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21 juin 2024 5 21 /06 /juin /2024 09:00

Et par exemple, prenons ce court métrage, d'ailleurs incomplet: c'est un petit morceau fragile d'histoire... Distribué par Vitagraph, il témoigne de la ténacité d'un homme: Joe Rock. Avec Earl Montgomery, ce comédien qui évoluait dans les arrière-cuisines des studios spécialisés dans la comédie avait l'ambition de créer une compagnie qui viendrait faire concurrence autant à Sennett qu'à Roach. Contrairement aux films contemporains de la Vitagraph, ce petit deux bobines dont il manque des bouts de ficelle est totalement délirant, et utilise l'énergie propre aux films de Roach, dans un univers grotesque proche de celui de Sennett...

Deux vagabonds (Montgomery & Rock) souhaitent reluquer les danseuses d'un conservatoire, et ils ont imaginé un système de périscope... Seulement ils se font prendre et il leur faut se tirer d'une situation compliquée.

Ca ne fait pas dans la dentelle, mais les deux comédiens rivalisent d'énergie et d'invention, et le film les voit déployer une palette impressionnante: danse, implication physique, cascade, déguisements, et par dessus le marché la technique suit avec une dose confortable d'absurdité. Ca ne va pas changer ma vie, mais ce film incomplet, unique vestige d ela collaboration entre deux obscurs comédiens, et un studio qui n'avait pas l'habitude de leur style, est d'une merveilleuse idiotie, et par les temps qui courent, ça fait quand même du bien.

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Published by François Massarelli - dans Joe Rock Vitagraph Muet
21 juin 2024 5 21 /06 /juin /2024 08:44

"Captain" Jinks (Frank Daniels) est un hypochondriaque de très haut niveau, ce qui irrite profondément son épouse... Au point que celle-ci semble en concevoir une forte dose d'impatience. Elle invite son mari à consulter un médecin, qui lui annonce qu'il ne survivra pas à la journée...

Dans un premier temps, on pense à He did and he didn't (1916), de Roscoe Arbuckle, un court métrage brillant dans lequel l'illustre comédien se plaisait à jouer avec les styles, les genres et les nerfs du spectateur, avant de révéler que son intrigue de trahison et de meurtre était en fait imaginée par le personnage principal... Mais c'est beaucoup plus simple que ça, la seule assurance que je puisse vous donner ici est que Frank Daniels ne mourra pas.

C'est un film finalement assez excentrique, dans lequel tout le monde fait à peu près bien son travail. Daniels en fait raisonnablement des tonnes, et le caméraman s'amuse avec quelques plans "dramatiques"... Mais on se rendra compte très vite que si Van Dyke Brooke (qui interprète l'un des médecins) s'est peut-être inspiré du film d'Arbuckle que je mentionnais, il est resté bien timide quand même...

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Published by François Massarelli - dans Vitagraph Muet
21 juin 2024 5 21 /06 /juin /2024 08:35

"Captain" Jinks (Frank Daniels) est marié et a un enfant, mais c'est un problème, car il est domestique, et employé par un célibataire endurci et militant. Alors quand son épouse débarque à l'improviste, c'est la source d'ennuis sans fin, de dissimulations, mensonges et retournements. Le tout en moins de 15 minutes...

Je ne sais pas pourquoi dans cette série de films d'une bobine avec Frank Daniels, le personnage est doté d'un grade! Mais peu importe... C'est donc un film de comédie, qui fait en une seule bobine ce que le cinéma avait d'ores et déjà appris à développer sur 5 ou 6... 

Les historiens présentent Frank Daniels comme le premier génie comique du cinéma Américain, et forcément on s'interroge. Non qu'il soit incompétent, mais... Il n'a pas vraiment de charisme, il sait surtout jouer de ses yeux... Je pense que pour comprendre ce fait, il fait sans doute émettre l'hypothèse qu'il ait bénéficié d'une publicité du studio, particulièrement agressive!

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Published by François Massarelli - dans Vitagraph Muet
20 juin 2024 4 20 /06 /juin /2024 07:38

1989: Lou Langston (Kristen Stewart) gère une salle de sport, où elle est confrontée à un morne quotidien; elle rencontre Jackie (Katy O'Brien), une cliente de la salle, et elles sont très attirées l'une vers l'autre. Jackie, qui a besoin d'un toit, vient s'installer chez elle... Tout irait pour le mieux, s'il n'y avait un certain nombre de soucis: d'une part, Jackie travaille pour le père (Ed Harris) de Lou, et a du coucher avec le beau-frère (Dave Franco) de cette dernière pour obtenir le job; ensuite le beau-frère en question, J.J., est un tyran domestique et Beth, la soeur de Lou, vit un enfer de violence; enfin, le père est un trafiquant de tout et de rien, qui a pris l'habitude de se débarrasser des gens qui lui posent souci en les jetant dans une faille dans le désert...

Il y aura un meurtre, violent, déraisonné, et alimenté par l'addiction de Jackie à des produits dopants, car elle ambitionne de participer à un concours de culture physique: c'est qu'on est à la fin des années 80, et Rose Glass le souligne de manière permanente, avec un souci du détail qui est impressionnant. On s'y croirait: les mulets, les baskets sales, les jambières, un certain engouement pour le néon, et une musique synthétique qui serait à sa place dans les pires téléfilms... Elle a soigné sa partition jusqu'au bout, et ce n'est pas le moindre défaut.

Par ailleurs le film est bien un film noir, mais on y a trouve aussi un penchant pour le cinéma lesbien un peu militant, dans lequel la sexualité s'exprime agressivement (ce qui est justifié par l'univers, la culture physique, les stéroïdes, notamment), et un refus de l'humour: on aurait très bien vu le même scénario dans un film des frères Coen, par exemple, mais le traitement ici est tellement sérieux, qu'il peine à nous retenir. Et sinon, la violence extrême du film débouche à un moment sur des hallucinations qui vont très, très loin... J'ai lu ici et là que le film était une comédie noire... Bon, qu'il soit noir, ça c'est sûr. Mais au-delà de l'identification à l'univers des films de série B, je dois dire que l'humour m'en échappe.

Et surtout: le film baigne dans une représentation d ela culture physique. Faut aimer. J'aurais pu (j'étais tenté) me contenter de ces deux derniers mots pour l'ensemble de cette chronique. Et je m'en voudrais de ne pas mentionner le mulet de Dave Franco.

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Published by François Massarelli - dans Mulet Noir
19 juin 2024 3 19 /06 /juin /2024 22:28

Un célèbre critique Français dont le nom m'échappe a dit de ce film qu'il était une réminiscence évidente des comédies de Griffith, tournées entre 1918 et 1920, souvent situées en milieu rural et qui trahissaient souvent la tendresse du metteur en scène pour les petites gens qu'il nous montrait. Je pense que c'est assez juste, mais une autre influence me semble pertinente, d'autant que le metteur en scène Anglais était aux côtés de Ford son principal disciple: je veux parler de Murnau. Ce n'est pas tant dans l'atmosphère ou l'intrigue, mais plutôt dans la peinture des intérieurs de maison, des tablées, des cuisines et autres dépendances, qui jouent un rôle crucial dans ce film. Cela va sans dire, comme souvent avec les films muets d'Hitchcock, pas de crime ni de suspense, ici: juste une observation et une prise à témoin du spectateur souvent amené à partager le point de vue des domestiques.

Le film est adapté d'une pièce à succès, écrite par Eden Philipotts et présentée à Londres pour la première fois en 1916. Elle était située dans le Devon, mais Hitchcock, sans nommer les lieux, a tourné les extérieurs de son film au Pays de Galles, manifestement dans le Sud-Est de la région. Quand le film commence, le fermier Samuel Sweetland (Jameson Thomas) sait que sa femme va mourir, et il assiste en compagnie de sa famille et de ses domestiques, aux derniers instants de Tibby. Celle-ci meurt après avoir donné ses dernières recommandations à Minta, la gouvernante de la ferme (Lillian Hall-Davis)... Mais la comédie reprend vite ses droits. Après quelques mois, alors qu'il vient de marier sa fille, Samuel Sweetland se décide à avouer qu'il lui faudrait trouver une nouvelle épouse afin de ne pas sombrer dans la solitude. Avec l'aide dévouée de Minta, et sous l'oeil désapprobateur de l'homme à tout faire de la ferme, Ash (Gordon Harker), il se met en chasse, et jette son dévolu d'abord sur trois vieilles partis : une veuve très active (Louie Pounds), une vieille fille toute en nerfs (Maud Gill) et une postière qui se croit encore jeune (Olga Slade); il ajoute même un nom à tout hasard, celui de la patronne d'un pub, interprétée par Ruth Maitland...

Le film est sorti en France sous le titre de Laquelle des trois, tant il est évident que l'essentiel de la comédie se passe dans le choix initial de trois femmes notables de la région. Mais il aurait pu s'appeler Laquelle de cinq, car je ne vais pas en dire plus, mais il suffit de toute façon de voir les dix ou douze premières minutes pour se rendre compte qu'il y a en effet un cinquième choix, et particulièrement pertinent de surcroît.

Alors une fois de plus, que pourrions nous donc aller chercher dans un film d'Hitchcock sans meurtre, ni suspense, ni grand frisson inquiétant? Pose la question revient à ignorer le fait que le metteur en scène est d'abord un amoureux du cinéma, qui a pris l'opportunité de tourner un film qui n'était peut-être pas son premier choix, et en faire une petite merveille de mise en scène, justement. Et le film est rythmé par les allées et venues de Minta, son énergie positive, son sourire aussi. Lillian Hall-Davis était une grande actrice, il est dommage qu'elle n'ait pas vécu plus longtemps, elle illumine ce film; en contrepoint, et souvent dans les mêmes scènes, on a droit à la lenteur et l'inertie même de Churdles Ash, qui fournit la partie la plus traditionnellement Britannique de la comédie: on ne l'entend pas, et pour cause, mais il parle tout le temps, et on se doute que ce qu'il dit n'est pas à mettre entre toutes les oreilles... Mais c'est un homme dévoué, et au début, c'est de son pas lent qu'on entre avec lui dans la maison, avant qu'il ne sorte, et ne jette un coup d'oeil à son patron qui regarde dans le vide à la fenêtre de sa chambre. On sait alors qu'il se trame quelque chose... Harker en fait des tonnes, comme toujours.

Mais c'est surtout Minta, montant et descendant les escaliers, comme Lucie Höflich en Dorine dans le Tartuffe de Murnau, qui donne son impulsion au film. Et comme elle, on s'assied bien sagement devant ce gentil film, à attendre que le patron ouvre ses yeux et regarde devant lui au lieu d'aller chasser les dames du coin...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alfred Hitchcock 1928 **
19 juin 2024 3 19 /06 /juin /2024 08:24

Après avoir exploré les possibilités d'un James Bond "crépusculaire" avec Daniel Craig, dans le diptyque Skyfall / Spectre, en cassant tout d'ailleurs, après avoir repris la tentation du film-plan séquence avec le mésestimé 1917, Sam Mendes retourne à son péché mignon: l'évocation douce-amère qui fleurit dans le détail, comme il l'avait expérimentée avec ses deux premiers films, American Beauty (sur la famille Américaine) et The Road to perdition (sur le crépuscule d'un gangster)... Et il le fait avec Olivia Colman.

1980: Hilary (Colman) est employée dans un grand cinéma sur la côte dans le Kent, à Margate; elle est rigoureuse, c'est dire: par exemple elle ne voit jamais de film, car elle ne estime qu'elle n'en a pas le temps si elle fait son travail correctement. Et elle a une relation, disons, de confiance avec son patron (Colin Firth) qui de temps à autre lui demande de venir examiner un projet, de jeter un oeil sur les contrats, et bien sûr de passer "sur" son bureau. On comprend aussi que Hilary revient de loin: elle a été internée dans un hôpital, et est sous haute surveillance, en même temps que priée de maintenir son traitement au lithium. 

Au début du film, un jeune employé fait son apparition, Stephen (Micheal Ward), un noir qui a renoncé à ses études en raison du racisme qu'il a rencontré. Ils deviennent vite complices, puis amants. Sentant sa vie changer, Hilary commence à négliger son traitement, et se sent pousser des ailes...

Le film est situé en 1980 parce que le premier but de Mendes était justement d'explorer sa jeunesse, située dans cette période-clé: changements politiques majeurs, montée du néo-fascisme, troubles sociaux majeurs, et mutation musicale. Le plaisir de recréer est évident, mais jamais il ne dépasse la mesure ni le naturel. Et si les souvenirs de Mendes ont été utilisés pour créer un concentré de l'époque, ça passe bien, on échappe au catalogue. On y sent de toute façon la résistance d'un certain patriarcat (le patron odieux, joué par Colin Firth qui s'assoit avec allégresse sur son éternelle image de gendre parfait), la menace sociale (les émeutes de l'ère Thatcherienne, dont les news captées ça et là à la télévision ou à la radio, dans le film, rappellent les dégats et l'inquiétude qu'elles généraient), la menace raciste (à deux reprises, les skinheads s'en mêlent), et le métissage musical en vogue au début des années 80 (Stephen se définit lui même comme un rude boy, dont il porte le costume, et vante la musique de the Selecter, de The Beat et des Specials,  dont la chanson Do nothing est intégrée à une bolie scène)...

Mais surtout c'est un portrait d'une femme, forte mais fragile, qui va voir sa vie changer, l'espace d'un instant, mais aussi changer la vie d'une autre personne, de façon irrémédiable. Elle s'inscrit dans un minutieux portrait d'une époque, et est agrémentée d'une fort belle galerie de personnages, entre le projectionniste maniaque (Toby Jones) et les autres employés qui tous ont une âme, même si elle n'est qu'entrevue. Le choix de Mendes de resposer sur des extraits des films de l'époque (après tout ces gens travaillent dans un cinéma) donne lieu à un parallèle intelligent avec Being there, d'Hal Ashby: l'un des plus beaux films de 1980. Un parallèle qui nous invite à mesurer que, si la fin de ce film est amère, il y a peut-être pour Hilary un espoir.

 

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Published by François Massarelli - dans Sam Mendes
18 juin 2024 2 18 /06 /juin /2024 16:46

A Moscou, une équipe Américaine est venue s'intaller pour trois mois. Sur le tournage de leur film d'horreur de catégorie Z plus, nous faisons la connaissance de Billy Hughes (Marina Zudina), une accessoirisete et maquilleuse qui est muette. Après une journée de tournage saupoudrée d'incidents divers, elle est enfermée par mégarde dans le studio, et va être témoin d'une scène terrifiante. Surprenant ce qu'elle imagine être le tournage en douce d'une scène pornographique, elle voit le protagoniste masculin de la chose sortir un couteau (de sous un oreiller, je vous rassure) et poignarder pour de vrai son infortunée partenaire... Désormais, Billy, que bien sûr personne ne croit (quand ils arrivent à communiquer avec elle, ce qui n'est pas gagné) est l'unique témoin muet d'une sombre affaire de traffic de snuff movies...

Ce dernier terme désigne un genre de films dont on finirait volontiers par croire qu'il n'existe pas vraiment, mais qui a fait les beaux jours d'une série de films à suspense, liés au tabou ultime, celui de filmer la mort du protagoniste d'un film. De fait le film de Waller fait la part belle à une thématique liée au cinéma, depuis la première scène qui dans la plus pure tradition est un film dans le film... Qui va graduellement se révéler comme tel au spectateur, quand on constate que d'une part il y a beaucoup de monde pour assister au meurtre nocturne d'une victime innocente, et que si certains manifestent une indifférence polie, d'autre sont plus franchement rigolards! Ce thème du cinéma ne lâchera jamais l'intrigue, d'autant que l'héroïne est du métier. Les pirouettes qui seront liées au faux, à l'image menteuse, au montage, et aux accessoires de cinéma, seront nombreuses...

Mais le metteur en scène a aussi vu ses classiques, et il se plait à convoquer les inévitables situations à suspense, les mouvements de caméra et le montage les plus efficaces possibles. La musique aussi, assez "Hermanienne", accompagne le film à la perfection. Nous n'échapperons pas à une situation à la Rear Window, évidemment.

Bien sûr qu'il est impossible de prendre ce film au sérieux, mais le fait est qu'il se place dans un univers de complications dans la communication: non seulement Billy est elle-même muette, mais elle et ses collègues anglo-saxons sont coincés à Moscou, où peu de gens parlent leur langue... Ce qui ne favorise jamais l'échange, loin de là.

C'est d'autant plus ironique que le film est en fait une co-production internationale, réalisée à Moscou même (peu de temps après la гласность, "Glasnost" en français, et la fin de l'empire Soviétique (vous savez, l'ancêtre de la dictature actuelle) par une équipe anglo-saxonne et Allemande. Waller lui-même est Allemand... S'il pourrait sans souci être considéré comme un exemple flagrant de réussite d'une co-production Européenne, cet excellent thriller parfaitement réalisé et jamais dépourvu d'humour semble nous dire que le tournage n'a pas été de tout repos! 

Une dernière chose, au passage: Waller qui avait de la suite dans les idées, a tourné la première scène de son film en 1986, profitant d'une rencontre avec un immense acteur. Non seulement ce dernier a été intégré au montage, et en plus il joue un rôle crucial (le script du film ayant été "construit" autour de sa participation, mais en plus il a refusé tout paiement. Voyez le film pour découvrir son identité...

Ah, on me signale que selon toute vraisemblance, un public qui désormais appelle les acteurs "le mec qui joue dans..." et ne va pas voir des films tournés plus de six mois avant le temps présent, seront bien à la peine... Bon, tant pis pour eux.

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Published by François Massarelli - dans Suspense Boo!!
18 juin 2024 2 18 /06 /juin /2024 16:39

Un homme (du monde, assurément) rencontre une jeune française dans un restaurant, et ils flirtent tous deux... Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'elle a été engagée par son épouse pour devenir leur domestique. ce dot il ne se plaindra pas...

Hum, on est en plein vaudeville, en plain boulevard, un terreau dont Lubitsch réussira à transcender la vulgarité satisfaite mais ce sera plus tard, car pour l'heure, ce court métrage tendrait plutôt à se vautrer qu'à chercher à rendre tout ça un peu plus sophistiqué!

La complicité est évidente entre Frank Daniels (le monsieur) et Betty Howe (la domestique). Cette dernière est parfaite, et joue tout en subtilité... ce qui n'est pas le cas de Daniels... Enfin, Kate Price, qu'on ne présente plus, incarne avec autorité la merveilleuse épouse légitime, qui va quand même sérieusement au devant des ennuis quand elle choisit une employée de maison!

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Published by François Massarelli - dans Muet Vitagraph
16 juin 2024 7 16 /06 /juin /2024 21:16

Dans une foire, un stand de boxe affiche le boniment habituel: venez boxer contre notre champion, et si vous tenez un round complet, vous empochez une livre. Le boxeur (Carl Brisson) s'appelle "One round" Jack, ce n'est pas un hasard, il étale ses compétiteurs en moins d'un round, justement. C'est ce que prouve un carton, qui n'est jamais utilisé sur le ring monté dans la tente de l'attraction: le panneau annonçant le deuxième round, en effet, n'a jamais servi... Jusqu'à ce que Jack, qui a surpris un homme flirter avec sa petite amie Nellie (Lillian Hall-Davis) qui tient la caisse, ne l'ait un peu poussé à venir se mesurer sur le ring, justement. L'homme, c'est Bob Corby (Ian Hunter), un fameux boxeur, et non seulement il va tenir le temps requis, mais en plus il gagne... Corby est malgré tout détenteur d'une bonne nouvelle, il et venu avec son manager vérifier la réputation de Jack, et a pu constater que celle-ci est justifiée. Ils vont lui permettre de passer à un statut enviable de star de la boxe. Jack, qui est un grand naïf, pense que son heure est arrivée, et propose le mariage à Nellie; celle-ci, bien qu'elle accepte, va surtout désormais prêter une attention toute particulière à Corby...

On n'attend pas Hitchcock dans un film de boxe, et celui-ci fait semblant d'oublier le potentiel de suspense inhérent à cette discipline par ailleurs néandertalienne... Jusqu'à un combat, celui de la fin, lorsque enfin Jack va disputer à Bob, non pas une place de champion, mais bien le coeur de son épouse! C'est donc un mélodrame classique, dans lequel le spectateur, aidé par le point de vue silencieux, mais très parlant des copains de Jack (Dont Gordon Harker en vieux boxeur rugueux), qui ont repéré bien avant le héros le manège de Bob et Nellie, voit venir l'inévitable confrontation entre les deux hommes... Héros est un bien grand mot, il faudrait peut-être plutôt dire "victime", tant ce pauvre Jack ressemble à un pantin! C'es l'un des petits défauts de ce film, et c'est de là que vient cette impression d'un certain manque d'envergure.

Parce que par ailleurs, la mise en scène est fantastique: Hitchcock s'amuse avec la forme, et en particulier, bien sûr le cercle: certes, un ring est rectangulaire, ce qui ne l'empêche pas de porter le même nom, en Anglais, qu'une bague. La bague de fiançailles, promesse de mariage, est assimilée à un bracelet en forme de serpent, tout un symbole, offerte par Bob à Nellie. Un autre cercle donc, dans lequel vont être enfermés les trois acteurs de ce triangle amoureux classique, avant que l'autre "ring" sur le quel il va monter ne permette à Jack de mettre la tête de Bob au carré. Tout cela fait beaucoup de géométrie...

Et dès les premières minutes, qui fendent la foule pour nous faire sentir toute l'ambiance d'une foire Britannique, on retrouve le Hitchcock Anglais, qui aimait tant à montrer les classes laborieuses de son pays dans leur élément. Contrairement à d'autres films, situés de part et d'autre de celui-ci, ce n'est pas tant Murnau qui inspire Hitch, que E. A. Dupont dont le Variété, situé dans les milieux forains, avait été un gros succès. Il s'apprêtait d'ailleurs à tourner en Grande-Bretagne...

Mais au-delà de cette influence, le film est fait avec intelligence par Hitchcock qui ne laisse jamais sa mise en scène se mettre en travers du cheminement du spectateur. Même si la mise en scène est savante, faite de truquages virtuoses (Surimpressions notamment), de miroirs savamment disposés, etc, on reste devant un spectacle de mélodrame populaire dans lequel Hitchcock se plaît à représenter le petit peuple Londonien, comme il savait si bien le faire, avec tendresse... Alors cette grande andouille de Jack, joué par le très transparent Carl Brisson, ne fait pas le poids devant ces boxeurs rigolos, mais pas non plus devant l'élégance de Ian Hunter, ou bien sûr la grâce de Lillian Hall-Davis.

Grâce tragique, l'actrice ne fera pas long feu à l'apparition du parlant, et préférera commettre un suicide, avant de disparaître pour de bon de la mémoire collective. Brisson ratera son départ pour Hollywood, mais Ian Hunter y fera une belle carrière. Quant à Hitchcock...

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Muet 1927 **
16 juin 2024 7 16 /06 /juin /2024 08:39

Toujours réalisé par George Baker, ce film est une comédie de deux bobines. Le format du genre restait ancré sur une seule bobine, et alors que le long métrage commençait à exister de façon plus convaincante dans le cinéma Américain, rares étaient les films à dépasser cette durée (environ 14 minutes)... La popularité d'Edith Storey, et le ton délibérément populiste du film, explique peut-être cette audace. ...Même si l'année précédente, deux longs métrages de comédie étaient sortis: Sennett avait tourné Tillie's punctured romance, avec Chaplin, Mabel Normand et Marie Dressler, et Sidney Drew de son côté sortait (pour la Vitagraph) A Florida enchantment...

Tant que j'y pense, le titre veut dire 'Jane en valait la peine', et c'est une histoire d'amour, en quelque sorte!

Jane (Edith Storey, avec de nouveau pour seul maquillage une dent noircie) est gouvernante/cuisinière chez Hughie Mack. Elle a un faible pour lui, mais il n'en a cure: il préfère son chat... Excédée, elle part (après un ultimatum: "c'est moi ou le chat"...), mais sa seule réaction est d'engager une autre dame. De son côté, la jeune femme se fait engager par une famille sophistiquée, et ça va tourner assez vite au choc des cultures...

Il y a un côté Cendrillon dans ce film, avec le personnage d'Edith Storey, qui charge Jane de façon prononcée! Elle en fait une naîve assez clownesque, qui se rend au cinéma et décide d'imiter le maquillage et la façon de faire de celles qu'elle voit à l'écran. On voit bien qu'en ce milieu des années, le cinéma s'est imposé de façon spectaculaire non seulement comme distraction, mais aussi comme miroir du monde et de ses tendances... Pour le reste, le film est charmant... mais le défilement des domestiques chez Hughie Mack donne lieu à une belle brochette de gags douteux, voire racistes... Autre temps, etc.

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Published by François Massarelli - dans Muet Vitagraph Edith Storey