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21 janvier 2024 7 21 /01 /janvier /2024 16:51

Le destin absurde de Jean-Baptiste Grenouille (Ben Whishaw), né par hasard sous l'étal d'une poissonnerie au coeur du XVIIIe siècle à Paris, qui réussissant à survivre au milieu des abats de poisson en a gardé un talent extraordinaire pour l'utilisation de son sens olfactif... Mais né du mauvais côté de la barrière, il lui a fallu des tribulations incroyables pour réussir à accomplir l'oeuvre de sa vie: un parfum ultime, conférant à celui qui le porte des pouvoirs étonnants, et aux effets inattendus... Un parfum fait à partir de l'essence d'une dizaine de jeunes femmes qu'il lui aura fallu assassiner pour commencer.

On doit dire ça de beaucoup de romans, mais Das Parfum de Patrick Süskind est particulièrement réputé pour être un livre inadaptable, et entre sa publication en 1985 et la sortie de ce film, il s'est écoulé pas moins de 20 années. La production est internationale, avec des capitaux Américains (un conglomérat hétéroclite de studios), une équipe allemande (Autour de Tom Tykwer) et un tournage en europe, sans oublier des acteurs aussi bien Anglais, Américains, qu'Allemands, sans oublier les figurants (souvent espagnols). Bref, ça a tout d'un film hors-normes... Et Tykwer a finalement réussi au moins sur un point, transcrire cette histoire dont les mots indiquent tant de couleurs, dans des images qui lui rendent justice, sans trop de concessions au bon goût. Car chez Twyker comme chez Süskind, ce n'est pas un film qui sent la violette, et ce sans attendre, puisque la première scène est une évocation sans un gramme de délicatesse d'une naissance dans la fange...

Et la distance narrative (Süskind utilisait un langage fleuri qui apportait une délicieuse ditance ironique) est maintenue par la grâce d'une merveilleuse piste de narration, confiée à un maître, John Hurt soi-même. Un avantage à utiliser, quand le personnage principal tend à ne pas parler souvent. Par contre, autour de Whishaw, on reconnaîtra entre autres Dustin Hoffman (dans le rôle très ironique du mentor de Grenouille dans la première partie), et Alan Rickman, pour l'un de ses rôles les plus surprenants... Néanmoins le principal défaut du film reste sans doute que l'humour du roman, qu'il tente de transcrire, reste quand même fermement à la porte. Car nous y assistons à une série de crimes crapuleux, qui donnent à tous ceux que nous voyons tenter de résoudre l'énigme une légitimité que la narration de Süskind empéchait... L'humour apparaît bien sûr, à travers les morts violentes (et accidentelles) de tous ceux qui ont croisé le chemin de Grenouille dans la première partie, mais d'une manière générale, les images le rendent moins explicites que ce qui, à mon avis, était l'intention.

Un film comme celui-ci est sans doute impossible à entreprendre aujourd'hui, puisqu'à l'époque de Netflix et des spin-offs à n'en plus finir, il faut tout explorer, tout expliquer en permanence. Sans parler des transgressions auxquelles la production s'est livrée, la plus fameuse et la plus notable étant quand même l'orgie hallucinante de 800 figurants vers la fin du film...

 

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Published by François Massarelli - dans Mettons-nous tous tout nus Tom Tykwer Snif
21 janvier 2024 7 21 /01 /janvier /2024 12:51

Un inventaire à la Bunuel: un documentaire sur les scorpions, des bandits très fatigués, un quarteron d'évèques psalmodiant, comme plantés sur des rochers au bord de la mer... Une inauguration officielle sanctifiée par la présence du clergé et de l'armée: on érige la première pierre de la ville de Rome... Une cérémonie perturbée par un couple qui se vautre (littéralement) dans la fange... Une vache s'est égarée sur un lit, un marquis semble ne pas prêter attention aux mouches qui envahissent son visage... un garde-chasse se fâche après son fils qui l'empêche de fumer, et l'abat à bout portant...

Le film n'est pourtant pas qu'une accumulation de transgressions (on devine qu'au moment d'écrire le script du film, Bunuel et son copain, Dali ont du beaucoup reposer sur l'écriture automatique et les cadavres exquis), et possède une intrigue, en quelque sorte, propice à des charges énergiques contre l'église omniprésente, le bon goût et la bourgeoisie: un homme et une femme s'aiment et on un tel désir l'un pour l'autre qu'ils ne sauraient se retenir. Et l'homme, par ailleur chargé d'une mission par le gouvernement, arrivera à la réception organisée par les parents de la jeune femme, pour pouvoir être avec elle sans retenue... Mais polluée par ses valeurs bourgeoises (elle fait partie d'une famille "installée" de la bonne société) la jeune femme le quitte pour un chef d'orchestre, qui est sous le coup d'une forte émotion après avoir conduit un ensemble qui jouait Tristan et Isolde de Wagner...

Cette intrigue est donc enchassée entre deux séquences: un prologue en forme de documentaire sur les scorpions, et un épilogue qui nous montre les participants de l'orgie des 120 jours de Sodome du Marquis de Sade, quitter le château qui fut le théâtre de leurs actes dépravés. le dernier à sortir est le Christ, qui revient en arrière pour éliminer une des victimes qui a échappé au massacre!

Le film est aussi truffé de passages qui sont à peine des digressions, depuis un homme qui se promène, un âin sur la tête, au passage des bandits épuisés (leur chef est interprété par Max Ernst) qui meurent en se rendant au combat ("quelle couillonnade!"), et les collages provocateurs abondent: un tombereau passe dans la maison où une réception huppée se déroule, dans l'indifférence des participants; Gaston Modot, qui doit accomplir une mission dont dépend la vie de centaines d'hommes, de femmes et d'enfants, n'accomplit pas son devoir et il reçoit un coup de téléphone qui lui annonce que les gens en question sont tous morts! Sinon, l'acteur attaque en permanence tout ce qui renvoie aus bonnes manières, les chiens, mais aussi un aveugle qui passe sur le trottoir...

Et sinon, le film transgresse presque en douceur, en réussissant à parler et presque montrer séduction, tendresse, sexualité, désir, orgasme, caresses, sans pour autant la moindre image ocntraire aux bonnes moeurs... L'implication de Lya Lys et Gaston Modot est totale, et le film ose aller assez loin comme lorsqu'une image fantasmée nous montre la jeune femme dans les toilettes, en paralle avec des images de lave... 

Le film est un des premiers films sonores français, sorti en novembre 1930: il a du, je pense, être prévu en muet, mais sonorisé au fur et à mesure; il ne contient sans doute qu'une quinzaine de minutes, pas plus, contenant des dialogues, et fait une fort belle utilisation du son: musique, contrepoint dialogué, voix off, bruitages fins, le résultat est d'autant plus spectaculaire que le réalisateur se considérait lui-même comme débutant (ce qu'il n'était pourtant pas). Ne voyant pas comment organiser son tournage, Bunuel l'a filmé en séquence, d'ailleurs... 

Les surréalistes, qui avaient été surpris par Un chien Andalou en 1929, vont aider le tournage au point pour certains d'y participer pour certains... Par contre le film va donner lieu à une bataille rangée dans les rares salles où on le projette, avec des combats entre des humains (surréalistes, amateurs, curieux) et des hominidés et autres primates (royalistes, extrême droite, ligues fascistes), ce qui va provoquer l'interdiction du film. Quand les salauds s'agitent devant un film, évidemment, ce ne peut être que la faute du film...

 

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Published by François Massarelli - dans Luis Bunuel Table de dissection Parapluie Machine à coudre
20 janvier 2024 6 20 /01 /janvier /2024 22:29

"Farfelu (Adj.): bizarre, extravagant, fantasque", nous dit-on. C'est presque raisonnable, tout ça, au regard de ce film qui constitue sans doute une remarquable synthèse de l'art du court métrage de deux bobines selon Charley Chase dans ces années 30...

Car en effet, c'est même franchement loufoque. Un fou (Edwin Maxwell) s'échappe d'un asile, ne sachant pas qu'il va enclencher une série d'événements qui conduiront à la rencontre de Charley Chase et Joyce Compton, une rencontre pleine de surprises, et charmante pour ne pas dire poétique; autre conséquence de cette évasion, Chase va par amour devenir... hanteur professionnel. Fantôme, quoi. Il va aussi utiliser un mystérieux objet qui semble être une chaise invisible, et hanter une maison, et même: si j'ai bien compris le film, il va être payé pour ça...

La tentation, de puis ses années passées chez Sennett, Billy West puis Roach, ne l'a jamais quitté, de provilégier sur la raison, le grand n'importe quoi, pour y lâcher son personnage si bien comme il faut, mais tellement soucieux de bien faire que si on l'engage pour hanter une maison, eh bien... il le fait.

Pour finir, on se souvient du court métrage Laughing Gravy, avec Laurel et hardy: en voici la vedette, ...Le chien Laughing Gravy:

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Hal Roach
20 janvier 2024 6 20 /01 /janvier /2024 07:36

Charley (qui néglige pour une fois ses lunettes, tiens donc) a un rêve depuis toujours: se rendre au Ritz pour y dîner. Il a économisé, a loué un smoking et se rend triomphalement à l'hôtel select, mais un événement imprévu va gâcher la soirée: il aperçoit une jeune et jolie inconnue (Joyce Compton), venue en compagnie de son père (James Finlayson) et d'un prétendant (acteur non identifié). Subjugué par la jeune femme, il se trompe de billet à donner en pourboire au portier, et commence donc un dîner fastueux sans savoir que l'unique billet qu'il a sur lui est en fait un billet de $1...

A la fin du repas, au moment de la révélation il lui faut accepter l'humiliation d ela réparation, il devient donc "François", un garçon du Ritz, et pas des plus doués. Ce qui complique sa tâche pour apprcher la jeune femme...

Le titre, il me semble, est plus une allusion au film Manhattan Melodrama (Woody Van Dyke, 1934) qu'au Monkey Business (Norman Z. McLeod, 1931) des frères Marx; ce dernier était sans doute un peu relégué au passé, alors que l'autre était un énorme succès certainement encore dans toutes les mémoires, et consacrait aussi bien William Powell et Myrna Loy, que Clark Gable. Le titre, dans ces petites comédies, est souvent le principal lien avec l'actualité cinématographique, dans la mesure où les intrigues ne suivent pas.

Mais on retient quand même l'enjeu du glamour du Ritz qui devient l'axe par lequel Charley, un jeune homme modeste, effectue une sorte de transgression, en se rendant dans un lieu normalement réservé aux riches. Il y retrouve Joyce Compton et son père James Finlayson qui en dépit de son accent légèrement Ecossais (on ne se refait pas) est un cow-boy patenté, donc pas du tout approprié dans les lieux, et un sale type qui est un prétendant, certes, mais qui prétend aussi être de la haute, ce qu'un gag assez hilarant révélera comme une tricherie.

Et Chase, lâché sans le sou dans un endroit dont les codes sociaux de pardonnent pas, et enchaînant bourde sur bourde, et aussi James Finlayson dans un film de Charley Chase? Ca suffit à mon bonheur...

 

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Published by François Massarelli - dans Hal Roach Charley Chase
17 janvier 2024 3 17 /01 /janvier /2024 16:05

Avec Ann Todd dans le rôle principal, David Lean explore avec la méticulosité quie le caractérise une affaire célèbre, située à Glasgow dans les années 1850: Madeleine Smith (Ann Todd), amoureuse d'un jeune homme Français (Ivan Desny), est une jeune femme de la bonne société de Glasgow, dont le père (Leslie Banks) s'attend à ce qu'elle épouse un homme de son milieu (Norman Wooland). Mais elle décide de s'enfuir avec son amoureux, Emile L'Angelier: celui-cide son côté refuse l'idée d'un mariage secret, il désire en effet garder la tête haute. Devant leurs objectifs inconciliables, le jeune femme décide de rompre. Mais alors qu'ils ont encore quelques entrevues, dont certaines seront houleuses puisqu'Emile agite devant Madeleine le spectre du chantage, le jeune homme tombe dangereusement malade, puis meurt d'un empoisonnement à l'arsenic... Madeleine, pointée du doigt par le colocataire d'Emile, est immédiatement considérée comme le seul suspect dans l'affare, et le film nous expose méthodiquement le déroulement de son procès.

La vérité? Clouzot en a fait un film, et c'est vieux comme le monde: le principe d'un film de procès, ce n'est pas essentiellement de découvrir la vérité, mais plutôt de voir comment on la traque, la trouve ou la dissimule, l'utilise ou la travestit dans ce grand cirque fascinant qu'est l'exercice de la justice. Relatant les faits sous leur forme connue (à la façon dont plus tard Fincher tournera Zodiac), Lean choisit de ne pas broder autour de l'histoire, se contentant de faire semblant d'adopter un regard objectif. On ne pourra pas ne pas prendre parti de toute façon, même si le metteur en scène a utilisé Ann Todd de façon étonnante, en jouant à la fois sur le poids de son éducation (c'est une jeune femme très comme il faut, stricte en toute circonstance pour ne pas dire froide) et sur le tumulte de ses passions (elle découvre l'amour, y compris physique, et est prète à tout, y compris abandonner sa famille, pour aller au bout). Si elle est coupable, on en viendrait presque à la comprendre par ailleurs tant le poids des conventions, et le piège qui se referme sur elles, sont une menace que nous ressentons. Quoiqu'il en soit, le film se clôt sur une énigme, puisque l'affaire n'a jamais été élucidée...

Avec sa mise en scène une fois de plus impeccable et flamboyante Lean est en plein dans son univers, quelque part au milieu d'un débat sans fin, à la façon de Zhivago coincé entre deux femmes et entre deux marches à suivre, ou comme ce pont convoité par les uns, revendiqués par les esclaves qui le construisent, et dynamités par les autres, tous au nom d'un même idéal militaire... On pense aussi à A passage to India, si ce n'est que dans ce film tardif, il choisira de nous donner, dans une histoire d'accusation et de procès, le fin mot de l'affaire. Mais comme si souvent dans son oeuvre, le film toutnre autour... d'un vide flagrant, celui de la résolution, et de ce qui s'est réellement passé entre Emile L'Angelier, Madeleine Smith et un flacon d'arsenic...

Ann Todd est exceptionnelle, moins lisse que n'aurait été une actrice à laquelle on aurait imposé une vision extérieure, qui aurait permis soit de la disculper, soit de l'accuser fermement. L'énigme de son expression sert bien sûr le film, mais comment interpréter ce regard final à la caméra, sourire complice de boneur d'être libérée après un cauchemar, ou sourire triomphant d'un meurtrière qui a berné tout le monde? Sa vie est probablement foutue, mais le personnage a gagné... Elle a été plus loin que bien des femmes en cette époque corsetée, et en est revenue. Avec sa mise en scène toute en clair-obscur, en scènes nocturnes, en touches stylistiques, héritées du film noir, c'est un film impressionnant, qui se bonifie à chaque vision, et dont l'étrange fin sans conclusion semble si parfaite...

 

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Published by François Massarelli - dans David Lean Noir
16 janvier 2024 2 16 /01 /janvier /2024 18:27

Ce film est sans doute l'un des plus cérébraux de son auteur, avec une mécanique impressionnante ou savante de retours en arrière, un puzzle permanent dont émergera la bvérité des sentiments, ou plus sûrement leur confusion.

Alors qu'elle est en vacances en Suisse, Mary Justin (Ann Todd) attend son mari, un banquier très sérieux et très important, Howard (Claude Rains); c'est la première fois en une dizaine d'années qu'ils se rendent en vacances, et la dernière fois ça avait failli tourner à la catastrophe: elle y avait vu l'homme qu'elle avait le plus aimé dans sa jeunesse, Steven (Trevor Howard)...  Ce que Mary ne sait pas en arrivant c'est que Steven est justement présent dans le même hôtel, dans la chambre voisine...

Voilà un dernier fait qui range inévitablement le film dans la catégorie des mélos improbables, mais qui sied parfaitement la situation: deux amis qui semblent destinés à s'aimer mais ont toujours plus ou moins résisté, que le sort repousse l'un vers l'autre sans relâche, comme le montre une série de flash-backs... Des scènes dans lesquelles l'amour fou imaginable entre les deux, finit par prendre une dimension mythologique, à plus forte raison par le fait qu'il y soit systématiquement question d'un point de vue qui tourne autour du regret: regret de e pas avoir fait ce qu'on aurait du faire, de ne pas avoir succombé en temps et en heure. Regret d'avoir laissé les circonstances évoluer à l'encontre de son désir, ou enfin regret de ne plus pouvoir céder...

Le film refait un peu Brief encounter, mais il est froid, là où le précédent disposait d'une générosité impressionnate à travers la peinture du Londres populaire où évoluaient les amants potentiels... Et la structure en flash-backs complétés d'hypothèses ou d'actes manqués mis en scène sous nos yeux, tend à compliquer les choses... Trevor Howard est plus un objet de désir et de regrets dans le film, le point de vue étant celui d'Ann Todd du début à la fin.

Mais plutôt que de le comparer à la pièce de Noel Coward et au film de Lean dont je parlais, il serait plus juste de voir les similitudes entre le film et Anna Karenina...

 

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Published by François Massarelli - dans David Lean
14 janvier 2024 7 14 /01 /janvier /2024 11:32

Topper? C'est un banquier (Roland young) marié à une héritière-bien-comme-il-faut (Billie Burke) qui aimerait tant que son mari soit un peu plus sophistiqué, et qui lui monitore tous les aspects de sa vie: par exemple, le dimanche, on mange de l'agneau... Bref, Topper, qui est raisonnable, avec un métier raisonnable, une vie raisonnable, et une épouse raisonnable, aimerait tant un peu de fantaisie...

Les Kerby, en revanche... George (Cary Grant) est un riche actionnaire de la banque Topper, et donc il se permet tout ce qu'il veut. Son épouse Marion (Constance Bennett) l'assiste allègrement dans une vie dissolue, un parcours de fêtards décidés à ç=tout tenter, tout le temps... Bref, un couple déraisonnable. Et pourtant...

Topper, clairement, a un faible plus que prononcé pour Marion, qui adore le faire tourner en bourrique. Alors quand George et Marion meurent dans un accident de la route (qu'ils ont bien cherché par leur inconséquence), ils ne peuvent que revenir hanter leur pauvre ami Topper.

C'est l'une des premières screwball comedies, contemporaine de l'ineffable Bringing up baby, et force est de constater que Cary Grant y est totalement à son aise, même si son rôle reste quand même limité. Disons qu'il y est à la lisière entre personnage principal et personnage secondaire: il est d'ailleurs crédité en deuxième position... C'est une production Hal Roach, car le producteur sentait bien avec le succès des longs métrages Laurel et Hardy que le marché des courts métrages, qui avait fait son studio et sur lequel il basait son modèle économioque, était en train de mourir. Donc Topper est une étape importante vers une tentation de respectabilité, d'où une durée assez longue, ce qui est très rare dans le studio Roach. Comme les autres films du studio à cette période, la distribution en a été assurée par la MGM...

C'est gentiment loufoque, ou loufoquement gentil, c'est selon; on voit bien qu'il esxiste un genre à part entière, la comédie de fantômes, dont ce film (avant le Fantôme à vendre de René Clair) serait en quelque sorte exemplaire: le sel y repose sur l'absurdité de la situation (Topper étant la dernière personne qu'on imagine avec une vie intérieure, le voir constamment dans l'embarras face à des fantômes invisibles est le principal ressort du film, en particulier quand celui qui assiste à la scène est Eugene Pallette) bien plus que sur une quelconque épouvante. Le film ne joue jamais la carte du fantastique pour faire peur, mais utilise à fond l'idée que le couple des Kerby, étant déjà passé de vie à trépas, on pouvait sans trop craindre la censure les représenter dans toute leur malice et leur amoralité... Et les Kerby vont incarner d'une certaine manière les mauvais instincts de Topper.

Quant à ce bon McLeod, il a toujours été un fidèle exécutant, adroit sinon doué, et était pluôt à l'aise dans la comédie. Quand comme c'est le cas ici, il disposait d'acteurs particulièrement doués, il faisait un excellent boulot. Mais soyons quand même clairs: LE film de la screwball comedy (un genre, après tout, auquel les courts muets de Roach ont énormément préparé), pour les années 30, c'est... Bringing up baby. Définitivement!

 

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Published by François Massarelli - dans Screwball comedy Boo!! Cary Grant Hal Roach
14 janvier 2024 7 14 /01 /janvier /2024 11:23

Charley est marié, et chaque sou compte... Par exemple, il n'achète pas le journal seul, il le partage avec un autre lecteur tous les matins! Mais on comprend vite ce qui ne va pas: son patron (Clarence Wilson) est impitoyable... Quand Charley lui demande l'autorisation de s'absenter pour une raison médicale, c'est un souci. Néanmoins il arrive à se débrouiller: il doit voir son médecin (Billy Gilbert) pour un bilan, mais celui-ci étant distrait, il le confond avec Mr Case, qui lui a déjà un pied dans la tombe.

Chase, apprenant qu'il n'a plus que six mois à vivre, devient dépensier, et envoie même promener son patron...

Bon, c'est bin sympathique, mais c'est quand même un peu décevant. Il manque ici (à part la loufoquerie habituelle de Billy Gilbert) le grand souffle de l'absurde, dans une intrigue linéaire et fortement teintée... de raisonnable. A noter: le retour de Muriel Evans après quelques mois...

 

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Published by François Massarelli - dans Charley Chase Hal Roach
14 janvier 2024 7 14 /01 /janvier /2024 09:28

La vie difficile et ô combien mélodramatique de l'orphelin Oliver Twist (John Howard Davies), depuis son infortunée naissance d'une mystérieuse inconnue qui meurt quelques minutes après lui avoir donné la vie, jusqu'aux dangereuses rues de Londres où il apprend les rudiments du métier de tire-laine auprès du receleur Fagin... En passant bien sûr par une "workhouse" (un orhelinat, dans lequel les pauvres enfants sans famille sont exploités avant d'être placés pour ne pas dire vendus) et toutes les péripéties possibles et imaginables...

Après Great expectations, David Lean aoute un deuxième chapitre à son exploration gourmande de l'oeuvre de Dickens, ce sera le dernier... Il le fait en plasticien d'abord et avant tout, même si ce metteur en scène affirme son désir de tout contrôler et de devenir un auteur aussi complet que possible, en signant le scénario (avec Stanley Haynes). Mais d'abord et avant tout Lean décide d'être aussi proche du roman et donc des intentions de Dickens qu'il le pouvait... Dickens, dont les ambiguités n'ont plusà être présentées, avait situé son roman dans un monde sordide, celui de la pauvreté et de la débrouille, c'est donc ce qui nous est montré; mais il mo,trait aussi de quelle façon les classes dirigeantes assujettissaient la classe ouvrières en les poussant à la pauvreté, et au crime (son corollaire dans tout mélodrame qui se respecte), à coup d'injustices... Lean reprend tout ceci, on n'ose pas dire à la lettre.

Parce que c'est du cinéma, quand même... D'ailleurs le début est extrêmement impressionnant, avec ces menaçantes images de nature, et cette utilisation magistrale de l'ombre et de la lumière, le film dès le départ est film directement dans la lignée du grand cinéma muet particulièrement Allemand (d'ailleurs il use de textes récapitulatifs bien dans le style des intertitres du muet à chaque fois qu'il le peut). On constatera qu'il est aussi clairement dans la lignée de George Cruikshank, l'illustrateur de la publication en feuilleton... En continuité avec l'idée de remonter à la source. Le film est d'une esthétique très proche de celle des gravures originales, et il rend bien la laideur, l'univers de briques, et on y utilise souvent les trognes des acteurs secondaires, dans un but d'utiliser la caricature avec subtilité. Mais le film se caractérise aussi par un sens phénoménal du détail, depuis les "signes" mélodramatiques (médaillon volé qui sert de fil rouge) jusqu'à la caractérisation globale: par exemple, quand Oliver devient apprenti d'un entrepreneu de pompes funèbres, il devient entouré de cercueils. Aussi bien à côté de son lit que la tabatière de son patron qui a une forme si caractéristique... La prise de tabac, d'ailleurs, est mise en avant comme une habitude d'un autre temps, qui là encore joue sur l'ambiance générale.

Un autre grand apport de Lean est d'offrir avec le point de vue une mise en évidence des émotions, comme dans les scènes qui font intervenir directement Oliver (qui, rappelons-le, est autant le sujet que l'objet de sa propre histoire, comme souvent chez Dickens... aussi bien que chez Lean); la scène du meurtre de Nancy, la prostituéequi a des scrupules, est traitée de façon impressionnante avec une utilisation du montage pour montrer l'effet du meurtre sur le tueur lui même...

Aucune tentation de bavardage ici, le film repose sur une mpressionnante économie de moyens concernant les dialogues: la scène de la courte paille, qui voit la sélection, à l'orphelinat, d'Oliver pour aller se plaindre de l'ordinaire au nom de tous, est traitée sans un mot; la première réplique du film n'est prononcée qu'après 6:30 de pellicule.

Enfin, comment échapper au sujet de fâcherie habituel? La caractérisation de Fagin par Alec Guinness: le principal fautif reste Dickens, tout comme en créant Shylock, Shakespeare a succombé aux stéréotypes faciles de son temps. En se situant dans la tradition, Guinness renvoie principalement à la volonté de l'auteur, d'accabler une ethnie bien ciblée (qu'on va qualifier, au regard des délires ambiants, de "usual suspects"...), mais Dickens lui-même s'était inspiré largement de l'histoire d'un homme, Ikey Solomon, dont la vie était mouvementée, mais aussi très proche (il était receleur) de celle du personnage du roman. Maintenant, si Dickens l'a affublé pour toujours dans ses descriptions des attributs du juif maléfique qu'aiment tant les antisémites de tout poil, la caractérisation de Guinness est bien plus riche qu'une simple illustration. Il devient une fripouille, qui est tout sauf unidimensionnelle... Un personnage qui a sans aucun doute du batailler pour s'imposer dans le milieu qui est le sien. Un cousin de personnages qu'o retrouve non seulement chez Dickens, et donc Griffith, mais aussi chez Carné (Les enfants du paradis, inévitablement). Et surtout, Fagin n'est finalement pas aussi diabolique que Sykes (Robert Newton), qui lui va avoir directement du sang sur les mains et fournir les images les plus impressionnantes du film, lors des poursuites de la foule prête à le lyncher... On renvoie ici à Frankenstein, de James Whale, dans une sorte d'étrange filiation, ou cousinage: après tout, Whale aussi s'est largement inspiré du cinéma Allemand...

Pour couronner le tout, les acteurs sont tous irréprochables, totalement dévoué au projet et à son esprit. Bref, une réussite!

 

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Published by François Massarelli - dans David Lean Criterion
13 janvier 2024 6 13 /01 /janvier /2024 08:55

Forcément détaché, à 9 années de distance, du reste de l'oeuvre, ce premier film co-réalisé par Alexandre Esway respire un peu l'amateurisme et l'enthousiasme juvénile, mais il a été réalisé dans des conditions sans doute assez difficiles, quasiment entre deux trains...

Double exilé, le Viennois Wilder, parti à, puis de Berlin, s'investit avec tendresse dans une histoire de fils à papa qui refuse de travailler comme tout le monde, et va presque par idéal devenir gangster (spécialisé dans le vol de voitures) et craquer pour les beaux yeux de Danielle Darrieux.

Le moraliste particulier qu'était Wilder, qui s'attachera aux pas de diverses personnes dotées de leur morale bien à eux (Irma, Miss Piggott, Sherlock Holmes, et on peut sans doute continuer), ne juge pas la jeunesse dépeinte dans ce film, mais s'attache à en rendre la turbulence dans de nombreuses séquences. Des restes de l'improvisation qui a régné sur le plateau des Hommes le dimanche, de Siodmak, auquel le cinéaste a collaboré, colorent ce film d'une urgence que le cinéma de Wilder ne connaitra plus des années après, lorsque le moindre plan devra être bouclé avant tournage, le moindre mot scellé dans le marbre. Ici, les aspects foutraques de certaines séquences font appel à notre indulgence, mais des résurgences de l'avant-garde anticipent sur le film noir, d'une façon inattendue: lorsque les deux héros, trahis par les autres gangsters, se trouvent poursuivis en pleine nuit par la police, l'utilisation du montage rapide, les plans de nuit, et le très beau plan de la voiture tombée dans un lac, dont les deux amants sortent pour regarder la police s'éloigner, tout ça est la preuve d'une conscience déja très forte du cinéma. Le scénario est déjà efficace par ses ellipses. J'ajouterais que il faudra pour le grand metteur en scène passer par la triple école de Mitchell Leisen, Howard Hawks et surtout Ernst Lubitsch, pour lesquels il sera un scénariste essentiel, avant de devenir l'un des plus grands, ce qu'il sera... très vite.

Mauvaise graine ne fait pas exception dans sa carrière, Il contient son lot de gags aussi: le burlesque de Wilder, souvent basé sur les situations, est à l'oeuvre dans ce premier film, d'une façon très poétique, avec des petits à-cotés, des petits moments durant lesquels au garage, par exemple l'un des gangsters se fait presque écraser par une voiture volée. A la fin, le chaiffeur fou qui manque à plusieurs reprises d'écraser son copain se fait aussi remarquer par un échange gouailleur et bouffon, finalement assez Parigot; il vient de voler un bus: "Ces messieurs sont de la police? oui, j'ai trouvé ce bus... Si je le ramène dès demain au commissariat, qu'est-ce que ça va me rapporter? - Entre deux et cinq ans!" Clouzot se laissera aller à ce type de dialogue quelques années plus tard. Sinon, il construit déja ses scénarios avec des balises, des avant-gouts, des étapes que le spectateur se doit de ramasser avant d'en recoller les morceaux à la fin: le nombre d'allusions, généralement loufoques, à la collection de cravates volées du personnage de Jean, ami du héros et frère de l'héroïne, prennent un sens plus grave lorsque les amants en fuite voient un camelot et son lot de cravates: ils se doivent de rester en France afin d'aller chercher Jean, avant de partir pour les colonies...
 
La gravité de la fin, relativement soudaine, détonne d'ailleurs un peu dans ce film plus insouciant que grave. Wilder apprendra avec les années à doser sa mélancolie, et la mélangera avec son humour avec des résultats fascinants dès les années 40, avec une autre cavale grave et noire, mais n'anticipons pas trop.
 
Enfin, il est difficile ici, dans un film réalisé avec le même esprit collaboratif que Menschen am Sonntag, en Allemagne, de rendre à César ce qui appartient à anexandre, et de ne pas attribuer à Billy ce qui appartuent à Esway, celui-ci étant après tout déjà un réalisateur confirmé en 1934, qui travaille à ce poste depuis 1929. J'ai déjà montré les liens avec l'oeuvre future de son illustre collègue, et par ailleurs, on voit au générique que le nom de Wilder (sans son prénom, à la mode de l'époque) domine en obtenant systématiquement la première place...
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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder