Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
21 novembre 2025 5 21 /11 /novembre /2025 18:59

Honey Donahue (Margaret Qualley) est une détective privée installée à Bakersfield, en Californie: pas le coin le plus reluisant de l'état le plus riche des USA... Elle accumule les affaires sordides, et justement elle coince sur une bizarre histoire de meurtre, liée assez clairement à l'installation d'une secte menée par un soi-disant prêtre, le révérend Drew (Chris Evans). Ce dernier est en fait à la fois un trafiquant de drogue, et un obsédé sexuel qui profite de sa position pour abuser des membres féminins de sa congrégation.

Honey visite parfois sa soeur Heidi (Kristen Connolly), qui a beaucoup (mais alors beaucoup!) d'enfants. Corinne (Talia Ryder), qui arrive à l'âge adulte, est en pleine rébellion. Elle avoue à sa tante que son petit ami la bat... Honey décide d'intervenir. 

Parallèlement à toutes ces péripéties, elle assume une vie sexuelle décomplexée avec beaucoup de femmes de passages. Mais sa rencontre avec MG (Aubrey Plaza), avec laquelle elle s'entend très bien, pourrait bien changer sa vie... 

Ces trois parties de l'intrigue sont intimement liées...

La séparation des frères Coen, après The ballad of Buster Scruggs (2018), aurait peut-être pu être un coup de tonnerre, mais il n'en fut rien. Ce qui est sûr, c'est que la production due à leur alchimie si singulière est bel et bien partie en fumée. Non que ce film ou son prédécesseur soit absolument indigne, mais il y a quelque chose de fondamentalement différent entre ce film, et disons Arizona Junior (dont il épouse le ton de comédie méchante), et Fargo (qui verse plutôt du côté du film noir en maintenant malgré tout des aspects de comédie plus subtil): car écrit comme le film précédent en compagnie de Tricia Cooke, l'ancienne monteuse de leur film (et désormais son épouse), Honey don't bascule délibérément plus profondément dans le pulp, la sexualité graphique (Aubrey Plaza et Margaret Qualley y ont été assez loin, c'est le moins que l'on puisse dire) et une violence assez explicite. On perd une certaine distance ironique, tout en maintenant la tentation de la comédie... 

Peut-être faudra-t-il du temps avant de s'habituer à ce style qui manque très volontairement de subtilité. Et il y a une facilité narrative ici, qui se nourrit de moments de pure comédie méchante (les scènes avec Chris Evans, généralement aperçu en plein acte sexuel, jamais avec les mêmes partenaires, sont tellement outrées qu'on ne peut qu'en rire), d'un personnage de lesbienne assumée et militante qui à un moment discret, se paie le luxe de dérouiller avec bonheur un masculiniste (doté d'un autocollant MAGA, elle peut donc y aller franco) tout en promenant ses talons hauts et ses robes rouges à fleur dans les coins les plus sordides, et comme dans les films noirs, va échanger des tuyaux avec les flics du coin (à un moment, un policier lui propose d'échanger des notes, dans un dialogue repris directement de The big Lebowski... Un clin d'oeil attachant), mais quand ceux-ci la draguent, elle leur répond toujours: I like girls.

Le film étant supposé être le deuxième d'une trilogie, peut-être faudra-t-il attendre le dernier pour se faire une idée. Mais en attendant, le plus jeune des frères Coen a pondu un curieux film mal poli, parfois réjouissant, extrèmement violent, dans lequel après s'être moqué de l'hypocrisie des élus Républicains conservateurs (Drive-Away Dolls), on suit les aventures d'une femme qui n'a pas froid aux yeux au pays des bouseux et des profiteurs immoraux. L'Amérique, quoi...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen
19 novembre 2025 3 19 /11 /novembre /2025 21:44

Blackie Gallagher (Clark Gable) et Jim Wade (William Powell) ont grandi ensemble, en amis, dans l'adversité: leurs parents sont morts lors de l'incendie tragique d'un bateau à aubes, et leur père adoptif a été tué lors d'une émeute. Blackie deviendra un gangster, et Jim sera toujours du côté de la loi. Un autre lien entre eux sera la femme dont tous deux vont être amoureux, Eleanor Packer (Myrna Loy)... Elle sera d'abord la maîtresse de Blackie", mais lassée de son refus de s'amender, elle se rapprochera de Jim... 

Ce film est sorti le 5 mai 1934, à la toute fin de l'époque dite "pré-code", qui précédait le renforcement d'un "code de production", soit d'une forme d'auto-censure par l'ensemble des studios Hollywoodiens. La MGM possédait déjà un filtre évident en son directeur Louis B. Mayer, qui n'avait pas voulu suivre la Warner dans la surenchère du film de gangsters (Little Caesar, Public Enemy), et considérait avant le Code qu'il fallait que le cinéma suive des préceptes familiaux et moraux. Comme pour réagir à l'atmosphère de fascination du crime (du moins tel que c'était ressenti), Mayer poussait ses équipes de production vers des spectacles plus oecuméniques... Mais Manhattan Melodrama, de fait, devient presque une synthèse entre le film de gangsters, dont il possède le style nerveux (ce montage exceptionnel dans les premières bobines, qui résument un début de siècle en quelques images extraordinairement ajustées), et le film policier plus traditionnel (dans lequel force reste à la loi): bref, en choisissant d'opposer le gangster Blackie Gallagher au vertueux James Wade, la MGM opère une synthèse visionnaire... 

Car si le début des années 30 semble fêter l'image scandaleuse du gangster, c'est bien de ces films situés de l'autre côté de la loi que le cinéma allait bientôt devenir friand. En adoptant le ton du film criminel pour conter une histoire profondément morale, et en choisissant de ne pas faire de Blackie un double maléfique, mais bien une sorte d'étrange allié de Wade, on s'approche finalement beaucoup plus de la complexité de l'âme Américaine! Car quand Jim Wade devient procureur général, au lieu de lui déclarer la guerre, Blackie assure son ami de sa fierté à son égard... Un paradoxe qui rapproche le film de la comédie, ce qu'il n'est pas: et pourtant, l'alchimie entre Powell et Loy, qui sont pour la première fois confrontés l'un à l'autre, va également dans le même sens. 

Ce qui est typiquement MGM, finalement: un film de gangsters dans lequel force reste à la loi, où la comédie l'emporte sur le drame, et le romantisme des personnages l'emporte sur tout le reste, c'est effectivement peu banal. Mais on ne pourra pas s'empêcher pour autant de constater qu'en choisissant de donner le rôle du criminel (et C'EST un criminel, il le prouve froidement ça et là) à Gable, le film nous oblige à le préférer à Powell. Et pourtant dans les années 20, William Powell n'a jamais été éloigné des rôles de sale type, mais ici, il est tellement vertueux... Donc sous le vernis moral, sous la vertu imposée par Mayer et le sentiment prudent que le cinéma en a fini avec les canailles, on reprend quand même un sacré tour de piste avec la fripouille sympathique, le meurtrier condamné à mort qu'on pardonnerait facilement tant il est à l'aise pour excuser son copain de l'avoir conduit à la chaise électrique... Sous ce Manhattan Meldrama, il y abeaucoup de la morale tordue, souterraine et fascinante du film noir qui ne tardera pas à sortir de sa marmite.

Woody Van Dyke est un cas rare dans le monde de la MGM: un réalisateur solide, certes, ce qui aurait pu suffire. Mais il  avait la capacité de se rendre indispensable en tournant toujours à une vitesse impressionnante, en privilégiant l'urgence des premières prises (d'où son surnom de One-Take Woody!), dans un studio où la règle était toujours de raffiner en retournant les films déjà achevés! Et son style, foncièrement nerveux, vous saute au visage dans les scènes en mouvement. Ses trois acteurs accomplis, les uns coutumiers d'un cinéma raffiné et de comédies (Myrna Loy, William Powell), l'autre plus marqué par l'action et l'aventure (Gable), trouvent facilement leur place dans ce cadre où Van Dyke atteint à l'efficacité et la richesse d'un Curtiz, le baroque en moins... 

Amusant de constater que ce film sera immédiatement suivi, 3 semaines plus tard, d'un autre chef d'oeuvre de Van Dyke! Mais en William Powell (déjà rompu aux rôles de détectives équivoques à la Warner et la Paramount) et Myrna Loy, le réalisateur avait trouvé les deux perles rares, pour les rôles superbes de Nick et Nora Charles dans The Thin Man

Et encore plus troublant, comment oublier que ce film, dans lequel Clark gable incarne une vision romancée d'un gangster, est justement le film qu'a choisi de voir le criminel Dillinger, le jour où en sortant d'un cinéma il a été abattu par la police? On peut faire confiance au département publicité de la MGM, ils ne se sont pas privés d'exploiter ce fait...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Woody Van Dyke
17 novembre 2025 1 17 /11 /novembre /2025 20:42

Hereafter marque une double première fois pour Eastwood: premier film sur un sujet fantastique, premier film partiellement en Français. Ce qui n'a pas empêché la critique de notre petit pays de rejoindre les anglo-saxons au sujet de ce film qui fut, à la notable exception près de Positif (qui a toujours soutenu le cinéaste), particulièrement peu emballée...

Le film commence donc en Français, avec la vision paradisiaque d'une plage. Deux Français se réveillent, Marie Lelay (Journaliste et présentatrice à succès, interprétée par Cécile De France) et son patron, qui est aussi son amant (Thierry Neuvic), ont pris du bon temps en Thaïlande, le jour d'un tsunami. Et justement, Marie se rend au marché au moment précis ou la vague s'abat sur le village, et il s'en faut de peu qu'elle y reste; mais, revenue à la vie grâce à deux hommes, elle en garde un souvenir, celui d'une impression d'avoir visité l'au-delà.

On passe ensuite à San Francisco, où l'on fait la connaissance de George Lonegan (Matt Damon), un médium qui a tourné la page, et que son frère (Jay Mohr) cherche à remettre dans le circuit; avec réticences, George accepte de "lire" un client pour lui, mais souhaite que ce soit la dernière fois... Il souffre de sa condition surnaturelle, et veut qu'on l'oublie. 

Enfin, à Londres, on fait la connaissance de Marcus et Jason (Frankie et George McLaren), deux jumeaux préoccupés par leur mère, "single parent" héroïnomane et alcoolique (Lindsey Marshall), qu'ils voudraient aider à se sortir de sa situation, d'autant que les services sociaux menacent. Hélas, en allant chercher des médicaments pour une ordonnance, Jason harcelé par des jeunes voyous est fauché par un camion. Marcus ne s'en remet pas...

Le passage sur cette terre, thème éminemment Eastwoodien, à condition qu'il parle de ce qu'on laisse à nos enfants et à nos élèves, est ici vu d'un nouveau point de vue: d'une part, certains personnages (George, reconverti en ouvrier, et qui tente de se lancer dans des cours de cuisine, peut-être pour favoriser les rencontres, Marie qui remet son métier en question, ainsi que ses activités de journaliste politique afin de parler de son expérience) se posent des questions sur le rôle à assumer désormais, sur ce qu'ils doivent faire et dire afin d'être utile. Le plus intéressant à ce niveau est George, qui à bien des égards est en pleine errance, et se cherche. Mais le thème est aussi évoqué dans ce film à l'inverse des habitudes de Clint Eastwood, au lieu de parler de celui qui cherche à faire passer quelques chose (Invictus, Gran Torino, Honky Tonk Man, ...), c'est tout à coup le point de vue de ceux qui cherchent à entrer en contact avec ceux qui sont partis. A part dans The changeling, on n'a jamais vu cette vision des choses chez Eastwood, et peut-être le désespoir et la hantise du passé qui envahissent Mystic River y sont-ils assimilables. Mais le cinéma de Clint Eastwood, en revanche, fourmille de redresseurs de torts plus ou moins symboliques, de gens qui remettent le cosmos en place, du "pale rider" à William Munny (Unforgiven). George a-t-il sa place dans cette vision? Peut-être, et Marie Lelay, qui est un succès de librairie une fois qu'elle a fini son livre sur son expérience paranormale, aussi. Mais le film reste vague, il n'est une fois de plus pas là pour nous donner des leçons...

La ou le bât blesse, ce n'est pas dans l'intrusion du fantastique, amené avec dignité et respect pour le spectateur; ce n'est pas non plus dans l'incursion dans le spectaculaire, un tsunami, un métro qui explose, un enfant qui se fait percuter, trois évènements décrits crûment, mais sans aucune complaisance, ni suspense préalable. Pour moi le problème n'est pas dans les histoires elle-même, encore que l'histoire Française soit légère et rendue irritante par des acteurs qui récitent leur texte (2 prises maximum, on est chez Eastwood, et celui-ci n'entend peut-être pas suffisamment notre langue pour s'apercevoir que Cécile de France et les autres acteurs ne sont pas à l'aise).

Non, le principal problème de ce film choral est de faire comme les autres films du genre: construire plusieurs histoires, les entremêler pour en tirer tous les bénéfices quand on mélange tout, et les scènes où les trois histoires se mélangent à la faveur d'un salon Londonien du livre sont d'une grande platitude, et personne n'a rien fait pour les améliorer: George est à Londres pour fuir San Francisco, et visiter la ville de Dickens dont il est un grand fan. Venu entendre Derek Jacobi lire du Dickens, il entend vaguement Marie parler, et de son coté le petit Jason qui passait pas là, a vu George qu'il connait pour avoir vu sa tête sur son site internet... On a envie de rigoler. Le film a tendance à se casser la figure, et bien sûr si on était de mauvaise foi, on dirait que c'est la faute au scénariste, mais chacun sait qu'un scénario, ça se change... 

On retrouve Eastwood dans l'ironie à l'égard des religions d'un coté et du charlatanisme de l'autre, et il est toujours bon par les temps qui courent d'avoir face à soi un film qui dise du mal des religions, toutes les religions, au moins, on n'aura pas perdu son temps. On apprécie les échanges entre Jason et George, d'ailleurs traités par Eastwood dans le même style que toutes les scènes avec George: dans la pénombre. Matt Damon est splendide, comme d'habitude, et sa rencontre avec Bryce Dallas Howard, lors de scènes de relâchement qui nous feraient presque croire à une comédie sentimentale, fait qu'on reviendra tout de même au film un jour ou l'autre. Mais le film a un pedigree mal fichu: est-ce que parce que Malpaso n'est pas impliqué? C'est un film Amblin (La maison de Steven Spielberg) et Warner, et on ne peut que penser que si ce film a été un projet de Spielberg, il lui aurait mieux convenu... Jusque dans la multiplication des lieux de tournage. 

On pourra toujours dire qu'il est louable pour un cinéaste de s'essayer à un film qui sort sérieusement de son ordinaire, et même de prendre un risque sérieux, alors que ses deux derniers films avaient été franchement fêtés par le public et que la décennie l'avait sérieusement consacré, entre le succès débonnaire (Space Cowboys), le mélodrame fédérateur (Million dollar baby), l'oecuménisme politique et humaniste (Invictus) et l'admirable baroud d'honneur d'un papy grognon (Gran Torino)... Même raté, Hereafter aquand même rencontré son public, et possède quelques moments troublants qui nous font rêver à un meilleur film...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 18:33

Walt Kowalski (Clint Eastwood) vient de perdre son épouse, ce qui le laisse seul: seul avec le fantôme de ses relations compliquées avec ses enfants, deux garçons qui semblent pressés de placer leur père en maison de repos, et dont la progéniture lorgne déjà sur le maigre héritage: une magnifique Ford Gran Torino, bichonnée depuis 1972... Seul aussi avec son aigreur, exacerbée par la présence de nombreux étrangers d'origine Asiatique dans son quartier, lui qui est revenu plus qu'amer de la guerre de Corée. Seul aussi avec sa conscience, abîmée précisément en Corée, et qu'il cache derrière une tendance à l'agression verbale, xénophobe et sans filtre...

C'est dans ces circonstances qu'il va trouver Thao (Bee Vang) un jeune Hmong chez lui, poussé par son cousin gangster à aller voler la belle voiture qui repose dans le garage; après un petit temps, Walt va commencer à se laisser apprivoiser et se lier avec le jeune homme et sa soeur Sue, puis toute la famille... 

Héros paradoxal, Walt Kowalski est un descendant d'immigrés Polonais, qui n'oublie jamais d'installer son drapeau Américain sur le porche de sa maison. Qu'il soit ouvertement raciste ou que cette xénophobie galopante (et parfois hilarante) soit un mécanisme de défense importe finalement peu: Eastwood nous montre ici l'éveil aux autres d'un vieil homme qui a un peu oublié ce que c'était de vivre pour quelqu'un, et le moins qu'on puisse dire est qu'il va se rattraper.

Le film est touchant, fort bien équilibré, bien plus sans doute que bien des films du metteur en scène Eastwood, qui ici persiste et signe: il fait une prise, que les acteurs soient bons ou mauvais. Il est plutôt bien servi par la gaucherie occasionnelle de ses jeunes interprètes qui donnent une vérité intéressante à leurs incarnations, et se fait plaisir en opposant l'irascible Walt à une grand-mère Hmong qui est sans doute encore plus outrageusement raciste que lui. Un personnage secondaire de luxe (le coiffeur Italien qui rivalise de remarques inappropriées avec son copain Walt) est interprété par John Carroll Lynch: ces personnages secondaires font souvent le sel des films d'Eastwood, et on pourrait rappeler les interventions de luxe d'Anjelica Huston, James Woods ou encore Laura Dern... Lynch est toujours impressionnant de justesse, qu'on en juge avec ses apparitions mémorables (Fargo, Zodiac me viennent à l'esprit). C'est un rien malin aussi: ces deux hommes d'âge plus ou moins mûr qui se lancent des insultes outrageusement racistes au visage comme on dit bonjour, finissent de laisser entrer le spectateur qui aurait grincé des dents en entendant le vocabulaire du vieux Kowalski pour désigner les Hmongs (tout le lexique "Guerre du Vietnam" y passe: les "Slopes", les "Gooks", "Zipperheads"...)... Cette accumulation deviendrait presque une invitation à relativiser, car c'est sur ses actes qu'on finira par juger le vieil homme.

C'est finalement relativement soigné, dans lequel les facilités récurrentes (le style même d'Eastwood les rend absolument inévitables) sont souvent gommées avec une certaine aisance par la grâce de l'humanité du film! La pudeur de Walt Kowalski, son attitude souvent réjouissante face à la religion, tant de choses emportent l'adhésion... N'attendez cependant pas un plaidoyer humaniste à 100%, ça reste un film très marqué à droite (On prend bien soin de nous présenter les Hmongs comme des victimes du communisme Vietnamien, par exemple, comme pour justifier que Walt s'ouvre à eux), mais on ne se refait pas... Dans le monde de Clint Eastwood, il est évident que le communautarisme semble entraîner la violence, comme en témoignent les interventions de gangs et de voyous, qu'ils soient Hmongs, Mexicains ou Afro-Américains... C'est une façon de peindre la vérité, même si c'est au prix d'un raccourci.

Mais encore une fois, son ange exterminateur paradoxal est un homme qui a décidé d'expier ses fautes d'une manière tellement étonnante, qu'il en devient un héros inoubliable, pour l'un des meilleurs films de son auteur.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 14:20

Déjà, le titre... On sent bien qu'on n'est pas face à un chef d'oeuvre. Ce film est un complément de programme de la MGM, concocté non seulement pour boucher un trou dans les cinéma, mais aussi pour utiliser des segments, filmés pour des films déjà sortis, qui ne furent pas retenus dans le montage final. Les ballets ainsi recyclés étant en Technicolor, le reste du film se devait de l'être aussi.

En 16 minutes, on assiste donc à une comédie qui ne prend jamais le temps d'être drôle, dans laquelle trois personnages vulgaires et mal assortis (modelés sur les Stooges, et d'ailleurs l'un d'entre eux a fait partie de cette douteuse confrérie de comédiens dela concurrence) viennent dans un studio de première classe pour proposer une idée de film...

Et au-delà de ce plaisir toujours aussi étrange de voir un film en Technicolor deux bandes (cette fois avec une composante rose particulièrement affirmée), c'est d'une nullité affligeante...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Technicolor
14 novembre 2025 5 14 /11 /novembre /2025 23:27

Mmes Laurel et Hardy sont de sortie, et du coup, MM. Laurel et Hardy gardent leurs enfants... Les deux pères bien sûr aimeraient être tranquilles, mais les enfants se chamaillent tout le temps, et provoquent le même type de catastrophes que leurs aînés.

Ce chef d’œuvre est bien connu, avec juste Laurel, Hardy, Laurel, et Hardy, et des truquages simples, mais effectifs: des meubles géants, afin de faire passer l’illusion de Laurel et Hardy petits garçons.

Il existait jusqu'à présent trois versions du film, toutes similaires en termes de scènes : la version colorisée, bien sur, mais aussi la version la plus courante (Ressortie dans les années 30, avec une nouvelle musique de fond). La version d’origine, telle que sortie en 1930, est disponible et c'est assez rare pour être souligné...

Mais une nouvelle pièce vient s'ajouter à l'ensemble: quand en 1930 le parlant s'était généralisé aux Etats-Unis, il restait d'une part des cinémas notamment ruraux qui ne bénéficiaient pas encore de la nouveauté technologique; et en Europe, le cinéma sonore ne s'était vraiment installé que dans les villes: tout un marché restait dépendant de copies muettes. Ce film est l'un des courts métrages de 1930 dont le studio Roach a proposé une copie muette pour cette exploitation spécifique, et c'est une version assez fidèle du film, avec des intertitres... Il y a d'autres courts (Notamment Blotto, et Unaccustomed as we are) qui sont dans ce cas, on commence à pouvoir y avoir accès grâce à la sortie d'anthologie restaurées, chez Kit Parker et Flicker Alley, deux labels spécialisés aux Etats-Unis.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy James Parrott Hal Roach Muet
9 novembre 2025 7 09 /11 /novembre /2025 21:12

La Nordisk a fait un énorme carton avec Marahadjahens Yndlingshustru de Robert Dinesen, qui présentait Gunnar Tolnaes et Lilly Jacobsson en amants de deux traditions différentes: le maharajah et la fille de militaires danois... Le mélodrame classique et aux fausses apparences de raffinnement avait plu aux fans d'un cinéma Européen pooulaire, privés de films Français, Italiens ou Américains du fait de la guerre et de l'impossibilité d'accéder aux films par les circuits de distribution qui dépendaient des Allemands...

Le royaume continue sa petite vie: Elly (Lilly Jacobsson), la jeune épouse danoise du Maharajah (Gunnar Tolnaes), a accepté son statut d'épouse favorite plutôt qu'unique. Le Danemark a besoin, pourtant, de faire affaire avec le prince, et Armine Robert (Carl Worm), un député Danois plénipotentiaire est chargé des négociations. Il vient, persuadé qu'il va pouvoir changer l'avis de la jeune femme et la ramener avec lui... Des comploteurs qui trament de sombres desseins dans l'ombre du prince décident de profiter de l'occasion...

Blom restait un grand nom du cinéma danois, mais il était aussi un vétéran. Ca se voit: son film est assez plat, film sans grande originalité. On apprécie le soin de ne jamais diaboliser le héros, mais après tout, n'est-il pas joué par Gunnar Tolnaes? Ce dernier, une vedette confirmée du cinéma Scandinave, d'origine Norvégienne, semble parfois à peine jouer... Mais c'est du grand n'importe quoi, un mélodrame exotique sans queue ni tête, qui fait bien pâle figure à côté de ce qui se trame en Allemagne en 1919, ou aux Etats-Unis. Reste à voir ce que A. W. Sandberg, un réalisateur populaire mais plus moderne que son aîné Blom, a fait de cette histoire rocambolesque en 1926, quand il a effectué un remake du film de Dinesen.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans August Blom Muet 1919
8 novembre 2025 6 08 /11 /novembre /2025 14:54

Ce mélodrame danois date d'une période difficile: la guerre a privé le pays de ses publics, car fans tous les pays bélligérants, même si le Danemark était neutre, les structures de diffusion des films fabriquésà Copenhague étaient extrêmement dépendants des distributeurs Allemands... Et les films Américains, Anglais, Français ou Italiens étaient du même coup peu diffusés. Peut-être faut-il y voir la raison d'être de la confection d'un mélodrame "exotique" comme celui-ci.

Dans une station balnéaire, une famille très comme il faut est en villégiature. Elly (Lilly Jacobsson), la fille d'un militaire danois, a repéré l'arrivée du beau Maharajah (Gunnar Tolnaes), dont elle tombe instantanément amoureuse... C'est réciproque, et aidé de sa suite, le prince la kidnappe. Mais une fois arrivée dans son palais, bien que favorite, elle ne supporte que très mal le fait de n'être qu'une addition à son harem... Elle va donc insister pour récupérer sa liberté.

Les tourments de l'héroïne, mais aussi de son kidnappeur, sont donc liés à l'impossible mariage des cultures, jugées comme incompatibles l'une avec l'autre. Le point de vue ici est majoritairement celui de la jeune femme, qui déciuvre sa situation avec curiosité, puis effroi? Le ton reste léger, car derrière cette sombre histoire, il y a surtout le frisson de l'impossible amour et l'exotisme de pacotille de ces aventures dans un autre monde. 

Le film sera suivi d'un deuxième volet, toujours avec Gunnar Tolnaes et Lilly Jacobsson: il sortira deux années plus tard, réalisé par August Blom. La preuve d'un grand succès... Il y aura aussi un remake, toujours avec le même acteur, mais cette fois, la jeune femme sera interprétée par Karina Bell: ce sera une réalisation de A. W. Sandberg, et le dernier film Danois de l'acteur Norvégien.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1917 Robert Dinesen Muet
7 novembre 2025 5 07 /11 /novembre /2025 22:31

Eastwood n'est pas à l'origine de ce film, comme du reste pour la plupart de ses films... Greffé tôt sur le projet qui était cher à son copain Morgan Freeman, il en a fait un film fédérateur (Voir le succès non négligeable du film), optimiste (Le connaissant, on est particulièrement étonné) et totalement en phase avec une thématique personnelle qui inclut aussi bien des films qui s'intéressent à la vieillesse d'un personnage (Heartbreak Ridge, Unforgiven, True crime, Space Cowboys, Gran Torino) que ceux qui montrent le bilan du passage de quelqu'un sur terre, qu'il soit père ou artiste, et l'oeuvre ou l'image laissée (Honky Tonk Man, The rookie, Bird, Absolute power, Space Cowboys, Million Dollar baby...). Invictus est, une fois de plus, l'histoire d'un passage de témoin, grande figure Eastwoodienne donc, mais pour la première fois, ce passage de relais s'effectue à l'échelle d'un pays, avec la grande histoire...

Nouvellement élu, nelson Mandela (Morgan Freeman) réalise bien vite qu'il ne pourra pas rester le président que d'une partie des citoyens de son pays, fut-ce la majorité écrasante. Désireux de montrer qu'il est le président de tous, y compris de ceux qui outenaient l'apartheid et n'ont certainement pas voté pour lui, il va s'intéresser au rugby, un sport qui reste majoritairement blanc aussi bien sur les terrains que sur les gradins. Le président se rapproche de François Pienaar (Matt Damon), le capitaine de l'équipe nationale, les Springboks, qui traversent une mauvaise passe. Il lui demande, dans l'intérêt de la nation, de gagner la coupe du monde, justement organisée en afrique du Sud en 1995...

Nelson Mandela s'intéressant au rugby afin d'unifier un pays qui en a cruellement besoin, et se prenant au jeu comme un vieux gamin, c'est l'une des images les plus tendres, comiques et solaires de tout le cinéma de ce vieux grognon de Clint Eastwood. Du coup, le rugby, sport de gros phacochères testostéronés, se pare de vertus inattendues, et incarne le renouveau, la naissance réelle du nouvel esprit national voulu par le chef d'état: la "rainbow nation". On peut hausser les épaules devant tant de bons sentiments, mais ça marche, et le public du film participe...

Eastwood joue beaucoup sur la confrontation des personnages en présentant souvent les personnages par deux: en associant ici Mandela et le capitaine de l'équipe des Springboks, François Pienaar, et là deux gardes du corps d'ethnies différentes qui ont été forcés (par le président) à travailler ensemble, mais franchement les uns et les autres contre leur gré. Derrière les bons sentiments et la façon dont souvent les liens se créent, Eastwood montre quand même la difficulté à suivre, pour les uns, le renoncement des socialistes de l'ANC devant les choix du président, des choix qu'ils ne comprennent pas toujours; la façon dont les Springboks, même intégrés (l'un de leurs joueurs-clé est un noir) sont réticents à faire le jeu d'un président pour lequel ils n'ont pas voté.

Peut-être pourra-t-on s'interroger devant la facilité avec laquelle sont conquis par Mandela ceux qui ont été élevé dans la croyance que tout homme politique noir est forcément un teroriste, tout comme la conversion au rugby du vieux dignitaire est semble-t-il faite en un tournemain. Mais on ne peut qu'applaudir devant la façon dont Eastwood a saisi le pouls du pays en 1995, d'une façon que n'aurait pas reniée Capra. Et lorsque en maitre absolu de ce qui se passe sur l'image, il nous assène une incroyable distorsion du temps pour faire profiter au maximum le spectateur du suspense vécu devant un match dont l'issue nous est connue, on tire son chapeau, ou sa casquette à Eastwood: à la fin de la deuxième heure, à propos, un homme d'âge mur, au milieu de la foule, aux couleurs des Springboks, semble impassible, mais il avait pourtant de quoi pavoiser: cette apparition signature du metteur en scène n'est pas un signe Hitchcockien, c'est une sorte de satisfecit discret, mais qui en dit long.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Groumf
5 novembre 2025 3 05 /11 /novembre /2025 21:44

Don Quichotte de la Mancha a lu, beaucoup lu, et principalement des romans de chevalerie. A tel point que ça lui est carrément monté à la tête, et il est donc parti en quête d'aventures... le problème c'est qu'il est vieux et, on l'aura compris, fou. Aidé, plus ou moins, de son écuyer Sancho Panza, il parcourt les routes à la recherche de rencontres guerrières. Et quand il ne trouve rien, eh bien! ...L'imagination débordante du vieil homme fait le reste... Mais bientôt, le légende se répand, et les deux hommes deviennent la cible des moqueries...

Carl Schenstrom et Harald Madsen, alias Fy og Bi au Danemark, étaient mieux connus sous le nom hallucinant (mais justifié) de Doublepatte et Patachon en France, ils étaient Pat und Patachon en Allemagne ou encore Long and Short dans les pays Anglophones. Leurs films souvent réalisés par Lau Lauritzen (Senior) sont encore aussi populaires en Scandinavie et en Allemagne que le sont Laurel et Hardy aux Etats-Unis, pour situer.

Pourtant ce film très ambitieux est à part: clairement, il n'a pas été tourné au Danemark mais bien en Espagne, et très peu de concessions apparentes ont été faites aux deux personnages habituels de Schenstrom (qui interprète un Quichotte très convaincant avec sa silhouette de géant filiforme) et Madsen (qui prête à Sancho sa rondeur et sa petite taille). Et surtout pour ce dernier, le personnage de Sancho Panza est très éloigné des emplois habituels de clown lunaire lent et timide du comédien. Sancho est roublard, calculateur, dédié aux plaisirs... Juste, peut-on faire remarquer, il est quand même un peu naïf, surtout lorsqu'un canular pendable lui est joué, afin de lui faire croire qu'il est gouverneur d'une île.

Ce film, qu'on peut enfin voir entier (voir plus bas) est une fascinante entreprise: il s'agissait pour Lauritzen de faire une adaptation stricte de la tragi-comédie de Cervantès, avec deux comiques dans les rôles principaux; et en plus, comme c'est le seul film dans lequel on ne reconnaisse pas le maquillage traditionnel des deux comédiens Schenstrom et Madsen, c'était un risque commercial certain; mais l'idée de décalage entre un monde qui tourne dans un sens et deux hommes qui tournent dans l'autre (surtout Quichotte, car cette fois c'est Schenstrom qui est le plus à part!) est somme toute présente dans le film.

Reste quand même une interrogation: qu'est-ce qui a bien pu pousser dans cette direction Lauritzen, metteur en scène et producteur d'une série de films de comédie qui, s'ils n'ont sans doute pas révolutionné le médium, ont quand même provoqué un succès considérable pour lui et ses interprètes, l'excellente fortune de la Palladium, et même une réputation très enviable de poule aux oeufs d'or pour la scénariste et productrice Alice O'Fredericks? Le film est ambitieux, soigné même, l'intrigue du roman y est respectée, les personnages en sont bien définis, surtout bien sûr Quichotte et Panza, mais aussi les deux chevaliers ennemis d'une intrigue secondaire, deux beaux jeunes hommes comme il y en avait toujours pour "seconder" les héros joués par Schenstrom et Madsen, mais cette fois dans des personnages tangibles et riches... La photo de Julius Jaenzon, confrontée à l'aridité Espagnole, est d'une luminosité exceptionnelle, et les décors souvent printaniers nous rappellent que nous sommes entre les mains de maîtres Danois. Les deux acteurs principaux sont absolument géniaux mais ça on le savait déjà!

...Et pourtant le film est réussi mais sans plus. Lauritzen a soigné sa partition, bien utilisé les décors existants, et bichonné ses effets spéciaux: la scène mythique des moulins, par exemple, donne lieu dans cette version à une visualisation très baroque des «monstres» et géants aperçus par le vieux chevalier fou...  Il manque pourtant à cette superproduction un peu austère la gentille folie douce habituelle des films du duo, et dans ce contexte le ton du film, de la romance picaresque jusqu'à l'inévitable tragédie, on débouche sur une version soignée d'un grand roman, qui se cantonne à une sagesse embarrassante: on pense pour comparer au Carmen, de feyder, d'ailleurs tourné la même année, également en Espagne. Fallait-il absolument, pour exister, que les deux clowns et leur metteur en scène prouvent une bonne fois pour toutes que oui, ils pouvaient aussi faire un film sérieux, ou un "grand sujet"?

Pendant des années, on ne pouvait voir de ce film que des extraits diffusés dans le cadre d'une série télévisée Allemande qui recyclait les longs métrages du duo; de ces dix bobines (soit 135 minutes à 20 images par seconde), il nous restait 48 minutes en tout, dénuées d'intertitres, et remontées afin de donner une idée du film plus qu'autre chose. Le remontage avait été fait afin de privilégier la comédie, mais le début était à peu près intact. La seconde intrigue, qui voit se développer une trahison chez d'authentiques chevaliers, qui vont ensuite être authentiquement aidés par Quichotte et Panza, ne mettait pas suffisamment les deux stars en valeur et avait été tout bonnement supprimée. Maintenant, le Danske Filminstitut a enfin rendu publique sa version restaurée (un tirage soigné, mais aux marques du temps bien visible) de la version intégrale, disponible sur le site Stumfilm du DFI, où il sera visible en permanence, comme la digne pièce de musée qu'il est enfin.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Scandinavie 1926 Lau Lauritzen Schenström & Madsen *