnage de Candide totalement inédit. Contrairement aux enfants enfermés de Dogtooth, Bella suit ses envies, et Godwin se réjouira finalement de l'avoir laissée explorer toutes ses possibilités. Il en ressort, sous des dehors de films gentiment absurde, et tout une panoplie de merveilles visuelles (le monde parallèle, d'abord en noir et blanc, puis en couleurs avec l'apprentissage de la liberté, de Bella) une ode à la différence, à la liberté aussi, qui a le bon goût de ne pas se terminer mal, et en prime possède sa propre morale... C'est un grand film.
Après la seconde guerre mondiale, Tony Garthwaite (Nigel Patrick) est pilote d'essai pour son beau-père John Ridgefield (Ralph Richardson), un riche industriel qui pratique un hobby coûteux et obsessionnel: une entreprise d'aéronautique, dont il espère qu'elle réussira à lancer un avion qui puisse franchir le mur du son. C'est un enjeu d'autant plus important pour la famille, que la première victime des expériences fut le fils même de Ridgefield... Mais Tony, toujours attiré par la performance, ne prête pas une attention aussi forte qu'il le devrait aux réticences de son épouse (Ann Todd)...
Ca semble bien éloigné des préoccupations de Lean telles qu'elles se sont manifestées jusqu'à présent, entre chronique sociale (This happy breed), romance flamboyante et paradoxale (en fait deux histoires qui jouent avec la tentation de l'adultère, Brief encounter et Passionate friends), drame noir passionnel (Madeleine) et bien sûr les adaptations prestigieuses de Dickens... Plus encore, dans cette histoire qui prend ses racines durant la guerre on s'attendrait presque à un recul, une sorte de halte dans l'oeuvre. Et pourtant...
C'est le premier film me semble-t-il d'une longue série, qui met en scène une obsession, sans qu'elle partage avec le reste de l'intrigue le premier plan du film. C'est vraiment l'histoire de ces gens qui ont finalement tout donné pour conquérir un sommet symbolique absurde, et intangible, celui du mur du son. D'abord s'en approcher pour voir ce que ça fait (au début du film on en parle même comme d'une légende), puis se confronter à la réalité brutale (des morts violentes lors du choc) avant de trouver la parade et de triompher...
Le tout vu principalement du point de vue de celle qui perdra d'abord son frère, avant de perdre son mari, avec en ligne de mire un père exigeant, exalté, obsessionnel et tellement passionné qu'il en deviendrait prsque fou... Un personnage fascinant, rendu encore plus important par une mise en scène et un montage à la précision et la linéarité diaboliques...