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23 novembre 2025 7 23 /11 /novembre /2025 22:47

C'est un court métrage de deux bobines, récemment numérisé par la Cinémathèque Française, et présenté sur le site Henri... Un couple d'agents de service se disputent autour de l'affaire de la découverte du trésor de Tut-Ankh-Amon, et lorsque l'homme reçoit un coup sur la tête, il se retrouve en pharaon.

Complètement incohérent, on aimerait dire que ce film est loufoque, ou qu'il puisse s'approcher des films (même si certain sont médiocres) dans lesquels Harold Lloyd, Chaplin, Laurel et Hardy ou Keaton sont transportés en pleine préhistoire. Mais c'est long, ennuyeux, mal fichu et totalement dispensable.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923
23 novembre 2025 7 23 /11 /novembre /2025 22:38

Ne nous emballons pas: il ne s'agit ici ni d'une adaptation du livre de Milton, Paradise lost... Pas plus que d'une préfiguration de l'un des plus beaux films d'Abel Gance! Pierre Colmbier, parfois appelé Pière Colombier, fut un estimable réalisateur de comédie en France, où il dirigea le gratin du théâtre et du cinéma dans des films qui flirtaient parfois avec le boulevard (c'est le cas de celui-ci), ou l'étude de moeurs, voire la satire sociale (Ces messieurs de la santé, probablement son film le plus visible, avec Raimu).

Ce court métrage de deux bobines est un film perdu, dont le fragment d'une bobine (la deuxième en l'occurrence) a été retrouvé ces dernières années, et numérisé. Le "paradis" en question est le nom donné à ces longues plumes qui prolongeaient les chapeaux extravagants des dames dans la mode du début des années 20. Et un monsieur (André Luguet) qui a manifestement déjà rencontré une dame (Fernande Diamant) s'aperçoit en lisant un journal qu'elle a publié une annonce dans laquelle elle prétend avoir perdu cet accessoire. Il en achète un pour pouvoir se rendre chez elle avec une bonne raison.

Le film tel qu'il existe nous montre donc la rencontre, et le retour chez lui du vieux mari de la jeune femme qui est content que son épouse ait récupéré son "Paradis"... Mais les deux jeunes gens, eux, sont surtout content de s'être trouvés.

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Published by François Massarelli - dans Pière Colombier Muet Film perdu
23 novembre 2025 7 23 /11 /novembre /2025 17:56
Un petit garçon est malade... Bien qu'il ne le souhaite pas vraiment, dson grand-père (Peter Falk) arrive, bien décidé à lui lire une histoire... celle de Buttercup (Robin Wright) et Westley (Cary Elwes) le garçon de ferme, une pure histoire d'amour saupoudrée de duels, d'aventures, de cascades périlleuses, de bestioles fantastiques... Et d'une grande dose de loufoquerie. Le grand-père et le garçonnet interviennent régulièrement sur la narration...
 
Dans ce conte, bien des choses ne font pas très sérieux: les bandits sont assez miteux, les héros un peu trop transparents, et chaque baiser de la princesse et de son bon ami est interrompu par le petit garçon auquel son grand père raconte l'histoire ("It's a kissing book!")... Les décors sont d'ailleurs délibérément faux. Donc pas de réalisme à chercher, l'équipe de Rob reiner a travaillé à l'encienne, avec du carton-pâte, en studio, et l'éclairage est vraiment d'une luminosité peu naturelle. Donc ceux qui aiment l'heroic-fantasy sombre en seront pour leurs frais...
 
Mais justement: rien ne vient nous distraire, dans ces conditions, du plaisir un peu enfantin à revivre pour rire une aventure à la façon des années 50, des Mines du Roi Salomon, de Moonfleet, qui jamais ne se prend au sérieux, et a le bon goût de ne pas trop dévier du but de l'intrigue. La galerie de personnages est époustouflante de quatorzième degré, entre le géant (André the giant) trop civilisé, le noble bandit à moustache (Mandy Patinkin) avec son accent espagnol (qui aurait pu sans problème être Italien, d'ailleurs), le prince (Chris Sarandon) qui n'a rien de princier, et l'éminence grise qui cache des secrets inavouables (Chris Guest)...
 
C'est aussi et surtout un film sur l'importance de la romance sous toute ses formes, avec ce grand père (Peter Falk) qui prend le temps de passer du temps au chevet de son petit-fils malade... un film-bonbon par le futur auteur de When Harry met Sally, et surtout Misery.
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Published by François Massarelli - dans Rob Reiner
22 novembre 2025 6 22 /11 /novembre /2025 09:27

Le film est l'adaptation d'une pièce de théâtre à succès, The Kitchen, d'Arnold Wesker. Tout est structuré autour d'une cuisine d'un restaurant de New York, qui emploie une main d'oeuvre principalement d'origine immigrée (surtout hispanique), certains des emplyés étant en attente de régularisation...

Le film commence par l'arrivée d'une nouvelle postulante à la cuisine, ce qui dès le départ permet une incursion dans le point de vue des petites mains d'origine étrangère, dont certain(e)s ne maîtrisent pas du tout la langue de leurs employeurs... Une plongée parfois violente dans un univers de stress, de rapports difficile avec les autres personnes qui travaillent: sous la direction du chef, le nombre de cuisiniers qui s'affairent, de serveuses qui vont et viennent, est impressionnant.

Dès le départ le parti-pris est de coller le plus possible à la pièce en adoptant une narration nerveuse et basée sur de nombreux plans-séquence... Et de privilégier le naturalisme des acteurs. c'est souvent virtuose, généralement impressionnant... Mais c'est aussi étouffant de bout en bout. L'autre parti-pris, celui de tourner dans un noir et blanc presque quelconque, ne débouche à mon sens que sur un préjugé: c'est glauque donc c'est en noir et blanc. C'est un peu court... 

Par contre, glauque? Ca oui.

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Published by François Massarelli - dans Rooney Mara
21 novembre 2025 5 21 /11 /novembre /2025 18:59

Honey Donahue (Margaret Qualley) est une détective privée installée à Bakersfield, en Californie: pas le coin le plus reluisant de l'état le plus riche des USA... Elle accumule les affaires sordides, et justement elle coince sur une bizarre histoire de meurtre, liée assez clairement à l'installation d'une secte menée par un soi-disant prêtre, le révérend Drew (Chris Evans). Ce dernier est en fait à la fois un trafiquant de drogue, et un obsédé sexuel qui profite de sa position pour abuser des membres féminins de sa congrégation.

Honey visite parfois sa soeur Heidi (Kristen Connolly), qui a beaucoup (mais alors beaucoup!) d'enfants. Corinne (Talia Ryder), qui arrive à l'âge adulte, est en pleine rébellion. Elle avoue à sa tante que son petit ami la bat... Honey décide d'intervenir. 

Parallèlement à toutes ces péripéties, elle assume une vie sexuelle décomplexée avec beaucoup de femmes de passages. Mais sa rencontre avec MG (Aubrey Plaza), avec laquelle elle s'entend très bien, pourrait bien changer sa vie... 

Ces trois parties de l'intrigue sont intimement liées...

La séparation des frères Coen, après The ballad of Buster Scruggs (2018), aurait peut-être pu être un coup de tonnerre, mais il n'en fut rien. Ce qui est sûr, c'est que la production due à leur alchimie si singulière est bel et bien partie en fumée. Non que ce film ou son prédécesseur soit absolument indigne, mais il y a quelque chose de fondamentalement différent entre ce film, et disons Arizona Junior (dont il épouse le ton de comédie méchante), et Fargo (qui verse plutôt du côté du film noir en maintenant malgré tout des aspects de comédie plus subtil): car écrit comme le film précédent en compagnie de Tricia Cooke, l'ancienne monteuse de leur film (et désormais son épouse), Honey don't bascule délibérément plus profondément dans le pulp, la sexualité graphique (Aubrey Plaza et Margaret Qualley y ont été assez loin, c'est le moins que l'on puisse dire) et une violence assez explicite. On perd une certaine distance ironique, tout en maintenant la tentation de la comédie... 

Peut-être faudra-t-il du temps avant de s'habituer à ce style qui manque très volontairement de subtilité. Et il y a une facilité narrative ici, qui se nourrit de moments de pure comédie méchante (les scènes avec Chris Evans, généralement aperçu en plein acte sexuel, jamais avec les mêmes partenaires, sont tellement outrées qu'on ne peut qu'en rire), d'un personnage de lesbienne assumée et militante qui à un moment discret, se paie le luxe de dérouiller avec bonheur un masculiniste (doté d'un autocollant MAGA, elle peut donc y aller franco) tout en promenant ses talons hauts et ses robes rouges à fleur dans les coins les plus sordides, et comme dans les films noirs, va échanger des tuyaux avec les flics du coin (à un moment, un policier lui propose d'échanger des notes, dans un dialogue repris directement de The big Lebowski... Un clin d'oeil attachant), mais quand ceux-ci la draguent, elle leur répond toujours: I like girls.

Le film étant supposé être le deuxième d'une trilogie, peut-être faudra-t-il attendre le dernier pour se faire une idée. Mais en attendant, le plus jeune des frères Coen a pondu un curieux film mal poli, parfois réjouissant, extrèmement violent, dans lequel après s'être moqué de l'hypocrisie des élus Républicains conservateurs (Drive-Away Dolls), on suit les aventures d'une femme qui n'a pas froid aux yeux au pays des bouseux et des profiteurs immoraux. L'Amérique, quoi...

 

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen
19 novembre 2025 3 19 /11 /novembre /2025 21:44

Blackie Gallagher (Clark Gable) et Jim Wade (William Powell) ont grandi ensemble, en amis, dans l'adversité: leurs parents sont morts lors de l'incendie tragique d'un bateau à aubes, et leur père adoptif a été tué lors d'une émeute. Blackie deviendra un gangster, et Jim sera toujours du côté de la loi. Un autre lien entre eux sera la femme dont tous deux vont être amoureux, Eleanor Packer (Myrna Loy)... Elle sera d'abord la maîtresse de Blackie", mais lassée de son refus de s'amender, elle se rapprochera de Jim... 

Ce film est sorti le 5 mai 1934, à la toute fin de l'époque dite "pré-code", qui précédait le renforcement d'un "code de production", soit d'une forme d'auto-censure par l'ensemble des studios Hollywoodiens. La MGM possédait déjà un filtre évident en son directeur Louis B. Mayer, qui n'avait pas voulu suivre la Warner dans la surenchère du film de gangsters (Little Caesar, Public Enemy), et considérait avant le Code qu'il fallait que le cinéma suive des préceptes familiaux et moraux. Comme pour réagir à l'atmosphère de fascination du crime (du moins tel que c'était ressenti), Mayer poussait ses équipes de production vers des spectacles plus oecuméniques... Mais Manhattan Melodrama, de fait, devient presque une synthèse entre le film de gangsters, dont il possède le style nerveux (ce montage exceptionnel dans les premières bobines, qui résument un début de siècle en quelques images extraordinairement ajustées), et le film policier plus traditionnel (dans lequel force reste à la loi): bref, en choisissant d'opposer le gangster Blackie Gallagher au vertueux James Wade, la MGM opère une synthèse visionnaire... 

Car si le début des années 30 semble fêter l'image scandaleuse du gangster, c'est bien de ces films situés de l'autre côté de la loi que le cinéma allait bientôt devenir friand. En adoptant le ton du film criminel pour conter une histoire profondément morale, et en choisissant de ne pas faire de Blackie un double maléfique, mais bien une sorte d'étrange allié de Wade, on s'approche finalement beaucoup plus de la complexité de l'âme Américaine! Car quand Jim Wade devient procureur général, au lieu de lui déclarer la guerre, Blackie assure son ami de sa fierté à son égard... Un paradoxe qui rapproche le film de la comédie, ce qu'il n'est pas: et pourtant, l'alchimie entre Powell et Loy, qui sont pour la première fois confrontés l'un à l'autre, va également dans le même sens. 

Ce qui est typiquement MGM, finalement: un film de gangsters dans lequel force reste à la loi, où la comédie l'emporte sur le drame, et le romantisme des personnages l'emporte sur tout le reste, c'est effectivement peu banal. Mais on ne pourra pas s'empêcher pour autant de constater qu'en choisissant de donner le rôle du criminel (et C'EST un criminel, il le prouve froidement ça et là) à Gable, le film nous oblige à le préférer à Powell. Et pourtant dans les années 20, William Powell n'a jamais été éloigné des rôles de sale type, mais ici, il est tellement vertueux... Donc sous le vernis moral, sous la vertu imposée par Mayer et le sentiment prudent que le cinéma en a fini avec les canailles, on reprend quand même un sacré tour de piste avec la fripouille sympathique, le meurtrier condamné à mort qu'on pardonnerait facilement tant il est à l'aise pour excuser son copain de l'avoir conduit à la chaise électrique... Sous ce Manhattan Meldrama, il y abeaucoup de la morale tordue, souterraine et fascinante du film noir qui ne tardera pas à sortir de sa marmite.

Woody Van Dyke est un cas rare dans le monde de la MGM: un réalisateur solide, certes, ce qui aurait pu suffire. Mais il  avait la capacité de se rendre indispensable en tournant toujours à une vitesse impressionnante, en privilégiant l'urgence des premières prises (d'où son surnom de One-Take Woody!), dans un studio où la règle était toujours de raffiner en retournant les films déjà achevés! Et son style, foncièrement nerveux, vous saute au visage dans les scènes en mouvement. Ses trois acteurs accomplis, les uns coutumiers d'un cinéma raffiné et de comédies (Myrna Loy, William Powell), l'autre plus marqué par l'action et l'aventure (Gable), trouvent facilement leur place dans ce cadre où Van Dyke atteint à l'efficacité et la richesse d'un Curtiz, le baroque en moins... 

Amusant de constater que ce film sera immédiatement suivi, 3 semaines plus tard, d'un autre chef d'oeuvre de Van Dyke! Mais en William Powell (déjà rompu aux rôles de détectives équivoques à la Warner et la Paramount) et Myrna Loy, le réalisateur avait trouvé les deux perles rares, pour les rôles superbes de Nick et Nora Charles dans The Thin Man

Et encore plus troublant, comment oublier que ce film, dans lequel Clark gable incarne une vision romancée d'un gangster, est justement le film qu'a choisi de voir le criminel Dillinger, le jour où en sortant d'un cinéma il a été abattu par la police? On peut faire confiance au département publicité de la MGM, ils ne se sont pas privés d'exploiter ce fait...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Woody Van Dyke
17 novembre 2025 1 17 /11 /novembre /2025 20:42

Hereafter marque une double première fois pour Eastwood: premier film sur un sujet fantastique, premier film partiellement en Français. Ce qui n'a pas empêché la critique de notre petit pays de rejoindre les anglo-saxons au sujet de ce film qui fut, à la notable exception près de Positif (qui a toujours soutenu le cinéaste), particulièrement peu emballée...

Le film commence donc en Français, avec la vision paradisiaque d'une plage. Deux Français se réveillent, Marie Lelay (Journaliste et présentatrice à succès, interprétée par Cécile De France) et son patron, qui est aussi son amant (Thierry Neuvic), ont pris du bon temps en Thaïlande, le jour d'un tsunami. Et justement, Marie se rend au marché au moment précis ou la vague s'abat sur le village, et il s'en faut de peu qu'elle y reste; mais, revenue à la vie grâce à deux hommes, elle en garde un souvenir, celui d'une impression d'avoir visité l'au-delà.

On passe ensuite à San Francisco, où l'on fait la connaissance de George Lonegan (Matt Damon), un médium qui a tourné la page, et que son frère (Jay Mohr) cherche à remettre dans le circuit; avec réticences, George accepte de "lire" un client pour lui, mais souhaite que ce soit la dernière fois... Il souffre de sa condition surnaturelle, et veut qu'on l'oublie. 

Enfin, à Londres, on fait la connaissance de Marcus et Jason (Frankie et George McLaren), deux jumeaux préoccupés par leur mère, "single parent" héroïnomane et alcoolique (Lindsey Marshall), qu'ils voudraient aider à se sortir de sa situation, d'autant que les services sociaux menacent. Hélas, en allant chercher des médicaments pour une ordonnance, Jason harcelé par des jeunes voyous est fauché par un camion. Marcus ne s'en remet pas...

Le passage sur cette terre, thème éminemment Eastwoodien, à condition qu'il parle de ce qu'on laisse à nos enfants et à nos élèves, est ici vu d'un nouveau point de vue: d'une part, certains personnages (George, reconverti en ouvrier, et qui tente de se lancer dans des cours de cuisine, peut-être pour favoriser les rencontres, Marie qui remet son métier en question, ainsi que ses activités de journaliste politique afin de parler de son expérience) se posent des questions sur le rôle à assumer désormais, sur ce qu'ils doivent faire et dire afin d'être utile. Le plus intéressant à ce niveau est George, qui à bien des égards est en pleine errance, et se cherche. Mais le thème est aussi évoqué dans ce film à l'inverse des habitudes de Clint Eastwood, au lieu de parler de celui qui cherche à faire passer quelques chose (Invictus, Gran Torino, Honky Tonk Man, ...), c'est tout à coup le point de vue de ceux qui cherchent à entrer en contact avec ceux qui sont partis. A part dans The changeling, on n'a jamais vu cette vision des choses chez Eastwood, et peut-être le désespoir et la hantise du passé qui envahissent Mystic River y sont-ils assimilables. Mais le cinéma de Clint Eastwood, en revanche, fourmille de redresseurs de torts plus ou moins symboliques, de gens qui remettent le cosmos en place, du "pale rider" à William Munny (Unforgiven). George a-t-il sa place dans cette vision? Peut-être, et Marie Lelay, qui est un succès de librairie une fois qu'elle a fini son livre sur son expérience paranormale, aussi. Mais le film reste vague, il n'est une fois de plus pas là pour nous donner des leçons...

La ou le bât blesse, ce n'est pas dans l'intrusion du fantastique, amené avec dignité et respect pour le spectateur; ce n'est pas non plus dans l'incursion dans le spectaculaire, un tsunami, un métro qui explose, un enfant qui se fait percuter, trois évènements décrits crûment, mais sans aucune complaisance, ni suspense préalable. Pour moi le problème n'est pas dans les histoires elle-même, encore que l'histoire Française soit légère et rendue irritante par des acteurs qui récitent leur texte (2 prises maximum, on est chez Eastwood, et celui-ci n'entend peut-être pas suffisamment notre langue pour s'apercevoir que Cécile de France et les autres acteurs ne sont pas à l'aise).

Non, le principal problème de ce film choral est de faire comme les autres films du genre: construire plusieurs histoires, les entremêler pour en tirer tous les bénéfices quand on mélange tout, et les scènes où les trois histoires se mélangent à la faveur d'un salon Londonien du livre sont d'une grande platitude, et personne n'a rien fait pour les améliorer: George est à Londres pour fuir San Francisco, et visiter la ville de Dickens dont il est un grand fan. Venu entendre Derek Jacobi lire du Dickens, il entend vaguement Marie parler, et de son coté le petit Jason qui passait pas là, a vu George qu'il connait pour avoir vu sa tête sur son site internet... On a envie de rigoler. Le film a tendance à se casser la figure, et bien sûr si on était de mauvaise foi, on dirait que c'est la faute au scénariste, mais chacun sait qu'un scénario, ça se change... 

On retrouve Eastwood dans l'ironie à l'égard des religions d'un coté et du charlatanisme de l'autre, et il est toujours bon par les temps qui courent d'avoir face à soi un film qui dise du mal des religions, toutes les religions, au moins, on n'aura pas perdu son temps. On apprécie les échanges entre Jason et George, d'ailleurs traités par Eastwood dans le même style que toutes les scènes avec George: dans la pénombre. Matt Damon est splendide, comme d'habitude, et sa rencontre avec Bryce Dallas Howard, lors de scènes de relâchement qui nous feraient presque croire à une comédie sentimentale, fait qu'on reviendra tout de même au film un jour ou l'autre. Mais le film a un pedigree mal fichu: est-ce que parce que Malpaso n'est pas impliqué? C'est un film Amblin (La maison de Steven Spielberg) et Warner, et on ne peut que penser que si ce film a été un projet de Spielberg, il lui aurait mieux convenu... Jusque dans la multiplication des lieux de tournage. 

On pourra toujours dire qu'il est louable pour un cinéaste de s'essayer à un film qui sort sérieusement de son ordinaire, et même de prendre un risque sérieux, alors que ses deux derniers films avaient été franchement fêtés par le public et que la décennie l'avait sérieusement consacré, entre le succès débonnaire (Space Cowboys), le mélodrame fédérateur (Million dollar baby), l'oecuménisme politique et humaniste (Invictus) et l'admirable baroud d'honneur d'un papy grognon (Gran Torino)... Même raté, Hereafter aquand même rencontré son public, et possède quelques moments troublants qui nous font rêver à un meilleur film...

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 18:33

Walt Kowalski (Clint Eastwood) vient de perdre son épouse, ce qui le laisse seul: seul avec le fantôme de ses relations compliquées avec ses enfants, deux garçons qui semblent pressés de placer leur père en maison de repos, et dont la progéniture lorgne déjà sur le maigre héritage: une magnifique Ford Gran Torino, bichonnée depuis 1972... Seul aussi avec son aigreur, exacerbée par la présence de nombreux étrangers d'origine Asiatique dans son quartier, lui qui est revenu plus qu'amer de la guerre de Corée. Seul aussi avec sa conscience, abîmée précisément en Corée, et qu'il cache derrière une tendance à l'agression verbale, xénophobe et sans filtre...

C'est dans ces circonstances qu'il va trouver Thao (Bee Vang) un jeune Hmong chez lui, poussé par son cousin gangster à aller voler la belle voiture qui repose dans le garage; après un petit temps, Walt va commencer à se laisser apprivoiser et se lier avec le jeune homme et sa soeur Sue, puis toute la famille... 

Héros paradoxal, Walt Kowalski est un descendant d'immigrés Polonais, qui n'oublie jamais d'installer son drapeau Américain sur le porche de sa maison. Qu'il soit ouvertement raciste ou que cette xénophobie galopante (et parfois hilarante) soit un mécanisme de défense importe finalement peu: Eastwood nous montre ici l'éveil aux autres d'un vieil homme qui a un peu oublié ce que c'était de vivre pour quelqu'un, et le moins qu'on puisse dire est qu'il va se rattraper.

Le film est touchant, fort bien équilibré, bien plus sans doute que bien des films du metteur en scène Eastwood, qui ici persiste et signe: il fait une prise, que les acteurs soient bons ou mauvais. Il est plutôt bien servi par la gaucherie occasionnelle de ses jeunes interprètes qui donnent une vérité intéressante à leurs incarnations, et se fait plaisir en opposant l'irascible Walt à une grand-mère Hmong qui est sans doute encore plus outrageusement raciste que lui. Un personnage secondaire de luxe (le coiffeur Italien qui rivalise de remarques inappropriées avec son copain Walt) est interprété par John Carroll Lynch: ces personnages secondaires font souvent le sel des films d'Eastwood, et on pourrait rappeler les interventions de luxe d'Anjelica Huston, James Woods ou encore Laura Dern... Lynch est toujours impressionnant de justesse, qu'on en juge avec ses apparitions mémorables (Fargo, Zodiac me viennent à l'esprit). C'est un rien malin aussi: ces deux hommes d'âge plus ou moins mûr qui se lancent des insultes outrageusement racistes au visage comme on dit bonjour, finissent de laisser entrer le spectateur qui aurait grincé des dents en entendant le vocabulaire du vieux Kowalski pour désigner les Hmongs (tout le lexique "Guerre du Vietnam" y passe: les "Slopes", les "Gooks", "Zipperheads"...)... Cette accumulation deviendrait presque une invitation à relativiser, car c'est sur ses actes qu'on finira par juger le vieil homme.

C'est finalement relativement soigné, dans lequel les facilités récurrentes (le style même d'Eastwood les rend absolument inévitables) sont souvent gommées avec une certaine aisance par la grâce de l'humanité du film! La pudeur de Walt Kowalski, son attitude souvent réjouissante face à la religion, tant de choses emportent l'adhésion... N'attendez cependant pas un plaidoyer humaniste à 100%, ça reste un film très marqué à droite (On prend bien soin de nous présenter les Hmongs comme des victimes du communisme Vietnamien, par exemple, comme pour justifier que Walt s'ouvre à eux), mais on ne se refait pas... Dans le monde de Clint Eastwood, il est évident que le communautarisme semble entraîner la violence, comme en témoignent les interventions de gangs et de voyous, qu'ils soient Hmongs, Mexicains ou Afro-Américains... C'est une façon de peindre la vérité, même si c'est au prix d'un raccourci.

Mais encore une fois, son ange exterminateur paradoxal est un homme qui a décidé d'expier ses fautes d'une manière tellement étonnante, qu'il en devient un héros inoubliable, pour l'un des meilleurs films de son auteur.

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 14:20

Déjà, le titre... On sent bien qu'on n'est pas face à un chef d'oeuvre. Ce film est un complément de programme de la MGM, concocté non seulement pour boucher un trou dans les cinéma, mais aussi pour utiliser des segments, filmés pour des films déjà sortis, qui ne furent pas retenus dans le montage final. Les ballets ainsi recyclés étant en Technicolor, le reste du film se devait de l'être aussi.

En 16 minutes, on assiste donc à une comédie qui ne prend jamais le temps d'être drôle, dans laquelle trois personnages vulgaires et mal assortis (modelés sur les Stooges, et d'ailleurs l'un d'entre eux a fait partie de cette douteuse confrérie de comédiens dela concurrence) viennent dans un studio de première classe pour proposer une idée de film...

Et au-delà de ce plaisir toujours aussi étrange de voir un film en Technicolor deux bandes (cette fois avec une composante rose particulièrement affirmée), c'est d'une nullité affligeante...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Technicolor
14 novembre 2025 5 14 /11 /novembre /2025 23:27

Mmes Laurel et Hardy sont de sortie, et du coup, MM. Laurel et Hardy gardent leurs enfants... Les deux pères bien sûr aimeraient être tranquilles, mais les enfants se chamaillent tout le temps, et provoquent le même type de catastrophes que leurs aînés.

Ce chef d’œuvre est bien connu, avec juste Laurel, Hardy, Laurel, et Hardy, et des truquages simples, mais effectifs: des meubles géants, afin de faire passer l’illusion de Laurel et Hardy petits garçons.

Il existait jusqu'à présent trois versions du film, toutes similaires en termes de scènes : la version colorisée, bien sur, mais aussi la version la plus courante (Ressortie dans les années 30, avec une nouvelle musique de fond). La version d’origine, telle que sortie en 1930, est disponible et c'est assez rare pour être souligné...

Mais une nouvelle pièce vient s'ajouter à l'ensemble: quand en 1930 le parlant s'était généralisé aux Etats-Unis, il restait d'une part des cinémas notamment ruraux qui ne bénéficiaient pas encore de la nouveauté technologique; et en Europe, le cinéma sonore ne s'était vraiment installé que dans les villes: tout un marché restait dépendant de copies muettes. Ce film est l'un des courts métrages de 1930 dont le studio Roach a proposé une copie muette pour cette exploitation spécifique, et c'est une version assez fidèle du film, avec des intertitres... Il y a d'autres courts (Notamment Blotto, et Unaccustomed as we are) qui sont dans ce cas, on commence à pouvoir y avoir accès grâce à la sortie d'anthologie restaurées, chez Kit Parker et Flicker Alley, deux labels spécialisés aux Etats-Unis.

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy James Parrott Hal Roach Muet