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5 juin 2024 3 05 /06 /juin /2024 16:26

Le premier dessin animé de la série Mickey Mouse dans lequel Mickey n'apparaît pas a pour vedettes deux des personnages qui vont le plus se retrouver en vedettes incontournables de séries de dessins animés qui leur seront entièrement dédiés... L'idée était donc sans doute de profiter de ce film pour leur faire faire un galop d'essai...

Comme la plupart des Mickey dans lesquels apparaissaient Donald et Goofy, celui-ci divise le temps de présence des deux protagonistes en leur donnant chacun une mission différente. D'un côté, on a Donald en plombier face à un tuyau récalcitrant, et de l'autre Pluto aux prises avec un aimant qu'il avale...

Si Donald ne tardera pas à gagner ses galons de vedette à part entière, c'est Pluto qui se taille ici la part du lion, en particulier lorsque à cause d'un aimant qu'il a avalé par mégarde, il se retrouve attaqué par tous les objets métalliques possibles et imaginables, en particulier sa gamelle avec son os, bien entendu... Lorsque l'animal est ensuite compressé "à la César", on n'échappera ni à un certain sadisme, ni bien sûr à l'hilarité.

 

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Published by François Massarelli - dans Donald Duck Disney Animation
5 juin 2024 3 05 /06 /juin /2024 16:17

Une poule et ses poussins vont ramasser du maïs, et demadent de l'aideà deux voisins, Peter le cochon, et Donald le canard... Mais les deux auront la même réaction, à la simple idée de devoir aider et donc de se fatiguer, ils simuleront une maladie! Elle va donc ramasser le maïs seule, et confectionner des gateaux et autres denrées... Au moment de partager, les deux voisins n'auront que de l'huile de foie de morue...

C'est une fable, inspirée de La Petite Poule Rousse. Le côté didactique ne fait aucun doute, et on ira plus sûrement chercher de l'intérêt dans l'animation et la façon dont Jackson crée, avec ses animateurs, un univers qui bouge dans tous les sens, sans avoir d'autre résultat qu'une totale crédibilité. A ce titre, la première séquence qui établit la famille de la poule avec ses poussins qui tous vivent leur vie, est particulièrement notable...

Et puis bien sûr, dans cette Silly Symphony, le personnage dont tout le monde se rappellera, c'est Donald Duck... La voix (Clarence Nash) est déjà là, le côté fripouille étonnera peut-être un peu, et le Technicolor rend justice au code de couleur adopté pour son costume: une étoile est née...

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Published by François Massarelli - dans Silly symphonies Disney Donald Duck Animation
3 juin 2024 1 03 /06 /juin /2024 19:07

Une jeune femme belge, Gabrielle Van der Mal (Audrey Hepburn), est touchée par la vocation, et s'apprête à entrer dans les ordres. Formée par son père, un fameux chirurgien, elle s'est fixée comme but de partir pour le Congo, mais ça va être long... d'abord, il y aura le noviciat, une période de six mois durant laquelle on lui insulquera les règles drastiques de son ordre. Puis il lui faudra parfaire sa vocation en passant par une période dans une institution de psychiatrie, et enfin le Congo, dont elle partira après un temps, car elle a été rattrapée par la tuberculose... En revenant en Belfique, elle sera confrontée à un dernier mal, la guerre, puis l'occupation Allemande...

Audrey Hepburn est de toutes les scènes, et le film est entièrement construit autour de Gaby, "Sister Luke", le personnage dont la vocation et le sacrifice sont le sujet même de l'oeuvre. Bien sûr, c'est une adaptation d'un livre, mais il ne s'agit pas d'un récit bio- ou autobiographique... Le roman a été écrit par Kathlyn Hulme, et n'a rien d'autobiographique, en aucun cas. C'est juste une étude de l'intérieur d'une vocation religieuse, réalisée avec un soin et une délicatesse extrême... Zinnemann a souhaité entrer dans le quotidien d'une aspirante religieuse, et bien sûr celle-ci a la vocation, mais ça n'empêchera pas la difficulté. 

C'est un tour de force, d'ailleurs: car la dimension documentaire est là, avec des séquences dans lesquelles on verra Gabrielle se soumettre aux rites de passage et aus règles avec plus ou moins de réussite, mais jamais la caméra ne semblera nous imposer un point de vue autre que celui qui consiste à montrer. Les mères supérieures sont-elles excessivement sévères? Nous n'en saurons rien, car ce n'est pas le sujet. Mais l'apprentissage de cette vocation n'est pas facile, et passera par des accrocs, des accidents et des renoncements...

Et le réalisateur impose une mise en scène basée sur des têtes et des visages, magnifiquement réalistes, dans lesquels la conscience des unes et des autres, s'expriment sans retenue, ni jugement. C'est la bonne démarche, c'était déjà celle de Dreyer (La Passion de Jeanne d'Arc), et dans quelque épisode que ce soit, on ne quittera jamais cet état d'esprit: la vocation religieuse avant tout. Si ele passe derrière quelque chose, si une novice ne se sent pas capable d'assumer jusqu'au bout, elle doit quitter le couvent... 

 

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Published by François Massarelli - dans Fred Zinnemann Audrey Hepburn
2 juin 2024 7 02 /06 /juin /2024 10:43

Ces affiches montrant un homme qui court, sont une représentation parfaite d'un film superbe et qui fait déjà date dans l'histoire du cinéma Américain. Je ne parle pas de son Oscar du meilleur film, certes totalement mérité, mais qui ne veux pas dire grand chose quand on sait qu'il est parfois attribué à tort et à travers: je veux parler ici de l'image enfin juste de l'esclavage qui est proposée, au-delà des clichés faciles, de la représentation parfois insultante des "bons noirs" voire des "bons maîtres" que le septième art trop frileux nous a asséné si souvent afin de ne chatouiller personne... Car ce que Steve McQueen représente dans son film, c'est l'essence même de l'esclavage, à travers le quotidien hallucinant d'hommes réduits à l'état de bêtes, et vivant dans la crainte du moment, dans l'impossibilité de se projeter ne serait-ce que 12 heures dans l'avenir...

Pour ce faire, il a adapté un récit devenu classique, un de ces livres qui ont contribué à pousser le débat abolitionniste au devant de la scène, dans un pays certes fracturé en deux camps (le Nord "libre" et le Sud esclavagiste) mais surtout constitué d'une vaste majorité de personnes qui n'étaient pas forcément enclins à accepter l'esclavage, mais encore moins à considérer les Noirs comme égaux (A commencer par l'abolitionniste Lincoln lui-même). Ce qui explique qu'un homme comme Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor), violoniste reconnu à Saratoga, dans l'état de New York, bourgeois, heureux père de deux beaux enfants, et marié à une créature de rêve, elle-même excellente cuisinière dans la bonne société, se soit retrouvé un jour trahi par deux artistes, vendu comme esclave et acheminé clandestinement dans le Sud sous un faux nom pour quelques pièces sans doute. Son incrédulité est totale, et on imagine même qu'il s'estime alors victime d'une injustice qui n'est pas exactement partagée par les autres esclaves: après tout, eux sont nés dans cette condition, lui est né libre... Le film n'est en rien le récit d'un acte héroïque qui vise à se libérer par un travail acharné, ou encore moins une de ces histoires d'affranchissement collectif comme Spielberg, en éternel démocrate, les aime tant (Schindler's list, Amistad), mais bien l'histoire d'un homme qui apprend ce que c'est que de survivre, de nier de plus en plus sa vraie nature d'homme afin de ne pas prêter le flanc, de ne plus aider les autres parce que l'entraide pousse les plus forts à s'exposer, et au bout, seule la mort est une délivrance...

Cette idée est superbement montrée dans plusieurs scènes, en particulier deux: le héros a eu un geste de rébellion, en frappant un contremaitre qui l'avait cherché, et celui-ci est revenu avec deux amis, pour pendre Solomon. Un autre contremaitre intervient, mais laisse le héros se débattre au bout d'une corde durant de longues minutes durant lesquelles l'homme reste pendu, juché sur la pointe des pieds, glissant dans la boue fraiche. Autour, alors que la caméra (Fixe) multiplie les angles de prises de vues, on voit toute la vie de la plantation qui continue comme si de rien n'était, et tous les esclaves qui font mine de ne pas voir Solomon. La scène est longue, très longue, nous laisse ressentir la cruauté de ces quelques minutes qui passent... Une autre scène à la violence insoutenable montre la logique de propriété des esclavagistes, qui achètent leurs esclaves cher, et prétendent disposer d'eux comme bon leur semble, jusqu'à les fouetter en déchiquetant leur chair. Le point de vue se refuse presque systématiquement à regarder la victime, sauf vers la fin, pour quelques insupportables fractions de secondes.

Donc, le film est dur, très dur, mais aussi riche en rappels: dans ces Etats-Unis fracturés de 1845, on semble se satisfaire assez bien de ces différences culturelles qui deviennent parfois une vraie religion: ainsi, devant la menace de perdre un esclave, fut-il médiocre et volontiers difficile, un maitre revendique-t-il par principe sa propriété: surtout que ceux qui sont venus chercher l'esclave en question sont du Nord... L'esclavage était motivé par des raisons économiques, afin de permettre à la société du Sud d'avancer tranquillement sans trop impliquer les Blancs. Ceux-ci ont prospéré, tout en éduquant les esclaves dans la religion, une obligation morale estimaient-ils qui justifiait l'esclavage. On le voit très bien dans le film, qui alterne les scènes de tension (Entre esclaves et maîtres, mais aussi entre les noirs et les "petits chefs", tout aussi garants de la bonne tenue du système que leurs supérieurs...) et les scènes plus calmes, comme ces séances de prière imposée, absurdes, mais qui promettent du repos aux esclaves. Toutefois, lors de l'une de ces scènes durant lesquelles les maitres sont supposés apporter l'éducation et la religion à leurs esclaves, une maitresse s'emporte contre une femme qui pleure parce qu'on lui a enlevé ses enfants. Elle sera vendue dès le lendemain. Mais dans ces conditions, même un esclave peut en venir à profiter de la situation, comme cette femme qui, bien qu'esclave, a été élevée par son maitre au rang de compagne quasi officielle, qui s'affiche désormais à ses côtés; mais elle prend du plaisir à se faire servir par ses anciens "frères et soeurs", car elle sait que sa "tricherie" est mal vue par les blancs.

Le travail de Steve McQueen, du début à la fin, consiste à donner une vérité aux aventures de Solomon (qui légèrement altérées pourraient presque passer pour un conte philosophique et initiatique, ce qu'elles ne sont pas) en plongeant sa narration dans tous les aspects du Sud, d'où l'importance des personnages: Paul Giamatti en vendeur d'esclaves attaché à ses profits; Benedict Cumberbatch en planteur persuadé de son humanité mais qui non seulement traite ses esclaves du fameux nom en N, qui est rappelons-le un énoncé de leur inhumanité, de leur condition d'animaux et non d'humains, mais en prime c'est un lâche qui laissera faire le système; Michael Fassbender, en planteur analphabète, odieux, pédophile et sadique, qui considère les esclave comme ses jouets, et passe sont temps à les comparer à des babouins en montrant qu'il a le QI d'une moule morte; Sarah Paulson, en maîtresse jalouse d'une plantation qu'elle a peut-être intégrée en venant d'un bordel (le film n'ira pas au bout de cette hypothèse, mais le dialogue nous l'indique); Paul Dano en contremaître qui se réjouit d'une petite position de pouvoir, mais comme son maître, il détestera d'autant plus Solomon, que ce dernier est plus intelligent qu'eux... Les accents, les attitudes, la vérité tangible des faits présentés, tout concourt à la réussite du film, et à la véracité de l'expérience contée.

Le film procède par des scènes qui vont droit au but, et jamais McQueen ne semble vouloir cacher l'horreur, pas plus en adoucissant la condition de ses héros qu'en caressant le spectateur dans le sens du poil. Il nous montre clairement la fondation d'une société à deux vitesses; s'il a choisi de montrer une résolution qui est historique (Solomon Northup a survécu à l'esclavage, et il l'a conté ensuite dans son propre livre), et qui fait office de fin heureuse, il ne néglige pas pour autant de nous dire que si Northup s'est ensuite battu dans les années 1850 et 60 aux côtés des abolitionnistes, il a néanmoins disparu des radars au moment de la guerre de Sécession. Effacé par l'histoire, ou tout simplement désireux de s'offrir un peu de calme après l'horreur qu'il avait vécue?

On sait aujourd'hui que le conflit entre abolitionnistes et esclavagistes était essentiellement une affaire de politique, soit (dans les Etats-Unis de 1860) un problème blanc. Quoi qu'il en soit, cette réalité de l'esclavage montrée par le film vient à point nommé pour rappeler aux oublieux (Et ils sont nombreux dans une société qui refuse d'accorder de l'importance à l'histoire, et je ne parle pas que des Etats-unis) que l'esclavage n'est pas une sorte de particularité folklorique et culturelle, mais bien une pratique inhumaine de rabaissement systématique, motivée par des raisons économiques, ou pire. Et Chiwetel Ejiofor est un acteur extraordinaire, qui a su trouver le juste milieu entre la douceur de vivre d'un bourgeois noir content d'être arrivé, et la dureté d'un homme qui après quelques années, a fini par presque abandonner tout espoir de retrouver son humanité. La scène qui semble le plus clore le film, avant le retour de Solomon chez lui, est une scène d'adieux, sans aucune tendance à l'adoucissement, qui montre bien que Solomon part en solitaire, laissant ses frères et soeurs d'infortune se débrouiller, parce que le salut ne peut venir que pour un, pas pour l'ensemble des esclaves. Le constat cruel que l'on peut faire, c'est que tant d'événements graves qui ont depuis marqué l'Amérique, y compris après la fin du conflit supposé résoudre l'esclavage, viennent en droite ligne de cet état d'esprit...

 

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Published by François Massarelli - dans Steve McQueen
2 juin 2024 7 02 /06 /juin /2024 10:00

Aux côtés d'un Paul Fejos ou d'un Orson Welles, Richard Oswald était un cinéaste bourlingueur, d'abord en Europe, puis aux Etats-Unis où sa fuite du régime nazi l'avait conduit. Si sa carrière à Hollywood s'est surtout effectuée dans la série B, le réalisateur actif dès les années 10 avait conservé un certain prestige jusqu'à la fin du cinéma muet, et ce long métrage de 1928 est une co-production dominée par les Italiens.

C'est l'un des atouts de l'Italie Mussolinienne: à travers son cinéma, le pays pouvait essayer de répandre un semblant de prestige, mais devant les trois mastodontes cinématographiques qu'étaient l'Allemagne, les Etats-Unis et la France, le pays ne pouvait vraiment rivaliser, d'où un système de co-productions qui assurait la possibilité d'exporter plus certainement des films. Ca passait aussi par des collaborations avec des cinéastes importés, comme en témoigne ce film. Notons que la copie visionnée attribue le film à Giulio Antamoro et Richard Oswald, mais il se peut que ce soit un geste contractuel et chauvin, en d'autres termes pour satisfaire Mussolini, une belle production cinématographique devait être considérée comme au moins partiellement accomplie par un Italien.

Au-delà de ces considérations d'économie du cinéma, le film est un mélodrame bien dans la ligne de ce que les Européens produisaient à l'époque: un jeune poête (Hans Stüwe) loue une villa à un couple, afin de se rapprocher d'une jeune femme de la noblesse (Eve Gray) qu'il souhaite courtiser. Mais alors qu'il s'installe avec son cercle d'amis, il est subjugué par le charme mystérieux et l'apparente fragilité de son hôtesse (Maria Jacobini), et commence à remarquer que celle-ci a peur de son mari (Clifford McLaglen), une brute... Le jeune homme est de plus en plus attiré...

C'est un drame classique, divisé en cinq parties (des actes, à l'Allemande, donc), qui tourne autour non seulement du poête et de ses hôtes, mais aussi de tout une faune de gens de la bonne société, des acteurs et actric es, poêtes et écrivains, qui n'ont finalement pas grand chose de plus à faire que de se lancer dans des intrigues amoureuses... Au milieu de ce parterre assez conventionnel (c'est le cadre de tant de films européens), le personnage de Vittorio, la brute, tranche de façon assez salutaire. 

Le film commence par l'arrivée de Campana, le poête, à la villa, et il est intéressant de voir comment le spectateur est amené dans ce lieu élégant avec son jardin magnifique... Le choix de faire de la villa une sorte de personnage, permet au film d'avoir une véritable prestance, c'est vrai, mais on aurait aimé que ça passe aussi un peu par la mise en scène. Des séquences apparaissent comme presque gâchées par manque d'ambition, comme celle durant laquelle Vittorio perd son épouse au jeu. Maria Jacobini la sauve partiellement par un jeu solide, dans lequel elle utilise avec brio son regard, mais voilà: là où l'année suivante Oswald saura utiliser les ressources de la lumière et de l'ombre avec plus d'efficacité dramatique (une version du Chien des Baskerville, partiellement retrouvée il y a peu), ici, il se cantonne à un registre "chateau et jardins" qui fera parfois bailler, même avec classe.

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Published by François Massarelli - dans Richard Oswald Muet 1928 *
29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 19:06

On n'a pas conservé beaucoup des premiers films de Germaine Dulac... Par exemple, il ne restait jusqu'à 2020 plus que deux séquences à peu près cohérentes de ce film, premier script de Louis Delluc. C'était une grande perte si j'en crois Henri Langlois, grand admirateur du film et qui lui l'avait vu en entier. Aujourd'hui, depuis la découverte d'une copies fragmentaire, on en possède le tiers, et la Cinémathèque Française a pu enfin en donner à voir une continuité, sur 26 minutes, qui restituent l'argument principal ainsi que son style si particulier.

Eve Francis y interprète une femme, Soledad. Elle est danseuse, et s'est plus ou moins retirée, et deux hommes, deux propriétaires terriens (Gaston Modot et Jean Toulout) sont très amis mais l'un comme l'autre sont aussi fous amoureux de la mystérieuse danseuse. Pendant qu'ils s'entretuent dans un geste aussi chevaleresque qu'absurde, elle se laisse séduire par un jeune homme qu'elle a subjugué...

Le film est d'une impressionnante amertume, incarnée en particulier par la lassitude d'Eve Francis qui se retrouve en chaînon manquant entre Asta Nielsen (la danse chaloupée, qui renvoie à L'abîme d'Urban Gad) et d'un coté les divas Italiennes, les Francesca Bertini et Pina Menichelli, et de l'autre les futures stars Greta Garbo ou Marlene Dietrich... La quête romantique ultime ("Puisque nous sommes amis et que nous l'aimons tous deux, massacrons-nous mutuellement") est raillée par une fin d'une méchanceté particulièrement notable. Le scénario de Louis dellux, servi par la réalisation de Germaine Dulac, joue une partition forte et provocante. Le voir ainsi enfin un tant soit peu représenté de façon plus continue, dans un cadre impeccable (ces plans nocturnes du duel), est essentiel...

Le film a l'air de bénéficier de plans "volés" lors de véritables célébrations populaires, et semble anticiper toute la vague dite "impressionniste" du cinéma Français: Delluc bien sur, mais aussi Epstein. Dans le fragment auparavant disponible, ces éléments prenaient toute la place, ce n'est heureusement plus le cas... Et on est devant un foisonnement à des années-lumières de la rigueur sage de La cigarette, l'autre film conservé réalisé par Mme Dulac en 1919. On comprend que ce fut un classique. Il ne nous est pas restitué, mais on peut commencer à en deviner les contours...

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Published by François Massarelli - dans Muet Germaine Dulac 1919 *
29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 11:52

Une troupe d'acteurs Kabuki arrive sur une petite ville au bord de la mer. Le patron de la troupe, Kihachi, profite du séjour pour aller visiter son ancienne maîtresse, qui a eu un fils de lui. Celui-ci ignore tout de sa véritable filiation. Il a pris l'habitude de considérer Kihachi comme un oncle distant... Mais l'une des actrices de la troupe va provoquer un conflit dans cette fragile "famille" en séduisant le jeune homme...

Le film est souvent considéré comme une comédie, mais quelle amertume dans le destin de ces "herbes flottantes"... Bien sûr, ce sont les comédiens, qui se rendent en train de ville en ville et vivent sans jamais pouvoir totalement s'attacher. Mais si la troupe est probablement assez ancienne, on voit que les jeux de pouvoir et de rivalité ont fini par miner la bonne entente, et Kihachi accuse le coup. C'est la deuxième fois que Takeshi Sakamoto incarne un personnage de ce nom, et il est bien différent de son précédent avatar. Inquiet, amer, il semble arrivé au bout de ses chances de bonheur...

Le film est en même temps que cette chronique de l'amertume, un portrait triste mais tendre et vibrant, d'une profession sinon de ses membres, au vu des chicanes et de l'ambiance délétère de la troupe... Le cinéaste se plait à montrer ses acteurs dansles coulisses, en désacralisant avec humour la magie du spectacle. Il oppose aussi à Kihachi et son ménage secret, un acteur qui est le père d'un petit comédien, qui donne un écho burlesque à la situation principale, un enfant glouton, à l'hygiène déplorable (soulignée avec insistance par Ozu comme il le faisait tant)...

Le film, incidemment, est à la fois un remake officieux du film The barker de George Fitzmaurice, et la source d'un autre film d'Ozu, sorti en 1959 (et en très belles couleurs), intitulé cette fois simplement Herbes flottantes...

 

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Published by François Massarelli - dans Yasujiro Ozu 1934 Muet ** Criterion
25 mai 2024 6 25 /05 /mai /2024 23:19

La descente aux enfers d'un caissier (Ernst Deutsch), qui a été subjugué par une cliente de sa banque (Erna Morena) et qui est poursuivi par une figure de la mort (Roma Bahn), qui l'a poussé a suivre son destin... Pour commencer, il a pillé sa banque, et est désormais en fuite.

C'est une adaptation d'un roman qui suivait la vogue de l'expressionnisme... mais le film, lui-même, était dans la lignée du Cabinet du Dr Caligari, de Robert Wiene, un film avant-gardiste qui ferait presque pâle figure devant celui-ci! Martin, complètement investi dans son sujet (qu'il signe en se faisant appeler Kunstler, et non Regisseur, comme si son art était au dessus de la mise en scène de cinéma), a en effet demandé à ses acteurs et décorateurs un jeu et un film expressionnistes, mais contrairement à Caligari qui repose finalement sur assez peu d'effets spéciaux, celui-ci regorge de tentatives: surimpressions, fondus, arrêts de caméra, on verra dans cette évocation d'une nuit de cauchemar un grand panel de techniques qui seront bien sûr toutes des constantes du cinéma Allemand des années 20, y compris (j'aime à le rappeler) quand il n'aura plus rien à voir avec l'expressionnisme.

A tout ceux qui confondent cinéma Allemand de Weimar et expressionnisme, ceci c'est le vrai! Un style fou, basé sur des décors distordus et une présence visible de la scène théâtrale: derrière le décor en carton-pâte, impossible de ne pas voir qu'on est en studio! Le fiml est outrageusement exagéré, et ne manque pas d'humour... ni de petites scories énervantes, typiques du cinéma de l'époque. Difficile de le prendre tellement au sérieux, pourtant, et à mon avis, aussi bien le réalisateur, que les acteurs (Erna Morena, à la plastique impeccable, qui assume des poses très "caligariennes", ou encore les maquillages outranciers...), se sont bien amusés, tout en délivrant, genre oblige, de sombres messages, sur la condition humaine, condamnée au lucre, au stupre et à la fuite en avant vers les tréfonds des enfers! Bien sûr, l'amusement a ses limites, et le film aussi, qui part parfois dans un peu toutes les directions. ...Mais tête baissée.

 

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Published by François Massarelli - dans 1920 Muet * ...Jusqu'à l'aube
25 mai 2024 6 25 /05 /mai /2024 17:33

Durant la période "free-lance" de Borzage, entre son contrat à la Fox et son contrat à la warner, il a donc beaucoup tourné, pour un certain nombre de compagnies. Aujourd'hui, un sondage sur les préférences de ses admirateurs permettrait sans doute d'établir le fait que tous se retrouvent principalement dans ce film, tourné en 1933 pour la Columbia, qui était encore un bien petite entreprise en dépit des efforts de Capra pour lui faire voir plus haut. De fait, loin des films généreux et souvent basés sur une observation réaliste, transcendée par l'urgence de son style, de Capra, ce nouvel opus Borzagien est une nouvelle fois une somme de ses thèmes, qui renvoie à sa période faste, celle qui va de 1927 à 1930, et plus particulièrement à Seventh Heaven, The river, Lucky star et Liliom. Le film, qui ne fut sans doute pas un succès notable en 1933, est aussi devenu une grande date non seulement de l'oeuvre du cinéaste mais aussi de toute cette période qui se situe avant la renforcement en 1934 du code de production, c'est dire si l'on s'y exprime librement. Il y est question de la cohabitation hors mariage, de sexualité et d'adultère, et on y professe une vie à l'écart de tout y compris de la légalité. Pour en terminer avec ce préambule, ajoutons que les acteurs convoqués par Frank Borzage y sont tous absolument excellents, Spencer Tracy et Loretta Young en tête...

Trina, une jeune chômeuse au bout du rouleau, rencontre Bill, un homme dont les habits lui font croire qu'il est riche, et qui lui suggère avec dureté de faire face à la crise en prenant les devants, faisant allusion à la possibilité de se prostituer; il lui 'offre' aussi à manger, ce qui va vite révéler à la jeune femme qu'il est sans le sou, un apôtre de la débrouille, habillé comme un prince pour les besoins d'un boulot d'occasion. Il la ramène "chez lui", dans un taudis ou il partage la condition des plus défavorisés, et très vite ils partagent le même toit, formant un couple des plus étranges: elle se dévoue corps et âme à lui, mais il n'a jamais de mots autres que durs à l'égard de la jeune femme, qu'il menace d'abandonner. Bragg, un homme aux intentions peu honorables les surveille, afin de s'approprier la jeune femme le moment venu. Bill assume sa liberté, et tente de fuir la jeune femme lorsque celle-ci lui annonce qu'elle est enceinte.

http://2.bp.blogspot.com/_CLu8_jFPNZ4/TNA5UREyG7I/AAAAAAAAHP8/iKMX-Fu3xrw/s1600/10b+Man's+Castle.jpgA force de douceur, elle l'amène à s'interroger, puis à tenter de prendre ses responsabilités, lorsque sous l'influence de Bragg, il s'essaie à un cambriolage désastreux, comme Liliom, mais les deux amants, qui ont eu droit eux aussi à leur simulacre de mariage, vont pouvoir partir comme Allen John et Rosalee (The river); leur "péniche", par contre, sera un train, ce même train qu'Allen John ratait à chaque fois qu'il souhaitait le prendre dans The river, et qui est ici le fil rouge de l'envie d'ailleurs de Bill, qui se vante de choisir sa destinée, mais semble bien coincé à New York...

On le voit, on retrouve beaucoup des traits et des obsessions de Frank Borzage, accumulés de film en film, depuis la rencontre fortuite entre Bill et Trina et la réticence de Spencer Tracy à l'égard de toute expression de tendresse, ce qui nous renvoie à la cohabitation entre Chico et Diane dans Seventh Heaven. Borzage va ici plus loin dans la peinture du couple, en donnant clairement à leur amour une dimension sexuelle, qui apparait par le dialogue, par la promiscuité évidente (Cette conversation sublime, menée par Loretta Young, lorsqu'ils sont tous les deux sur un lit, et que par pudeur, Tracy se cache le visage dans un oreiller, par exemple, trahit l'incroyable intimité du couple), et bien sûr par ce vieux truc mélodramatique mais aussi terriblement réaliste, de faire tomber la jeune femme enceinte. De même, les intentions de Bragg sont évidentes et renvoient à Wrenn dans Lucky star, sauf que là encore si Trina ne souhaite pas aller vers Bragg pour avoir des rapports avec lui, c'est plus parce qu'elle est pleinement satisfaite de ses amours avec Bill.

Mais ce film n'est pas, en aucun cas, une simple accumulation de morceaux douteux (Pour l'époque). si le réalisateur a su ouvrir les yeux et appeler ocasionnellement un chat un chat, il le fait avec naturel, avec cette tendresse qu'il sait habituellement témoigner à ses personnages. A ce titre, les personnages secondaires du vieux pasteur déchu et de sa compagne alcoolique, ou de la chanteuse qui veut l'espace d'un instant s'approprier un homme parce qu'elle en a les moyens et qu'elle le désire, sont très intéressants; superbement campés (Walter Connelly, un acteur versatile souvent utilisé dans les films de Capra, Marjorie Rambeau et telle qu'en elle-même, la grande Glenda Farrell enpruntée à la Warner), ils sont aussi aimés par le réalisateur qui nous communique sa tendresse et son insatiable curiosité pour l'humain... Sauf que cette fois-ci, en Bragg, il a trouvé un os: le personnage est irrécupérable, et il va en mourir, et le film suggère d'ailleurs que son meurtre, rendu juste par la situation, sera impuni... De plus, la palette choisie pour le film est toute en douceur, avec un clair-obscur qui renvoie une fois de plus à ses glorieuses années, à l'écart du réalisme brutal, dans un monde presque parallèle, une marge ou la normalité serait celle du monde de Bill et Trina, et toute scène située en ville ressemblerait presque à un rêve. Disons que le film partage cette idée d'un monde à part, avec les films Les Bas-Fonds et Dodes'Kaden de Kurosawa, ou encore avec Freaks, et bien sur avec Lazybones, Seventh Heaven ou Lucky Star...

Les touches Borzagiennes sont légion, depuis ce point de départ en trompe l'oeil, avec ce banc sur lequel un Spencer Tracy en habit observe la jeune femme qui louche sur les miettes de pain qu'il donne aux pigeons, jusqu'à la fin qui voit les deux amants (elle est en robe de mariée) partir vers leur destin, cachés dans un wagon dont il faut laisser la porte ouverte afin de ne pas entraver leur liberté, tout comme Bill dormait en permanence sous une fenêtre ouverte, afin de préserver l'illusion de sa liberté. On peut aussi citer la scène durant laquelle Bill se baigne nu dans l'Hudson, invitant tout simplement la jeune femme qu'il vient juste de rencontrer à le rejoindre, ce qu'elle fait sans se faire prier, ou encore les petrites anecdotes qui font de Bill, sous son côté bourru, un coeur d'or. Oui, ce film est bien l'un des plus beaux de son auteur, et désormais, une restauration lui rend enfin justice, en restituant l'ensemble de ses scènes et développements, sur 78 superbes minutes.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Pre-code
22 mai 2024 3 22 /05 /mai /2024 18:50

Souhaitant dès 1915 répondre à D. W. Griffith et à son terrible Birth of a nation qui présentait une vision indigne de l'histoire, et maltraitait de façon inédite et violente la communauté noire pour un triomphe dans les salles, un collectif plus ou moins en lien avec la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People, un organisme qui luttait contre la discrimination et la ségrégation) avait pour souhait d'ajouter une coda au film de Griffith, non de le censurer, au nom de la liberté d'expression. Mais ajouter un droit de réponse cinématpgraphique, en quelque sorte, s'avérait compliqué et ça n'a pu se faire. En lieu et place, Noble a donc dirigé un long métrage, complété sur plusieurs années, et le résultat est étonnant! 

Le film s'intéresse à l'histoire de l'humanité, telle que les Etats-Unis en 1918 la voyaient: donc sous haute influence des dogmes protestants. On part donc de la Genèse, d'Adam et Eve (dont les aventures sont rapidement expédiées), et à travers l'histoire de Noé, celle de Moïse, assez développées, puis celle du Christ, on va jusqu'à la découverte des Amériques par Christophe Colomb, puis la Révolution Américaine, puis la Guerre Civile et la mort de Lincoln. Le film se termine sur une évocation des combats de la Grande Guerre, encore en cours au moment de la confection de ce film...

Et constamment, le film semble rappeler si besoin en était (et manifestement, il y en avait besoin en 1918 et il y en a besoin en 2024) que dans cette humanité, il y avait de tout. Des hommes de toutes les origines, comme une séquence qui voit Jesus parler à la multitude le prouve... Et dans ce film, nul besoin de recourir à des acteurs en blackface... L'épisode de la première guerre mondiale enfonce le clou, en montrant deux fermiers, un noir et un blanc, qui se trouvent engagés ensemble dans le conflit de 1918: le même uniforme, la même volonté de servir le même idéal...

C'est fort et (presque) subtil. Presque, parce que le film, à force de suivre les dogmes sagement, se vautre inévitablement dans le ridicule en évoquant Adam et Eve... Au moins Adam n'a-t-il pas le physique de Johnny Weissmüller, c'est un bon point! Et une question se pose: en choisissant une vision religieuse de l'histoire, et en calquant son cheminement sur celui de la Bible, qui n'épargnait pas les noirs, loin s'en faut, la production n'a-t-elle pas remplacé un carcan par un autre? 

Question sans réponse, le film est bien conforme à ce qui pouvait se faire à l'époque. C'est bien plus qu'une curiosité: un film presque amateur, fait avec des acteurs pour la plupart inconnus (l'actrice qui joue Eve était une habituée des rôles déshabillés, elle était un modèle très connu et très renommé de l'époque, Doris Doscher, et sinon dans l'épisode moderne, on aperçoit Mary Carr qui était elle aussi une actrice connue sinon reconnue), mais qui est soigné, et maintient l'intérêt jusqu'à son dénouement. Et le film montre aussi que le metteur en scène était manifestement très inspiré... par David Wark Griffith. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1918