Jean de Rovéra, obscur littérateur, avait reçu la redoutable mission de documenter les Jeux Olympiques de 1924 à Paris pour les salles de cinéma. Il a donc produit / réalisé deux films, un moyen métrage consacré à Chamonix et aux premières Olympiades d'hiver, et un très long métrage (3h) consacré aux jeux de Paris...
Ce court métrage de huit minutes, complète le paquet, en quelque sorte, et propose une vision de ce qu'étaient les jeux à l'époque de l'antiquité dans l'esprit de 1924. C'est très décoratif, avec des athlètes à demi-nus, qui miment comme autant de statues vivantes, les épreuves des jeux antiques. Un seul décrochage dans ce qui est un très anecdotique exercice plastique: le visage inspiré d'une jeune femme, probablement émue par tout ce muscle?
Mimi (Valentine Verhague) habite à Douarnenez depuis toujours. Elle y travaille en tant qu'ouvreuse et personne à tout faire dans un cinéma local. On sent qu'elle s'y connait, mais qu'elle a refusé de suivre son aspiration vers le septième art. Elle a surtout décidé de ne pas partir pour aller à Paris, ou même de se rendre à Brest ou Nantes (comme son frère qui a fait ce dernier choix plutôt que de rester...).
Elle doit remplacer au pied levé sa supérieure qui est empêchée, pour accueillir un cinéaste de passage (Ferdinand Niquet-Rioux) qui vient présenter son premier long métrage. Lui aussi est né à Douarnenez, et ils ont été amarades au lycée... Mais sans atomes crochus. Quand le cinéaste arrive, Mimi doit mobiilser tout son enthousiasme, car... le film présenté est, pour reprendre une subtile et délicate métaphore rurale très parlante, est une bouse... Et le bonhomme sérieusement dépressif!
Oui, j'admets, à la lecture de ce résumé, ça ressemble à du cinéma français, celui qui met en perspective les malheurs des gens, vous savez. Et encore, je n'ai pas mentionné le fait qu'il est expliqué dès le départ par la voix off, que la maman de Mimi est décédée peu de temps auparavant... d'ennui!
Et pourtant c'est une comédie, douce-amère, ça oui! Une variation doucement ironique sur le manque d'ambition, mais aussi une certaine idée de la loyauté: tel ce cinéma qui s'accroche à ses clients, symbolisés à elle toute seule par une petite dame d'origine Japonaise. Mimi, que tous questionnent pour son manque d'ambotion, a peut-être tout simplement envie de son anonymat. Quand Gaspard arrive, elle trouve en lui quelqu'un qui lui donne raison, il est monté à Paris, mais... Il rêve de revenir.
Le jeu est naturaliste, sans pousser vers le n'importe quoi habituel de l'improvisation à coup de gros mots (ce que j'appelle le "jeu à la française", que voulez-vous), et le regard est affuté, dans un ton qui passe parfois par le loufoque: le seul qui semble se déclarer pour Mimi, c'est un ado perturbé qui dit qu'il va se jeter de sa fenêtre, par amour pour elle... puis le fait. Ce moyen métrage n'est sans doute pas le film qu'il vous faut pour passer un petit samedi soir cotonneux. Mais il a des choses à dire, et les personnages pour le dire...
Présenté dans une copie en fort mauvais état, mais d'origine, soit un positif 35mm, et incomplète, ce film a vu les critiques Américains faire la moue... Car il est partiellement atypique.
Partiellement: on retrouve l'univers du réaisateur-acteur, qui a choisi une profession pour en faire le titre de son film, et a demandé à la Vitagraph de plus en plus embarrassée par ces dépenses inconsidérées un budget imposant; enfin, ses acteurs de prédilection sont là, et en particulier un génie: Oliver Hardy.
L'intrigue concerne un restaurant dans lequel le maître d'hôtel est irascible, colérique et pour tout dire pas forcément sympathique envers les vagabonds qui tentent d'y manger gratuitement. C'est le cas de Semon, qui est expulsé manu militari, ce qui fait qu'il tend à se retrouver entre les mains d'un autre colérique qui ne le porte pas dans son coeur (Hardy)... Mais le maître d'hôtel et les autres employés partent sur un coup de tête et le restaurant va donc devoir employer les vagabonds...
Ce qui est atpique, c'est que les gags semblent plus retenus, moins délirants et avec moins de cascades que d'habitude... Moins ne veut pas dire évidemment qu'il n'y en avait pas! Et on regrettera que le final soit perdu...
Par contre il est difficile de ne pas repérer l'influence très forte de Chaplin et de A dog's life (1918) sur ce film...
Larry Semon est un "Grocery clerk", donc l'employé d'une épicerie, et pour une épicerie elle est de belle taille: le succès aidant, le cinéaste demandait à son patron des budgets extravagants et des décors conséquents... et les obtenait.
Le film est une fois de plus typique de sa manière: on expose un magasin dans lequel tout devrait se passer au mieux, mais les carcactères et le rythme de vie ou de travail de tous ces gens aenés à cohabiter finit par porter sur les nerfs... Et comme l'un d'entre eux (Semon, bien entendu) est différent de tous les autres, il irrite particulièrement.
Les rivalités (financières, amoureuses ou autres) s'accumulent, jusqu'au point de non-retour, qui est généralement une course-poursuite avec moult cascades.
Une formule quasi-immuable qui donne d'étranges mais réelles satisfactions... Tout en promettant d'agacer celui qui devra en voir une dizaine à la suite!
Par ailleurs Semon avait des manies, et pas toujours enviables. L'une d'elle était de traiter ses personnages Afro-Américains (et donc ses acteurs) d'une façon assez irritante (impliquant le plus souvent de la farine, voire de la mélasse). Une autre consistait à utiliser des animaux dans des gags douteux, c'est un chat (et un très beau chat en plus) qui fait ici les frais de cette attitude qui serait proscrite aujourd'hui...
Des membres d'une secte Indienne sont prêts à tout pour récupérer un collier sacré qui leur a été volé... Dont le voleur (un malhonnête!) se débarrasse en le revendant à Larry Semon (un innocent!)... Celui-ci a des ennuis...
Les ennuis en question sont un ballet incessant, loufoque et répétitif (mais pour la bonne cause), de tentatives de Semon d'échapper à ses poursuivants,, qui de leur côté, réapparaissent de façon surréaliste en permanence, et en dépit du bon sens. On pense donc finalement bien plus à Tex Avery (les géniales démultiplications de Droopy) qu'à Buster Keaton et Cops...
Par contre le film montre aussi une belle énergie sur l'ensemble de la bobine, avec le type de structure que Semon aimait tant et qui prendra vraiment son envol une fois qu'il sera passé au format de deux bobine; une lente et loufoque ascension vers des cascades-prétexte, toutes plus absurdes et spectaculaires les unes que les autres...
Mr Jack (Frank Daniels) tient un petit établissement dans lequel il vend du boeuf hâché (Hash), et il très apprécié dans son quartier. Décidé à étendre sa pratique, il se déguise et s'incruste dans un hôtel chic, où on le prend pour un comte Italien qui est supposé venir incognito...
A cette même époque, Chaplin tournait The Count, et les films des écuries Sennett et Roach sur le même type d'intrigue abondent... C'est que ce type d'intrigue repose sur de solides ressorts à gags: le déguisement pour commencer (on voit ici que Daniels ne se contente pas d'un déguisement, il est très critique et très exigeant sur la duperie qu'il s'apprête à commettre...), mais aussi le choc des cultures, ici sociales...
Un film, donc, plaisant, dont une bonne part repose sur la caricature des gens du quartier, dans leur glorieux manque absolu de sophistication!
Parce qu'il a flirté avec la bonne, Jack (Frank Daniels) se voit menacer d'un divorce... et surtout d'une pension alimentaire! Il décide donc de prendre la fuite et de s'engager dans l'armée...
C'est du grand n'importe quoi, quand même. Je continue à me gratter l'occiput d'un index circonspect devant la popularité (certes passée, et sérieusement recouverte de naphtaline, mais quand même) de celui qu'on appelait 'The superlative screen comedian'... des grimaces, des roulements d'yeux, rien de plus.
Edward Earle et Agnes Ayres sont fiancés, et elle n'est pas très favorable à son habitude de jouer avec ses amis. Par ailleurs, elle a une manie, celle de s'en remettre à une planchette de spiritisme (un "Ouija board") pour tout et toutes les décisions...
C'est un peu confus, et c'est un film qui ourt plusieurs lièvres à la fois: la nécessité de séduire, une tentative de soutirer de l'argent en douce, l'excentricité absurde d'un personnage qui entre en conflit avec son traidtionnalisme sentimental... C'est beaucoup et il aurait sans doute fallu plusieurs bobines pour ça.
Mais il aurait peut-être aussi fallu un autre acteur, Earle manque singulièrement de charisme. En tout cas, après l'arrêt des films de Sidney Drew, qui allait décéder l'année suivante, ce court méytrage d'une bobine représente une tentative de la Vitagraph de maintenir un, style de comédie à l'écart des excès du slapstick... Ce que Roach réussira sans heurts dès 1919, autour d'Harold Lloyd.
La famille Péricourt nous est familière: nous l'avons rencontrée dans le film Au revoir là-haut, d'Albert Dupontel, d'après le roman du même titre de Pierre Lemaître... Quand le film commence, on est en 1929; Madeleine, l'héritière, enterre son père. Mais lors des funérailles, son fils tente de se suicider en se jetant depuis un étage sur le cercueil de son grand-père... Puis le principal collaborateur de ce dernier à la banque Péricourt commence à détricoter patiemment, fil après fil, les avoirs de Madeleine, en trouvant de nombreuses complicités auprès de la famille Péricourt...
C'est une saga qui court de 1929 au milieu des années 30, et qui couvre la crise de 1929, l'arrivée du nazisme, les arts de l'époque (on attend le cinéma, ce sera plutôt l'opéra), la tentation des scandales, de la spéculation et des manipulations financières, la presse et les ambitions... La lutte des classes, les petits métiersde Paris, les différences cocasses er culturelles entre une bourgeoise un peu coincée et un chaffeur de taxi qui sait ce qu'est la débrouille. Bref: le film coche un peu trop toutes les cases, sans jamais loucher vraiment du côté du baroque.
Ce qui faisait du film de Dupontel un chef d'oeuvre, c'est que la générosité et la poésie, chez Dupontel, sont des secondes natures. Ici, en revanche, on aura des passages obligés, des numéros d'acteurs (tous sont excellents, de Benoît Poelvoorde à Léa Drucker, avec une exception mais c'est sans doute moi qui ai un roblème, Fanny Ardant). Mais voilà... Aucun génie dans cette oeuvrette très oubliable. Le film ressort quand même beaucoup de ce qu'on appelle la "qualité France"...
Et là où je comprenais parfaitement Dupontel qui rendait hommage à Buster Keaton en reprenant son costume dans Au revoir là-haut, j'avoue que la mise Léniniste de Clovis Cornillac me semble assez surprenante...
Bon, il y a quand même un petit moment de grâce loufoque et gentiment polissonne dans ce film trop sage, quand Léa Drucker, sagement allongée sur son lit, parle à Clovis Cornillac qui se rase:
Madeleine: "M. Dupré?"
Dupré: "Hein?"
Madeleine: "M. Dupré, je voulais vous demander..."
Dupré: "Je vous écoute."
Madeleine: "M. Dupré, vous ne voudriez pas venir vous coucher sur moi, s'il vous plait?"
Voilà un exemple de ce qui se passe quand un metteur en scène, qui vient de faire l'expérience d'une liberté absolue avec Rich and strange, et qui a du mal à s'en remettre, se voit confier un film à faire, qu'il ne veut pas faire. D'une part, il le fait quand même, et se l'approprie... Je vois dans ce film de nombreuses envies de continuer son bricolage délirant de Rich and strange, et pour commencer, le film est adapté d'une pièce, et conserve pour ses premières quarante minutes (Soit les deux premiers tiers, le film est très court) la notion d'unité de lieu.
C'est un film policier: des gens se retrouvent le soir dans une maison abandonnée, tous avec des raisons plus ou moins claires... il y a un cadavre qui n'en est pas vraiment un, une jeune femme effrayée, un clochard pittoresque, et des malfrats plus ou moins distingués... Maintenant, comme dans toute maison vermoulue qui se respecte, les coups de théâtre s'accumulent plus ou moins gratuitement, mais ça fait bien longtemps que j'ai décidé d'accepter ne rien comprendre au film, qui est très confus et tout à fait illogique. Et Hitchcock n'en disait pas autre chose...
D'ailleurs, ça commence par un acte de quasi-rébellion, avec la vision de la maison, la nuit, depuis la rue. Un homme qui est venu là par hasard, s'avise qu'il s'y passe quelque chose, car il a vu de la lumière et une ombre... il entre, nous le suivons. Et pourtant nous apprendrons à la fin, qu'il est venu pour une mission, et qu'il a une bonne raison d'être dans une maison: c'est tout sauf un hasard. La logique du rêve est appliquée du début à la fin...
Et certains plans au tout début trahissent à mon sens une source inattendue pour ce film, dont j'imagine qu'elle n'est sans doute pas innocente: Hitchcock avait-il vu Vampyr? Sinon, la coïncidence est troublante, car ce pérégrinations d'un héros mal défini, dans une maison où les ombres sont douées de vie, et qui passe par tous les effets visuels de maison hantée qui puissent s'imaginer, nous rappelle étrangement le rêve éveillé de David Gray tel que Dreyer l'a réalisé en 1931...
Mais sinon, on peut faire comme Hitchcock, et considérer que ce film de rien du tout est un désastre. Il vaut donc mieux en rire...