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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 22:48

A Iwo Jima, une île tenue par les troupes Japonaises, les Américains arrivent, pour livrer une bataille décisive... Ce ne sera pas l'affaire d'un seul jour, et lors des événements, les Américains se rendent maîtres de la situation. Un drapeau est installé en haut de la colline au milieu de l'île. Mais le drapeau est repris par un haut gradé, et après une accalmie un deuxième drapeau est installé, sous l'objectif d'un photographe, un geste qui va devenir un symbole de la guerre, et de l'héroïsme. Revenus en Amérique, les protagonistes survivants, ainsi que certains soldats qui n'ont pas participé à la fameuse photo, se retrouvent au milieu d'une exploitation médiatique qui les dépasse...

L'idée est inattendue, et plutôt bienvenue: un nouveau film se profilant à l'horizon, pour commémorer, à la façon dont le XXIe siècle (avant de partir dans de nouvelles directions moins saines) se propose de raconter la guerre, la bataille d'Iwo Jima (déjà évoquée par Allan Dwan sous la surveillance ultra-patriotique de John Wayne, en 1949: Sands of Iwo Jima), le projet finit dans les mains de Clint Eastwood, qui décide de faire non pas un mais deux films... Le premier montrera le versant Américain et le deuxième le versant Japonais. Ce qui n'est pas exactement ce qu'on va voir, pourtant, les différences entre les deux films étant nettement plus complexes...

Le sujet de ce film tourne en effet, non seulement autour de la réalité physique de cette bataille, et de son versant héroïque, mais aussi sur l'exploitation qui en sera faite une fois les sodats revenus du front. Hanté en ces années "crépusculaires" de son oeuvre par le thème du legs que l'homme passe à ses suivants, Eastwood profite donc de la commande de Steven Spielberg (qui suite à son film Saving Private Ryan, entend continuer à influer sur la peinture de la guerre au cinéma, un désir profondément louable) pour montrer les chemins que l'héroïsme, la vérité, la légende et le vécu de l'homme peuvent prendre lors d'une guerre, mais aussi la base de ce que les générations futures auront à en retirer...

Comme le faisait remarquer John Ford, à propos de l'Ouest, dans The man who shot Liberty Valance: quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende... Dans ce beau film, où Eastwood semble critiquer violemment l'obsession de simplifier les choses, les soldats qui sont revenus sont confrontés à leur propre légende presque malgré eux. Le mensonge auquel on les force devient pour certains une croix à porter, notamment pour ce soldat natif, qui doit à la fois obéir à l'injonction de revivre le même mensonge patriotique ad nauseam, mais aussi subir le racisme à l'égard de ses origines...

C'est donc un beau film, cruel et salutaire, qui montre l'héroïsme (réel) et la propagande, le bidonnage ridicule auquel une nation va se livrer... Qu'est-ce qu'un héros? Pourquoi son action est-elle considérée comme héroïque, et qu'attend-on de lui une fois l'action commise? Peut-on ignorer le libre arbitre d'un de ces hommes pour des fins de propagande? Le film tisse des liens avec les grandes oeuvres de Clint Eastwood, des liens formels d'abord (Bird, notamment, dans une utilisation étonnante de la chronologie) et thématiques ensuite (De Unforgiven à Space Cowboys, en passant par A perfect world)...

Un film de guerre dans laquelle l'ennemi est quasi absent de l'image, et pour cause: le tour des troupes Japonaises et deleur point de vue viendra pour le deuxième film, sorti quelques semaines après celui-ci: Letters from Iwo Jima, qui sera bien plus qu'une sorte d'écho ou de négatif de celui-ci: un chef d'oeuvre à part entière. 

 

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
15 octobre 2025 3 15 /10 /octobre /2025 22:27

1939: Dans le Mississippi profond, deux hommes, dans une ferme battue par la pluie, veulent en enterrer un autre. C'est leur père, et on se demande ce qui est arrivé... Jusqu'à ce qu'Henry (Jason Clarke) signale à son frère Jamie (Garrett Hedlund) que l'endroit où ils creusent n'est pas approprié, car c'est la tombe d'un ancien esclave. "Pappy n'aimerait pas ça"...

Les deux hommes sont tendus, fatigués, fâchés même. On ne sait pas ce qui est la cause de la tension entre eux. Ils nous racontent leur histoire... Mais ils ne sont pas les seuls: sur la ferme d'Henry Mac Allan, qui vit avec son père, un vieil homme raciste à l'extrème, et ils ont des voisins: ce sont d'ailleurs leurs locataires. Ils paient leur loyer pour la ferme comme pour le logement... Les membres de la famille Jackson, Hap (Rob Jackson) et Florence (Mary J.Blige) sont souvent utilisés pour des services, mais jamais dans l'autre sens...

Jamie, le petit frère, a un point commun avec Ronsel (Jason Mitchell): tous deux vont partir en Europe pour la seconde guerre mondiale et en revenir changés. Jamie va découvrir la camaraderie sans limites avec des hommes qui ne sont pas nécessairement de la même origine. Et Ronsel va enfin découvrir ce qu'est le respect qu'on peut recevoir des autres...

Enfin, Henry épouse Laura (Carey Mulligan): celle-ci a été un peu poussée par ses parents à l'épouser, et elle va vite déchanter. Pour suivre son mari, elle va devoir abandonner sa sophistication, sa culture et la douceur qu'elle envisage. Jamie, de fait, lui conviendrait mieux...

C'est du concentré, quelques années de ces vies, de ces narateurs qui nous racontent les mésaventures terrifiantes de ces gens qui vivent les uns à côté des autres, dans un système qui les broie. Les blancs, vers la haine absolue de leurs "subalternes" noirs, les noirs vers la peur et un espoir (religieux) un peu ridicule, car de fait ils n'ont que très peu de droits. La mise en scène de Dee Rees, une réalisatrice Afro-Américaine qui s'est passionnée pour cette adaptation d'un roman de Hillary Jordan, adaptation à laquelle elle a d'ailleurs participé... Filmé au plus près des actions, des acteurs et du racisme systémique d'un pays qui s'accroche à ses traditions crapuleuses, contre la marche du monde, Mudbound est une approche du Sud et de son particularisme hérité de l'abomination de l'esclavage, centrée sur deux familles qui vont ensemble s'enfoncer dans la boue d'une terre qui semble se perdre au rythme de leurs conflits... 

Les acteurs ont été entourés d'une compréhension impressionnante pour leur désir d'incarner sans limites leurs personnages. L'approche naturaliste de Dee Rees est tout bonnement miraculeuse, prolongéée par l'incroyable beauté de la bande-son, comme de la photographie. On ne trouvera pas ici pourtant cette beauté naturelle du Sud, si souvent vantée, parfois si factice: tout ici est boueux, inconfortable, difficile... Et sans doute terriblement authentique. C'est magnifique.

 

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Published by François Massarelli - dans Dee Rees
14 octobre 2025 2 14 /10 /octobre /2025 21:56

Venu en villégiature en Ruritanie, l'Anglais Rudolph Rassendyll (Stewart Granger) savait-il qu'il allait tomber sur le pire moment possible? Lui qui est un sosie absolu du Prince héritier, futur roi Rudolph V, dont il faut rappeler qu'il est un lointain cousin, ignorait qu'il se retrouverait devant une situation politique compliquée, avec des factieux menés par un prince félon, Michael (Robert Douglas), demi-frère de Rudolph, et par un noble ambitieux et dangereux, Rupert of Hentzau (James Mason), qui ont drogué le Roi pour en empêcher le couronnement. Comment pouvait-il imaginer qu'il serait amené au pied levé à remplacer dans ses fonctions et sur son trône le roi, un peu trop amoureux de la bouteille, un peu trop vantard? Et enfin bien sûr, il ne pouvait en aucun cas imaginer qu'en la présence de la belle Flavia (Deborah Kerr), promise au prince, il verrait son coeur s'emballer...

L'aventure improbable et mélodramatique à souhait, a bien sûr été tournée plusieurs fois avant ce film: d'abord par Edwin S. Porter, en 1913; puis par George Loane Tucker, en 1915; par rex Ingram en 1922, puis par John Cromwell pour Selznick en 1937... Les similarités de découpage entre cette dernière version et celle-ci ont déjà été discutées, mais le fait est que cette version de 1952, en choisissant de privilégier la rigueur (pas de temps mort, pas d'équivoque) en même temps qu'une certaine flamboyance (un Technicolor superlatif), réussit à donner le meilleur de cette histoire, aussi délirante soit-elle...

Thorpe, de toute façon, s'il a a toujours été un yes-man sans aucune imagination (ce qui viendrait renforcer l'hypothèse d'un tournage qui tournerait parfois au calque de la version précédente), a aussi une certaine faculté à incarner le style même des productions MGM, conduisant la production de ce film vers le succès, en profitant d'un budget conséquent, des ressources d'un studio...

Et d'un casting fabuleux. A propos duquel il me semble intéressant de souligner un clin d'oeil à la version de Rex Ingram de 1922: l'archevèque qui officie lors du couronnement n'est autre que Lewis Stone qui incarnait justement les deux Rudolph dans cette auguste version muette...

 

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Published by François Massarelli - dans Deborah Kerr Richard Thorpe
8 octobre 2025 3 08 /10 /octobre /2025 22:37

Alain Jessua est l'un des rares en France à avoir tenté de faire son chemin vers des films qi se rapprochent de la science-fiction... Ce film est probablement le plus connu: 

Annie Girardot y incarne Hélène Masson, une jeune femme qui se remet en question après une rupture malheureuse... On lui a conseillé la clinique du Dr Devilers (Alain Delon), qui organise des thérapies de rajeunissement sur Belle-Ile... Elle y rejoint Jérôme (Robert Hirsch), un ami de longue date, gay et en perpétuelle recherche de jeunesse. Mais il a des ennuis d'argent, et fait comprendre à Hélène que chez le Dr Devilers, cette situation de dépendance économique fait de vous un paria. Alors que Jérôme est retrouvé mort (on concluera à un suicide), Hélène se pose de plus en plus de questions: qu'arrive-t-il aux travailleurs illégaux Portugais qui sont en charge des tâches ménagères et qui tombent comme des mouches? Que cachent les clients fortunés du bon Docteur, qui se liguent contre elle quand elle devient trop curieuse? Et surtout quel est le secret de la thérapie mystérieuse de Devilers?

C'est une curieuse oeuvre, dans laquelle la science-fiction, le mystère et bientôt une certaine forme, même diluée, d'horreur, sinscrivent dans une histoire baignée de thèmes qui sont rendus très présents par la permissivité des années 70: l'indépendance d'Hélène, qui contrairement aux autres protagonistes féminins, est une femme libre et libérée; l'homosexualité assumée de Jérôme; le reour à la nature symbolisé par la nudité très courante (y compris des  vedettes), la dimension sociale à travers la façon dont les parvenus, clients de Devilers, se transforment en meute à la moindre alerte... Le film questionne le jusqu'au-boutisme de l'élitisme hérité d'un XXe siècle dans lequel les humains ont si souvent oeuvré pour creuser encore plus loin les inégalités.

Tout ça est fort intrigant, et le huis-clos de Belle-Ile, dans lequel l'enquête acharnée, virant à l'obsession, d'Annie Girardot, est superbement traité par Jessua, qui se plait à situer son film fantastique dans le décor diurne d'une île Bretonne: pas banal en effet. La lente montée de l'angoisse vers l'horreur, est magistralement mise en scène, et les acteurs sont tous (oui, TOUS: pour une fois Delon est bon!) splendides dans ce film... Qui vaut mieux que sa réputation qui semble un peu trop bâtie autour d'une scène de bain sans maillots...

 

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Published by François Massarelli - dans Alain Jessua Science-fiction Mettons-nous tous tout nus
8 octobre 2025 3 08 /10 /octobre /2025 18:55

La "Bête" du titre, c'est bien sûr la criminalité galopante, celle qu'on hésitait encore à nommer la Mafia.

Les frères Fitzpatrick, Jim (Walter Huston) et Ed (Wallace Ford), sont deux policiers exemplaires. Le premier, l'aîné, a un poste à responsabilités et un désir particulièrement affirmé de résoudre les problèmes de criminalité dans sa ville; le deuxième, plus jeune, est impatient de monter en grade. Dans leur lutte contre l'organisation de Sam Belmonte (Jean Hersholt), ils vont se frotter à forte partie, surtout à partir du moment où Ed commencera à fricoter avec la petite amie de ce dernier (Jean Harlow). Jim, pris entre son devoir et sa famille, va devoir prendre une décision dramatique...

Le film est une rareté à la MGM, qui laissait le plus souvent à la Warner les films de gangsters. Néanmoins, en institution conservatrice, le studio prend ici, dès le générique, fait et cause pour la police, réclamant à travers une citation du président Hoover des pouvoirs accrus, le soutien du public et bien sûr de la machine judiciaire pour la police. Il est vrai qu'en février 1932, Hoover n'était pas encore totalement lessivé!

C'est un film impressionnant, dont le rythme est bien différent des films Warner, justement parce qu'en suivant en priorité le personnage de Jim, au départ, on inscrit la progression dans les pas d'un père de famille, et non des gangsters. La complicité des deux frères sera mise à mal, et de fait ils sont opposés dès le départ par leur situation maritale, un célibataire contre un père qui est souvent montré dans la chaleur du foyer... Bref, rien ne nous prépare pour la brutalité du final.

C'est l'un des films singuliers et passionnants de cette époque étrange dans lesquels Walter Huston joue le rôle principal, les autres étant bien sûr The criminal code, de Hawks pour la Columbia, American madness de Capra (également pour la Columbia), et le très étrange Gabriel over the White House, réalisé à la fin de cette même année 1932 pour la MGM par Gregory La Cava...

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
6 octobre 2025 1 06 /10 /octobre /2025 18:30

Voici un cas épineux... Une comédie française de la fin des années 40, qui témoigne de l'intéret d'une troupe de café-théâtre (les Branquignols, donc) pour le cinéma absurde venu des Etats-Unis: clairement, le film Helzapoppin' de 1941, découvert à Paris dans les années qui ont suivi la libération, a bouleversé les comédiens avec sa structure de revue foutraque, entre comédie musicale et anthologie de sketches. Cela étant, le film Branquignol n'est pas, à proprement parler, une réussite...

Il y a une intrigue: le marquis de Pressaille (Jacques Emmanuel) veut annoncer ses fiançailles au cours d'un spectacle qui est organisé par sa famille, avec la troupe des Branquignols... C'est à peu près tout.

Occasionnellement, des acteurs extérieurs (Gabriello, Pauline Carton, et Julien Carette) viennent faire un tour pour pas grand chose... Le fait est que la troupe semble avoir une mission auto-infligée, celle de dynamiter les numéros qu'elle présente elle-même... Pourquoi pas? C'est à peu près le mode de fonctionnement des Marx, des Monty Python, et des films de Tex Avery...

Sauf que ces exemples, à des degrés divers, ont un atout: ils sont drôles. Pas ce film. 

Et au passage, on n'y trouve pas Louis de Funès, compagnon de route occasionnel de Dhéry et de ses Branquignols. Ces derniers feront d'autres films, certains seront sympathiques (La Belle Américaine, Allez France), d'autres anecdotiques.

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Published by François Massarelli - dans Robert Dhéry
5 octobre 2025 7 05 /10 /octobre /2025 18:12

Aux Etats-Unis, à une époque indéterminée, nous suivons un groupe d'activites d'extrême-gauche dans une opération à la frontière: ils souhaitent libérer des illégaux d'un centre de détention... La confusion est extrême, et dans ce chaos, une des extrêmistes, qui répond au pseudonyme de Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor) a pour mission d'immobiliser le colonel Lockjaw (Sean Penn), aux commandes du centre... Elle le force à s'humilier sexuellement, ce qui le bouleverse durablement. Après le coup, Perfidia et l'artificier, Pat (Leonardo di Caprio), commencent une histoire d'amour tumultueuse. 

Le groupe, qui se fait appeler les French 75, font d'autres actions d'éclat. Lockjaw, obsédé par Perfidia, les suit de près et réussit à obtenir de la jeune femme un rendez-vous: ils passent une nuit intense, qui débouchera quelques mois plus tard sur une grossesse. Après quelques années à élever "leur" fille, Pat et Perfidia se séparent, quand la jeune femme décide de partir pour continuer la lutte à sa façon. Mais elle est arrêtée, et Lockjaw obtient d'elle un grand nombre de renseignements. Pat et sa fille sont désormais obligés de se cacher... Libérée, Perfidia passe la frontière Mexicaine et disparaît...

Durant une quinzaine d'années, ils se terrent en Californie, mais le colonel Lockjaw retrouve leur trace. La petite a bien grandi (Chase Infiniti), mais ignore beaucoup de choses du passé de ses parents. De son côté, Lockjaw, qui tente de se faire inviter dans un mouvement nativiste, blanc, chrétien, protestant, antisémite, raciste et élitiste, souhaite aussi récupérer celle dont il sait qu'elle est probablement sa fille, pour l'éliminer...

Anderson a déjà adapté un roman de Thomas Pynchon: Inherent vice, pour un film que j'aime particulièrement, mais qui semble ne pas bénéficier dans son oeuvre de la même cote d'amour que se autres oeuvres. Le roman dont ce film est adapté, Vineland, date de 1990, donc c'est une réserve qui nous permettrait d'éviter d'émettre trop d'hypothèses sur une dimension militante de cette intrigue délirante, dans laquelle les militants d'extrême gauche et les gens de droite qui sont en face, Lockjaw le premier, ne sont pas mis sur le même plan. Certes, entre le faux et le vrai père, il y a un point commun et non des moindres: l'amour absolu de l'un, et l'ambition d'appartenir à une milice fasciste pour l'autre, sont conditionnés à la présence de Willa, une ado de 16 ans qui ignore ce qu'est la lutte politique, mais a le découvrir à la dure!

Et Anderson, comme pour le film dont il était question plus haut, a décidé de mêler le drame et la comédie, une posture qu'il aime particulièrement (c'était déjà le cas dans des films comme Boogie Nights ou encore l'étrange Punch-Drunk Love). Le film est intense, et utilise souvent ce mélange entre la comédie et l'absurde à travers les excès demandés aux acteurs (Di Caprio, Benicio del Toro et Sean Penn ne sont pas en reste), tout en nous assénant un suspense féroce. La bande originale, composée une fois de plus par Jonny Greenwood (pour la sixième fois consécutive), appuie pourtant de façon impressionnante sur l'élément dramatique, en étant très percussive, et en proposant des plages entières de cordes d'une maîtriste époustouflante. Il en résulte un ton excitant et novateur, qui a du faire beaucoup pour le manque de succès du film aux Etats-Unis. C'est un film qui prend des risques...

Mais c'est aussi une vision moderne et inattendue de la comédie comme de la tragédie, qui a enthousiasmé rien moins que Steven Spielberg lui-même. Anderson et son cinéma se réclament des plus grands, mais contrairement à Quentin Tarantino, on n'a pas le sentiment d'un plagiat permanent... Ici, c'est sans doute à Kubrick et à Dr Strangelove qu'il fait penser, mais plus par la dimension défoulatoire et jubilatoire, profondément physique, de son film, que par le style, ou le ton. Car cette histoire rocambolesque, qui va loin très loin, qui joue avec nos nerfs et part dans tous les sens, nous fait rire et parfois nous inquiète, c'est un film qui fait du bien.

Je reviens sur ce que je disais au départ: bien sûr qu'il faut penser à Trump, à son dévoiement profond des Etats-Unis, dans cette histoire qui nous montre une caste de parvenus blncs qui sont obsédés par la pureté raciale. Au vu des commentaires négatifs qui pleuvent sur le film et qui ressemblent au tout-venant trolliste des sophistes qui vomissent devant ce qu'ils ne connaissent pas, le film n'a sans doute pas raté cette cible-là, complément indispensable à une autre oeuvre de notre époque qui montre de manière presque accidentelle un effrayant portrait au vitriol de notre époque, Civil War d'Alex Garland.

 

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Published by François Massarelli - dans Paul Thomas Anderson
30 septembre 2025 2 30 /09 /septembre /2025 21:02

Jimmie Cooper (Ralph Graves) est un matamore, amateur de boxe, mais pas forcément avide de se battre. Mais son patron, apprenant qu'il est fan, lui demande de parler du noble art à sa fille... De fil en aiguille, Jimmie va se trouver embarqué dans un combat perdu d'avance...

La fin des années 20 montre une certaine mutation pour le studio de Sennett: car si Del Lord, Billy Bevan et d'autres continuaient à casser des voitures dans des comédies survoltées, il y avait aussi une production plus mesurée, notamment les films de Harry Langdon... Et ce type de film, sous la franche influence des courts métrages de Charley Chase selon toute vraisemblance.

Il y a beaucoup de Chase dans ce personnage un peu fort en gueule de grand escogriffe qui se dégonfle jusqu'à ce qu'il risque de perdre la face devant une jolie fille... Le match de boxe n'est pas franchement le plus intéressant des exercices du genre (et chacun sait qu'ils sont nombreux au cinéma), mais on appréciera le travail efficace du metteur en scène Lloyd Bacon, futur réalisateur économe à la Warner...

Deux mots pour finir: difficile de trouver des images pour ce film, la photo ci-dessus est une photo générique de Ralph Graves chez Sennett... Et sinon bien sûr, le titre est inspiré de He who gets slapped, de Victor Sjöström, paru l'année d'avant. Les inrigues n'ont pourtant rien à voir...

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Published by François Massarelli - dans Mack Sennett Muet Lloyd Bacon
30 septembre 2025 2 30 /09 /septembre /2025 20:57

Max Fleischer dessine une affiche pour un cirque dont les personnages vont s'animer. Dans un premier temps, Koko le clown et Fitz le chien ont bien du mal à se montrer en raison de la présence d'un géant...

Le film est comme d'habitude une impressionnante et éberluante expérience de mélange d'animation et de prises de vue réelles, d'une part, et d'autre part une variation sur le gigantisme, dans lequel Koko le clown, la première vedette des Frères Fleischer, finit par devenir tellement grand qu'il en avale un bateau dans un port... Le film est construit comme un rêve de fièvre, et c'est aussi impressionnant que perturbant...

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Published by François Massarelli - dans Dave Fleischer Muet Animation
25 septembre 2025 4 25 /09 /septembre /2025 19:01

En 1935, une mission Chrétienne située en Chine attend leur nouveau médecin: le dr Cartwright est d'autant plus attendu que l'une des personnes présentes, Florrie Pether (Betty Fields), attend un enfant. Son mari (Eddie Albert), qui enseigne à l'école, a raté sa vocation de pasteur... La mission est sous la responsabilité de Miss Andrews (Margaret Leighton), une femme rigoriste qui cache avec des grandes difficultés des tourments inavouables... Elle est secondée par Miss Argent (Mildred Dunnock), qui lui est dévouée jusqu'au silence. Pour compléter le groupe, Emma Clark (Sue Lyon) est une jeune missionnaire idéaliste... et un brin naïve. Mais quand le Dr Cartwright (Anne Bancroft) arrive, il s'avère qu'il s'agit d'une femme. Et elle est tout sauf disciplinée... Des missionnaires Anglaises (Flora Robson et Anna Lee) vont compléter ce tableau, et le choléra, puis une invasion d'un chef de guerre Mongol et de sa troupe, vont achever d'apporter à la fragile mission des problèmes graves...

C'est une sorte d'exception inattendue, dans ce qui apparait toujours de prime abord comme une oeuvre centrée sur des héros masculins... Mais ce dernier film de Ford n'est pourtant pas une anomalie. Le conteur a toujours pris le meilleur de ses histoires, et n'a jamais totalement reculé devant des personnages féminins parfois très caricaturaux, et parfois fascinants. Ici, il inverse malgré tout les habitudes de son cinéma, en éliminant de la troupe, dès qu'il le peut, le seul personnage masculin de la mission... 

Les "seven women", et quel fabuleux casting, sont toutes bien différentes, et il y a un monde entre la rigoriste et insécure Andrews d'un côté, et la moderne et délurée Cartwright d'une part... Ou entre cette dernière et la jeune femme Clark, qui ne comprend pas tout ce qui arrive autour d'elle. En revanche, les autres vont souvent agir en tant que révélatrices, incarnant toutes une identité de la femme, certaines admirables, et d'autres, eh bien... Comme Florrie, égoïste jusqu'à l'aveuglement, ou Miss Andrews qui cache sous sa rigueur de missionnaire un penchant inavouable pour la plus jeune de ses compagnes d'infortune.

Mais l'intrigue, en écho à Stagecoach, doit finalement beaucoup aussi à Boule de Suif de Maupassant, avec pour contexte ls dangers du choléra, mais surtout les agissements dangereux de deux barbares, le chef Tunga Khan (Mike Mazurki) et son adjoint (Woody Strode). Ce sont eux qui vont précipiter le drame vers le sublime en même temps que l'horreur: car pour sauver la mission, une des femmes va faire un sacrifice impressionnant.

Le film s'inscrit dans la lignée de tant de films de Ford, témoins d'une errance d'un groupe en proie au danger: The Lost Patrol, Three bad men, Grapes of Wrath, Stagecoach bien sûr, Wagon master, Fort Apache, Three Godfathers... Sa générosité, à peine teintée d'ironie devant certains personnages, nous rappelle la place essentielle du réalisateur...

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Published by François Massarelli - dans John Ford